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Les ?glises du Qu?bec, un patrimoine ? r?inventer

Il ne se passe pas un mois sans que la conversion d’un lieu de culte ne fasse l’objet de controverse. On a qu’? penser ? la conversion de l’?glise Saint-Jean-de-la-Croix en condominiums ou celle avort?e du monast?re du Mont-Carmel. La proportion de la population fr?quentant l’?glise a dramatiquement diminu?e au cours des trente derni?res ann?es, ce qui laisse en plan les nombreuses, et souvent gigantesques, ?glises du Qu?bec. Mark Twain n’avait-il pas d’ailleurs qualifi? Montr?al de « ville aux cent clochers » ? Cette situation force ? poser la question du patrimoine religieux, de ce qui doit ou ne doit pas ?tre pr?serv?.

Dans « Les ?glises du Qu?bec, un patrimoine ? r?inventer » ( NOPPEN, L. et MORISSET, L. (2005), Les églises du Québec, un patrimoine (…)), Lucie K. Morisset (historienne de l’art et professeure titulaire ? l’UQAM) et Luc Noppen (Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain et directeur de l’Institut du Patrimoine) dressent un portrait du contexte de la patrimonialisation des lieux de culte de la province. Le livre, qui regorge de photographies d’?glises, cite de nombreux exemples et s’?tend (trop ?) en notes de bas de page, constituera sans doute une r?f?rence pour ce qui est de la question du patrimoine religieux.

La probl?matique se d?cline en trois id?es qui pr?sident actuellement ? la sauvegarde des lieux de culte :

« 1) ? la suite de la d?saffectation par la client?le et les desservants, la fermeture des ?glises mettrait en p?ril le patrimoine religieux d’autant que 2) le caract?re priv? des propri?t?s en question pr?vient une appropriation collective que 3) l’insuffisance des fonds disponibles, de toute fa?on, contingente s?rieusement. »

Selon les auteurs, les ?glises appartiennent aux paroissiens et ? leurs h?ritiers, qui ont pay? leur construction gr?ce ? la d?me. La vente de feu ? laquelle s’adonne l’?glise se fait donc sur le dos des bailleurs de fonds – les paroissiens – qui lors de la vente perdent leur investissement et le peu de pouvoir de d?cision qu’il leur restait. De plus, l’?glise a b?n?fici? d’un ?norme levier en forme d’exemptions fiscales pour faciliter l’?rection des lieux de culte. Depuis, en raison du d?part des pratiquants, l’?glise est devenue un ?norme gouffre financier o? l’?tat engloutit des sommes importantes afin d’en assurer la subsistance. Ces subventions servent bien souvent ? la pastorale plut?t qu’? la r?fection des b?timents, ce que Morisset et Noppen qualifient de blanchiment d’argent : « on reconvertit de l’argent patrimonial en argent pastoral ». Il y a « enreligiosement » des fonds publics.

Les deux professeurs de l’UQAM s’attaquent aussi ? la Fondation du patrimoine religieux, cr?e dans les ann?es 1990 par le gouvernement du Qu?bec. La forte proportion de repr?sentants de l’?glise y si?geant, la fa?on de mesurer le patrimoine comme une op?ration comptable, le financement douteux et les conflits d’int?r?ts mis au jour au sein de la Fondation permettent aux auteurs de conclure en l’?chec de l’initiative, en mentionnant toutefois que la cr?ation de l’inventaire des lieux de culte reste un outil fort utile.

Il faut pr?ciser, comme le font Morisset et Noppen, que le patrimoine est une repr?sentation :

« Savoir quoi choisir requiert, en ce sens, d’identifier qui formule le patrimoine, puisqu’une repr?sentation est toujours sous-tendue par une autre : le patrimoine rend l’image de ce que nous sommes, parfois de ce que nous voulons devenir […] La patrimonialisation donne une signification, depuis ce que nous sommes, ? ce qui, dans le pass?, ? ?t? autre chose. Or, ce que nous sommes, ce que sont les Qu?b?cois « fiers de leur patrimoine » n’est certainement plus catholique, et de moins en moins croyant ».

En ce sens, ils d?finissent diff?rents types de patrimoine, tributaire de ceux qui l’ont d?cr?t? : patrimoine d’?tat, de proximit?, d’experts, de groupes de pression ou d’urbanistes. Il conviendrait donc que le patrimoine soit d?termin? dans une plus large mesure par les citoyens afin qu’il reste le reflet de ces derniers, qui l’on construit et qui le vivent.

Dans l’?valuation du patrimoine, il convient de voir ? la valeur d’?ge, d’art, de position, de mat?rialit? et d’usage. Or comme le d?montrent les auteurs, les ?glises ne survivront pas gr?ce au tourisme et l’on ne peut les consid?rer (dans la plupart des cas) uniquement comme des monuments. Pour cette raison, il convient d’admettre la primaut? de la valeur d’usage et se r?soudre ? r??valuer leur utilisation, id?alement communautaire. Il a ?t? prouv? que la transformation en condos n’est pas une solution viable, et on ne veut pas voir des aberrations, comme aux ?tats-Unis, o? certaines ?glises ont ?t? converties en McDonald’s ou Subways. Biblioth?ques, gymnases ou centres communautaires seraient des avenues beaucoup plus int?ressantes. Dans tous les cas, il faut, selon Morisset et Noppen, voir l’avenir des ?glises dans la multifonctionnalit?. C’est que « dans la mesure o? la pratique religieuse requiert maintenant rarement plus que l’espace du choeur, l’am?nagement de l’?glise peut aussi faire appel, non pas ? une solution, mais ? plusieurs ».

En d?finitive, seuls 40% des ?glises pourront ?tre conserv?es intactes. Les auteurs proposent donc de se servir des produits de la disposition des autres 60% pour financer la survie des premi?res, et ce, gr?ce ? la cr?ation d’une fiducie qui g?rera le tout dans l’int?r?t de la collectivit?. Or pour en arriver l?, il faudra un courage politique qui fait souvent d?faut ? nos gouvernants…

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