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Les ?ditorialistes contre la classe moyenne

Le front commun syndical fait beaucoup jaser la droite. On a encore une fois droit ? toute la litanie de pr?jug?s qui animent une partie du discours social face au syndicalisme depuis deux d?cennies. De nombreux ?ditorialistes, si enclins ? se r?clamer du vrai monde malgr? leurs mirobolants salaires, deviennent soudainement d’intr?pides propagandistes acharn?s pourfendeurs du syndicalisme et de la classe moyenne qu’il repr?sente.

Pr?jug? 1: Les syndicats font de la d?magogie

Cette opinion est v?hicul?e notamment par Luc Lavoie. L’ancien porte-parole de Quebecor et attach? politique de Brian Mulroney a ?crit:

Il est ? peu pr?s temps que le gouvernement retire le droit de gr?ve dans les secteurs publics et d’ici l?, il serait grand temps que les chefs syndicaux cessent leur d?magogie. Le m?lodrame qu’ils sont en train d’enclencher aura encore une fois pour victimes, les citoyens du Qu?bec.

Qu’est-ce que la d?magogie? Selon Wikipedia, il s’agit de ? l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et d?naturant la v?rit? ?. Concernant le Front commun, le discours des dirigeants est clair et sans ambigu?t?. Je dirais m?me honn?te: le but est de simplifier la n?gociation et de pouvoir obtenir un meilleur rapport de force pour aller chercher un rattrapage salarial. D?magogie? Pas du tout.

Par contre, le texte de M. Lavoie est lui-m?me d?magogique. En r?clamant l’interdiction du droit de gr?ve dans les secteurs publics (pourquoi pas le retour du fouet tant qu’? y ?tre?), c’est pr?cis?ment lui qui cr?e le m?lodrame qu’il essaie maladroitement de d?noncer. C’est son discours qui cherche ? s’attirer les faveurs du petit peuple en opposant ce dernier aux salari?s qui profiteront de ce Front commun. C’est lui, le d?magogue.

Pr?jug? 2: Leurs demandes sont irresponsables ? cause de la crise

Cette opinion est appuy?e notamment par Andr? Pratte dans son ?ni?me texte antisyndical.

On sait d?j? que les finances du gouvernement du Qu?bec seront dans le rouge pour au moins quatre ans. Comment les syndiqu?s du secteur public peuvent-ils esp?rer convaincre les contribuables d?augmenter le d?ficit (et la dette) de l??tat qu?b?cois dans le seul but d?am?liorer leurs conditions de vie? La revendication me para?t irresponsable.

Nous sommes dans une profonde r?cession, personne ne peut le nier. Et c’est pr?cis?ment pour cette raison qu’il importe que l’?tat relance la demande en augmentant ses d?penses. Il ne s’agit pas de g?n?rosit? ou d’altruisme, mais simplement d’une n?cessit? afin de permettre de se sortir de ce marasme. C’est en d?pensant que les ?tats-Unis se sont sortis de la grande crise des ann?es 30, et la recette n’a pas chang? depuis.

En effet, quand on augmente le salaire de quelqu’un, on l’incite ? consommer davantage. Cette personne fait rouler l’?conomie et paie davantage d’imp?ts. Pourquoi accepte-t-on que nos gouvernements donnent des millions, voire des milliards de nos imp?ts ? de grosses corporations alors qu’on pourrait contribuer ? relancer l’?conomie sur le plan local?

Le Qu?bec fait partie des r?gions les moins touch?es par la crise en Am?rique du Nord. C’est pr?cis?ment gr?ce ? son fort secteur public assurant une stabilit? de la demande ? un moment o? beaucoup perdent leurs emplois. Augmenter le salaire de ces employ?s n’est donc qu’un moyen suppl?mentaire de contribuer ? la relance de notre ?conomie.

Pr?jug? 3: 11,25%, c’est trop

Il s’agit d’un autre pr?jug? assez r?pandu. Pourtant, ces demandes sont tr?s raisonnables. Avec une inflation de 2% par ann?e pendant trois ans, la v?ritable augmentation est plut?t de 5,25%. La derni?re enqu?te sur la r?mun?ration des salari?s de l’Institut de la statistique du Qu?bec montre que les salaires des employ?s repr?sent?s par le Front commun sont de 15,6% inf?rieurs ? leurs homologues syndiqu?s du priv?. Si on d?sirait un vrai rattrapage, il faudrait plut?t exiger 21,4% d’augmentation. En ce sens, les demandes sont plus que raisonnables!

Les pr?jug?s ont la peau dure. ? lire certains chroniqueurs (Richard Martineau, Luc Lavoie, etc.) on a l’impression que ceux-ci sont rest?s fig?s dans les ann?es 1980. S’il y a eu quelques abus par le pass? de la part du mouvement syndical, les pr?sentes revendications sont tr?s honn?tes et permettraient non seulement de consolider notre classe moyenne, mais ?galement de relancer la demande, et donc notre ?conomie.

La classe moyenne repr?sente le coeur et l’?me d’une nation d?velopp?e. Va-t-on laisser quelques ?ditorialistes grassement pay?s nous diviser et s’attaquer ainsi ? ce que nous avons de plus pr?cieux?

Classe moyenne et syndicalisme vont main dans la main. S’attaquer ? un c’est s’en prendre ? l’autre. Je l’avais d?j? ?crit dans mon texte au sujet de la classe moyenne:

Aux ?tats-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est pass? de pr?s de 35% il y a quelques d?cennies ? seulement 13% aujourd?hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la ? drouate ?, on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d?achat en g?n?ral. Mais c?est exactement le contraire qui s?est produit.

En effet, les revenus r?els nets du cinqui?me des foyers les plus pauvres ont cr? de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augment? de 15% en moyenne sur la m?me p?riode. Au contraire, pour le cinqui?me le plus riche, la croissance a ?t? de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l?augmentation moyenne des revenus a ?t? de pr?s 111%. Tout ceci au m?me moment o? la productivit? augmentait de pr?s de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 ? 15,23$ en 2004.

Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n?a pas profit? ? la classe moyenne, loin de l?. Les ?carts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentu?s et la hausse de la productivit? n?a pas le moindrement profit? aux travailleurs. On a plut?t assist? ? une d?sint?gration sociale caract?ris?e par un appauvrissement marqu? des plus pauvres et un enrichissement tr?s important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s?est d?chir? entre la majorit? vers le bas et une minorit? vers le haut.

Il serait peut-?tre temps de comprendre et d’accepter que si les syndicats repr?sentent avant tout leurs membres, c’est toute la soci?t? qui profite de chacune des avanc?es du mouvement syndical. C’est pr?cis?ment parce que nous sommes en pleine crise ?conomique qu’il s’agit de s’assurer d’une redistribution optimale de la richesse. Et le Front commun et les 475 000 membres qu’ils repr?sentent en constituent le parfait v?hicule.

Texte originalement publi? ici.

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  1. avatar

    Je serais bien curieux d’avoir votre opinion au sujet de la capacité de payés des Québécois. On évalue à 3 milliards de dollars la valeur des augmentations de salaires. L’état est constamment en déficit. Seriez-vous pour des hausses d’impôts ou on le met tout simplement sur la carte de crédit ? La prochaine génération se démerdera !!

    Quand vous comparez les salaires des syndiqués du public et du privé, vous omettez un facteur très important qui vaut beaucoup : la sécurité d’emploi. Un syndiqué du privé incompétent est tout simplement renvoyés sans discutions et si son employeur décide de plier bagage ailleurs dans le monde, il perd son emploi tout simplement. Les fonctionnaires et les syndiqués du réseau public et para-public n’ont pas ces contraintes. Combien vaut cette sécurité à vos yeux ?

    Vous parlez du réseau public comme d’un rempart contre la crise économique. Idéalement, il y aurait 4 millions de fonctionnaires mais il faut comprendre que c’est la production de bien et service des gens du privé qui créer de la richesse qui permet de s’offrir des services publiques. Si la crise frappe cette création de richesse, il est inévitable que les services publics soient touchés. Vous parler de l’injection massive de fonds comme aux Etats-Unis pour se sortir de la crise. Dans 2-3 ans, il y aura une énorme inflation. Cette inflation fera augmenter le cout de la vie puis il y aura de nouvelles demandes syndicales énormes pour combler l’inflation. C’est encore les gens qui ont des salaires fixes non-indexés et les gens du privés à salaires non-indexés qui vont payés.

    Vous faites références au 1/5 le plus pauvre pour dire qu’ils se sont appauvris aux Etats-Unis. Je ne veux pas vous contredire mais les syndiqués du secteur publiques québécois sont très loin d’être dans cette catégorie. Un col bleu gagne 55 000 $ en moyenne sans aucune formation, un policier gagne 65 à 70 000 $ et ainsi de suite. Avec ces salaires au Québec, vous faites partie du 40 % les plus riches. Les vrais pauvres sont ceux qui occupent des emploi mal rémunérés et précaires que les syndicats ignorent puisque leurs cotisations seraient trop petites. Ces travailleurs seront les premiers à être pénalisés par des demandes exagérés de syndiqués grassement payés puisqu’ils n’auront pas plus de service mais verront leur salaire constamment réduit en comparaison de l’ensemble. Si au moins les syndiqués du publique proposait d’améliorer leur productivité ou de modifié les conventions pour privilégier la compétence sur l’ancienneté en échange de hausse de salaire, le service s’améliorerait réellement pour la collectivité. Leur demande est purement égoïste et elle est faite sur le couvert de collectivisme.

    Bonne journée et pardonnez la faiblesse du langage.

  2. avatar

    Je suis bien d’accord avec la mise au point de Francois Aubin.

    @Louis
    > C’est lui, le démagogue.

    il fait contre poids à une autre démagogie.

    > Il serait peut-être temps de comprendre et d’accepter que si les syndicats représentent avant tout leurs membres, c’est toute la société qui profite de chacune des avancées du mouvement syndical.

    oui
    C’est pas aussi simple et mécanique. S’ils sont trop faible, le patronat en profite s’ils sont trop fort dans les services publics c’est l’ensemble des contribuables qui en patissent sans avoir nécessairement un service de qualité. L’équilibre n’est pas facile a trouver ni l’équilibre budgetaire.

    Le policier qui met sa sirene pour un stop éffectué « à l’américaine » et percevoir un impot indirect pour la ville, je ne souhaite pas vraiment le rémunerer à 70 K$.
    En France, le policier de base doit gagner la moitié.