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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
14 mai 2009 |
2 commentaire(s) |
vu 907 fois Le front commun syndical fait beaucoup jaser la droite. On a encore une fois droit à toute la litanie de préjugés qui animent une partie du discours social face au syndicalisme depuis deux décennies. De nombreux éditorialistes, si enclins à se réclamer du vrai monde malgré leurs mirobolants salaires, deviennent soudainement d’intrépides propagandistes acharnés pourfendeurs du syndicalisme et de la classe moyenne qu’il représente.
Préjugé 1: Les syndicats font de la démagogie
Cette opinion est véhiculée notamment par Luc Lavoie. L’ancien porte-parole de Quebecor et attaché politique de Brian Mulroney a écrit:
Il est à peu près temps que le gouvernement retire le droit de grève dans les secteurs publics et d’ici là, il serait grand temps que les chefs syndicaux cessent leur démagogie. Le mélodrame qu’ils sont en train d’enclencher aura encore une fois pour victimes, les citoyens du Québec.
Qu’est-ce que la démagogie? Selon Wikipedia, il s’agit de « l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la vérité ». Concernant le Front commun, le discours des dirigeants est clair et sans ambiguïté. Je dirais même honnête: le but est de simplifier la négociation et de pouvoir obtenir un meilleur rapport de force pour aller chercher un rattrapage salarial. Démagogie? Pas du tout.
Par contre, le texte de M. Lavoie est lui-même démagogique. En réclamant l’interdiction du droit de grève dans les secteurs publics (pourquoi pas le retour du fouet tant qu’à y être?), c’est précisément lui qui crée le mélodrame qu’il essaie maladroitement de dénoncer. C’est son discours qui cherche à s’attirer les faveurs du petit peuple en opposant ce dernier aux salariés qui profiteront de ce Front commun. C’est lui, le démagogue.
Préjugé 2: Leurs demandes sont irresponsables à cause de la crise
Cette opinion est appuyée notamment par André Pratte dans son énième texte antisyndical.
On sait déjà que les finances du gouvernement du Québec seront dans le rouge pour au moins quatre ans. Comment les syndiqués du secteur public peuvent-ils espérer convaincre les contribuables d’augmenter le déficit (et la dette) de l’État québécois dans le seul but d’améliorer leurs conditions de vie? La revendication me paraît irresponsable.
Nous sommes dans une profonde récession, personne ne peut le nier. Et c’est précisément pour cette raison qu’il importe que l’État relance la demande en augmentant ses dépenses. Il ne s’agit pas de générosité ou d’altruisme, mais simplement d’une nécessité afin de permettre de se sortir de ce marasme. C’est en dépensant que les États-Unis se sont sortis de la grande crise des années 30, et la recette n’a pas changé depuis.
En effet, quand on augmente le salaire de quelqu’un, on l’incite à consommer davantage. Cette personne fait rouler l’économie et paie davantage d’impôts. Pourquoi accepte-t-on que nos gouvernements donnent des millions, voire des milliards de nos impôts à de grosses corporations alors qu’on pourrait contribuer à relancer l’économie sur le plan local?
Le Québec fait partie des régions les moins touchées par la crise en Amérique du Nord. C’est précisément grâce à son fort secteur public assurant une stabilité de la demande à un moment où beaucoup perdent leurs emplois. Augmenter le salaire de ces employés n’est donc qu’un moyen supplémentaire de contribuer à la relance de notre économie.
Préjugé 3: 11,25%, c’est trop
Il s’agit d’un autre préjugé assez répandu. Pourtant, ces demandes sont très raisonnables. Avec une inflation de 2% par année pendant trois ans, la véritable augmentation est plutôt de 5,25%. La dernière enquête sur la rémunération des salariés de l’Institut de la statistique du Québec montre que les salaires des employés représentés par le Front commun sont de 15,6% inférieurs à leurs homologues syndiqués du privé. Si on désirait un vrai rattrapage, il faudrait plutôt exiger 21,4% d’augmentation. En ce sens, les demandes sont plus que raisonnables!
Les préjugés ont la peau dure. À lire certains chroniqueurs (Richard Martineau, Luc Lavoie, etc.) on a l’impression que ceux-ci sont restés figés dans les années 1980. S’il y a eu quelques abus par le passé de la part du mouvement syndical, les présentes revendications sont très honnêtes et permettraient non seulement de consolider notre classe moyenne, mais également de relancer la demande, et donc notre économie.
La classe moyenne représente le coeur et l’âme d’une nation développée. Va-t-on laisser quelques éditorialistes grassement payés nous diviser et s’attaquer ainsi à ce que nous avons de plus précieux?
Classe moyenne et syndicalisme vont main dans la main. S’attaquer à un c’est s’en prendre à l’autre. Je l’avais déjà écrit dans mon texte au sujet de la classe moyenne:
Aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de près de 35% il y a quelques décennies à seulement 13% aujourd’hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la « drouate », on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d’achat en général. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit.
En effet, les revenus réels nets du cinquième des foyers les plus pauvres ont crû de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augmenté de 15% en moyenne sur la même période. Au contraire, pour le cinquième le plus riche, la croissance a été de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l’augmentation moyenne des revenus a été de près 111%. Tout ceci au même moment où la productivité augmentait de près de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 à 15,23$ en 2004.
Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n’a pas profité à la classe moyenne, loin de là. Les écarts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentués et la hausse de la productivité n’a pas le moindrement profité aux travailleurs. On a plutôt assisté à une désintégration sociale caractérisée par un appauvrissement marqué des plus pauvres et un enrichissement très important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s’est déchiré entre la majorité vers le bas et une minorité vers le haut.
Il serait peut-être temps de comprendre et d’accepter que si les syndicats représentent avant tout leurs membres, c’est toute la société qui profite de chacune des avancées du mouvement syndical. C’est précisément parce que nous sommes en pleine crise économique qu’il s’agit de s’assurer d’une redistribution optimale de la richesse. Et le Front commun et les 475 000 membres qu’ils représentent en constituent le parfait véhicule.
Texte originalement publié ici.
Je serais bien curieux d’avoir votre opinion au sujet de la capacité de payés des Québécois. On évalue à 3 milliards de dollars la valeur des augmentations de salaires. L’état est constamment en déficit. Seriez-vous pour des hausses d’impôts ou on le met tout simplement sur la carte de crédit ? La prochaine génération se démerdera !!
Quand vous comparez les salaires des syndiqués du public et du privé, vous omettez un facteur très important qui vaut beaucoup : la sécurité d’emploi. Un syndiqué du privé incompétent est tout simplement renvoyés sans discutions et si son employeur décide de plier bagage ailleurs dans le monde, il perd son emploi tout simplement. Les fonctionnaires et les syndiqués du réseau public et para-public n’ont pas ces contraintes. Combien vaut cette sécurité à vos yeux ?
Vous parlez du réseau public comme d’un rempart contre la crise économique. Idéalement, il y aurait 4 millions de fonctionnaires mais il faut comprendre que c’est la production de bien et service des gens du privé qui créer de la richesse qui permet de s’offrir des services publiques. Si la crise frappe cette création de richesse, il est inévitable que les services publics soient touchés. Vous parler de l’injection massive de fonds comme aux Etats-Unis pour se sortir de la crise. Dans 2-3 ans, il y aura une énorme inflation. Cette inflation fera augmenter le cout de la vie puis il y aura de nouvelles demandes syndicales énormes pour combler l’inflation. C’est encore les gens qui ont des salaires fixes non-indexés et les gens du privés à salaires non-indexés qui vont payés.
Vous faites références au 1/5 le plus pauvre pour dire qu’ils se sont appauvris aux Etats-Unis. Je ne veux pas vous contredire mais les syndiqués du secteur publiques québécois sont très loin d’être dans cette catégorie. Un col bleu gagne 55 000 $ en moyenne sans aucune formation, un policier gagne 65 à 70 000 $ et ainsi de suite. Avec ces salaires au Québec, vous faites partie du 40 % les plus riches. Les vrais pauvres sont ceux qui occupent des emploi mal rémunérés et précaires que les syndicats ignorent puisque leurs cotisations seraient trop petites. Ces travailleurs seront les premiers à être pénalisés par des demandes exagérés de syndiqués grassement payés puisqu’ils n’auront pas plus de service mais verront leur salaire constamment réduit en comparaison de l’ensemble. Si au moins les syndiqués du publique proposait d’améliorer leur productivité ou de modifié les conventions pour privilégier la compétence sur l’ancienneté en échange de hausse de salaire, le service s’améliorerait réellement pour la collectivité. Leur demande est purement égoïste et elle est faite sur le couvert de collectivisme.
Bonne journée et pardonnez la faiblesse du langage.
13:02, le Samedi 16 mai 2009Je suis bien d’accord avec la mise au point de Francois Aubin.
@Louis
> C’est lui, le démagogue.
il fait contre poids à une autre démagogie.
> Il serait peut-être temps de comprendre et d’accepter que si les syndicats représentent avant tout leurs membres, c’est toute la société qui profite de chacune des avancées du mouvement syndical.
oui
C’est pas aussi simple et mécanique. S’ils sont trop faible, le patronat en profite s’ils sont trop fort dans les services publics c’est l’ensemble des contribuables qui en patissent sans avoir nécessairement un service de qualité. L’équilibre n’est pas facile a trouver ni l’équilibre budgetaire.
Le policier qui met sa sirene pour un stop éffectué « à l’américaine » et percevoir un impot indirect pour la ville, je ne souhaite pas vraiment le rémunerer à 70 K$.
En France, le policier de base doit gagner la moitié.
08:39, le Mardi 2 juin 2009Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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