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C'est bien connu, l'industrie traditionnelle du livre au Qu?bec ne per?oit pas n?cessairement d'un bon ?il la d?mocratisation de l'acc?s ? l'?dition engendr?e par le num?rique, le web et l'impression ? la demande. Cl?ment Laberge, vice-pr?sident, services d??dition num?rique chez De Marque, nous en donne une autre preuve en ?crivant ?c?est une erreur pour un ?ducateur de vouloir ''se transformer en ?diteur''?.

Les enseignants et l’?dition

C’est bien connu, l’industrie traditionnelle du livre au Qu?bec ne per?oit pas n?cessairement d’un bon ?il la d?mocratisation de l’acc?s ? l’?dition engendr?e par le num?rique, le web et l’impression ? la demande. Cl?ment Laberge, vice-pr?sident, services d??dition num?rique chez De Marque, nous en donne une autre preuve en ?crivant ?c?est une erreur pour un ?ducateur de vouloir ?se transformer en ?diteur??.

La citation est tir?e d’un billet intitul? ?Une histoire ? inventer? dans lequel Cl?ment Laberge rend compte de sa participation au Camp de lecture num?rique organis? pour la deuxi?me ann?e par le Minist?re de l??ducation du Qu?bec le 20 ao?t 2009. Son intervention s’intitulait ?Le livre ? l??re de la culture num?rique: une histoire ? inventer? et voici comment il en rapporte la conclusion dans son blogue, Du cyberespace ? la cit? ?ducative?:

?Le message que j?avais choisi de laisser en conclusion est essentiellement le suivant?:

Les technologies sont en train de changer profond?ment notre conception du livre;

Il existe un grand nombre d?outils qui permettent aujourd?hui de r?aliser des livres, plus ou moins innovateurs ? les ?ducateurs doivent les conna?tre, se les approprier, savoir y faire appel;

Mais il ne faut pas perdre de vue que quelle que soit la forme qu?on peut choisir de lui donner, un livre demeure une cr?ation tr?s complexe et, de fa?on g?n?rale, c?est une erreur pour un ?ducateur de vouloir ? se transformer en ?diteur ?;

Il est pr?f?rable d?utiliser tous les outils disponibles dans une perspective de prototypage, pour d?crire, par l?exemple, concr?tement, sous quelle forme nous souhaiterions que les ?diteurs r?alisent aujourd?hui les livres dont nous avons besoin dans un contexte p?dagogique.?

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Le message de monsieur Laberge aux ?ducateurs est tr?s clair : vous pouvez utiliser les nouveaux outils d’?dition, mais pr?f?rablement dans le but de proposer aux ?diteurs professionnels des prototypes. Selon monsieur Laberge, ?c?est une erreur pour un ?ducateur de vouloir  »se transformer en ?diteur »?. Curieusement, monsieur Laberge propose aux ?ducateurs de fournir des prototypes aux ?diteurs. Or, c’est plut?t aux ?diteurs de fournir des prototypes aux ?ducateurs, ce sont eux les professionnels de l’?dition.

Dans le cas contraire, l’?ducateur aura avantage ? enregistrer ses droits d’auteur sur son ?prototype? de livre et ? demander ? l’?diteur des droits d’auteur, non seulement sur l’oeuvre elle-m?me mais aussi sur le concept du livre. Habituellement, lorsqu’un auteur soumet un ?livre? ? un ?diteur, il fournit uniquement le texte. Il revient ? l’?diteur de faire le travail d’?dition, y compris la conceptualisation et le prototype du livre.

La recherche d’une opportunit? d’affaires saute aux yeux dans cet autre passage du billet de monsieur Laberge o? il parle ouvertement ?d?un nouveau contrat entre ?ducateurs et ?diteurs? :

En d?autres termes, j?avais envie de dire que si les technologies sont une extraordinaire occasion d?empowerment (toujours la m?me difficult? ? traduire ce terme) pour les ?ducateurs au regard de l??dition et du monde du livre? il faut arriver ? distinguer ce qui rel?ve de ? l?acquisition de la capacit? / de l?influence ? et ce qui rel?verait plut?t du ? vouloir tout faire soi-m?me ?.

Je faisais en quelque sorte la proposition d?un nouveau contrat entre ?ducateurs et ?diteurs, s?appuyant sur les technologies ? ?voquant l?id?e d?un laboratoire technologique commun ? le web ? permettant aux ?diteurs de faire ensuite leur travail en tirant profit de toutes les comp?tences qu?ils savent mobiliser et aux ?ducateurs de faire leur travail aupr?s des jeunes (et des moins jeunes).

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Le mot ?empowerment? peut se traduire par ?prise de pouvoir?, plus pr?cis?ment par, ?d’acqu?rir de nouveaux pouvoirs? ou ?de renforcer leurs pouvoirs?. En fait, le concept le plus ad?quat ? utiliser dans le contexte de l’appropriation des nouvelles technologies dans le domaine de l’?dition et du livre est : ?D?MOCRATISATION?. C’est vrai pour les ?ducateurs, les ?l?ves, les nouveaux auteurs, les auteurs et les ?crivains professionnels. Car le taux de refus des manuscrits par les ?diteurs d?passe les 90% qu’importe le nouveau contrat propos?. Les nouvelles technologies dans le domaine de l’?dition n’ont pas ?t? d?velopp?es pour permettre ? tous ces gens de proposer des prototypes aux ?diteurs, mais plut?t de tout faire soi-m?me, ce qui est d?j? pratique courante dans le secteur de l’?ducation au Qu?bec. Nos professeurs font preuve d’une grande d?brouillardise pour enrichir ou d?velopper des livres p?dagogiques adapt?s ? la personnalit? de leur enseignement.

Monsieur Laberge laisse sous-entendre, d’une main, que les ?ducateurs devraient inspirer les ?diteurs et, de l’autre main, qu’ils devraient se m?ler de leurs affaires. Il ?crit : ?(…) et aux ?ducateurs de faire leur travail aupr?s des jeunes (et des moins jeunes)?

Le message de monsieur Laberge, tout aussi normal qu’il est dans le contexte d’une recherche d’opportunit? d’affaire avec les ?ducateurs, devient arrogant dans le post-scriptum de son billet :

P.S. Dans un texte intitul? Announcing our new book deal, l??quipe de 37 Signals explique que malgr? le tr?s grand succ?s de leur premier livre, auto-?dit? il y a quelques ann?es, ils ont choisi de travailler avec un vrai ?diteur pour leur prochain ouvrage. Leur d?marche est tout ? fait dans l?esprit de ce que j??voquais jeudi?: utiliser tous les moyens dont on dispose pour montrer ce qu?on veut faire ? faire un/des prototype/s ? puis faire appel ? de l?expertise sp?cialis?e pour r?aliser son projet ? pleine ?chelle.

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Apr?s v?rification, on constate que l’exemple s’applique uniquement ? celui ou celle qui vise une distribution et une publication ? grande ?chelle avec un best-seller.

?Even though we had tremendous success self-publishing Getting Real, we decided that this time we wanted to write a best seller. We want to sell hundreds of thousands or millions of copies. We couldn?t do this on our own, so we decided to work with a traditional publisher.?

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?Des centaines de milliers ou des millions d’exemplaires? ?crit Jason F de la firme 37 Signals sp?cialis?e dans une base de logiciels accessibles en ligne et destin?s aux entreprises. Le contexte ne s’apparente d’aucune fa?on avec celui d’un enseignant qu?b?cois. Bien s?r, l’auteur peut r?ver ? un grand tirage et des ventes ph?nom?nales de son oeuvre, mais il ne doit pas perdre de vue la r?alit? du march?. On ne parle pas ici d’un livre du genre ?Devenez millionnaire en un jour? ou d’un roman, mais d’un manuel p?dagogique qui doit r?pondre aux exigences du minist?re de l’?ducation d’ici. Entre autres, il faut se rappeler que l’industrie qu?b?coise du livre scolaire survit gr?ce aux subventions de l’?tat. Si le march? scolaire captive les ?diteurs avec ses milliers d’?l?ves, il ne faut pas oublier le co?t de production tr?s ?lev? d’un manuel scolaire. Sans subvention l??dition scolaire ne serait pas n?cessairement rentable.

Les nouvelles technologies dans le domaine de l’?dition et du livre permettent aux ?ducateurs de suivre une voie beaucoup plus simple et sans compromis professionnels, contrairement ? ce que laisse entendre monsieur Laberge. Ce dernier ?crit dans le post-scriptum de son billet, au sujet du projet de livre de l?entreprise 37 Signals : ? (?) ils ont choisi de travailler avec un vrai ?diteur?.

Cette allusion ? ?un vrai ?diteur?, comme quoi seul ce dernier est un professionnel, vient tout naturellement ? l?esprit de l?industrie traditionnelle du livre, et ce, depuis l?apparition des nouveaux ?diteurs n?s du num?rique, de l?impression ? la demande et de l?Internet. Pour cette industrie, un ?diteur en ligne sur Internet (cyber?diteur) n?est pas un vrai ?diteur, comme si un livre en ligne sur Internet n??tait pas un vrai livre, m?me s?il est disponible ? la fois en version num?rique et papier imprim? ? la demande (un exemplaire ? la fois ? la demande expresse de chaque lecteur). Mais ce n?est pas uniquement en raison du support num?rique ou papier que l?industrie traditionnelle d?nigre ou, dans ce cas pr?cis, ram?ne le ?livre? ? un simple prototype. L?industrie a la pr?tention d??tre la seule ? pouvoir faire un travail ?ditorial professionnel. Monsieur Laberge se r?f?re ? la complexit? du travail (?un livre demeure une cr?ation tr?s complexe?) et aux ressources des ?diteurs (?permettant aux ?diteurs de faire ensuite leur travail en tirant profit de toutes les comp?tences qu?ils savent mobiliser (?)?.

Or, c?est justement pour faire face ? la complexit? du travail et aux ressources n?cessaires que les nouveaux outils de publication ont vu le jour. Un livre auto?dit? ou ?dit? ? compte d?auteur n?est pas moins complexe ? publier qu?un livre produit par l?industrie traditionnelle du livre. Les nouveaux outils de publication viennent simplement faciliter la t?che.

L?allusion directe ? ?un vrai ?diteur? a agac? un des lecteurs du billet de monsieur Laberge qui, apr?s r?flexion, a ajout? : ?Et non seulement il n?y a pas que ? les vrais ? et ? les autres ? (il aurait ?t? plus juste de parler des professionnels et des amateurs) ? mais il y a de la place pour toutes sortes de types de publications.?

En r?alit?, ce dont il faut parler, c?est des ?diteurs ?industriels? et ?artisans?. L?industriel s?adresse aux march?s de masse et sa force r?side dans le nombre. L?artisan se concentre sur un march? d?une ou quelques personnes et sa force se r?v?le dans l?unicit? de son produit. La qualit? du produit de l?industriel et de l?artisan peut ?tre excellente ou m?diocre. Le lecteur est seul juge. Dans le milieu du marketing, on a beau avoir le meilleur produit au monde, si le lecteur ne le per?oit pas ainsi, on court ? sa perte. Bref, le plus important jugement d?un livre ne provient pas de l?auteur, de l??diteur, de l?imprimeur, du distributeur, pas m?me du libraire, mais du lecteur. Faut-il le r?p?ter, le lecteur aura toujours le dernier mot. Chercher ? influencer le lecteur en soutenant que seuls les ?diteurs industriels lui offriront le fruit d?un travail professionnel va ? contresens, surtout aupr?s des Qu?b?cois ?tant donn? leur culture et leur histoire.

En effet, le ?vouloir tout faire soi-m?me? d?cri? par monsieur Laberge demeure profond?ment ancr? dans la culture du Qu?b?cois. C?est d?ailleurs cette volont? qui lui vaut son excellente r?putation d?entrepreneur. Dans le domaine du livre, cette volont? s?exprime dans l?auto?dition et l??dition ? compte d?auteur, loin de la production industrielle.

Le Qu?b?cois sait depuis toujours que l?artisan lui offre une qualit? in?galable par l?industriel. Dans le domaine du livre, l?auteur artisan de l??dition de son ?uvre suscite chez le Qu?b?cois respect et admiration. Il en va de m?me pour l?enseignant auteur et artisan de l??dition du manuel scolaire qu?il pr?sente ? ses ?l?ves parce que cette culture du ?vouloir tout faire soi-m?me? s?inscrit dans nos g?nes comme un h?ritage collectif.

Nous admirons aussi l?artisan devenu industriel. Mais r?futons les industriels qui rabaissent nos artisans ? simples producteurs de ?prototypes?.

On peut toujours tenter une r?conciliation comme nous le propose Cl?ment Laberge en affirmant dans sa r?ponse finale au commentaire sur son propos : ?Chaque mod?le a ses forces ? et vive la diversit??. Il aurait ?t? sage de s?arr?ter l? mais Cl?ment Laberge tenait ? revenir en arri?re en ajoutant : ?Il faut simplement apprendre ? conna?tre et reconna?tre les forces et les faiblesses de chacun et ne pas entretenir l?illusion qu?on peut tout faire seul ??comme si on ?tait ?diteur?? (?).? Le mal est fait, une fois de plus. Chassez le naturel, il revient au gallot. Cette note finale se lit comme suit :

?Et c?est tant mieux que des gens puissent aujourd?hui r?aliser des publications ? sous une forme ou sous une autre ? sans devoir forc?ment passer par le mod?le ?conomique des ?diteurs pro.

Chaque mod?le a ses forces ? et vive la diversit?.

Il faut simplement apprendre ? conna?tre et reconna?tre les forces et les faiblesses de chacun et ne pas entretenir l?illusion qu?on peut tout faire seul ? comme si on ?tait ?diteur ? ? comme si on ?tait une ?quipe ?ditoriale ? ? nous tout seul ? ? on fait autre chose; et ?a peut ?tre tr?s bien.?

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? l??re de la d?mocratisation de l?acc?s ? l??dition, le milieu scolaire n?a pas besoin de se faire dire ?point de salut en dehors de l?industrie traditionnelle du livre? comme jadis on soutenait ?point de salut en dehors de l??glise?.

L?occasion est trop belle pour que nos enseignements n?en profitent pas. Plus que jamais, l?industrie traditionnelle du livre se trouve d?mystifi?e. Referm?e sur elle-m?me et tendant la main uniquement quand il y a une piastre ? faire, notre industrie du livre tente de noyer la r?volution en cours. Il ne s?agit pas de tout faire soi-m?me, car, comme toutes les r?volutions, celle dans le domaine du livre est une ?uvre collective d?auteurs et de lecteurs qui se compte d?sormais par milliers pour ne pas dire par millions ? travers le monde, appuy?e par un nombre sans cesse croissant de nouveaux outils de publication. Cette r?volution dispose de la plus grande ?quipe ?ditoriale jamais vue dans l?histoire du livre avec ses milliers d?internautes dont l?intelligence collective n?est plus ? d?montrer. Des enseignants de partout dans le monde se sont joints ? cette r?volution en toute libert? et ind?pendance sachant que s’il y avait une histoire ? inventer, ils en seraient les artisans.

Pourquoi en serait-il autrement au Qu?bec ? Pourquoi notre industrie du livre insiste-t-elle ? ce point pour que tout finisse par passer entre ses mains ? Pas besoin de laboratoire ou d?un nouveau contrat entre enseignants et ?diteurs, les outils sont d?j? l?, ? port?e de la main, au bout des doigts, sur nos claviers branch?s au web. Il n?y a rien ? craindre, nos enseignants sont des professionnels dans l??me.

Serge-Andr? Guay, pr?sident ?diteur

Fondation litt?raire Fleur de Lys

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