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Les conséquences du coronavirus pour les nuls en économie et en finance (2)

 

Entretien avec Candide – Deuxième partie

 

Le Medef et nous 

Rappelons-le, il s’agit d’entretiens entre Michel Santiéconomiste et financier avant-gardiste et renommé, et Candide, qui essaie de comprendre quelque chose en économie et en finance. Dans le cours actuel des choses, en pleine pandémie. C’est encore plus compliqué que d’habitude ! Le Medef et nous, par exemple, mais que se passe-t-il ? Un entretien sans langue de bois entre un économiste courageux et parfois irrévérencieux et une Candide qui met les pieds dans le plat sans le savoir.

Le Medef et nous

Je suis un peu  perdue Michel. J’entends des choses très contradictoires dans le discours ambiant. Les annonces de milliards donnés aux entreprises et aux plus démunis. Et dans le même temps, une personne du Medef qui dit dans un tweet qu’il va nous falloir travailler plus et longtemps. Peux-tu m’éclairer, car je n’y comprends rien.

 

Oui, Candide, j’ai vu ça aussi. Et ça m’a scandalisé d’ailleurs. Cette personne haut placée du Medef qui dit qu’il faut travailler plus… et il est même allé plus loin en disant qu’il fallait repenser les congés payés et la semaine de travail.

 

J’ai trouvé que c’était aberrant. Choquant. Ce n’est pas la faute des salariés et des travailleurs s’il y a le Coronavirus. Ils n’ont pas à en subir les conséquences. Ils en subissent déjà les conséquences avec le confinement et l’instabilité économique qui va en résulter. Je ne comprends pas comment un personnage qui occupe de telles responsabilités se permette de stigmatiser ainsi les gens qui se battent à longueur de journée pour faire vivre leur famille.

 

Ce d’autant plus que quand il a fallu sauver le monde de la finance et de la banque, les États n’ont pas compté ! Comme discuté lors de notre dernier entretien, Candide !

 

Un discours paradoxal ?

 

C’est un peu ce que j’ai entendu de la part des gens, Michel, qui semblent très fâchés. Justement,  j’ai l’impression qu’il y a vraiment comme un discours paradoxal. Alors justement, d’un côté il y a ces propos du Medef alarmants pour les salariés. Et de l’autre il y a les milliards d’aides pour les entreprises et les salariés. Que comprendre ? 

 

Selon le ministre de l’économie, M. Bruno Le Maire, Il y a aussi les milliards d’aides faites par les banques sous forme de prêts… or ces prêts sont garantis par l’État. Mais… l’État, c’est nous, ou je me trompe ? 

 

Des mesures simples à mettre en place

C’est trop compliqué, leurs mesures Candide. Elles ne rentrent pas suffisamment dans le concret de l’individu lambda. Leurs réformes et leurs mesures de sauvetage ne sont pas lisibles pour le commun des mortels. Alors qu’il y aurait une mesure à prendre qui serait simple… Ce serait simplement d’envoyer un chèque à chaque citoyen. De lui créditer son compte.

 

Ce sans passer par le système financier ou l’entreprise. Tout simplement envoyer un chèque, montant à définir. Éventuellement tous les mois si la crise persiste. Un chèque de cinq cent euros, un chèque de mille euros, par personne, par adulte,  pour que le citoyen ordinaire puisse surnager dans le cadre de cette crise. Sans réformes compliquées. Sans mesures alambiquées comme ils sont en train d’annoncer actuellement. Voilà, c’est aussi simple que ça !

 

Effectivement, cela semble simple ! 

Une aide de l’État aux citoyens

Et ce ne sont pas des mesures insensées, Candide ! Aux États-Unis, on voit que c’est ce qu’ils sont en train de faire. Le gouvernement va envoyer très prochainement mille dollars à chaque citoyen. Une seule fois, certes. Mais moi je pense que la crise que l’on connaît va provoquer des taux de chômage inédits, sans  précédent.

 

Cela pourrait  pousser certains employeurs à des mesures de chantage. Comme on le voit avec le Medef, comme le montrent ses déclarations que nous avons évoquées plus haut. L’État doit venir en soutien à chaque citoyen.

 

Mais l’État, c’est nous, non ?

Oui Candide, mais c’est pour ça que nous y avons droit quand il y a une crise !

 

Mais Michel, est-ce que cela ne va pas amener l’État ensuite à venir ponctionner sur les comptes de chaque citoyen ? 

 

Pourquoi Candide ? L’objectif c’est d’aider les citoyens ! L’État viendrait ponctionner les comptes – ou plutôt monter les impôts, ce qui est une autre manière de ponctionner les comptes – si jamais l’État devait répondre ou obéir aux critères européens, qui ont défini des limites en termes d’endettement. Des limites en termes de dépenses.

 

Des  limites européennes qui n’ont aucun sens.

Ces limites n’ont aucun sens ! Elles n’ont aucune justification économique fondamentale ! J’en parle déjà depuis dix ans.

 

Du reste ces jours nous avons eu les chiffres français. Nous sommes à 115 ou 120% de dette par rapport au PIB. Les comptes publics sont explosés. Il faut bien se rendre compte que nous sommes dans une conjoncture tout à fait exceptionnelle. Et l’État a le devoir de venir en aide à ses citoyens !

 

Comme je l’ai évoqué lors de notre dernier entretien, je fais partie de l’école de pensée économique de Keynes, le keynésianisme.

Comme si nous avions une invasion de martiens

Le prix Nobel d’économie 2008Paul Krugman, plaidait également, à l’époque de la crise de 2008, pour plus de dépense publique. Parce que c’est la dépense publique qui peut sortir les économies de leur marasme en période de crise. Comme celle qu’on a eue en 2008 ou comme celle qu’on a maintenant.

 

Pour essayer de pousser un peu les États à dépenser, il a eu une répartie qui m’avait beaucoup parlé. Il a dit que les Etats n’avaient qu’à agir comme si nous avions une invasion de martiens ! Et si nous avions une invasion de martiens, il va de soi que nous ferions tout pour nous défendre ! Donc dépenser ce qu’il faut dépenser !

 

Alors moi je dis que nous n’avons pas les martiens. Mais nous avons la pandémie, qui est l’équivalent des martiens !

 

Oui, Michel, mais cela laisse supposer que les martiens sont “méchants”, alors que peut-être qu’ils sont gentils, les martiens… 

 

C’est sûr, Candide, mais si les martiens sont comme dans le film “Mars Attacks”, ça risque de faire mal ! Mais bon, tu vois ce qu’il voulait dire, Paul Krugman

 

Oui Michel, je vois l’idée !

Mais tout cela remonte à beaucoup plus loin

Ce que relevait Paul Krugman, c’est que les Etats-Unis n’ont pu rompre avec la Grande Dépression – qui a démarré aux États-Unis en 1929 – que grâce à la Seconde Guerre Mondiale !  C’est uniquement grâce aux dépenses d’armement engrangées par les États-Unis que le monde a vraiment rompu avec la crise de 1929.

 

Donc considérons que nous sommes en guerre et agissons en conséquence ! Emmanuel Macron n’arrête pas de le dire, d’ailleurs, il dit que nous sommes en guerre !

Considérons que nous sommes en guerre pour surmonter la crise

Mais est-ce que tu es d’accord que nous sommes en guerre, Michel ? Ne sommes-nous pas plutôt en train de chercher la paix ? 

 

On n’est pas en guerre contre le virus, ça c’est une faute de dire ça. Mais du point de vue économique, considérons, oui,  que nous sommes en guerre ! Et donc agissons comme en tant de guerre. C’est-à-dire donnons à nos citoyens les moyens de surmonter cette crise.

 

Est-ce que tu veux dire que nous sommes dans une situation tellement exceptionnelle que nous ne pouvons pas faire autrement que de penser différemment, c’est ça ? 

 

Absolument Candide, c’est ça.

 

Mais il y a des gens qui n’arrivent pas à changer leur façon de penser.

Une orthodoxie à enterrer

Il y a eu un scandale la semaine dernière parce que le Premier ministre hollandais a stigmatisé encore les pays du sud pour ne pas avoir eu une discipline fiscale suffisamment rigoureuse.

 

Mais nous n’en sommes plus là aujourd’hui ! Il faut que cette orthodoxie soit définitivement enterrée ! Qu’on n’en entende plus parler, puisqu’elle est totalement déplacée !  Parce que sinon, c’est le meilleur moyen d’arriver à une scission européenne.

 

J’ai remarqué lors du discours d’Emmanuel Macron que le drapeau de l’Union européenne n’apparaissait plus derrière lui, tu as vu, Michel ? 

 

Non je n’ai pas fait attention à cela.

 

Mais tu as écouté le discours d’Emmanuel Macron, tout de même ? 

 

J’ai arrêté après vingt minutes, Candide. C’était une telle logorrhée

Moins on a à dire et plus on parle

Il y avait un article très intéressant dans Marianne cette semaine, de Régis Debray. Il disait que moins les gens ont des choses à dire et plus ils parents. Il a pris un exemple suprême avec la reine d’Angleterre, qui a fait un discours de quatre minutes. Et tout le monde en a parlé. Voilà pourquoi j’ai arrêté d’écouter Emmanuel Macron après vingt minutes.

 

Donc tu écouteras le prochain discours de la reine d’Angleterre ? 

 

Elle a dit qu’on se reverrait. Je ne suis pas un fan, mais elle a dit qu’on se reverrait.

Et les coronabonds, c’est quoi ?

Pour revenir à l’Union européenne, peux-tu expliquer à tes lecteurs ce que sont les coronabonds ? Je n’y ai rien compris, pour ma part.  

 

C’est très simple, en fait. Les coronabonds, c’est une manière de lutter de manière économique et financière contre le virus. Cela aurait été une cagnotte alimentée par chaque pays de l’Union européenne proportionnellement à ses moyens. Par exemple, l’Allemagne, qui en a le plus les moyens, aurait contribué le plus à cette cagnotte.

 

Cela aurait permis non seulement de lutter du point de vue des dépenses de santé. Mais également de redresser les économies sinistrées par le Coronavirus. Cela aurait donc été une manière de mutualiser les moyens financiers européens pour le bien commun.

 

Alors bien sûr ce n’est pas l’Allemagne qui en aurait profité mais plutôt les pays comme l’Italie…

 

Mais de toute façon, ce n’est plus d’actualité puisque cela a été totalement balayé d’un revers de main par les allemands et surtout par les hollandais.

Pas de solidarité européenne

Mais ça veut dire quoi pour l’Union européenne tout ça, Michel ? 

 

Cela veut dire qu’il n’y a pas de solidarité européenne. C’est chacun pour soi. Simplement. L’Union européenne est solidaire quand les gens ont les moyens. Mais quand ils n’ont plus les moyens… On est de retour en 2008, 2009, 2010 et 2011, lorsqu’il y avait eu la crise européenne.

 

Il ne faut pas croire que  c’est pour les beaux yeux de l’Espagne ou de la Grèce que leurs banques ont été renflouées. C’est uniquement pour sauver les banques allemandes et les banques françaises, qui étaient impliquées jusqu’au cou. C’est tout.

 

D’ailleurs la Grèce et l’Espagne ont été quelque part plus ou moins abandonnées puisque les taux de chômage sont montés jusqu’à 50% dans ces pays…

 

Moins de morts dus au Coronavirus en Allemagne

Penses-tu que le taux de mortalité nettement plus bas en Allemagne qu’en Italie vient du fait que l’Allemagne a les reins plus solides, Michel ?

 

Cela vient d’une meilleure préparation qu’ont les allemands. Je les ai beaucoup critiqués au travers de dizaines et de dizaines d’articles et d’interviews. Mais sur ce point, il faut leur rendre hommage. Ils ont eu un niveau de préparation impeccable. Ils ont réagi très tôt, contrairement à la France.

 

On a découvert après qu’en fait les allemands avaient le double de lits en soins intensifs que la France. Alors qu’on n’arrêtait pas d’encenser le modèle français…

 

On s’est rendu compte… Je ME suis rendu compte que le modèle médical de santé allemand est tout aussi bon. Ce qui veut dire aussi que lorsqu’il y aura une sortie de crise, c’est l’Allemagne qui va en sortir le plus rapidement.

L’Allemagne rechigne à aider le reste de l’Europe

Les allemands le savent. Et c’est pour ça qu’ils sont pingres. Qu’ils rechignent à aider le reste de l’Europe. Notamment avec les coronabonds.

 

Ils sont déjà dans l’après-crise, en fait. Ils savent que la Chine a redémarré. Comme leur moteur, c’est l’exportation et que leurs exportations sont principalement dirigées vers la Chine, ils savent que ça va redémarrer chez eux. Cela, combiné avec le fait que leur système de santé a très bien fonctionné, fait qu’ils vont être les premiers à repartir.

La France paralysée à cause du principe de précaution

Alors qu’en France, on est paralysés jusqu’au 11 mai. Voire plus tard. Alors que des pays comme l’Italie sont en train de se remettre en marche, de rouvrir certains commerces. Pareil en Espagne. Pendant qu’en France on est complètement fermés au minimum jusqu’au 11 mai. C’est invraisemblable.

 

Mais comment tu explique ça, Michel ? 

 

Le principe de précaution, si cher à la France !

 

D’accord Michel. Mais alors on fiche en l’air toute une économie pour un principe de précaution ? 

 

Mais un principe de précaution qui est sous-tendu par une déficience terrible au niveau des masques et au niveau des tests. Parce que si en France nous avions eu le matériel nécessaire, le déconfinement aurait été fait beaucoup plus tôt.

 

Mais on ne peut pas car il peut y avoir des bombes à retardement qui sortent, là ! Je peux être un porteur sain. Ne pas le savoir, bien sûr. Sortir, reprendre ma vie habituelle. Aller contaminer d’autres personnes. Et ce serait terrible pour la santé des gens.

 

On n’a pas les moyens en France de mettre ça en place. D’où le fait que ce déconfinement sera le plus tardif possible ! Cela avec des impacts dévastateurs sur l’économie !

Principe de précaution… pour les politiciens !

Mais Michel, tu parles de la santé des gens. Mais à l’époque où les gens se suicidaient chez France Télécom, ou dans les hôpitaux, chez les soignants, on n’appliquait pourtant pas ce principe de précaution pour la santé des gens ! Je ne comprends pas. 

 

Ah, mais moi je parle du principe de précaution qui pourrait remettre en cause directement les politiciens ! C’est pour “protéger leur arrière”, pardon de le dire comme ça. Les politiciens seraient les premiers à en pâtir, si jamais les gens sortaient dans la rue sans tests et sans masques ! Et qu’on retombait dans l’épidémie en France !

 

Donc précaution n’est peut-être pas le bon mot. C’est en fait le principe d’auto-protection pour les politiciens au pouvoir !

 

Merci Michel, tu as été très clair. 

 

Je t’en prie Candide.

 

Propos de Michel Santi recueillis par Candide, alias Christine C

 

Michel Santi

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