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Les enjeux mondiaux surexpos

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Touchante analogie. Cet enfan?on qui amplifie pour son regard des fr?missements perdus sur l?horizon sans voir l?oiseau qu?il a sur la t?te, c?est le cirque m?diatique contemporain, qui passe ? c?t? des crises sociales cruciales qui lui picorent le ciboulot en braquant constamment ses unilat?rales jumelles sur les m?mes appeaux accrocheurs du tout venant typant. Il y a des enjeux mondiaux surexpos?s et mon agacement ? leur ?gard ne fait que cro?tre, ? mesure, justement, que leur importance diminue historiquement (sans que les jumelles m?diatiques ne se d?tachent pourtant d?eux). En voici un petit aper?u repr?sentatif, vous allez bien vite voir o? je veux en venir. C?est moins d?un probl?me factuel que d?un probl?me de principe qu?il s?agit ici, un probl?me de ton intellectuel, d?attitude id?ologique. La redite m?diatique nous a fait prendre de grands faux plis mentaux et ces grands faux plis mentaux, comme ceux des articulations du prisonnier accroupi dans une fillette, sont fondamentalement paralysants et nous forcent, comme fatalement, ? marcher accroupis. Ils sont le tout des attitudes g?n?rales que nous nous devons absolument de r?former, si on veut cesser que les arbres pourris et creux du journalisme spectacle nous cachent sans cesse la for?t sociopolitique.

UN CERTAIN CONFLIT DU MOYEN-ORIENT. Un conflit moyen-oriental dont je tairai pudiquement le nom fait l?objet d?une tragique superf?tation m?diatique depuis aux moins deux bonnes g?n?rations. Les gogos investissent ce conflit mineur de ci de l? d?une sorte de dimension atavique, pr?tendument mill?naire et s?en gargarisent comme si se canalisait en lui le combat fondamental entre je ne sais quel Grands Types Humains. De solides penseurs se sont d?truits en niaisant apr?s ce conflit. C?est passablement catastrophique. Je suis particuli?rement outr? et atterr? par une telle mythologisation de ce petit conglom?rat de meurtres minus. Je la trouve particuli?rement nocive, toxique, st?rile, absurde, inutile. Il est consternant de constater que ce conflit, et le camp qu?on prend tapageusement dans icelui, sert souvent de barom?tre (pseudo) intellectuel pour jauger de la validit? de pens?e des uns et des autres. Je trouve inacceptable qu?un conflit local (plut?t qu?un autre) ait acquis ainsi une telle amplitude foutaisi?re de marqueur id?ologique. De plus, il est trois fois h?las indispensable de fermement faire observer que les envol?es passionnelles corr?l?es ? ce conflit rendent habituellement ? la narine un relent fort brun et fort suspect. Il est plus que temps de traiter ce conflit sp?cifique comme une escarmouche de th??tre comme une autre, sans moins sans plus, et de cesser d?y lire, comme dans je ne sais quel marc de th? irrationnel, le barom?tre de la tension sous-jacente du monde. Arr?tons les frais et arr?tons le tout petit massacre st?rile. Le meilleur moyen de r?gler un probl?me ordinaire, c?est de le capter dans son angle ordinaire. Le p?pin avec ce conflit l? est qu?il est englu? dans une gadoue de superf?tations symboliques dont il est plus que temps de se sortir. Il est inutile de me questionner sur ce conflit surexpos?, je n?en parle jamais et ne me laisse jamais aspirer dans le maelstrom gluant et sempiternel de la foire d?empoigne de ritournelles et de redites obscurantistes le concernant.

LA FONCTION (POLITIQUE) DE PR?SIDENT. Ah, les pr?sidents de r?publiques. Qu?est-ce qu?on leur en met sur le dos. Did the president know/le pr?sident ?tait-il au courant? Mais qu?est-ce qu?on s?en tape. Aucune analyse sociopolitique ad?quate ne pourra jamais se formuler tant qu?il ne sera pas limpide dans l?esprit de l?analyste que les dignitaires politiques sont des pots de fleurs. Voyez l??quation am?ricaine, s?il faut encore se vautrer dedans. Georges Bush (fils) prouva hier que n?importe quel toc peut devenir pr?sident. Barack Obama prouve aujourd?hui que l?intelligence pr?sidentielle est sans pouvoir r?el. On a indubitablement une anti-intellocratie politique structurelle dans les deux cas et le pr?sident n?y change pas grand-chose. Personnage symbole, figure phare sous projos dissimul?s, timonier d?un esquif en pilotage automatique, le chief of staff, se pose d?licatement sur le cloaque remuant du boulot orchestr? par les autres et fait un discours. C?est comme ?a que notre culture politicienne assure la permanence du spectacle de son autoperp?tuation mais, alors l?, ce n?est pas une raison, pour l?analyste, de se laisser porter par le confort du flottement de cette sph?re creuse. Un corollaire important de cette observation (sur lequel la conjoncture nous fera certainement revenir dans les prochain mois) concerne l?incongruit? et l?inanit? de l?homme politique bouc ?missaire dont on veut la t?te en l?investissant, par la n?gative, de toute la charge (r?prouv?e, dans son cas) de la crise du moment. Le dignitaire politique est un mannequin de vitrine pour les POUR comme pour les CONTRE. Un r?gicide ne tua jamais la monarchie. Celle-ci tomba dans la structure de classe des fondements de la soci?t? et le roi ne fit que suivre. Cessons une bonne fois de re-monarchiser nos pantins ?ligibles et nos chefs meneurs de claques contemporains. C?est une cause et une analyse st?rile que celle de perdre notre temps sur eux.

L?INSTITUTION RELIGIEUSE ET SES AVATARS. Qu?on parle de la p?gre religieuse et de ses avatars, comme le fait fort utilement notre ami Lartiste ici m?me, en en d?crivant la fondamentale pourriture institutionnelle, mais qu?on cesse de lui perp?tuer, en ahanant, un halo de valeurs morales qu?elle n?a plus. Il y a encore bien trop de religion et de religiosit? dans nos analyses politiques du religieux, autant que du reste. Qu?on traite de la crise des magouilles comptables du Vatican, des compromissions v?reuses des partis politiques islamistes ou des derniers coups de Jarnac en vogue du fascisme social de la droite religieuse am?ricaine, il reste toujours cette bien malodorante goutte de d?f?rence envers le sacr? qui g?te int?gralement la description la plus prosa?que des faits. Il est plus que temps que l?analyse sociopolitique s?installe dans une description ath?e des superf?tations religieuses des soci?t?s contemporaines. Il faut les d?crire froidement, les combattre lucidement, sans constamment partager les illusions oniro?des qu?elles entretiennent sur elles-m?me. Il est capital de noter que ce retard intellectuel religiosis? est une convulsion tr?s profond?ment m?diatique, au demeurant. La population ordinaire, elle, beaucoup plus irr?ligieuse et indiff?rente ? ces questions que le flafla m?diatique ne l?admet habituellement, surprend habituellement par la fermet? tranquille de son rejet de la validit? soci?tale des instances religieuses. Il est plus que temps de remettre ces dites instances ? leur (toute petite) place. Leur donner moins de bande passante est un d?but que nos m?dias n?ont pas encore int?rioris? ad?quatement. Le nombre de crypto-cur?s et de crypto-nonnes qui y tra?nent surprendrait, si on se donnait la peine citoyenne d?ad?quatement les d?busquer.

L?ARRIVISME, LE CARRI?RISME POLITICIEN. Tout ?v?nement politicien (une ?lection, une course ? la chefferie) est d?sormais trait? dans les m?dias comme une joute sportive. Le politicard d?crit est implicitement pr?sent? comme un arriviste n?aspirant qu?? grimper sur le haut du tas. Je l?ai dis, je le redis, les aspirations individuelles des chefs, on s?en tape souverainement. Le com?don politique est d?j? par lui-m?me une distorsion suffisamment mystifi?e et mythifiante des luttes sociales pour ne pas aller en rajouter une couche, en trivialisant tout ?a comme si c??tait un sport ou un divertissement. Les mouvements politiciens (alliances, coalitions, mont?es, d?clins) sont trop souvent analys?s sur le mode de l?anecdote amusette (quand il n?y a rien de dr?le dans tout ?a) et l?effort de d?coder le profil des luttes sociales que ces mouvements refl?tent n?est pas fait ou pire, est sciemment escamot?. Miss m?t?o analyse plus pr?cis?ment son objet que le chroniqueur ou la chroniqueuse politique de service. L?attitude responsable et authentiquement d?mocratique de nos meneurs ?tudiants ?par exemple- est barouett?e et d?form?e et il est particuli?rement criant et grin?ant de voir ces jeunes gens se faire distordre ainsi pour prendre la forme boursoufl?e et inane du reste de ce que la cam?ra nous serine. La communication m?diatique utilise les m?mes armes politiques que les pouvoirs oppressifs: frapper ? la t?te, isoler les meneurs, les salir, les trivialiser, les emmailloter dans le moule bourgeois et cynique dont les m?dias proc?dent et dont ils font une promotion veule. Jamais une analyse ad?quate des grands mouvements sociaux ne sortira de l?attitude consistant ? se restreindre aux vis?es individuelles des figures empiriquement perceptibles. Faire des rapports politiques un show, sous pr?texte de rendre cela int?ressant ou compr?hensible pour un public dont on m?prise implicitement les aptitudes mentales, c?est la forme contemporaine et scintillante du populisme le plus grossier et le plus inepte.

LES PLIS ET REPLIS DU BOTTIN MONDAIN. Le star system est mondialis? et, veut veut pas, aime aime pas, le divertissement culturel est un enjeu mondial immense, en continuelle croissance et en crise de mutation. Et, bon, pourquoi pas? Mais qui en parle ad?quatement? C?est quand la derni?re fois que vous avez lu une vraie critique de film? Quand avez-vous pris connaissance du commentaire sur un concert qui ?tait autre chose que la redite du d?pliant publicitaire dudit concert, d?guis?e en reportage? Les tendances de l?art contemporain, y compris de l?art de masse, on les conna?t vraiment? Non, parce qu?il n?y en a que pour le bottin mondain. La robe d?une telle, le divorce des autres, qui se tenait avec qui lors du lancement de toc Tok ou la remise de hochets Zinzin. La comp?tition fantasm?e et d?lirante, en feuilleton, en ritournelle, entre ces deux actrices pour le m?me homme. La couverture m?diatique des arts et du divertissement contemporains est une pollution intellectuelle quasi int?grale. On se laisse porter par la tendance du succ?s de guichet sans l?analyser. Particuli?rement rat?e et mal avis?e est la (non) description des fours (les fameux flops). Hollywood engage des moyens de plus en plus colossaux pour un r?sultat artistique de plus en plus d?risoire et malingre. M?me chose pour l?industrie du spectacle musical. Aucune analyse de cette crise culturelle majeure n?est produite. On se contente de paniquer au premier degr? parce que la petite populace pirate des films et des bandes audio. On cherche ? la convaincre de ne pas le faire. La couverture m?diatique de l?art et du divertissement est une pratique implicitement publicitaire. On tait les fours, on accroche son wagon sur les succ?s et on requine autour pour mordiller les morceaux qui tombent. Une ?poque qui ne comprend pas ses crises artistiques ne se comprend pas elle-m?me. C?est rendu qu?un acteur refuse un r?le de personnage impopulaire parce que c?est mauvais pour son image (commerciale) de marque. C?est rendu que la production de grands feuilletons populaires fonctionne comme de tyranniques dictatures. On continue d?affecter d?ignorer l?impact de masse des jeux vid?o, pourtant comparable ? l?impact de masse de la musique populaire dans les ann?es 1958-1978. On ne rend pas compte de ce qui se passe. Et tout est pris pour acquis. Tout est gob?, y compris les souliers, comme disait une chanson d?autrefois. The show must go on et on n?y comprend goutte.

Intox, intox, intox. C?est un ?tat d?esprit de fond qui est en cause. Une constante stable d?termine ces enjeux mondiaux surexpos?s. Fixation sur l?anecdotique rebattu et absence d?analyse critique effective. Ne me dites pas que cela n?est pas fait sciemment. Le petit enfant de ma photo a la d?cence intellectuelle d??tre un enfant, justement. Nous, l?ar?opage des ?minents observateurs cogitatifs, il est peut-?tre temps qu?on sorte un petit peu de l?enfance de la pens?e dans laquelle nous roule avec constance le journal du matin.

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    Bravo! Très bon texte M. Laurendeau. On lit beaucoup d’expérience et de sagesse dans celui-ci Je suis d’accord sur toute la superficialité des soi-disant débat de nos jours. Et ce qui me désole le plus, c’est quand on tente de parler à quelqu’un de chose plus sérieuse, elle se désiste, préférant demeurer dans son soi disant petit comfort. De peur de perdre leur petite miette acquise au fil des ans en travaillant comme une fourmis, non pas parce qu’ils ne comprennent pas, tout simplement cette attitude défaitiste et résigner de ne pas vouloir prendre conscience de la vie tout simplement.

  2. avatar

    Touchante analogie. Cet enfançon qui amplifie pour son regard des frémissements perdus sur l’horizon sans voir l’oiseau qu’il a sur la tête, c’est le cirque médiatique contemporain, qui passe à côté des crises sociales cruciales qui lui picorent le ciboulot en braquant constamment ses unilatérales jumelles sur les mêmes appeaux accrocheurs du tout venant typant.

    Paul,

    Bonjour, c’est du presque sublime à la lecture des 1eres lignes.
    La question qui peut se poser ne sommes nous pas tous des enfants ignorés par les puissances bancaires qui vident la capacité de création que nous portons en nous

    A lire la réaction de cette toute petite analyse, merci

    Amicalement,

    Le Panda

    Patrick Juan

  3. avatar

    Je suis bien content que vous traitiez ici en termes élégants, avec le décorum et tout le sérieux que cette question mérite, de l’outrecuidance des communicateurs à gages des médias qui imposent LEUR vision et LEURS priorités au débat de société. Un débat qui sans eux porterait tout naturellement vers ce qui préoccupe VRAIMENT les gens, et se mettrait au foyer sur la paix, la sécurité, le bien être, les vicissitudes de leur quotidien…

    J’ai parfois réagi aussi, à ma façon plus cavalière – en « démotique », si on peut dire – aux voiles si peu innocents qu’on jette sur nos problèmes et que vous dénoncez aujourd’hui. La concordance me semble assez frappante pour qu’elle vaille d’être soulignée, puisqu’elle corrobore tous et chacun des cinq (5) points que vous soulevez… !

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/04/23/durban-ii-quand-israel-me-les-casse/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/064-tiens-si-on-virait-le-concierge…/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/09/19/corruption-a-quebec-et-l’exemple-de-jesus/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/09/26/jacques-duchesneau-et-les-faiseurs-de-rois/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2010/03/26/la-politique-comme-jeu-de-societe/

    PJCA

  4. avatar

    Ouf!!! Mon cher Paul Laurendeau, ça m’a fait un bien énorme de te lire!!!

    Je suis littéralement vidé de toutes les réactions négatives qui m’habitaient parce que je manquais de « ta culture » pour les expulsées sans me mettre à tempêter et même, me mettre à sacrer comme un charretier.

    Donc je les expulsais peu à peu au moyen de sarcasmes ou de descriptions de la débilité à laquelle j’assiste tous les jours.

    Te lire m’a fait le plus grand bien.

    Merci

    Amicalement

    André Lefebvre