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Les civilisations meurent-elles par suicide?

 

Quand une civilisation arrive ? relever des d?fis, elle cro?t. Sinon elle d?cline. Les civilisations meurent par suicide, non par meurtre?? Arnold Joseph Toynbee Si l?on s?en tient ? la vision de Toynbee, l?histoire se pr?sente comme l?essor et la chute des civilisations et non comme les p?rip?ties v?cues par des ?tat-nations ou des groupes ethniques. Pour d?finir une civilisation, le culturel l?emporte sur tous les autres crit?res. Toynbee consid?re que la ??civilisation occidentale?? embrasse toute l? Europe occidentale et se distingue ? la fois de la ??civilisation orthodoxe?? de Russie et des Balkans et de la civilisation gr?co-romaine qui a pr?c?d?. Cet historien se dissocie de la repr?sentation que se font les id?ologues de la modernit? inscrivant la civilisation occidentale n?e ? la renaissance et la civilisation gr?co-romaine dans un m?me continuum historique et culturel. Toynbee r?fute cet accolement factice qui depuis cinq si?cles n?arr?te pas d?amalgamer pens?e grecque et modernit?. L?Europe de la modernit? a toujours voulu puiser dans le pass? du continent ce qui pouvait cautionner sa nouvelle position dans le monde, se souciant peu de confondre g?ographie et histoire. Une telle confusion se refl?te d?ailleurs de nos jours dans la construction de l?Union Europ?enne. Cette derni?re prend en effet l?allure d?un lit de Procuste g?ographique tentant vainement de passer dans le m?me moule n?o-lib?ral un ensemble de cultures h?t?rog?nes. La modernit?, en tant que concept philosophique imposant la raison comme norme transcendantale, s?est empress?e de pr?ter ? la Gr?ce antique cette m?me vision du monde. Dans son ?lan conqu?rant, l?Occident s?invente ainsi une lign?e d?tentrice exclusive de la rationalit?. L?id?e d?une sup?riorit? ?pist?mique combin?e ? l?id?e d?une sup?riorit? raciale de l?homme blanc europ?en vont constituer le ferment id?ologique de cette civilisation et mettront en branle toute une dynamique de conqu?tes et d?exploitation du reste du monde. Cet ?lan ne semble malheureusement pas s?essouffler et continue de bouleverser la plan?te. Si selon Toynbee les civilisations surgissent en r?ponse ? certains d?fis d?une extr?me difficult?, quelle r?ponse saurions-nous trouver aux d?fis actuels?? Il faut cependant rappeler que bien avant la modernit?, l?Occident a du faire face ? un d?fi de taille, celui du d?sordre provoqu? par la d?ch?ance de l?empire romain. C?est la naissance sur plusieurs si?cles de l??glise catholique qui a r?solu le chaos de l?Europe post-romaine en rassemblant l?ensemble des royaumes de l?Europe occidentale dans une communaut? religieuse unique. Le catholicisme a constitu? ainsi une r?ponse ? ce chaos en ?chafaudant une nouvelle civilisation. Le dogme de l?incarnation ou la divinisation du Christ va donc ?tre la question centrale autour de laquelle se construiront, lentement, douloureusement, les r?f?rents de la civilisation occidentale. L?homme devenu Dieu va constituer le r?f?rent fondateur de l?Occident chr?tien. Au VIII ?me si?cle, s?inspirant de la divinisation de J?sus, Charlemagne, soutenu par l??glise, imposera ? la soci?t? l?id?ologie du droit divin. A l?image du Christ, l?empereur devient l?expression visible, sur terre, de la volont? divine. A partir de ce moment,l?alliance de l??glise et de la monarchie dirigera d?une main de fer, pendant plusieurs si?cles la soci?t?. Le dogme de l?incarnation marquera alors de son empreinte l?horizon ?thique, culturel, social et esth?tique de cette civilisation. En r?alit?, cette divinisation de l?humain impr?gnera non seulement les monarques mais toute la classe dominante avec tout un cort?ge de privil?ges au profit du haut clerg? et de la noblesse d??p?e. Toutefois, les rivalit?s entre monarchies ainsi que les dissensions ? l?int?rieur de l??glise plongeront pendant le 16?me et 17?me si?cle l?Europe dans le chaos le plus total. L?atrocit? de ces guerres de religion nous rappelle l?assertion de Toynbee lorsqu?il affirme que les guerres les plus violentes ont ?t? fratricides, contredisant la th?se de Huntington qui consid?re que les conflits les plus longs et les plus violents ont ?t? caus?s par des diff?rences entre civilisations. Les contradictions internes de l?Occident chr?tien ont fini par ?branler le dogme et pousser les minorit?s agissantes ? relever le d?fi en tentant d??laborer des r?ponses ad?quates. En plein milieu du XVII?me si?cle, le cogito de Descartes, faisant fi de la scolastique, vient alors op?rer une vraie r?volution en pla?ant le sujet pensant ? l?origine de la connaissance. Ainsi, apr?s la divinisation du Christ, puis celle des monarques, voil? que l?homme ordinaire se trouve ?lev? de la mani?re la plus d?mocratique au rang de d?miurge. De l?Homme-Dieu aux hommes divinis?s, l?anthropomorphisme atteint son degr? ultime d?exacerbation. Cependant, il faut reconna?tre que c?est au cogito cart?sien que revient le m?rite d?avoir remis en question l?id?ologie du droit divin. D?sormais aucun individu ni aucune caste ne b?n?ficie plus du privil?ge de la transcendance. La monarchie, la noblesse et l??glise de moins en moins cr?dibles, de plus en plus contest?es seront progressivement mais irr?m?diablement balay?es par les vents violents de la Modernit?. Le ??je?? cart?sien, apr?s avoir renvers? les dogmes de la scolastique, va progressivement verser dans le solipsisme(1) et finira par nier tout ce qui est externe ? lui, tout ce qui n?est pas une ?vidence de son point de vue, de sa subjectivit? propre. Cette explosion de l? ?go en d?truisant la verticalit? des transcendances a bris? en m?me temps l?horizontalit? des liens sociaux. le sujet n?a plus le sentiment d?appartenir ? un tissu social. Insensible aux solidarit?s traditionnelles, il ne reconna?t plus la r?alit? ext?rieure et s?enferme dans une posture narcissique. Le Moi, disait Lacan ne peut ?tre source de connaissance, mais au contraire source de m?connaissance de l?autre. Cette indiff?rence ? l??gard de l?alt?rit? bascule dans l?impassibilit? la plus totale. Cet individualisme exacerb? propice ? la mobilit? de la force de travail s?accompagnera depuis le XIX?me si?cle d?un universalisme dont le r?le est d?imposer ? la plan?te une pens?e unique organisant l??conomie mondiale. L? homme nouveau, sans attaches, insensible ? toute forme de solidarit? mais habit? par l?illusion de la libert? et de l??galit? formera le support id?al de l?id?ologie du progr?s, une conception unilin?aire de l?histoire ou plus pr?cis?ment une r?interpr?tation profane de la pens?e chr?tienne, substituant l?avenir ? l?au-del? et le bonheur au salut. Le progr?s se pr?sente comme une n?cessit? historique port?e vers le meilleur. C?est dans ce contexte que l?homme-dieu, r?duit ? sa stricte individualit? mais ma?tre de son destin, ira de l?avant vers des lendemains qui chantent. Cependant, cette marche vers le progr?s s?inscrit dans un ordre universel hi?rarchisant les soci?t?s selon une lin?arit? spatio-temporelle. Les civilisations les plus ??avanc?s??( entendez par l?, blanches europ?ennes) imposeront ainsi leur mod?le aux civilisations les plus ??attard?es?? f?t-ce par la coercition. Depuis le XIX?me si?cle, courants lib?raux et courants de gauche, pi?g?s par leur ?go, adh?reront chacun ? sa mani?re au mythe du progr?s. L?eurocentrisme ethnique et ?pist?mologique, instrument id?ologique privil?gi? de l?h?g?monie imp?rialiste, s?impose alors ? toute la plan?te justifiant racisme, colonialisme, spoliations et massacres. M?me les mod?les cl? en main de lutte anticoloniale et de r?volutions prol?tariennes n??chappent pas ? la domination de l??pist?m? occidentale. Or cette pseudo-philosophie de l?histoire n?aurait pu fonctionner sans une transformation psychologique radicale de la soci?t?. D?s le XIX?me si?cle, l?id?ologie change de strat?gie en s?interdisant de d?fendre ouvertement les privil?ges d?une caste. L?art du camouflage de l?id?ologie bourgeoise r?ussit alors ? masquer toute hi?rarchie sociale. Ce raffinement rh?torique fera dire ? Kwame Nkrumah (2) que le capitalisme n??tant qu?une r?forme de la f?odalit?, son seul ??apport?? est d?avoir permis ? l?exploitation d?atteindre un niveau sup?rieur de subtilit?. ??Comme fait ?conomique, ?crit Roland Barthes, la bourgeoisie est nomm?e sans difficult?, le capitalisme se professe. Comme fait politique elle se reconna?t mal, il n?y a pas de parti explicitement ??bourgeois?? ? la chambre. Comme fait id?ologique elle dispara?t totalement ..??(3). A l?oppos? de la noblesse, exhibitionniste, (l??talage de son faste cr?ditant sa position sociale), la bourgeoisie opte pour la discr?tion, pr?f?rant ainsi occulter sa domination. Cette strat?gie constituera le trait essentiel de son masque id?ologique. Dans cette atmosph?re d?apparente homog?n?it?, un nouveau culte prend forme. En effet, l??norme b?ance laiss?e par la disparition de toutes formes de transcendance sera combl?e par une sorte de ??religion?? d?senchant?e, o? les marchandises seront ?lev?es (? leur tour) au rang de divinit?s. Elles se transforment magiquement en f?tiches nous ramenant aux formes primitives d?idol?trie. Il semblerait que Dieu, courrouc? par la r?volte des humains s?est empress? de les transformer en esclaves de leurs propres cr?atures?: les marchandises. Domin? par le march?, l?individu subit la loi de l??change. Cette r?gression qu?op?re le capitalisme par rapport aux modes de productions qui l?ont pr?c?d? rabaisse l?homme ? tel point qu?il ne signifie plus que par ce qu?il poss?de, par ce qu?il vaut sur le march?. L?avoir remplace l??tre et la r?ification s?installe, ?liminant toutes valeur authentique et inali?nable au profit de la seule valeur d??change. On assiste ? la naissance d?une nouvelle transcendance, celle du march?. Cette nouvelle divinit? impitoyable, aux pieds de laquelle se prosterne toute l?humanit?, accumulant sans trop savoir pourquoi mais ne sachant point s?arr?ter, a fini par subjuguer l?ensemble de la plan?te. Une folie productiviste s?empare alors du monde g?n?rant ipso facto un d?lire consum?riste g?n?ralis?. Pour la premi?re fois dans l?histoire, la production n?est plus d?termin?e par le besoin, c?est plut?t elle qui stimule et cr?e de nouveaux faux besoins par le biais de la mode, la publicit? et par un tas d?autres moyens. Cette irrationalit? frisant l?absurde conduit ? des crises p?riodiques de surproduction au moment m?me o? la majorit? de la population manque du n?cessaire. Le mythe du progr?s, une temporalit? d?savouant le pass? et situant le bonheur dans une sorte d?ailleurs toujours fuyant emporte ? pas de course le monde vers l?inconnu. Une mobilit? fr?n?tique du capital, de la main d?oeuvre, des transports et de l?information s?empare de la soci?t?. Cette acc?l?ration n?aurait pu voir le jour sans l??mergence de nouvelles techniques. En effet, le hasard a voulu qu?? l?aube du XIX?me si?cle ?nergie fossile et capitalisme se rencontrent. Ils n?arr?teront pas depuis de faire bon m?nage. Pourtant ? l??poque de la machine ? vapeur et des d?buts de la locomotive l??nergie hydraulique et ?olienne existaient bel et bien et ne demandaient qu?? b?n?ficier des nouveaut?s techniques pour aller de l?avant. Le d?veloppement de ces ?nergies renouvelables non thermiques aurait certainement entra?n? un capitalisme d?implantation locale, moins conqu?rant et plus respectueux de l?environnement. Or le capitalisme opte pour la seule ?nergie qui soit en harmonie avec sa logique propre. L??nergie fossile s?av?re la mieux appropri?e ? la libert? de mouvement propice ? la mobilit? du capital. L?essor du chemin de fer en est l?illustration, annon?ant ainsi le d?but de la d?localisation. Charbon, p?trole, nucl?aire se superposent et se succ?dent pour donner le ton ? cette folle chevauch?e qu?exige le ??progr?s??. Ce ??choix du feu?? comme le dit si bien Alain Gras(4), ces manipulations de forces mal ma?tris?es et contre-nature s?imposent sans r?ticence ? une humanit? obnubil?e par sa qu?te enfi?vr?e d?un bonheur futur, toujours insaisissable. L??nergie fossile s?insinue dans tous les coins et recoins et formera avec l?accumulation du capital un m?lange explosif. Productivisme et puissance thermodynamique se pr?tent main forte et poursuivent leur course aveugle d?daignant le danger mortel qu?ils font encourir ? la plan?te. Tout derni?rement la catastrophe de la centrale nucl?aire de Fukushima, apr?s avoir occup? les m?dias pendants quelques semaines, est en train de passer aux oubliettes?; une banalit? somme toute aux yeux d?un chef d??tat de l?envergure de Sarkozy qui imperturbable, continue son business et parvient malgr? tout ? fourguer une centrale ? la Tunisie, un petit pays pourvu de vent et de soleil et certainement incapable de faire face ? une catastrophe nucl?aire. Cette soif du feu au service du superflu nous laisse ? la fois dubitatif et rageur, maudissant Prometh?e d?avoir offert ce cadeau empoisonn? aux mortels. La d?ferlante n?olib?rale apr?s avoir eu raison de l?URSS se rue goul?ment sur la plan?te. La barbarie du capital s?en donne ? c?ur joie, faisant voler en ?clats tout ce qui est sens? contenir sa pouss?e. Apr?s la destruction des empires, c?est aux ?tats-nations d?exploser ? leur tour. En Occident, l?Etat-providence est mort de sa belle mort. Un ?tat rabougri , r?duit au stricte r?le s?curitaire et r?pressif l?che la bride aux multinationales et aux finances internationales. Dans le Tiers-monde, les ?tats ayant une valeur strat?gique sont agress?s puis fractionn?s selon une logique ethnique ou confessionnelle. C?est bien le cas de l?Irak et du Soudan et bient?t celui de La Libye et de la Syrie en attendant le reste. Libre de toute contrainte, l?ultralib?ralisme d?couvre son visage hideux. Pris par la fi?vre sp?culative il s?en prend aux acquis des travailleurs, nivelant les salaire par le bas, d?localisant, d?truisant l?environnement, ?puisant les ressources, incitant ? la discorde, fomentant les guerres, mettant la plan?te ? feu et ? sang. Le rythme de plus en plus endiabl? de cette danse macabre est en train d?emporter l?humanit? vers une catastrophe assur?e. Quelle r?ponse au d?fi que repr?sente la modernit??? Faut-il attendre que cette civilisation atteigne ses ultimes contradictions avec le risque d?entra?ner avec elle l?humanit? et peut-?tre m?me la plan?te vers le n?ant?? Il faut admettre que malgr? les crises structurelles qui l?ont secou?, malgr? sa fragilit?, le capitalisme s?est toujours remis en selle gr?ce ? l?impact de son syst?me id?ologique. Tant que le mythe du progr?s avec sa vision lin?aire de l?histoire, son universalisme et son eurocentrisme ethnique et ?pistemique impr?gnera l?imaginaire des individus, le capitalisme trouvera toujours le moyen de r?sister ? toutes les secousses. L? id?ologie du progr?s, en situant le bonheur dans un avenir toujours fuyant stimule une angoisse existentielle ? laquelle le march? r?pond sans jamais l?apaiser totalement. On s?enfonce alors dans les abysses du consum?risme, ? la recherche d?une spiritualit? perdue que le f?tiche marchandise miroite sans jamais permettre d?atteindre. De son cot?, l?universalisme pr?sent? depuis le XIX?me si?cle comme une symbiose ne peut ?tre dissoci? de l?eurocentrisme, cet autre aspect du mythe du progr?s. Il s?agit en fait de hi?rarchiser les peuples et les cultures justifiant ainsi la domination militaire et ?conomique de la plan?te en vertue d?une pseudo sup?riorit? raciale et ?pist?mique de l?homme blanc occidental grim? selon l??poque en civilisateur, en humanitaire ou en d?mocrate. Depuis des d?cennies la gauche europ?enne fait du surplace. M?me l??cologisme et la d?croissance en tant que mouvements r?formistes n?auront aucune chance de s?imposer tant que le n?olib?ralisme g?rera l??conomie mondiale. Il s?agit donc de l?affaiblir de l?ext?rieur en ?tranglant en premier l?universalisme et l?h?g?monie eurocentrique. Un penseur comme Wallerstein (5) consid?re en effet que ??le racisme est le support culturel du capitalisme historique et l?universalisme est sa cl? de vo?te?? et ajoute que ?? le capitalisme historique a chang? la signification du racisme, il ne s?agit plus de x?nophobie mais de la cr?ation d?une relation durable entre ethnicit? et division du travail??. C?est donc aux peuples du Tiers-monde qu?il incombe au premier chef de d?manteler cette id?ologie pour la simple raison qu?ils en sont les principales victimes. L?apparente disparition du colonialisme n?a pas mis fin ? la hi?rarchie de pouvoir et de savoir qui devient d?autant plus subtile et d?autant plus d?vastatrice qu?elle se camoufle derri?re les pseudo-ind?pendances. Cette colonialit? devient selon Quijano (6) encore plus virulente avec la globalisation, en affectant tous les aspects de l?existence sociale partout dans le monde. L?ancien colonis? continue ? se d?pr?cier ? travers le prisme hi?rarchisant de son ancien ma?tre, m?prisant sa culture et son ethnie et acceptant son sort comme une fatalit?. L?attitude d?une bonne partie de la bourgeoisie et de la classe moyenne dans le Tiers-monde faite de mim?tisme, de m?pris de soi et des siens confirme une telle ali?nation. C?est ce type d?int?riorisation qui a permis et permet encore ? l?h?g?monie imp?riale de durer. Il s?agit donc avant toute chose de d?coloniser les esprits en d?construisant le mythe du progr?s. Il s?av?re n?cessaire alors de faire obstacle ? la division du travail sur des bases ethniques et de mettre fin ? toute forme d?universalisme m?me s?il se pr?tend de gauche. Par ailleurs, la rationalit? occidentale, postul?e comme l?unique ?pist?m? valide, rel?guant toutes les autres ?pist?m?s dans le domaine de la doxa et allant jusqu?? les consid?rer comme un ??obstacle ?pist?mologique?? doit ?tre d?tron?e au b?n?fice d?une pluralit? ?pist?mique. Ceci ne signifie nullement l??tablissement d?une sorte de d?mocratisation des cultures. Il s?agit plut?t de r?habiliter le savoir et la sagesse de civilisations mill?naires qui ont su g?rer avec harmonie et sur de longs si?cles l??conomique et le spirituel. Ces ?pist?m?s se dresseront tel un rempart face ? cette boulimie accumulative, r?ductrice de l?humain et destructrice de la nature. L?extraordinaire est qu?il n?a suffi que d?un peu plus d?un si?cle ? la modernit? pour imprimer au monde ce rythme fou et absurde. S?inspirant chacun de son ?pist?m? propre, les peuples coop?reront en favorisant le surgissement de nouveaux p?les de d?veloppement r?gionaux capables de mieux r?sister aux oligarchies. En Am?rique latine, Le Venezuela a opportun?ment pris l?initiative de cr?er l?Alba, un projet d?int?gration ?conomique et politique, ainsi que la Banque du Sud (Bancosur), cens?e promouvoir un autre type de ??d?veloppement??. En Afrique, la Libye a jou? un r?le primordial dans la cr?ation de la Banque cen?trale afri?caine, de la Banque afri?caine d?in?ves?tis?se?ments et du Fonds Mo?n??taire Afri?cain dans le but de mettre fin ? la politique d?vastatrice de la Banque Mondiale et du FMI et visant en m?me temps la cr?ation d?un march? commun africain. Il est clair donc que si l?OTAN continue depuis des mois ? massacrer les civils libyens ce n?est certainement pas pour mieux les d?fendre mais pour arr?ter net ce processus d?int?gration ?conomique. Face ? ces vents salvateurs qui nous viennent de Sud, la gauche occidentale, bien que radicalement oppos?e ? la pr?dation n?olib?rale a du mal ? se d?partir de son ?pist?mocentrisme. Si des cosmologies am?rindiennes ou bouddhistes sont applaudies avec un soup?on d?exotisme d?autres ?pist?m?s sont d?cri?es et renvoy?es aux tr?fonds de la barbarie. Il est vrai qu?une bonne partie de cette gauche, encore prisonni?re du mythe du progr?s, se retrouve sans le vouloir en position d?alli? objectif de l?Empire. Fethi GHARBI
1) Le solipsisme (du latin solus, seul et ipse, soi-m?me) est une th?orie philosophique selon laquelle l?esprit est la seule chose qui existe r?ellement et le monde ext?rieur n?est, selon cette conception, qu?une repr?sentation. 2) Kwame Nkrumah, ??Le Consciencisme??, ?d. Pr?sence Africaine, 1976 3) Roland Barthes, ??Mythologies??, Editions du Seuil Paris, 1957 4) Alain Gras, ??Le choix du feu, aux origines de la crise climatique??, Fayard 2007 5) Wallerstein, Immanuel, 1991, ??The invention of time-space realities?: towards an understanding of our historical systems?? 6) Anibal Quijano , 1997, ??The colonial nature of power in Latin America??

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