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Les drones, nous droguent-ils ? Une g?ostrat?gie nouvelle mais inqui?tante !

 

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Nicolas B?rdos-F?ltoronyi

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Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses propres rangs ? Comment s?curiser un territoire sans y envoyer de soldats ? Sans doute les drones pourraient-ils y contribuer, car les op?rateurs et les pilotes sont ? l?abri, ? distance, et op?rent par t?l?commande. En g?n?ral, les militaires se montrent ainsi favorables aux drones, parce que ceux-ci seraient fiables, endurants et pr?cis dans les localisations et les frappes. Les armes en question permettent un traitement des informations en temps r?el et, surtout, elles r?duisent radicalement les risques de pertes humaines, en tous cas du c?t? des attaquants. Or, aux yeux des militaires comme des politiques cela importe car ? notre ?poque les m?dias et opinions acceptent mal les morts des siens au combat. Depuis la guerre de Vi?tnam, c?est le principe de ? z?ro mort ?, du moins ce qui s?en av?re visible au grand public.

Les militaires se r?jouissent et les politiques sont soulag?s, alors que les juristes de droit international froncent leurs sourcils?et les pacifistes se lamentent?! Voici un r?sum? des attitudes. Ce ph?nom?ne que l?on appelle d?usage militaire, est de plus en plus intensif des avions sans pilotes (a?ronefs sans personnel, ou encore autrement dit ??drones??, ??faux bourdons?? en anglais). Ces avions correspondent ? des?a?ronefs?ou?des plateformes volantes?t?l?command?s?(voir annexes), contrairement ? des robots volants enti?rement automatis?s.
?Dans le commerce des jouets, on vend des petits avions l?gers que l?on peut diriger soi-m?me. On parlera alors de l?a?romod?lisme. Certes, ce n?est pas ce genre de jouet qui suscite autant d?int?r?t du grand public. Les drones qui nous pr?occupent essentiellement ici, sont ceux qui peuvent emporter une charge utile, destin?e ? des missions de surveillance, de renseignement, de transport ou surtout de combat de caract?re militaire. Ils semblent r?volutionner?l?art de la guerre.

???Dr?les de drones??[1]

?Un syst?me de drones comprend, outre le personnel sur terre ou mer, trois ?l?ments?:
??1) les plateformes volantes (bien s?r sans effectif),
??2) les stations au sol (les relais ou les centres de commandes) et
??3) les moyens de communication et de liaisons satellitaires.
Dans les diff?rents pays du monde, on assiste ? des d?veloppements vari?s mais rapides des syst?mes de drones. D?apr?s les militaires, leur usage n?est?pas encore totalement pens? ou pensable. En fait, on ne peut que difficilement mesurer et ?valuer les effets de ces d?veloppements sur l?art de la guerre, les politiques, les juristes ou l?opinion publique.
?Ces drones sont en g?n?ral utilis?s au service des forces arm?es ou de s?curit? tels que service secret, police, douane, etc. d’un Etat. La taille et la masse (de quelques grammes ? plusieurs tonnes) sont fonction des capacit?s op?rationnelles recherch?es. Le pilotage automatique ou ? partir du sol permet d’envisager des vols de tr?s longue dur?e, de l’ordre de plusieurs dizaines d’heures, ? comparer aux deux heures typiques d’autonomie d’un avion de chasse.
Un d?but d?essor des drones s?observait ? l??poque de la guerre de Cor?e et de la guerre de Vi?tnam, respectivement dans les ann?es 1950 et 1960. Plus tard, ce genre d?armes s?est surtout d?velopp? aux Etats-Unis d’Am?rique (EUA), puis Washington a op?r? un transfert?technologique en faveur d?Isra?l. Ce dernier est devenu avec le temps un fabricant, un exportateur et un utilisateur importants de drones ? c?t? de l?arm?e am?ricaine. En Europe, les drones ont ?t? utilis?s lors de l?agression am?ricaine contre la Serbie en 1999. L’utilisation de drones est aujourd’hui devenue courante, en Afghanistan, en Irak, en Corne d?Afrique ou en Isra?l. Il existe plusieurs types de drones?: des syst?mes de renseignement strat?giques aux drones de combat. Ceux-ci posent d?sormais des questions militaires, juridiques et politiques[2]?- en particulier lors de missions de combat de drones am?ricains contre n?importe qui g?nerait Washington.
?Tr?s approximativement, il existe actuellement quelque 15 000 drones ? usage militaire dans le monde, dont la moiti? est fabriqu?e, h?berg?e et utilis?e par les EUA. Ces derniers peuvent les lancer ? partir de leurs quelque 800 bases ? travers le monde ou ? partir de leurs navires dans les oc?ans. Cette concentration du secteur autant que la publicit? et les d?bats qui en sont faits avant tout dans ce pays expliquent que les consid?rations suivantes se concentreront sur les agissements de Washington et plus particuli?rement de l?administration d?Obama. En fait, celle-ci a institutionnalis? et d?velopp? l?usage des drones militaires. Il est vraisemblable que, comme de nombreux autres pays, la Russie ou la Chine fait aussi des efforts dans ce domaine.
Sans doute, Isra?l est-il particuli?rement actif dans ce secteur en tant que fabricant, client et surtout exportateur mais nous ne le traiterons pas ici de ce sujet, faute de donn?es suffisantes. Mentionnons simplement que ce pays est consid?r? comme le plus grand utilisateur de drones a?riens militaires, m?me si en nombre d?appareils les forces am?ricaines en poss?dent plus. Pour Isra?l, les drones permettent de disposer d?un r?seau de surveillance et de frappe presque permanent en Palestine et plus largement au Proche- et Moyen-Orient.
Avant aborder directement la probl?matique qui nous pr?occupe, voyons dans quel contexte elle se situe.

Quel contexte, pour quelle arme??

Les grandes puissances et les firmes multinationales ont de plus en plus tendance de?coloniser?le ??reste de l?univers?? disponible?: les profondeurs des mers, m?mes arctiques, et l’atmosph?re terrestre, ainsi que le cosmos cybern?tique ou virtuel. A d?faut de r?gulations ad?quates, ce ??reste de l?univers?? devient une jungle pour ces acteurs puissants et une source de guerres. Ces puissants ne souhaitent gu?re une r?gulation qui les freinerait dans leurs strat?gies, notamment dans le domaine de leurs approvisionnements en mati?res premi?res et ?nerg?tiques. Enfin, l?environnement subit une colonisation sauvage, sans r?gles ni loi (d?o? l??chec de Rio+20).
Cette sorte de colonisation est ? interpr?ter en fonction d?une s?rie d?autres ?volutions fondamentales. La donn?e de fond est sans soute le d?clin relatif des EUA, la consolidation de la Russie et l?av?nement laborieux mais r?el de l?UE, ainsi que le renforcement de la Chine et, dans une moindre mesure, de quelques autres pays.?La Chine op?re une expansion – apparemment ?conomique mais en r?alit? fort politique aussi – vers l?Asie du sud-est et centrale, vers l?Afrique et vers l?Am?rique latine. Les EUA assumant leur d?clin visent simultan?ment deux choses?: une zone de libre-?change des deux c?t?s de l?Atlantique qu?ils esp?rent dominer, ainsi que la substitution du bilat?ralisme o? ils peuvent encore s?imposer au multilat?ralisme ? la mode depuis la guerre 1939-1945 (d?o? l??chec de Doha de l?Organisation mondiale du commerce).
Le monde est devenu ipso facto multilat?ral ? l?instar de ce qu?il a ?t? pendant les derni?res d?cennies du 19e?si?cle. Nonobstant, le but des EUA d??tablir des zones de libre-?change est sans doute de ??vassaliser?? davantage l?UE ou le Japon sur le plan socio-?conomique?; sur le plan s?curitaire, ce serait d?j? r?alis?, ? d?faut d?une arm?e europ?enne ou japonaise proprement dite. Il en est de m?me pour ??encercler?? davantage la Chine et la Russie. Le Conseil des ministres de l?UE a approuv? le projet en juin 2013. Or, en fonction de cela et ? mon sens, l?UE aurait ?t? mieux inspir?e en renfor?ant son alliance strat?gique avec la Chine, face ? la Russie et surtout, pour d?autres raisons, face aux EUA.
Il convient enfin de se rappeler que faisant suite ? l?accord international de 1982 sur les ??zones ?conomiques exclusives?? (ZEE), les grandes ou moyennes puissances ont d?j? pu ?norm?ment ?tendre leurs territoires maritimes[3].?Ces territoires s??tendent sur 54 millions de km?, soit quelque 1/3 des surfaces maritimes en tant que?territoires d?outre-mer?contr?l?s ou ?ventuellement revendiqu?s. Ces territoires se composent avant tout d?innombrables ?les, archipels ou atolls, notamment dans le Pacifique. Leurs sous-sols contiennent ?norm?ment de mati?res premi?res et ?nerg?tiques.
Par l?usage intensif des drones entre autres, ces puissances peuvent surveiller et contr?ler ces territoires, y attaquer ou y d?truire quiconque et toute chose qui leurs paraissent inacceptables. Outre la mobilisation des multinationales priv?es de mercenaires[4], les ?coutes et les enregistrements clandestins des communications ? l??chelle mondiale compl?tent le programme de tentative de regagner une position dominante ou de garder un rang dans le concert des Nations.

Du point de vue militaire, est-ce une guerre efficace??

Lorsqu?on parle de drones, de quoi s?agit-il v?ritablement?? Les drones sont souvent des a?ronefs l?gers, sans personnel, donc ? peu de charge. Ils disposent d?une grande autonomie d?action tant dans la dur?e de vol que du fonctionnement. La plupart du temps, ils sont lanc?s et dirig?s ? partir d?une base terrestre ou d?un navire. Ils ne sont pas encore enti?rement automatis?s. Le guidage peut cependant aussi s?op?rer ? des milliers de kilom?tres, ? supposer que l?on dispose des satellites et de relais terrestres entre ceux-ci. Les drones utilisent, entr?autres, la propulsion ?lectrique par cellules solaires ou par pile ? combustible.
Les?drones d’observation, aujourd’hui les plus courants, ?quip?s de cam?ras normales et infrarouges, de radars, repr?sentent un ?l?ment important du renseignement tactique et strat?gique. Les?drones arm?s?permettent, eux, de r?duire au maximum la boucle bien connue des militaires?: ??Observation – Orientation – D?cision – Action??. Cette capacit? s?av?rerait particuli?rement efficace dans l?assassinat ? distance tel qu?il se pratique ? travers le monde par les EUA ou Isra?l. Contrairement ? l?administration de Bush II, celle d?Obama accepte les arguments militaires et d?s lors a largement recours ? l?usage de cette arme.
Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses propres rangs?? Comment s?curiser un territoire sans y envoyer de soldats?? Sans doute les drones pourraient-ils y contribuer, car les op?rateurs et les pilotes sont ? l?abri, ? distance, et op?rent par t?l?commande. En g?n?ral, les militaires se montrent ainsi favorables aux drones, parce que ceux-ci seraient fiables, endurants et pr?cis dans les localisations et les frappes. Les armes en question permettent un traitement des informations en temps r?el et, surtout, elles r?duisent radicalement les risques de pertes humaines, en tous cas du c?t? des attaquants. Or, aux yeux des militaires comme des politiques cela importe car ? notre ?poque les m?dias et opinions acceptent mal les morts des siens au combat. Depuis la guerre de Vi?tnam, c?est le principe de ??z?ro mort??, du moins ce qui s?en av?re visible au grand public.
De plus, les militaires appr?cient aussi que le drone puisse survoler un territoire ?tranger, sans grands risques politiques et diplomatiques. La distinction entre les non combattants et les combattants est ais?e. Enfin, les drones apparaissent attrayants, capables de voler longtemps et aptes ? effectuer, dans un d?lai tr?s bref, un raid dans la profondeur du dispositif des combattants ennemis.

Est-ce une guerre sans limite mais asym?trique??

En tant qu?engin militaire, les drones connaissent certaines limites?? leurs usages?:
– ils restent sensibles ? la m?t?orologie et ? l?a?rologie. Le nombre d?accidents s?av?re non n?gligeable?;
????-?les flux de communications dont ils d?pendent et qui leur assurent une grande efficacit? sont aussi un facteur de vuln?rabilit? face ? la possibilit? d?interf?rences?relativement ais?es?: des simples?- logiciels sont capables d?intercepter, brouiller et pirater des communications satellitaires?;
????-?ils agissent de mani?re relativement pr?visible et peuvent ?tre contr?s. Ainsi, par exemple, ils seraient fort vuln?rables aux rayons lasers. A court terme, la d?fense anti-drones devrait ?voluer,???tape de la ??lutte ?ternelle entre la lance et le bouclier???: des missiles air-air d’avions de combat, des missiles sol-air, capables de combattre des drones?;
????-?ils ne peuvent d?s lors op?rer impun?ment que dans le cadre d’une sup?riorit? a?rienne et technologique importante. Cette sup?riorit? serait assez fragile ? plus long terme?;
– enfin, dans la s?curisation d?un territoire, les drones ne peuvent intervenir qu?au titre d?observateurs ou d?exterminateurs mais ?chappent ? un contr?le v?ritable.
Beaucoup de ceux qui subissent la surveillance par drones et les attaques par ces derniers, expriment leur anxi?t? grandissante. Etre constamment regard?, observ? et surveill? d?en-haut/au-dessus de sa t?te? Le bourdonnement discret de cet avion sans pilote use les nerfs et ?puise l?esprit. Ne pas savoir quand on doit subir une attaque accentue l?anxi?t? lancinante et durable. Une personne qui subit le ph?nom?ne souligne?: ??les drones, c?est comme ?tre assis ? c?t? de quelqu?un qui joue avec un pistolet charg?. On redoute ? chaque instant que le coup parte??. De tous ceci r?sulte sans doute une accentuation de l?anti-am?ricanisme d?j? fort pr?sent dans les pays concern?s. L?usage des drones en tant qu?armes contre-insurrectionnelle risquent de cette fa?on d?amplifier au lieu de diminuer le risque d?insurrection.
A propos du ??terrorisme??, les militaires ou les politiques ont souvent ?voqu? le concept de ??conflits asym?triques?? dont l?illustration par excellence serait le bombardement des Deux Tours ? New York en 2001. Or, en Yougoslavie[5], en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie, ? Y?men, en Lybie ou au Mali, la soi-disant ??guerre anti-terroriste?? (les bombardements, les tortures et bien entendu l?usage des drones militaris?s) est bien plus asym?trique au vu des millions de victimes (tu?s, bless?s ou chass?s) qu?elle a occasionn?es.
Du reste, on imagine assez mal que Washington accepte que des drones d?un autre pays survolent par exemple New York ou San Francisco. C?est bien la guerre asym?trique o? on?meurt encore, mais d?un c?t? seulement. L?usage croissant des drones n?a fait qu?accentuer ce caract?re militairement asym?trique, ce qui soul?ve notamment des questions juridiques.

Quelques principes ou faits non av?r?s

Depuis les ann?es 1990, Washington a, d?abord implicitement puis explicitement, d?clar? la guerre au terrorisme. Le but en aurait ?t? triple?:
??????????1)??liminer ceux qu?il consid?rait comme les terroristes partout dans le monde,
??????????2)?contenir les conflits locaux pr?judiciables aux int?r?ts am?ricains et
??????????3) pr?server la s?curit? du peuple am?ricain.
Le premier correspond ? vouloir op?rer une substitution aux polices locales en sa propre faveur, alors que le second rejette tout respect de la souverainet? des diff?rents pays. Seul, le troisi?me para?t l?gitime, par contre. Mais, Washington suppose que le terrorisme soit organis? ? ?chelle mondiale sous le nom Al Qu?A?da. Or, rien ne prouve que cela soit exact.
Il serait insupportable aux EUA de savoir que quel que soit l?endroit, des terroristes ou du moins ce que Washington consid?re comme tels, restent en vie. Pour ce dernier, il faut les ?liminer par drones ? co?ts bas. Politiquement, cette mani?re d?agir para?t d?ailleurs plus indiquer qu?arr?ter et d?tenir des terroristes suspects. Enfin, il vaut mieux recourir aux drones qu?envahir un territoire ?tranger et violer la souverainet? d?un pays. Or, si l?on admettait tous ces arguments, les quelques 200 Etats dans le monde pourraient potentiellement se comporter de la m?me fa?on. Vers quoi irions-nous??
Quel que soit le principe, Obama admet avoir fait assassiner, sans jugement ni l?gitimit?, par des centaines de frappes, plus de 3 000 personnes, sans compter le nombre des ??victimes collat?rales?? (non combattants et enfants) dont le nombre serait faible selon l?administration. Quelle que soit la v?rit?, beaucoup s?inqui?tent plus fondamentalement que l?utilisation d?un outil ne deviennent une strat?gie en soi, strat?gie qui se substituerait ? une v?ritable strat?gie nationale. Quant aux co?ts bas, rien ne les confirme comme l?exemple r?cent de l?Allemagne le montre. Pour quelques 16 drones de combat[6], ce pays s?est engag? dans un programme de plus d’un milliard d’euros, soit ? 63 millions la pi?ce. Il a d? y renoncer pour des raisons techniques, voire budg?taire.
Washington b?n?ficierait de la complicit? tacite de beaucoup de ses alli?s, notamment de celle des dirigeants pakistanais mais aussi celle de l?Europe. M?me, il aurait proc?d? ? de ??tueries?par d?l?gation et de bienveillance?? ? la demande de ces dirigeants. Que ce soit vrai ou faux, il reste qu?il s?agit d?assassinats par un Etat, aucunement justifi?s, sauf par ces initiateurs. Pour ces derniers, ces assassinats seraient m?me justifi?s au titre de pr?vention ou parfois par pr?emption. Il suffit que Washington attribue ? telle ou telle personne dans le monde une simple ??propension ? la violence?? et croit pouvoir en emp?cher l?accomplissement pour que l?assassinat s?impose. Or, la majorit? de l?humanit? a une telle propension, qu?elle surmonte par soi-m?me ou sous la contrainte. Il n?en r?sulte aucun droit de tuer.

Des interrogations des juristes du droit international

?D?aucuns envisagent de r?guler l?usage des drones pour les assassinats et c?est ce que pr?tend l?administration d?Obama depuis peu. L?usage serait limit? aux cas o?
?- le danger d??tre attaqu? s?av?re imminent,
?- la personne soup?onn?e et ses aides (familles, coll?gues, clans, amis, chauffeur, docteur, financier, etc.) sont identifi?s,
?- l?arrestation des personnes concern?es n?est pas faisable,
?- la frappe mortelle peut se faire sans ??dommages collat?raux?? excessifs.
Or, ce sont des organes ex?cutifs et administratifs qui prendraient en consid?ration ces crit?res et d?cideraient de l?opportunit? de tuer ou non. Ni le pouvoir judiciaire, ni la pr?somption d?innocence n?ont de place ici. En outre, on ne voit pas bien comment ? partir des pays en jeu, les EUA pourraient ?tre en danger imminent. L?identification des personnes soup?onn?es n?est par ailleurs jamais certaine et le nombre de ses ??aides?? peut av?rer quasi infini. De plus, une arrestation est une affaire de police qui en toute logique ne peut ?tre remplac?e par un meurtre. Enfin, qui appr?ciera si les dommages en question sont excessifs ou non??
Les op?rations par drones d?j? ?voqu?es se pr?sentent pour les juristes comme des combats particuliers[7]. En effets, ces combats sont transform?s en simple ??campagne d?abattage?plus ou moins cibl? dans certains pays d?j? cit?s. Par ailleurs, en raison de la diff?rence d?mesur?e de niveaux technologiques entre l?attaquant et la victime, il y a aujourd?hui encore la quasi impossibilit? de toute r?ciprocit?. En r?alit?, ces pays correspondent en plus ? ceux contre lesquels il n?y a pas eu de d?claration de guerre, donc pas ??d??tat de guerre?? dans le langage de la constitution belge.
La l?gislation internationale de guerre suit un mod?le qui semble d?pass? en l?occurrence. Une guerre ? distance, du moins des actes de guerre, correspond dans notre cas ?tre capable de combattre sans engager un seul de ses propres soldats sur place. Plus de fronts, plus de bataille ligne contre ligne, plus de combattants proprement dit et plus d?opposition en face ? face. Dans les attaques aux drones il n?y a plus rien qui ressemblerait au duel de jadis. Le principe d??galit? de droit entre combattants s?effondre. Que peut justifier l?exercice d?un pouvoir national qui supprime des femmes, des hommes et des enfants hors des fronti?res nationales?et hors de guerres??
La guerre comme?violence arm?e et l?gitime?se mue ainsi en?ex?cution ill?gitime?hors combat. On observe qu?en cas de guerre, la fin justifie les moyens, alors qu?avec l?usage des drones, le moyen semble imposer la fin en raison de ses nombreux avantages techniques. L?un ne risque rien, tandis que l?autre est tu?. Serait-ce la guerre sans risque et m?me sans combattant??
Mais finalement est-ce une guerre?? Non. Une d?claration de guerre passe d?Etat ? Etat, Etats que le droit reconna?t comme des ?gaux. Ce n?est manifestement pas le cas pour aucun des pays mentionn?s. Or, sur le plan international, il n?existe non plus un droit policier de poursuite. La d?claration de la ??guerre globale contre le terrorisme?? de Washington autorise ce dernier ? abattre quiconque et partout o? il le juge opportun?: le monde entier devient un champ de bataille, sans qu?il y ait un champ. Voici un concept que le droit international ne conna?t pas.
Selon les r?gles de la loi, la strat?gie de la chasse ? l?homme est d?ordre policier alors que celle op?r?e par les militaires et suivie de l?assassinat ne s?appuie sur aucune r?gle. Le statut des homicides par drones semble par ailleurs flotter entre le travail du policier et?la pr?vention de l?assistant social?(sic?!). L?ennemi se transforme en un ?tre asocial, un terroriste dont il convient de prot?ger la soci?t? civilis?. Si l?arr?ter, le juger et le condamner ne sont pas possibles, alors il faut le tuer. Il implique?une mesure de s?ret??signifiant en l?occurrence l?ex?cution extrajudiciaire. A supposer que la cible soit la cible vis?e, quid par ailleurs des ??dommages collat?raux??, des innocents assassin?s ou bless?s, des d?g?ts mat?riels??
Du reste, par tir de roquettes ou de missiles, l?assassinat vise les buts cibl?s. Or les cibles ne sont jamais?suffisamment visibles. Donc, la d?cision du tirer ? l?Am?ricaine se base en r?alit? sur?les mod?les ou les profils de comportements?(une analyse des formes de vie) ou des photos du soi-disant terroriste ou groupe de terroristes ou terroristes potentiels. Tuer donc telle ou telle personne sans identification individuelle?! Certes, un terroriste pr?sum? mais assassin? ne conteste pas.
Rapprocher les lieux o? vous circulez et vos fr?quentations permettrait de les mettre sur la liste des condamn?s par une instance administrative ou ex?cutive ? Washington. Il en r?sulte que l?impr?cision du tir se conjugue avec celle de la cible. Les personnes vaguement vis?es mais bien?touch?es sont pr?sum?es coupables jusqu?? ce qu?elles soient prouv?es innocentes, bien entendu ? titre posthume?!
Les questions politiques nombreuses qui restent pos?es
Qu?arriverait-il si Washington d?cidait d?exterminer syst?matiquement ses ennemis, voire m?me ses simples adversaires partout dans le monde, en pr?textant de sa s?curit? ou ses int?r?ts comme en cas de la ??guerre au terrorisme???? Il pourrait tuer quiconque en Chine, en Russie ou m?me en UE. Or, ces derniers pourraient aussi le faire sur le sol am?ricain. Que dirait Washington si les Russes abattaient un Tch?tch?ne militant en pleine rue de New York ou si les Chinois en feraient autant avec un Ouighour?r?calcitrant?? N?est-ce pas la mont?e de L?viathan??
Les drones sont d?velopp?s pour fonctionner de mani?re automatique ou presque. Ils pourront bient?t attaquer sur base de programmes pr??tablis afin de tuer en se r?f?rant ? de simples???profils de comportements?? fort approximatifs. La responsabilit? des assassinats n?existerait plus?! Peut-on l?accepter?? Comment r?guler la question en droit international de guerre?? Une l?gislation nationale peut-elle justifier le non-respect des lois internationales de la guerre?? L?usage des drones devient de plus en plus discret et l?opinion publique en reste mal inform?e. N?en r?sulte-t-il pas in?luctablement une r?duction drastique du contr?le d?mocratique??
La Charte de l?ONU interdit l?agression entre les Etats et prescrit le respect de la souverainet? de chacun d?eux. Quel qu?il soit, l?usage des drones s?oppose-t-il ? cette interdiction, ? cette prescription?? Que peuvent faire actuellement des gens qui subissent la pr?sence des drones en Afghanistan, au Y?men ou en Somalie, contre Washington?? Et, que faire s?il s?agit simplement du ??terrorisme international?? largement imaginaire, engendr? aux EUA?? Quelle sera la situation redoutable lorsque de plus en plus d?Etats acqui?rent la technique des drones et enclenchent, avec bon ou mauvais pr?texte, des?guerres de drones??
Le nombre de terroristes vaguement pr?sum?s para?t sans limite dans le temps. S?installe-t-on dans une soi-disant guerre sans limitation temporelle?? N?y a-t-il pas de risque que les autorit?s qui disposent des drones les utilisent contre leurs propres citoyens, m?me ? l??tranger, comme cela fut parfois le cas ces derniers temps?? Ou pis, elles les feraient intervenir pour surveillances et r?pressions sur le sol national, plus particuli?rement contre les manifestants ou les gr?vistes??
Ce dont le pr?sident Eisenhower parlait, le ??complexe militaro-industriel?? l?gitime-t-il cet ??arme du l?che???? N?y a-t-il pas un danger que les d?veloppements industriels en tant que tels[8]?suscitent, par le biais de leurs propres logiques de profits, l?usage croissant des drones contre toute opposition que craindrait un pouvoir?? Le chiffre d?affaires de ce ??secteur de mort?? s??l?ve d?s aujourd?hui ? plus ? 5 milliards et demain au multiple de ce chiffre. Le d?bat politico-?thique est largement ouvert mais le temps presse pour pouvoir, ne fut-ce que, r?guler le ph?nom?ne. Suffira-t-il qu?il soit transparent??
Les syst?mes de drones arm?s ne sont-ils pas susceptibles de devenir des moyens de destruction massive, actes potentiels contre l?humanit??? L?ONU ne devrait-elle exiger un moratorium sur l?usage militaire des drones?? Certes, il ne fait pas encore partie des armes interdites par le droit international positif. Ne faut-il pourtant pas les interdire ? l?instar des mines anti-personnelles?et des armes ? sous-munitions?? N?est-il pas urgent de d?militariser simplement les drones en circulation, en les rendant ? l?exploitation civile bien utile dans les domaines de la surveillance de la circulation ou des risques de catastrophes naturels, du jeu d?amateurs, de la protection de l?environnement, de la m?t?orologie, etc.??
Les protestations contre l?usage militaire des drones se multiplient bien s?r aux EUA et au Pakistan mais ?galement au Royaume-Uni et en Allemagne mais non pas en Belgique mais bien en Iran[9]. De nombreux milieux y participent?: certains partis, beaucoup d?Eglises, les mouvements de paix, les associations telles que Pax Christi US, Deutschland et UK[10], Human Rights Watch, MIR/IRG, Drones Campaign Network ou Scientists for Global Responsability[11].

[1]?AgoraVox, Dr?les de drones, 20.5.2013.
[2]?Les dimensions ?thique, psychique, sociologique et philosophique qui sont n?glig?es ici, par contre sont excellemment trait?es par CHAMAYOU, Gr?goire,?Th?orie du drone, La Fabrique, Paris, 2013 & PAJON, Christoph et Gr?gory Boutherin, Les syst?mes a?riens op?r?s ? distance?: vers un renouveau des rapports homme/machine dans l?art de la guerre??, in?:?Documentation Fran?aise, La, Les drones a?riens?: pass?, pr?sent et avenir. Approche globale, Paris, 2013.
[3]?En ordre d?importance, les puissances en question sont la France, les Etats-Unis d’Am?rique, la Russie, le Royaume-Uni et la Chine. Rappelons qu?une zone ?conomique exclusive est un espace maritime sur lequel un ?tat c?tier exerce des droits souverains en mati?re d’exploration et d’usage des ressources. Elle s’?tend ? partir de la ligne de base de l’?tat jusqu’? 200 milles marins (environ 370 km) de ses c?tes au maximum.
[4]?Ces multinationales ont des effectifs qui d?passent plusieurs millions de personnes et des ?quipements nombreux les plus actuels.
[5]?Rappelez-vous des ??frappes chirurgicales?? des avions de l?OTAN en Serbie?!
[6]?Il s?agirait des?Global Hawk?RQ-4B (USA – Allemagne), voir le tableau dans les annexes.
[7]?Ils rappellent les massacres commis lors de la colonisation en Afrique et aux deux Am?riques.
[8]?Les multinationales fournisseurs de ces engins ou des pi?ces n?cessaires ou encore le personnel (les mercenaires priv?s) pour les faire fonctionner sont notamment Northrop Grumman, Dassault Aviation, Lockheed Martin, General Atomics, Boeing, Raytheon, Rafal Advanced Defense Systems, lAl, Paramount Group, UAV-Engines-Elbit, Aerosud Holdings, Vanguard Defense Industries, Blackwater, Aerovironnement.
[9]?L?Iran proposera d?s la rentr?e de septembre 2013 des cours de lutte contre les drones ? ses coll?giens et lyc?ens. C?est le?22 ao?t 2013 que le journal?Al Arabiya?qui nous l?apprenait?: la nation iranienne formera bient?t ses plus jeunes citoyens au maniement de dispositifs de d?fense a?rienne.?Sources?: english.alarabiya.net , melty
[10]?La question des drones figurait au programme des deux journ?es de conf?rence organis?es par Pax Christi International ? Bruxelles les 29 et 30 juin 2011.
[11]?Voir les nombreuses indications in?: BOUTHERIN, Gr?gory, Les drones, futurs objets d?Arms control???, in?:?Documentation Fran?aise, La, Les drones a?riens?: pass?, pr?sent et avenir. Approche globale, Paris, 2013.

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