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Les doutes se multiplient sur la véracité du coup d’Etat au Monténégro

Que s’est-il vraiment passé le 16 octobre, lors des élections législatives au Monténégro ? Un putsch contre le Premier ministre sortant Milo Dukanovic a-t-il réellement été déjoué in extremis ? Ou bien s’agissait-il d’un coup monté ?

De nombreuses irrégularités lors des élections législatives

Les incidents se sont succédés le 16 octobre dernier, jour des élections législatives au Monténégro. Au moins 114 plaintes auraient été déposées au bureau du procureur monténégrin pour « violation de la liberté de choix du vote ». L’opposition dénonce également l’achat de votes et les problèmes de contrôle d’identité pratiqués dans plusieurs bureaux de vote. En parallèle, une cyberattaque a perturbé les sites web d’importants médias et partis politiques au moment même où l’opposition organisait une manifestation.

Mais parmi les nombreuses irrégularités, l’annonce la plus préoccupante en ce jour d’élections nationales était celle d’un coup d’Etat dirigé contre l’ex-Premier ministre Milo Dukanovic, dirigeant du Parti démocratique des socialistes (DPS), à la tête de la République balkanique depuis 1997. Un commando composé de vingt ressortissants serbes aurait pris pour cible l’ex-Premier ministre avec le soutien du Kremlin, mais leur tentative aurait été déjouée in extremis.

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Un coup d’Etat orchestré ?

Problème : les armes qui devaient servir au coup d’Etat n’ont jamais été retrouvées et six suspects ont depuis été relâchés. Aleksandar Sindelic, détenu depuis le 1er novembre à la prison de Spuz, est également recherché par la justice ukrainienne, pour avoir combattu aux côtés des forces pro-russes dans ce pays. Mais tout lien avec Moscou a depuis été démenti et les investigations des autorités monténégrines piétinent.

Plus surprenant encore, la tête pensante du commando ne serait autre que Radoitza Rajo Bozovic, un proche de Djukanovic, et ancien membre de l’agence de renseignement monténégrine. Bozovic est également connu pour ses fonctions de commandant des Bérets rouges, les forces spéciales du ministère de l’Intérieur du temps de la Yougoslavie, et son nom a même été prononcé dans la salle d’audience du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPIY) en charge de l’investigation des crimes qui ont eu lieu lors de l’éclatement de la région au début des années 1990.

« Une atmosphère de peur qui a directement influencé le résultat de l’élection »

Et si ces informations n’étaient pas suffisantes, une rapide rétrospection sur l’histoire électorale du pays montre que c’est la deuxième fois que Djukanovic éviterait de peu un coup d’Etat un jour d’élections nationales. En 2006, il avait déjà affirmé avoir été la cible d’un groupe de « terroristes albanais », dont les suspects arrêtés par les autorités avaient pourtant été là encore relâchés sans plus de poursuites.

Toutes les informations convergent ainsi pour affirmer qu’il s’agirait en fait d’un faux coup d’Etat, organisé par le pouvoir en place pour museler l’opposition. « L’opposition a unanimement décidé de ne pas reconnaître le résultat de l’élection à cause d’une tentative de coup d’Etat et de la mauvaise utilisation des institutions nationales, ainsi que la création d’une atmosphère de peur, qui a directement influencé le résultat de l’élection », a déclaré Nebojsa Medojevic, leader de la principale formation d’opposition du pays, le Front démocratique.

Les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) maintiennent pourtant que « les libertés fondamentales ont été généralement respectées ». La position stratégique du petit Etat balkanique dans la région pourrait expliquer ce soutien indéfectible qui pose tout de même question. Face à sa voisine serbe, Pogdorica fait figure d’allié de taille pour l’Union européenne, dont la réaction tarde à se faire entendre face aux soupçons pourtant grandissants…

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