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Les d?rives du bipartisme

Pierre Curzi

L’auteur est d?put? de Borduas ? l’Assembl?e nationale.

J’ai quitt? le Parti qu?b?cois parce que mon parti s’est fait le porteur du projet de loi 204, lequel a pour cons?quence de priver les citoyens du droit de contester une d?cision gouvernementale devant les tribunaux. Il s’agit d’un droit fondamental, reni? par pur ?lectoralisme, ce qui ne distingue plus le PQ du parti gouvernemental actuel. De plus, ce choix du PQ s’ajoutait au malaise grandissant que je vivais face aux ?d?rives du bipartisme? h?rit? du parlementarisme britannique.

Ce syst?me impose aux deux partis dominants une dynamique d’affrontement entre deux clans men?s par des chefs qui doivent se montrer soutenus par la totalit? des d?put?s de leur caucus tenu dans une main de fer : c’est la fameuse ligne de parti. Dans ce syst?me, tous les coups sont permis puisqu’il faut gagner la bataille et montrer au Qu?b?cois quel chef est le plus fort. Les deux grands partis acceptent cette dynamique de destruction mutuelle puisqu’ils savent que l’alternance les remettra au pouvoir un jour ou l’autre et qu’apr?s en avoir souffert, ils en profiteront. Cette culture bloque le Qu?bec puisque les ?lus de partis oppos?s sont dans l’obligation de critiquer toutes les interventions, m?me sens?es, de leurs adversaires. C’est tout le contraire d’une culture de coalition et de collaboration n?cessaire au bien-?tre de la population. Ce comportement des ?lus, impos? par les r?gles du syst?me, a grandement contribu? au rejet de leur classe politique par les citoyens. Le syst?me parlementaire britannique concentre tous les pouvoirs entre les mains du premier ministre et de son entourage ; il est le premier ministre, le chef du gouvernement et le pr?sident de son parti. Il n’y a pas de syst?me de contrepoids ? moins qu’il y ait un gouvernement minoritaire.

 

Et surtout il n’y a aucune place pour les citoyens. Dans les faits, ce syst?me permet ? un premier ministre et ? son gouvernement d’exercer tous les pouvoirs m?me si la majorit? de la population ne les a pas appuy?s lors de l’?lection. Depuis la fin de la Deuxi?me Guerre mondiale, au Qu?bec, cinq gouvernements seulement ont r?ussi ? obtenir plus de 50%des suffrages. En 2008, pour la premi?re fois dans l’histoire des ?lections au Qu?bec, on enregistrait une quatri?me baisse cons?cutive du taux de participation, soit 57%. Il y a donc 43% des ?lecteurs qui n’ont pas vot?. Comme les lib?raux n’ont obtenu que 42%du vote des 57%d’?lecteurs inscrits, nous avons un premier ministre qui gouverne avec l’appui r?el de seulement 24% de ceux qui peuvent voter. Si, par surcro?t, son organisation politique est soutenue financi?rement et m?diatiquement par les forces du statu quo ?conomique et politique, quels int?r?ts servira-t-il? Ceux des citoyens du Qu?bec ou ceux de ces grands groupes qui l’ont mis en place? Moins les citoyens se sentent repr?sent?s correctement, moins ils participent ? l’exercice d?mocratique et plus les groupes d’int?r?ts peuvent influencer directement les hautes instances d?cisionnelles. Ce syst?me permet d’exercer tous les pouvoirs sans besoin de n?gocier avec les repr?sentants d’une majorit? de citoyens.

 

Si les citoyens du Qu?bec d?sirent r?ellement des changements profonds et s’ils veulent des ?lus qui tiennent compte de leurs d?sirs et de leurs volont?s, ils doivent changer leurs institutions politiques en commen?ant par l’?vacuation du mode de scrutin actuel au profit d’une repr?sentation proportionnelle. Les citoyens devraient exiger de tous les partis politiques qui seront en lice aux prochaines ?lections de non seulement inclure cette proposition dans leur plateforme, mais aussi d’en faire un enjeu ?lectoral. C’est le premier pas vers la reprise en main d?mocratique du gouvernement par la population du Qu?bec.

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