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Les ?lites de Detroit d?clarent que ? l?eau n?est pas un droit social ?

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Les coupures d?eau ? des dizaines de milliers d?habitants de Detroit ont attir? l?attention nationale et internationale. Les sc?nes de jeunes m?res, d?enfants, de personnes ?g?es, de travailleurs malades et ? faible revenu priv?s d?eau potable, pour se laver et cuisiner ? dans ce qui est cens? ?tre le pays le plus riche au monde ? ont provoqu? ?tonnement et r?pulsion.

Cette politique barbare est devenue une question politique majeure ? Detroit. La semaine derni?re, un juge f?d?ral supervisant la proc?dure de faillite de la ville s?est plaint que les coupures d?eau produisaient ??beaucoup de col?re?? et donnaient ? Detroit ??toute une r?putation, non seulement dans le pays, mais dans le monde entier??.

L?opposition produite par les coupures d?eau, a-t-il pr?venu, pourrait menacer le plan de la ville d?imposer des r?ductions profond?ment impopulaires sur les pensions des employ?s municipaux et dans les prestations de soins de sant?.

La condamnation quasi universelle, accompagn?e d?accusations de l?ONU selon lesquelles les coupures d?eau sont une violation des droits de l?homme internationaux, n?a pas entra?n? de changement dans la politique. Dans une interview publi?e jeudi dernier dans le Detroit News, le gestionnaire non ?lu de la ville, Kevyn Orr, a d?fendu les coupures d?eau.

??J?appuie tout ? fait la d?cision des commissaires du Conseil du service d?aqueduc municipal de faire comme tous les autres services publics r?glement?s font aux ?tats-Unis. Si vous consommez de l?eau, vous devez la payer??, a d?clar? Orr au Detroit News.

Orr se moque de l???hyst?rie selon laquelle nous coupons l?eau ? des dizaines de milliers de personnes??, soutenant que ??moins de cinq pour cent?? de ceux qui voient leur eau coup?e ??avaient des besoins l?gitimes??. Il calomnie les victimes de cette politique inhumaine en les qualifiant de ??toxicomanes, de squatters, de fraudeurs et de profiteurs du syst?me??. Ces personnes, insiste-t-il, n?ont pas droit ? ??des services gratuits??.

Orr r?p?te le mensonge que les ??fraudeurs?? sont ? l?origine de la hausse des taux des clients payants. En fait, le service d?aqueduc municipal a admis que la hausse des taux ? qui ont bondi de 120 pour cent au cours de la derni?re d?cennie ? est principalement due ? la disparition du financement f?d?ral pour r?parer le r?seau d?aqueduc v?tuste et au co?t ?lev? du service de la dette. Cinquante cents sur chaque dollar de revenus vont en effet directement aux banques de Wall Street et aux riches obligataires qui utilisent le syst?me d?aqueduc de la municipalit? comme une vache ? lait.

Derri?re tous ces mensonges et ce cynisme, le message est clair?: les gens n?ont pas le droit ? l?eau, pas plus qu?ils ne l?ont pour la nourriture, le logement, les soins de sant? ou tout autre besoin vital. Aux ?tats-Unis capitalistes, si vous ne payez pas pour quelque chose, m?me quelque chose d?aussi essentiel que l?eau, vous devez vous en passer.

Cette perspective brutale de la classe dirigeante am?ricaine a ?t? explicit?e par Nolan Finley, le chroniqueur de droite du Detroit News, dont la chronique jeudi dernier ?tait intitul?e?: ??There is no right to free water?? (L?eau gratuite n?est pas un droit).

Finley est depuis longtemps un porte-parole sans vergogne des int?r?ts corporatifs et financiers qui dominent Detroit. Il a d?j? appel? ? la destruction de la ??mentalit? des ayants droit?? dans la ville ? c?est-?-dire le point de vue selon lequel les travailleurs ont droit ? des salaires, des pensions et des soins de sant? d?cents. Il y a deux ans, il a d?clar? que ??la d?mocratie a ?chou? ? Detroit et a appel? ? l?intervention d?un ??dictateur ? court terme?? (incarn? plus tard en la personne de Kevyn Orr) pour ??cr?er un mod?le d?exploitation durable??.

Cherchant une autorit? sup?rieure pour justifier la politique inhumaine des coupures d?eau, Finley se tourne vers l?Ancien Testament, ?crivant dans sa chronique la plus r?cente?: ??Depuis qu?Adam et ?ve ont ?t? chass?s du paradis, les gens ont consacr? l?essentiel de leur ?nergie et de leur labeur ? satisfaire leurs besoins de base en nourriture, en eau, en v?tements et en abri. C?est l? l?origine du travail ? vous ?tes affam?, vous avez soif, vous avez besoin de v?tements d?cents et d?un toit sur votre t?te?? Vous devez donc vous lever le matin et faire quelque chose de constructif.??

Avec une arrogance et un m?pris ?hont?s pour la population, Finley accuse les r?sidents de gaspiller leur argent pour des t?l?phones cellulaires et la t?l?vision par c?ble. Apr?s que l?eau leur ait ?t? coup?e, affirme-t-il, de nombreux m?nages ont pay? leurs factures??, sugg?rant du coup qu?ils auraient pu les payer s?ils avaient voulu. Ce qui se passe ? Detroit, a-t-il d?clar?, ce n?est pas une crise humanitaire, mais bien une r?organisation forc?e des priorit?s.??

Or il ne fait aucun doute que de nombreux r?sidents ont d? cesser d?acheter de la nourriture, des m?dicaments et d?autres n?cessit?s quotidiennes pour obtenir le r?tablissement de leur eau courante. Des milliers d?autres personnes cependant continuent de vivre sans eau, transportant des seaux depuis les maisons de leurs voisins ou les bouches d?incendie, ou sont d?pendantes de bouteilles d?eau distribu?es par des b?n?voles.

Selon l??lite patronale et financi?re et leurs sbires politiques et m?diatiques comme Orr et Finley, les travailleurs n?ont pas de droits sociaux. Les pensions, les soins de sant?, l??ducation publique, l?acc?s ? la culture ne doivent ?tre disponibles qu?? ceux qui peuvent se le permettre. Si les capitalistes pouvaient privatiser l?air que les gens respirent, l?air ne serait pas un droit selon eux.

Les coupures d?eau ? Detroit font partie d?un processus national et international dans lequel les gains obtenus par plus d?un si?cle de lutte par la classe ouvri?re sont d?truits. Ce processus s?inscrit dans le vaste transfert des richesses entre les mains des super-riches. Que ce soit ? Detroit, ? Ath?nes ou ? Madrid, des centaines de milliers d?enseignants, de pompiers, de travailleurs des transports en commun et autres du secteur public sont en train de perdre leurs emplois et de se faire voler leurs pensions pour rembourser les banques responsables de la crise financi?re de 2008.

La faillite de Detroit est utilis?e pour mener cette attaque aux ?tats-Unis. Le dictateur financier Orr et le tribunal f?d?ral des faillites ont cr?? un pr?c?dent pour l??visc?ration des prestations de retraite garanties par la Constitution, tout en vendant et en privatisant l?eau, l??clairage des rues, les mus?es d?art, les parcs et autres biens appartenant ? l??tat.

Les r?sidents ? faible revenu sont chass?s de la ville, alors que Orr met en ?uvre un plan pour essentiellement fermer des pans entiers de Detroit qui sont consid?r?s comme trop pauvres pour ?tre attrayants pour les investissements. Pendant ce temps, des centaines de millions de dollars sont remis en subventions ? des promoteurs immobiliers qui accaparent les terrains et les immeubles pour quelques cents. C?est ?? la ??r?organisation des priorit?s?? que pr?conise Finley.

Finley dirigeait ses plaintes contre une manifestation pr?vue par Netroots vendredi. La manifestation co?ncidait avec une conf?rence organis?e en fin de semaine derni?re ? Detroit par une coalition de membres du Parti d?mocrate, de permanents syndicaux, de publications comme le magazine The Nation et d?autres organisations orient?es vers les d?mocrates. Netroots cherche ? d?tourner l?attention de la responsabilit? des d?mocrates qui dirigent Detroit, dont Orr m?me qui est d?mocrate. Les coupures d?eau sont en fait une politique bipartite, et la restructuration de Detroit b?n?ficie du plein soutien tant d?Obama que des deux partis bourgeois.

De fa?on significative cependant, la cible r?elle de la chronique de Finley est une position qu?aucune section de l?establishment politique, y compris les groupes organisateurs du rassemblement de vendredi, ne soul?ve, ? savoir que l?eau est un droit social, librement accessible ? tous. Ce que Finley et la classe dirigeante dans son ensemble craignent, c?est que la r?clamation de ces droits devienne un cri de ralliement d?un mouvement de masse, et que les travailleurs en viennent ? comprendre que ces droits sont incompatibles avec le syst?me capitaliste.

En conclusion de son ?ditorial, le chroniqueur ?crit?: ??Les bons citoyens charitables ne se sont jamais oppos?s ? ce que l?on aide leur prochain incapable de prendre soin de lui m?me. Mais ils n?ont naturellement pas vraiment envie de porter sur leur dos ceux qui choisissent de c?der ? leurs d?sirs avant de pourvoir ? leurs besoins.??

Ici Finley en dit peut-?tre plus qu?il ne le veut, car les vrais ??fraudeurs??, ce ne sont pas les travailleurs de Detroit, mais bien les parasites financiers pour qui il parle. C?est cette couche sociale que les travailleurs ne peuvent plus se permettre de ??porter sur leur dos??. Cette politique scandaleuse, inhumaine et barbare dict?e par Orr, Finley et leurs co-conspirateurs politiques, ne fait que rendre ce fait encore plus clair.

Jerry White

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