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Les champions de l’évasion

Certains s’évadent régulièrement des prisons les plus sûres, et sont finalement repris, jusqu’à la prochaine…mais d’autres évadés, fiscaux ceux-là, coulent encore aujourd’hui de beaux jour…et probablement pour longtemps.

Du Comte de Monte-Cristo, à Papillon, en passant par Mesrine, ou Spaggiari, ceux qui se sont fait la belle, sont, pour certains, restés sympathiques malgré leurs méfaits ou leurs « faits d’armes », et ils peuvent être générateurs de sympathie s’il faut en croire Catherine Dessinges, chercheuse à l’Université Lyon 3 : « l’évadé fascine car il incarne à la fois le Mal, pour les crimes et les délits qu’il a commis, et une certaine forme d’admiration, car son échappée symbolise la victoire de la personne sur l’institution, en particulier policière et judiciaire » affirme-t-elle.

Papillon

En écho, l’historien de la presse et professeur à la Sorbonne Patrick Eveno constate que le public se passionne pour l’aventure d’un homme seul face à la machine d’Etat. lien

L’humain donnerait donc la prime au délinquant ?

C’est la question que l’on peut légitimement se poser, d’autant qu’une autre délinquance, en col blanc celle-là, a encore de beaux jours devant elle, si l’on regarde de plus près les carrières de certains de nos élus.

En effet, ils sont nombreux à avoir été condamnés par la justice, et qui, malgré tout ont été réélus : de Manuel Aeschlimann, à Pierre Bédier, en passant par Xavier Dugoin, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Alain Ferrand, Jacques Mahéas, François Bernardini, ils ont été tous réélus malgré leur condamnation.

C’est d’ailleurs l’objet d’un livre « délit d’élus », signé par Graziella Riou Harchaoui, et Philippe Pascot (éditions Max Milo), qui fait le tour des 400 femmes et hommes politiques, aux prises avec la justice, ou condamnés. lien

Personne n’oublie les menaces qui pèsent encore, et depuis longtemps, sur la liberté de Nicolas Sarközi, (lien) mais les plus ébouriffants ne sont-ils pas le couple Balkany, dont le thème de la carrière juridique pourrait être résumée : « la prime au condamné » ?

Condamné en effet à plusieurs reprises en 18 ans de carrièrePatrick Balkany n’en a pas moins été chaque fois réélu, ce que l’intéressé a commenté par un « on vous a fait un beau bras d’honneur  ». lien

C’est aussi de bras d’honneur qu’il s’agit, lorsqu’un certain Jérôme Cahuzac, pris en flagrant délit de mensonge devant l’assemblée nationale, lequel est aujourd’hui libre, puisque sa condamnation à 2 ans de prison, a finalement, après l’appel de l’intéressé, été commuée « avec sursis »…il ne fera donc pas de prison.

Voilà où nous en sommes, et pourtant il y a pire, car d’autres évadés posent problème dans notre pays, les évadés fiscaux.

Alors qu’on nous a affirmé, il y a déjà longtemps, que « les paradis fiscaux, c’est fini  », on constate qu’il n’en est rien.

De Sarközi, à Hollande, tous ont affirmé que l’on pouvait faire une croix sur les paradis fiscaux… apparemment, ce n’est pas le cas.

Pour Sarközi, c’est il y a près de 10 ans qu’il en annonçait la disparition. lien

Son successeur a fait de même, mais il faut croire que ces « paradis » ont la peau dure, car aujourd’hui encore, ils sont plus vaillants que jamais.

En effet, l’ex-président disait haut et fort sa volonté d’interdire aux banques d’exercer dans les paradis fiscaux…

Le scandale des « Panama papers », lequel a suivi les Paradise Papers, les Bahama Leaks, Foot Leaks, Lux Leaks, Swiss Leaks, et autres Offshore Leaks, l’illusion de la volonté affirmée de mettre un terme aux paradis fiscaux.

La réalité est plus cruelle, tout d’abord parce que pour en diminuer le nombre, le gouvernement d’alors avait tout simplement modifié la définition officielle des paradis fiscaux : du coup en 2015, par ce tour de baguette magique, la liste noire n’en comportait plus que 6.

Et s’il est vrai qu’en 2013, il avait tenté d’élargir la liste à tous les territoires avec lesquels la France n’avait pas signé une convention d’assistance en matière de document fiscaux, le Conseil constitutionnel avait censuré cette tentative, au prétexte que le gouvernement avait tardé à signer de telles conventions. lien

Dès lors, pourquoi se priver ?… et l’on sait qu’ils sont nombreux ces richissimes français à y planquer encore aujourd’hui leur bel argent.

François Henri Pinault est l’un d’eux, et il vient d’être pris la main dans le sac…connaitra-t-il la prison pour autant ? Rien de moins sûr.

Pourtant le préjudice n’est pas anodin, il est à la hauteur de 2,5 milliards d’euros (lien), et on peut s’interroger sur le peu de réactivité de l’état, qui, au-delà des promesses électorales, ne semble pas s’en inquiéter.

Avec ses 19 milliards d’euros de patrimoine national, ce PDG de Kering est la 7ème fortunede France et celui qui affirmait « je paie mes impôts en France » s’est installé à Londres en 2014, tout comme son bras droit n°2, lequel a émigré à Londres à la mi 2013, « pour des raisons professionnelles », refusant d’admettre que c’était pour des raisons fiscales.

D’autres évadés fiscaux sont du domaine artistique : l’un d’eux s’appelait Hallyday, il avait détourné plus de 9 millions d’euros au fisc français, via différents paradis fiscaux (lien)… l’autre s’appelait Aznavour…et ils ont eu droit chacun à un hommage national…

Pourtant Aznavour avait comparu pour fraude fiscale en 1977, et « le Soir », tout comme « Médiapart  » avaient révélé les pratiques d’optimisation fiscale du chanteur à travers un montage financier mis en place entre 2007 et 2016, même si l’artiste affirmait que « si je n’avais pas eu autant d’ennuis avec l’administration, et les médias, je serais resté en France » se défendant jusqu’au bout d’être un évadé fiscal. lien

Mais revenons à Pinault.

Il devait rémunérer Bizzarri, le nouveau patron de sa filiale italienne Gucci, à hauteur de 8 millions d’euros annuels.

Son groupe Kering a donc imaginé un montage fiscal « haute couture » : Bizzarri est employé et payé par une société boite aux lettres domiciliée au Luxembourg, éliminant ainsi la quasi-totalité des cotisations sociales.

De plus, comme il réside fiscalement en Suisse, il ne paye que très peu d’impôts.

Finalement, l’opération est juteuse pour le groupe Kering, permettant d’économiser la peccadille de 50 millions d’euros.

Cerise sur le gâteau, Marco Bizzarri multiplie les distinctions, recevant en décembre dernier la médaille de chevalier de la légion d’honneur, en compagnie de son patron, François-Henri Pinault.

Et ce n’est pas un cas isolé car la maison Yves Saint Laurent, l’un des fleurons du groupe de Pinault, a permis l’évasion fiscale de 2,5 milliards d’euros.

Le détail de toutes ces opérations est ici.

La liste de ces milliardaires, artistes, ou sportifs a été dévoilée par Bastien Lachaud, député de la France Insoumise, et elle donne le tournis.

En effet, c’est le 8 mars 2018, à l’occasion de la discussion générale portant sur la proposition de loi du groupe GDR que le député a dénoncé les déserteurs fiscaux utilisant ces « paradis », démontrant l’urgence de faire la vraie liste de ces pays…sans beaucoup de résultats jusqu’à aujourd’hui.

La liste est sur ce lien.

Tout va donc bien en macronnie pour le plus grand bonheur des milliardaires du pays, d’autant qu’on a vu de quelle façon le nouveau président avait capitulé devant les paradis fiscaux, « aveu d’échec ou de complicité » comme l’écrit Alain Deneault, dans son blog du Huffington Postlien

Comme dit mon vieil ami africain : « chaque promesse est une dette  ».

Le dessin illustrant l’article est de Chapatte

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

 

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