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Les cathédrales expliquées aux YouTubeurs

Je ne vous apprends rien : le 15 avril dernier, la France a failli perdre un monument qui outrepasse de loin la notion de religion, tant il est emblématique du pays (1).  Je ne vous parle pas du Concorde, qui a fini lui aussi dans les flammes, mais du monument parisien devenu célèbre en littérature depuis que Victor-Hugo y avait installé le lieu de l’intrigue de son roman devenu … bien plus tard dessin animé Hollywoodien, après avoir été aussi un film en Cinémascope oublié (avec un Anthony Quinn monstrueux – comme jeu d’acteur). Des cathédrales, c’est vrai, ça ne dit rien à une génération de « You Tubeurs » plus intéressés par le dernier volume d’Harry Potter que par la construction de celle de Chartres, ou de Reims (2) , je vous l’avoue. Et pourtant, il y a bien celle de Gloucester, comme cathédrale, de visible dans la saga, devenue la célèbre école de sorcellerie et de magie de Poudlard !!! Ce que l’on semble surtout avoir oublié, le 15 au soir, c’est que les incendies et les effondrements de cathédrales ont été très fréquents, dans l’histoire !!!  Ce que je vais donc vous rappeler aujourdhui, en attendant un autre aspect surprenant de cet événement…

C’est un peu dommage, en effet, car ils ignorent plein de choses, comme le fait que ces bâtiments ont toujours été fragiles, et qu’un bon nombre se soient écroulées pendant leur édification (ceux qui les construisaient n’étant pas nécessairement des architectes et encore moins des scientifiques !), que certaines étaient assez grandes pour contenir tous les habitants de la ville (c’est donc plus vaste qu’un stade de foot actuel en comparaison, voilà qui devrait faire réfléchir les fans de Tottenham : malgré ses 62 000 places, il ne peut en effet abriter que la moitié des habitants de cette banlieue de Londres !!!), et que la majeure partie a été construite en plusieurs fois, faute d’argent (le Quatar n’existait pas encore…), ou bien encore qu’elles étaient entièrement peintes (3), que dedans c’était parfois tellement le boxon que l’on a dû inventer une barrière, une sorte de « parapet bas » (l’extension du« chancel » ou « clôture de chœur ») pour empêcher les animaux domestiques que les gens amenaient d’aller se promener autour de l’autel !!!  Bref, c’était un bâtiment… assez « magique » pour parler comme J. K. Rowling  (demain on verra pourquoi encore davantage, mais chut… on ne va pas dévoiler tout de suite la surprise du chef). Retour sur l’incroyable folie de la construction de ces monuments gigantesques. Des constructions qui n’étaient pas que des actes de foi, précisons le : « la foi avait certes son importance, mais il s’y joignait un instinct très juste d’unité et de constitution civile. Plus que de la cité, la cathédrale était pour André Vauchez la « fille des moissons » puisqu’elle était financée pour l’essentiel par le prélèvement agricole de l’évêque et du chapitre ». D’où le choc depuis hier, visible partout, ceux limitant le monument au seul religieux faisant fausse route (4).  On retiendra aussi qu’elles furent toutes édifiées au cœur même des cités, ce qui leur valut parfois de brûler avec lors des grands incendies affectant les maisons de l’époque, toutes faites de bois. On peut retenir comme première idée que l’on peut s’estimer chanceux aujourd’hui d’en voir encore autant debout, tant elles ont connu de déboires…. au fil du temps ou des guerres !

Let The Sunshine In, les hippies du XIIeme (siècle)

Les cathédrales gothiques se démarquent de celles qui les ont précédées en style dites romanes, par une chose évidente : autant ces dernières, chargées de protéger les fidèles, ressemblaient à des châteaux forts, autant celles-ci paraissent nettement plus « légères ». C’est le journal The Indépendent anglais qui nous livre ici son analyse sur ce changement complet d’architecture, dans un excellent article paru le 17 avril : « contrairement aux églises romanes antérieures, les cathédrales gothiques créent des qualités de lumière extraordinaires. L’ex-chancelier de York Minster, Edward Norman, a parfaitement capturé cet ingrédient lorsqu’il a expliqué comment la recherche de fenêtres plus grandes et d’une lumière plus interne produisait des structures qui semblaient se dématérialiser: «À mesure que le style évoluait, la quantité de verre augmentait, La structure de support en pierre est devenue plus fine, de sorte que l’église gothique est finalement devenue une sorte de squelette en pierre. ” L’incidence presque hallucinatoire de l’architecture de la cathédrale est illustrée par le brillant passage inaugural du roman de William Golding, The Spire, publié en 1964 à propos de la construction d’une cathédrale médiévale. « La chose la plus solide était la lumière », explique le narrateur, Jocelin. » La lumière, ingrédient de la foi face à l’enfer d’un noir profond, idée partagé par l’historien Georges Duby, c’est une évidence que l’on retrouvera célébrée en 1969 par les hippies, avec leur chanson-phare de comédie musicale… c’est un peu l’arrivée avant l’heure des hippies du XIIe sicèle et non du XIIeme arrondissement !!!  « Il cligna de nouveau des yeux, voyant de près comment les grains de poussière se retournaient, ou rebondissaient tous ensemble, comme des ailes dans un souffle de vent. Il vit combien plus loin ils dérivaient dans le ciel, s’enroulaient ou pendaient dans un moment de pause, devenant, dans les troncs et les troncs les plus éloignés, rien que la couleur, la couleur miel découpant le corps de la cathédrale. Là où le transept sud éclairait le croisement de cent pieds de grisaille, le miel s’épaississait dans un pilier qui se dressait droit comme Abel aux hommes qui travaillaient avec des corbeaux sur le trottoir », écrit Golding, en précédent de 8 siécles….Julien Clerc ici en France. « La vision brillamment poétique de William Golding n’est pas fantaisiste. La plupart d’entre nous n’avons pas une idée de ce niveau supplémentaire d’existence personnelle et architecturale si nous entrons, disons, dans la cathédrale d’Ely (nota : ici à fauche, construite plus tardivement en 1349, sa nef a gardé une parure de ses peintures intérieures, visibles ici à droite) ou si nous contemplons la flèche de la cathédrale de Salisbury ?  » conclut le journal qui précise la différence avec l’architecture actuelle : « l’architecture étonnamment facétieuse des bâtiments «emblématiques» d’aujourd’hui ne peut jamais être aussi impressionnante que Notre-Dame ou une grande église. « Pourquoi voudriez-vous regarder vers le bas de Londres depuis la pointe bulbeuse tumescente de la Tour des Tulipes proposée par Norman Foster dans la ville de Londres, d’une hauteur de 350 mètres, alors que, non loin de son site proposé, vous pourrez vous prélasser dans les effets exquis de la lumière, des ombres et de la forme à l’intérieur de St Stephen (…)  La Tour des Tulipes est transitoire de manière implicite et commerciale. St Stephen Walbrook semble implicitement permanente (église à coupole, elle a été copiée sur l’église du Vatican et abondamment bombardée durant la WWII.  Elle a été refaite et terminée en 1981); « ce qui signifie que l’incendie de Notre-Dame nous rappelle quelque chose de plus que la quasi-ruine d’un objet physique ou religieux important. Notre choc, quel que soit le degré, est lié à la perte soudaine et béante de quelque chose que nous avons supposé être permanent; il expose une fissure dramatique dans le temps historique profond auquel nous pensons rarement ». On rappelle que St Strephen n’est qu’une des 54 églises construites à Londres après le grand incendie de 1666 par  Christopher Wren, l’architecte de la cathédrale Saint Paul. Les incendies, ce fléau qui a détruit tant de villes dans l’histoire !!! Londres avait brûlé pendant trois jours ! Et un tel bâtiment « sonne » aussi incroyablement à nos oreilles, en plus de nous en mettre plein les yeux;  « Quand on sonne la grande cloche Emmanuel de 13 tonnes dans la tour sud de la cathédrale, ses vibrations parlent du passé à un moment donné, alors même que le temps est devenu une option pour le commerce de détail. Bizarre, n’est-ce pas, que nos montres s’agrandissent et deviennent plus élaborées à une époque où, comme l’a prédit l’architecte-provocateur Constant Nieuwenhuys en 1956, «les gens voyageraient constamment. Ils n’auraient pas besoin de retourner à leur point de départ car cela serait déjà transformé « . Je ne peux pas m’empêcher de me demander si quelqu’un qui regardant l’effondrement de la flèche de Notre-Dame vérifiait l’heure exacte de sa montre U-Boat Chimera 46 Carbon / Titanium à 5 000 £, dotée d’un rotor argenté personnalisé avec des vis bleues et d’un remontoir à retournement. – avec U-boot estampillé dessus ». Avant d’être électrifié, il fallait huit hommes pour faire bouger et sonner « Emmanuel » (ici à droite).  A gauche la « forêt » de bois à l’intérieur de la tour pour soutenir les cloches…  On comprend mieux l’inquiétude des pompiers, vers 20h le 15 avril quand des flammes y avaient été aperçues… A droite une coupe de la tour montrant la structure de bois au milieu d’un édifice… bien plus mince qu’on ne l’imagine extérieurement (cf ici à droite) !

Une épidémie architecturale propagée en un éclair

Ce qui surprend le plus, outre la démesure de certaines, c’est surtout leur prolifération rapide, qui sidère carrément : « la période pendant laquelle leur existence est pour ainsi dire un besoin impérieux, l’expression d’un désir irrésistible, correspond à une durée d’environ 60 ans, comprise entre les années 1180 et 1240. Ce qui surprend aujourd’hui, c’est qu’en un temps aussi court on ait pu obtenir, sur un territoire aussi vaste, des résultats aussi surprenants ; car ce n’était pas seulement des manœuvres qu’il fallait trouver, mais des milliers d’artistes qui, la plupart, étaient des hommes dont le talent dans l’exécution des œuvres est pour nous aujourd’hui un sujet d’admiration ». C’est l’invention en architecture de la voûte d’ogive et de l’arc boutant qui a favorisé l’extension de cette méthodes architecturale commune, celui qui allège les charges des murs porteurs et permet de les percer pour faire entrer la lumière ; à l’arrière de Notre-Dame, c’est très frappant (ici à droite).  Une prolifération dans un formidable élan, genre start-up de nos jours, qui va hélas vite retomber, faute d’argent ou de volonté.  Beaucoup ne seront jamais terminées, et ce dès le XIVeme siècle. Celles héritées plus tard, jusqu’au XIXeme, comme l’horreur édifiée à Lille en béton et pas terminée non plus, malgré 150 ans de travaux, n’auront en rien la beauté des toutes premières (le néo-gothique étant une horreur en lui-même ! nota : elle devait ressembler à ça !). Des chantiers qui n’étaient pas non plus ceux des pyramides : il n’y avait pas des gens partout sur place, les « compagnons » hyper-spécialisés étaient peu nombreux, mais très efficaces, trouvant tous les jours de nouvelles astuces pour améliorer leur tâche et défendant jalousement leur savoir-faire. Ces maçons, organisés en confréries fermées qui cooptent leurs membres, deviendront plus tard des… franc-maçons à qui on attribue toujours des pouvoirs occultes.  Le soir venu. ils s’enferment dans des « loges » de bois, qui leur servent de réfectoire, de garde-manger et de magasin à outils.  On les appelle alors des « mortelliers ». Des travailleurs hors-pairs, sous les ordres d’un maître d’œuvre unique qui par « confrérie » gagne 5 fois ce que les débutants touchent, lui-même sous les ordres du chef de chantier, qui n’est ni physicien, ni mathématicien, ni ingénieur en matériaux. Ce qui a provoqué pas mal d’erreurs d’édifications, rattrapées ou non… le plus beau rattrapage en cours de construction étant celui de la Tour de Pise…. commencée en 1173. La voûte d’ogive, qui allège la construction, est apparue la première en France (cocorico), pour se diffuser ensuite chez les pays voisins. Les premières cathédrales en ayant bénéficié » étant celles d’Angers (de 1149 à 1159) et de Poitiers (en 1162). Notre-Dame de Paris ayant été construite entre 1182 et 1225. Le sommet du style étant la Sainte Chapelle, bâtiment ramassé devenu véritable dentelle de pierre (ici à gauche). Elle possède un autre record : on l’a bâtie en 7 ans seulement, sous St-Louis,  en commençant en 1241 !!! On lui avait octroyé un rôle bien particulier, mais cela je vous en parlerai plus tard…

Des constructions hasardeuses

Des édifices qui se sont effondrés, il y en a eu en effet toute une série, avec une telle hardiesse de construction en pierre. Aujourd’hui, on contemple ou on admire celles qui sont restées débout en fait !!! « L’un des plus célèbres est celui de Canterbury », écrit Roland Recht dans « L’effondrement d’une cathédrale au Moyen Âge : calamités et progrès » : « Selon la chronique de Gervase of Canterbury (ai 1141-av 1210) : Chronica Gervasii, pers prima, Incipit tractants de combustione et reparatione Can tua rens is ecclesiae. la catastrophe a lieu le 5 septembre 1174 : le feu qui avait pris dans des maisons attenantes a gagné le chœur de la cathédrale, l’infirmerie et la chapelle Notre-Dame sont également détruites. Le feu épargna la tour de croisée, les bras du transept et la nef. Des architectes sont appelés de France et d’Angleterre pour faire des propositions relatives à la reconstruction du chœur. Finalement, on embauche comme architecte Guillaume de Sens : il parvient à convaincre les moines qu’il faut abattre tous les restes qui subsistent du chœur incendié afin de garantir la résistance de la structure du nouveau chœur. Puis il fait préparer les engins pour l’enlèvement des restes du chœur et distribue aux tailleurs de pierre les gabarits en bois pour les profils. On sait par la suite du récit que l’architecte est tombé d’une hauteur de 15 pieds, entraîné par des chutes de pierres, et Gervaise de conclure : « La vengeance de Dieu ou la malice du diable s’est tournée vers l’architecte seul. » Ce qui signifie bien que l’effondrement d’une partie d’un édifice religieux avait aux yeux des fidèles, une signification surnaturelle » résume l’auteur, non sans un humour acerbe?  Si Dieu choisi lui-même, maintenant… celle qui doit tomber et celle qui doit rester debout  !

Construire des cathédrales n’est alors pas en effet une science à proprement parler : les maîtres d’œuvres fonctionnent plus à l’intuition qu’aux calculs purs comme on l’entendrait aujourd’hui. Leur technique est entièrement empirique, ils avancent en fait à tâtons, dans leur quête à la FortBoyard de faire « toujours plus haut et plus grand ». La pose de la clé de voûte (ici à gauche) avec les arches de bois soutenant les arcs de pierre étant le moment fort des constructions (ci-dessous à droite l’une des clés de voûte de Chartres, reliant 6 arches et peinte) . Leur réputation une fois un édifice construit et qui tient debout est alors faite : on se les arrache, d’un pays à l’autre comme on vient de le voir. Villard de Honnecourt (ici son autoportrait), originaire d’un village près de Cambrai, va construire jusqu’en Hongrie, pour aller construire la édifia à Košice, la cathédrale dédiée à sainte Élisabeth de Hongrie. C’est aussi l’inventeur du « canon de division harmonieuse », qui est utilisé en typographie (ici à gauche) pour dessiner les proportions des marges dans le cadre d’une page (et toujours de rigueur aujourd’hui !). Etienne de Bonneuil, qui a travaillé à Notre-Dame, ira lui faire des disciples en Suède pour bâtir la cathédrale d’Uppsala (en 1272 ) !!! Selon l’Universalis, ce n’est pas si simple que ça en fait : « il s’engageait à se rendre à Uppsala en Suède.  Cependant, Philippe le Bel ne lui accorda qu’en 1287 l’autorisation de quitter la France. Un contrat fut alors passé devant la garde de la prévôté de Paris avec les six compagnons et les six bacheliers qu’il se proposait d’emmener avec lui. Lorsqu’il arriva à Uppsala, l’église était déjà en cours de construction. L’archevêque Laurentius, qui appartenait à l’ordre mendiant des Franciscains, avait en effet pris sa décision dès 1258. Cependant, le plan de l’édifice et son style sont incontestablement d’inspiration française, ce qui tend à prouver que, dès l’origine, Laurentius s’était adressé à un architecte de cette nationalité, dont le nom ne nous est pas parvenu. Lorsque Étienne de Bonneuil arrive, le chœur est vraisemblablement achevé. Il doit donc travailler principalement dans la nef sans qu’il soit possible de mieux préciser l’importance de ses interventions. Quoi qu’il en soit, la cathédrale d’Uppsala ne peut être confondue avec un édifice français. De nombreux détails sont absolument étrangers à l’art français : ainsi le mur nu seulement percé d’un oculus qui sépare les grandes arcades des fenêtres hautes ». En tout cas, les français exportent bel et bien à ce moment-là de l’histoire ce qu’on appellerait aujourd’hui « The French Touch » !!!  Certains d’entre eux ont été choisis car ce sont des spécialistes du… son (5) : on souhaite faire vibrer les gens, en augmentant de façon sensible le volume sonore grâce aux réverbérations, le reste n’est alors qu’accessoire.  C’est en même temps l’arrivée de l’orgue, dont le son va devenir de plus en plus… monumental, en descendant dans le très grave, grâce à de plus gros tuyaux, gérés grâce à l’invention de l’abrégé. Avec ces choix là, axés en priorité sur le son, un bon nombre se retrouve par terre avant même d’être finies.  En 1217 à Auxerre, lors de travaux sur l’ancien chœur, une messe est dite alors que les tours de l’édifice semblent fragilisées. A midi, elles s’effondrent alors que tout le monde est heureusement sorti : un vrai miracle !!!  A Sens, le jeudi saint de 1268, la tour sud de la cathédrale Saint-Étienne s’effondre en partie ; le samedi des Cendres, elle s’écroule complètement… La tour nord de la façade de la cathédrale Saint- Étienne à Bourges a été terminée en 1470, mais elle oscille déjà, et malgré l’appel au secours à un maître maçon, Guillaume Pelvoysin, qui venait de réussir le chœur de Meaux, elle finit par s’effondrer le 31 décembre 1506, et Pelvoysin, redevenu constructeur, s’y remet dès 1508 pour la relever à neuf !!! A droite ici, la voûte de la croisée du transept de la Cathédrale de Paris, avec le point de lumière à gauche : c’est celle-ci qui a cédé, avec au-dessus la flèche, tombée avant que toute la voûte qu’elle surmontait ne s’effondre elle aussi à l’intérieur de la cathédrale (6).

Des prouesses architecturales vaines, parfois

A Beauvais aussi, on a aussi manqué de chance, c’est sûr et certain et ça se voit d’emblée ici à gauche : au xe siècle, sous les règnes de Lothaire et de son fils Louis V dit Le Fainéant, on a construit une première cathédrale, qui a pris feu à plusieurs reprises.  Après le dernier, en 1225, tout le chœur de l’ancienne a été complètement détruit. L’évêque se dit que ce ne doit pas être le bon emplacement et ordonne d’en construire une autre plus à l’est.  Cet évêque n’est pas n’importe qui :  il s’appelle Milon de Nanteuil et c’est un des six pairs ecclésiastiques de France, ceux qui sont présents pour le sacre du roi (c’est lui qui lui remet son manteau ce jour-là). Il voit donc grand, très grand (pour sa propre notoriété) ! Pour bien l’accrocher au sol, on creuse sur une dizaine de mètres pour rejoindre la roche et non la craie alentour car on a décidé tout de suite de faire haut, très haut. Or à Beauvais, pays de betteraves, les agriculteurs vous le diront, quand le vent s’y met, on le sent :  en novembre 1284 une partie des voûtes montées déjà bien haut s’effondre donc fort logiquement, l’arc-boutant supérieur s’étant rompu sous l’intensité des rafales !  On décide de néanmoins continuer…. en renforçant les arcs-boutants.  Un « patch gothique » en quelque sorte : personne ne veut décevoir l’évêque et encore moins son ambition démesurée, c’est le mot !  On continue donc de monter dans les voûtes. Le projet de l’évêque si imbu de lui-même, à comparer, c’est un peu comparable aujourd’hui à celui de la Burj Khalifa de 2009 aux Emirats Arabes Unis.

Un projet colossal et hasardeux, mais qui aboutit au final si bien, qu’une fois le transept terminé et sa tour le surmontant, la cathédrale de Beauvais deviendra un temps la recordman des monuments les plus élevés toutes catégories (dans le monde entier, à l’époque, la pyramide de Kheops faisant 146,58 mètres de haut !), avec une tour-lanterne culminant à 153 mètres de haut, bâtie sur la croisée du transept, une solution architecturale bien trop risquée : sous la tour, c’était en effet le vide complet !  Bien trop risqué comme plan !  Car elle n’a gardé ce record incroyable que… 4 années.  Le alors que la messe de l’Ascension venait de se terminer et que tout le monde était fort heureusement déjà dehors, la fameuse flèche et ses trois étages de cloches se sont effondrés, entraînant avec elles le transept et les voûtes. Coup de chance, ou miracle, encore une fois, il n’y eut aucune victime ce jour-là ! On ne reprendra pas de si tôt sa construction qui n’était pas achevée. Trop cher, le coût des travaux interrompus… pendant 150 ans, pendant lesquels on n’y touchera plus !!! (en ce temps-là pour passer de la version 5.0 d’une cathédrale à la 6.0 on comptait en siècle, ce n’est pas le même tempo qu’un iOS !!!  Mais on s’y remet et en 1548, le transept est à nouveau reconstruit et terminé, montrant un édifice toujours géant avec une hauteur de voûte dans le chœur de 48,5 mètres, (il est toujours record du monde), soit 4 m de plus que la cathédrale d’Amiens, celle de Cologne culminant à 43,5 m  « seulement »!!! Une hauteur sous les voûtes toute religieuse, puisqu’elle est très proche de sa longueur :  soit 144 coudées ou « pieds de Roi », une notion d’espace extraite de l’Apocalypse de St Jean paraît-il, qui font 47 m (la cathédrale de Cologne fait 144  mètres de long).  Saccagée elle aussi par la Révolution, elle ressemblera longtemps à un bateau ivre retourné en plein champ de betteraves (pas tout à fait, elle est située en pleine ville !)…  car toujours restée démunie de tour axiale. En 1868, on l’agrémente d’une horloge incroyable, une horloge astronomique décorée de 68 automates, (ici à gauche), de 90 000 pièces fabriquée par Auguste-Lucien Vérité, un maître horloger beauvaisien.  C’est aussi cela qui aujourd’hui attire les touristes qui oublient de regarder son incroyable dentelle de pierre qui en fait une des cathédrales parmi les plus… lumineuses, les vitraux colorés manquants en haut des voûtes (ici à droite).

La cathédrale du Diable ?

En 1188, toute la ville de Troyes a été la proie des flammes et sa  cathédrale aussi. On décide de tout refaire, donc. Pour obtenir de l’argent, on a recours aux indulgences : des promesses payantes de gagner le paradis à sa mort, une pratique déjà courante. Elles sont signées du pape Urbain II.  Commencée en 1199 par l’évêque Garnier de Traînel, la cathédrale de Troyes (Saint-Pierre et Saint-Paul) où fut créé l’ordre du Temple, lors d’un concile (celui du 13 janvier 1129) fait figure pendant deux siècles de bâtiment vraiment maudit : le 14 août 1365, sa flèche est emportée par une violente tornade, et on mettra… sept décennies à la refaire.  Pendant la réfection, en 1389, c’est la foudre cette fois qui s’abat dessus et qui met le feu à la toiture. Les pompiers (de Paris ?) n’existant pas, tout brûle.  L’édifice, ébranlé, voit sa rose nord du transept s’écrouler.  On la refait en 1408, mais les travaux réalisés en une seule année l’ont été un peu trop rapidement et il faut la modifier 40 ans plus tard si on ne veut pas la voir à nouveau s’affaler par terre.  Un peu lassé, on ne fait plus de travaux sur l’édifice de 1433 à 1450, et de nouveaux travaux ne sont véritablement entrepris que vers 1519 : on se demande surcroît si on ne s’est pas trompé d’endroit pour la bâtir : c’est en plein marécage, et pour faire les fondations il a fallu créer toute une zone renforcée qui lui sert de base stable. Les travaux s’achèvent enfin en 1634, pour le corps central et une tour sur deux prévues (ce qui lui donne cette allure triste d’orpheline, ici à gauche) ce qui n’empêche pas la foudre de remettre ça dans la nuit du 7 au 8 octobre 1700, en plein sur la flèche du transept qui s’effondre une nouvelle fois et la dernière : on abandonne l’idée d’en avoir une désormais, de flèche !!! Idem pour la seconde tour, dite de Saint-Paul, qui ne verra jamais le jour,  faute de ressources !!!  Une partie de sa toiture a brûlé au passage et a également endommagé une statue de saint Michel:  ce n’est que 23 ans après que tout sera réparé ! La Révolution Française saccagera tout, cassant toutes les statues et fondant l’or du trésor (provenant essentiellement des croisades, avec en 1204 le pillage de Constantinople par les Croisés), lors d’une expédition punitive menée par… un orfèvre, appelé Rondot.  Le gros malin ! Les restaurateurs du XIXeme la démonteront presque pierre par pierre, ce qui a permis d’ailleurs de retrouver par quel bout elle a été commencée : le déambulatoire (un circuit derrière l’autel), sur le modèle de l’abbatiale Saint-Yved de Braine qui servira aussi de prototype en quelque sorte à celles de Saint-Omer et de Saint-Quentin. Les constructeurs se copiaient entre eux ou s’inspiraient mutuellement. Elle échappera en revanche aux dégâts de la Grande Guerre.  On note que les intempéries, et surtout les vents violents, sont toujours des menaces pour ces édifices, comme le montre ici à gauche la rosace de la cathédrale de Soissons, volée en éclats après la tempête de mars 2017 (des tuyaux d’orgue situés derrière avaient été détruits).  Elle a été construite en… trois siècles, de 1176 à 1479 et elle a précédé celle de Chartres en construction.

Pour Soissons, une première tour, commencée tardivement au milieu du xive siècle, est interrompue par la guerre de Cent Ans, qui verra les habitants voler des pierres du chantier pour retaper leurs maisons endommagées par les combats.  On n’est pas dans la croyance, mais dans la survie ! Résultat:  la tour sud n’aura jamais de flèche, et sa tour nord ne sera jamais édifiée, faute cette fois d’argent. Les Huguenots ravageront l’intérieur en 1567.  Napoléon fera pire, en la transformant en… poudrière :  en 1815, une explosion s’y produira qui fera voler en éclats les vitraux de la nef qui tiendra le coup malgré tout !!!  En 1914-1918, les artilleurs s’en serviront pour régler leurs canons, abattant le haut de la tour et trois travées de la nef (l’image large ci-dessus est de 1919 est saisissante, à droite la comparaison avec de nos jours). Aujourd’hui c’est donc une… vraie miraculée !

Un sens caché ?

Les cathédrales gothiques présentent aussi d’autres mystères. Les labyrinthes qui les décorent sont parmi ces particularités : installés au milieu de la cathédrale, à l’emplacement du croisement des deux ailes principales (pour faire… une croix) appelé transept, repris de celui de la Mythologie avec le Minotaure, ce sont des allégories du chemin de Croix, avec ces haltes et ces moments difficiles à passer (ou contourner). La plupart, pour une facilité de dessin et de réalisation (en pierre de couleur alternée), sont octogonaux et non circulaires (ici à gauche celui de Reims). Le plus beau est ici dans le Nord, à Amiens: il a été dessiné par le maître d’œuvre Renaud de Cormont (successeur de « Maître Robert » surnommé « de Luzarches ») et a été posé en 1288 au milieu de la nef (à l’aplomb du transept).  Son parcours (son développement à plat) fait 234 mètres de long. Ce n’est hélas pas celui-là que l’on voit aujourd’hui :  fâché par le « boxon », déjà décrit ici fait par les fidèles durant les offices, qui s’amusaient à se déplacer dessus en pleine messe, parfois à genoux, en espérant ainsi gagner le Paradis, les prêtres du Chapitre (ceux de l’assemblée des religieux, clercs, frères ou religieuses en charge du fonctionnent collégial de la cathédrale) l’on fait détruire en 1825, et il a été fort heureusement reconstruit en 1894, c’est encore une fois une… réfection !  Le plus marrant est de le trouver aujourd’hui sur des sites qui le rangent dans la catégorie « Mandala »…  A Amiens, autre bizarreté, à côté du « Mandala » figure une belle répétition de croix gammées au sol, dont le public n’a pas conscience quand il met les pieds dessus (dès que l’on touche un motif répétitif régulier, on peut craindre de le rencontrer en effet).  D’autres zozos voient dans celui de Chartres (ici à gauche), cathédrale commencée romane et finie gothique, qui est circulaire un « Reiki » (japonais !) : « la cathédrale de Chartres est depuis sa construction reconnue pour avoir été construite sur un lieu particulièrement puissant en énergie, l’un des plus puissants de la planète. Les habitants de Chartres et de sa région ont la chance de pouvoir bénéficier de cette énergie puissante et de pouvoir venir s’y ressourcer ». Ce qui s’appelle de la récupération vous l’avez bien compris… On n’est pas loin des Aventuriers de l’Arche Perdue là.... , car ce sont en fait les chrétiens eux-mêmes qui l’on prétendu les premiers : « chaque 21 juin, jour du solstice d’été, une foule de visiteurs parcourt ce mystérieux chemin gravé sur le sol. En son milieu on ressentirait des  forces telluriques dues à la présence de 14 cours d’eau souterrains… » les gens ne le voient toujours pas comme ici à Chartres (surtout les touristes japonais, pressés comme s’ils devaient embarquer dans un Shinkansen).. Pour celui de Chartres, le chemin censé mener vers la « Jérusalem céleste » est composé de 276 pierres, car  « 276 jours séparent l’Annonciation, le 25 mars, de Noël » ! Mais il y a une autre subtilité encore dans l’histoire  de la cathédrale : les compagnons sculpteurs et verriers, ces farceurs, ont laissé leur signature de façon fort particulière : dans le magnifique vitrail, dit de saint Apollinaire, un petit trou a été laissé au milieu d’un losange.  Sur le sol, ils ont disposé adroitement une pierre rectangulaire, côté transept sud, enchâssant une petite pièce de métal (« un clou ») qui est là pour réfracter un rayon de soleil une seule fois par an.  A midi, le 21 juin, jour du solstice d’été bien sûr !!!  La dalle est facilement reconnaissable, puisque installée en dehors de l’alignement de toutes celles qui l’entourent !!!  Enfin, il faut savoir que parmi ces verriers, l’un d’entre eux, surnommé « Clément », a été le fournisseur d’autres verriers à Paris, à Sens, à Rouen ou à Bourges, où l’on retrouve sa « patte » et ses couleurs aujourd’hui impossibles à refaire (c’est teinté dans la masse et on ignore tout de son procédé resté secret). Notre-Dame de Paris, elle, hélas, ne possède pas de labyrinthe, mais l’un de ses vitraux, qui était l’un de ceux signé Clément, a été détruit… par un évêque du XVIII eme, qui trouvait qu’il n’y avait pas assez de lumière au travers (celui de Chartres ayant été saccagé par le chanoine Guillaume Thierry au XIV, lequel en a enlevé une partie pour y mettre la sienne en 1328 (en s’y faisant représenter bien sûr !)

La sauvegarde est une notion récente

L’histoire nous montre avec ces deux exemples que la conservation du patrimoine est un fait (fort) récent : pas mal de pierres des cathédrales proviennent de monuments romains qui ont été abattus (la pyramide de Kheops s’est fait voler tout son revêtement, etc…) des monuments dont on a recyclé les blocs de pierre pour en faire d’autres. On le sait, car sur ces pierres on a retrouvé la trace et la signature des maçons qui les avaient taillés et mis en place en premier, les maçons du Moyen-Age ne signant pas leurs pierres. La cathédrale St-Julien du Mans, à la fois romane et gothique, à la belle forêt d’arcs-boutants à l’arrière, remaniée « à la hache » au XIXeme siècle elle aussi, a ainsi été construite sur un site romain. Elle aussi a connu bien des déboires.  Commencée vers 1060 par l’évêque Vulgrin (et donc en style roman, pour la nef), elle a été terminée vers 1430 (en gothique, pour le chœur). La première version de Vulgrin n’a tenu que 10 ans :  elle s’est en effet complètement écroulée !!! Elle aussi a subit un terrible incendie, après un orage en 1134, qui avait mis le feu aux maisons placées autour sur la colline dite Plantagenêt.  Il s’est propagé à la cathédrale en cours d’édification, qui avait alors été quasi détruite.  Reconstruite rapidement, un autre incendie l’avait touchée 4 ans plus tard, obligeant à refaire à nouveau toute la nef centrale et sa tour sud !!!  C’est donc une de celles qui a été le plus remaniée : à un moment deux édifices étaient, même côte à côte, enchâssés l’un dans l’autre : le nouveau et l’ancien, le premier surplombant progressivement le second ! La Guerre de Cent ans stoppe ces travaux de construction et en 1419, la cathédrale qui menace alors de s’effondrer voit ses fondations enfin consolidées. En 1811 ou 1812, l’une des ses voûtes s’écroule… sur l’orgue, qui doit être refait… quarante ans plus tard. La dernière épreuve la touchant étant un terrible orage de grêle le , qui a fracassé une grande partie des vitraux de son chœur. « Au pied du chevet de la cathédrale, les archéologues ont aussi eu la surprise de découvrir une série de 500 éléments de pierres taillées provenant de la cathédrale, que des restaurateurs du début du XXe siècle ont simplement enterrés là. Bien que fragmentés, ces élements lapidaires constituent un témoignage précieux sur les éléments de constructions d’origine » (ici à gauche ce sont les combles, avec une photo où l’on distingue le desssus des dômes de voûtes). « Cela permettra de juger les choix faits au XXe siècle par les architectes historiques. Ces derniers sont en effet connus pour les libertés qu’ils prenaient avec les formes originelles des bâtiments qu’ils remettaient en état. Toutefois, ce sont les pans de l’enceinte romaine de la ville qui, pour les archéologues, constituent sans aucun doute le glaçage délicieux du millefeuille. Longtemps intégrés dans les bâtiments épiscopaux, ces deux pans de muraille terminés par des tours partent perpendiculairement de part et d’autre du chevet de la cathédrale. Celui-ci fut en effet curieusement construit à l’extérieur des murailles de la ville, sur autorisation de Philippe-Auguste (1165-1223). Comme le reste de la muraille romaine, ces pans sont assis sur un grand appareil de bloc de pierres, puis parés par un mur de petites pierre arrondies noyées dans un béton de tuileau. Des strates de briques décorent ce parement tous les 30 centimètres. Au pied de la muraille, les maçons ont entourés ces briques de carrés tracés dans le mortier rouge afin de créer, de loin, l’illusion de la pierre taillée. Derrière le parement, un remplissage fait d’un tout venant de pierres et de briques noyés dans un mortier donne au mur d’enceinte une épaisseur de quatre à cinq mètres ! »

L’histoire des cathédrales a donc été tout sauf… paradisiaque.  C’est l’enfer du feu ou les écroulements, dûs à des erreurs de conception, qui ont été leur lot pendant des siècles et ont mené à leur abandon pendant des décennies, voire des siècles parfois, quand les guerres n’en ont pas abîmé ou détruit un nombre conséquent également.  Celles que l’on voit aujourd’hui sont pour ainsi dire toutes des miraculées !  De là à dire qu’elles étaient les protégées de Dieu…. je ne m’avancerai pas sur ce terrain mouvant : on verra ça dans le prochain article si vous le voulez-bien !  Car leur contenu est aussi à inspecter de près, il semble aussi:  les surprises risquent d’être plus grandes encore que ce que je viens de vous décrire…

 

 

(1) à l’heure où l’on débat déjà si l’on doit refaire la toiture en bois ou plutôt en acier, on peut rappeler qu’on ne s’est pas trop posé la question en 1919 quant il a fallu s’atteler à réparer les dommages colossaux de la Grande Guerre sur la cathédrale de Reims, bombardée le 4 et le 19 septembre 1917 par des obus allemands, des tirs qui vont durer 8 heures d’affilée : « A 15 heures (le 19), un obus touche l’échafaudage en bois de pin qui depuis mai 1913 ceinturait la tour nord de la cathédrale et l’enflamme. Vers 15h30, la toiture prend feu rendant l’incendie visible de loin ce qui amène les Allemands à cesser leur tir. Mais la chaleur de l’incendie met en ébullition les 400 tonnes de feuilles de plomb qui recouvrent la toiture. Le plomb fondu se répand alors sur les voûtes et coule par les gargouilles, provoquant une spectaculaire fumée couleur jaune d’or. A 15h50 l’échafaudage s’effondre sur le parvis, remplissant celui-ci de fumée. Quant à l’incendie de la charpente, il se poursuit jusque vers 20 heures ». On a choisi devant l’ampleur des dégâts de mettre du béton, en 1926, à la place du bois, pour reconstruire la charpente, néanmoins maintenue ensemble par des clavettes de bois (ici à gauche). Le maître d’œuvre s’appelait Henri Deneux. Le plomb manquant est venu d’Espagne. Pour la poursuite des travaux, prévus jusqu’en 2025, on recommande le béton fibré, la solution qui pourrait être retenue pour Notre-Dame !!!

(2) en ce sens, la décision de rebâtir ce qui a été détruit, c’est aussi un superbe pied de nez à Daesh, dont les destructions apocalyptiques démontrent la petitesse d’esprit qui les anime… entretenir le passé est tout sauf une nostalgie !

(3) ce qu’on redécouvre en ce moment grâce à la technologie, ce sont les remarquables projections sur les façades qui permettent de retrouver leur apparence initiale, comme ici à Amiens en 2015. Une vision qui change totalement notre idée à propos de la cathédrale telle que la voyaient les gens il y a huit siècles. A ce propos, Le Corbusier s’était bien planté en écrivant en 1937 que « les cathédrales étaient blanches parce qu’elles étaient neuves comme les villes étaient neuves, à cause de la pierre de France, éclatante de blancheur. Un monde nouveau commençait. » Aujourd’hui, ça pose problème quand on retape et qu’on blanchit trop… ou quand on rajoute à celle de Saint-Denis une flèche pas construite à l’origine… comme celle de Notre-Dame, ajoutée par Viollet le Duc après une première version munie de cloches bâtie en 1250 !!!

(4) A Notre-Dame, où l’accident ne fait aucun doute, parmi ceux qui ont immédiatement évoqué la piste terroriste et complotiste, on retrouve de vieux habitués du genre (et d’autres prêts à répandre n’importe quoi)  : Pierre Sautarel de F.De Souche, le site Wikistrike, ou le cadre (?) du Rassemblement National, Jean Messiha, qui a twitté « deux départs de feux », en évoquant « des sources » totalement inconnues, bien sûr. Le député Meyer Habib, de la 8e circonscription des Français de l’étranger et qui n’en est pas à sa première provocation (il ose tout !) y est aussi allé de la sienne. Le pompon revenant au conseiller municipal d’opposition de Neuilly Philippe Karsenty, aux amitiés douteuses, déjà cité pour une autre fake news il y a plusieurs années (sur l’affaire Mohammed al-Durah, en 2000, pour laquelle il a été condamné pour diffamation en 2013). Il a été mouché en direct sur FoxNews où il était intervenu, par le journaliste Shepard Smith, ce qui est plutôt rare avouons-le sur la chaîne !!!

(5) Selon Roland Recht, dans sa communication « L’effondrement d’une cathédrale au Moyen Âge : calamités et progrès « extrait des « Actes du 16ème colloque de la Villa Kérylos » à Beaulieu-sur-Mer des 14 & 15 octobre 2005, les architectes des cathédrales avançaient avant tout « l’harmonie » de leurs constructions « en conclusion, il faut admettre que ce sont les calamités telles que les chutes d’une partie d’une architecture, qui ont fait avancer la connaissance et. peut-être, fait naître peu à peu une théorie de la construction gothique. Lorsque l’édifice, au contraire, résistait aux charges, aux poussées extérieures dues aux intempéries (la neige, le vent surtout), et intérieures, l’architecte, n’ayant pu procéder par calcul mais ayant fondé le plan et l’élévation seulement sur l’harmonie géométrique de l’ensemble, n’était pas capable de comprendre les raisons précises du succès. Il continuait donc d’avancer, parfois avec une audace extrême, seulement armé de son équerre et de son compas, soucieux avant tout de la liaison harmonieuse entre l’extérieur et l’intérieur de l’édifice. »

(6) C’est en fait la sienne, de flèche, celle de 1860 qui vient de tomber à Paris, heureusement sans les statues des 12 apôtres autour qui venaient d’être enlevés pour restauration. On notera que Viollet le Duc , saccageur historique, s’était lui-même ajouté sous les traits de saint Thomas (il a aussi fait pivoter la rosace Sud de 15° et mélangé les deux premiers cercles avec les Apôtres !). Faudra-il rebâtir selon les plans de ce véritable modificateur de l’histoire (il a pas mal modifié Notre-Dame en effet), ou non ?  ça risque d’être passionnant comme débat… Faut-il refaire des sculptures et y insérer des éléments modernes, ou pas ? (à Salamanque, en Espagne, on y a répondu de façon amusante, en incluant… un cosmonaute dans un fronton.

 

Nota : L’historien George Duby spécialiste de la période, s’était essayé à la pédagogie devant les caméras de télévision, de façon assez maladroite dira-t-on aujourd’hui où l’on ne pardonne plus rien, dans une série télévisée, aujourd’hui jugée « archéologique » par les plus jeunes, car datant de …. 41 ans, appelée « Le temps des cathédrales »  (épargnez-moi Garou ou Michel Sardou, voulez-vous bien ?) une série réalisée par Roger Stéphane et Guy Darbois, le second étant celui derrière les mythiques  « Dossiers de l’écran » :

Episode 1

Les débuts, avec les défrichages de l’An Mil et le peu de population de l’époque, après la disparition de l’Empire Romain. La première cathédrale étudiée est celle d’Aix la Chapelle avec Charlemagne dévasté et pillée par Oton III. Apparition d’une nouvelle esthétique créée autour du livre, pour lutter contre les objets barbares aux gros cabochons décoratifs comme culture. Duby cite Bernward (alias Bernoard ou Bernouard) qui a été l’ancien précepteur du futur Otton III) placé à la tête de l’évêché d’Hildesheim, comme grand initiateur de ce mouvement intellectuel venu de Baltique.

Episode 2

La société religieuse contemplative comme ciment d’une royauté qui se désagrège, avec le nord de l’Espagne comme nouvel étendard de la chrétienté, et une communication avec les musulmans et leur apport architectural en Pyrénées notamment. Le travail des prêtres étant de rédiger les ouvrages dont l’Apocalypse, en travail de copistes et lui ajoutant forces enluminures artistiques, pour « donner à voir aux disciples » dit Duby. Le monastère étant le bâtiment religieux principal, l’Eglise, elle, est alors, remarque Duby, toujours tournée vers l’Orient et la lumière et, au Sud, construite à la fois en pierre et en briques et sert avant tout à un culte nettement orienté vers la mort. C’est là que sont apparues les premières volées de la voûte romane (ici le chœur à gauche). Dans ces églises, le chant est primordial, « huit heures par jour » dit Duby) et les bâtiments construits pour avoir le meilleur son possible, déjà.

Episode3

L’avancée des progrès et de l’agriculture, comme du commerce, apaise et transforme la religion en la rendant moins terrifiante, avec la dispersion des idées autour de l’abbaye de Cluny, pivot de l’art monastique selon Duby. Un monument visité par les caméras déserté et désolé, « devenu carrière de pierre » mais aux « hautes voûtes comme une élévation vers Dieu« . Paray le Monial (ici à droite) en est sa copie véritable, avec son chœur et ses chapelles rayonnantes à l’arrière, futur plan des cathédrales qui vont suivre… le prototype des cathédrales romanes.  L’arrivée de St-Bernard « le vertueux » est bien perçue par Duby, ainsi que son opposition aux richesses de Cluny, avec un art architectural épuré en représentation de pensée, à Fontenay, et les moines de Citeaux (ici à gauche ses ruines), un mouvement très fort visant l’ascèse…mais avec des moines tournés vers le passé et non l’avenir, selon lui. C’est Suger, abbé de Saint-Denis qui reprend la croisée d’ogive cistercienne pour fabriquer une église plus lumineuse, celle qui va inaugurer le gothique qui représente plutôt cette avancée : Duby, déjà, insiste sur la rapidité des changements architecturaux:  selon lui, ce sont les croisades qui, « en révélant l’existence charnelle du christ« , ont fait changer l’état d’esprit des religieux en insistant sur la lumière désormais et non plus les ténèbres. Pour lui aussi le mélange des deux genres (sobriété ET luminosité) est apparent dans la cathédrale de Laon (ic i à droite), construite à partir de 1155 jusque 1235. Un « Dieu qui est lumière », désormais. Un art architectural nouveau appelé « Art de France », car né en France en effet, sous les efforts d’un petit homme, Suger plutôt discret, qui fit écrire ceci comme épitaphe sur sa tombe : « petit de corps et de famille, poussé par sa double petitesse, refusa dans sa petitesse d’être petit »….

Episode 4

C’est l’apparition de la « prospérité urbaine » selon Duby, qui déplace l’éducation religieuse du monastère dans l’Eglise, une ville commençant à apparaître comme élément moteur de société, à la place du seul terrain agricole : c’est ainsi que les travailleurs de tous genres apparaissent dans les vitraux et que la cathédrale devient le lieu de rassemblement des association ou de diverses confréries . La « cathédrale est la maison du peuple, la maison du peuple citadin » insiste Duby. « Elle appelle à s’élever, mais dans l’ordre et la discipline » ajoute-t-il plus loin. « C’est le monument du pouvoir », conclut-il : celui du prince et celui de l’évêque, ce que Duby illustre par les trois statues de façade de la cathédrale de Reims, où Dieu est au milieu des deux précédents (ici à gauche)  ! « La cathédrale est démonstration de puissance ». « Autoritaire » dit-il plus loin, et « encadrée », ajoutant qu’elle enseigne désormais par les porches, désormais à trois possibilités avec le transept et la façade et leurs statues en forme « de spectacle de théâtre » (ici à droite celui de Reims).  Pour la première fois, on commence à raconter la vie du Christ et son enfance en sculpture fait-il remarquer. A Chartes les statues deviennent « plus humaines », dit également Duby (c’est le célèbre ange souriant de Reims, ici à gauche qui sert d’exemple).  La religion… s’humanise ! Les cathédrales fleurissent de plus en plus vite, surtout, rappelle Duby : Chartres a été construit en 26 ans, Reims entre 1213 et 1233…  qui évoque aussi des cathédrales muées en écoles, où l’on commence à… calculer. C’est au même moment, vers 1180, qu’avec l’arc boutant on a « réussi à élever une fois et demie plus haut que ce qu’on faisait avant » précise-t-il en citant en exemple… Notre-Dame de Paris. Ce « monde nouveau » produisant deux autres phénomènes hors normes, deux hommes, Saint Dominique, fondateur de l’ordre des prêcheurs pour s’attaquer à l’hérésie qui couvait, et St-François d’Assises, qui a vécu une jeunesse dorée de chevalier avant de tout envoyer valser et s’en aller prêcher la pauvreté et l’Evangile. Le pape actuel a choisi son nom, on le rappelle.

Episode 5

Il débute par Notre-Dame de Paris, sur lequel Duby revient, en insistant sur la rosace du transept et le concept de « Dieu est lumière » mais aussi de combien elle a pu coûter (ah ça on l’ignore !), pour repartir ensuite vers le pouvoir royal qui s’accapare les cathédrales.  Des cathédrales qui abritent en effet désormais les tombeaux royaux.  On n’est pas loin en effet des tombeaux des Pyramides !!!  On note que les tombeaux sont alors eux aussi… peints !  Plus loin, il évalue le rôle de Saint-Louis et les thèses réfutées d’Averroès, nourri d’Aristote et de Platon, ce qui représente un blocage vers l’avenir évident (lui-même étant confronté aux mêmes blocages de société, car exilé, et ses livres brûlés). A la Renaissance, Pic de la Mirandole lui rendra hommage. Lui aussi sera accusé d’hérésie par le pape Laurent.  Le feu de la Réforme est en train de couver, déjà !!!

Episode 6

Le gothique et ce qu’il représente: épisode qui débute par les sculptures « plus humaines » de Reims, pour revenir sur Paris et Notre-Dame, qui explique que l’expansion du style gothique s’est vu aussi contrarié par des critiques « nationalisantes » sur « l’Art Français » avec un foyer fort vif en Sicile, et la cathédrale Santa Maria Nuova (« Sainte Marie la neuve ») de Monreale.  Une église disposant d’un cloître, directement issu de la chrétienté romaine, et une cathédrale restée entièrement peinte de couleurs chatoyantes, une décoration polychrome typique de la Méditerranée, perclus de mosaïque ou de dorures, de type … Byzantin. Pas de colonnes dans le cloître pour supporter des voûtes, mais un toit en charpente. Pas de vitraux non plus, et « une lumière rare ».  Ça n’a en effet rien de gothique, alors que c’est construit en même temps que Suger qui bâtit alors Saint-Denis  !!! Le gothique qui a flambé très vite, s’est diffusé comme une traînée de poudre dans toute l’Europe, est déjà en train de commencer à s’éteindre…

Episode 7

Mais avant de devenir flamboyant, justement, l’art gothique se multiplie partout  (l’exemple est alors Rouen a l’immense flèche qui grimpe à 151 m de haut, sa construction a pris 5 siècles !). C’est la grande apogée du Gothique : Reims, Solsbury, Tolède, Palerme, et l’Italie, et ses artistes, cités par Duby. Mais aussi l’apparition de la richesse commerciale des commerçants urbains, désormais. L’impôt abondant permettant de construire des cathédrales de plus en plus grandes et de plus en plus sculptées, de véritables dentelles de pierre. Des négociants, comme ceux en Italie de Venise « encore austères » dit Duby, se font des guerres entre eux en engageant des mercenaires (conduits par ces Condottiere) « qui se combattent mais s’épargnant mutuellement le plus souvent » selon Duby. C’est le temps des papes d’Avignon et l’apparition de peintres comme Giotto di Bondone, ou Ambrogiotto di Bondone, dit Giotto. C’est aussi hélas l’apparition de la Grande Peste de 1348 et ses millions de morts , « la mort partout », « frappant tout le monde, pauvres comme riches » dit Duby. On évoque 1/3 d’habitants en Europe de disparus !!! C’est le « coup d’arrêt en tout« , et Duby y voit également en repli l’apparition de l’art privé, et la disparition des grands projets, comme la cathédrale de Sienne, en  Toscane, qui ne put jamais être terminée.  Aujourd’hui, ce que l’on peut en voir est ce qui devait être son transept seulement, un côté ayant même été transformé en logements (ici sur la droite de la photo) !

Episode 8

L’épisode commence cette fois par Pise, avec son cloître des défunts, de style gothique. : celui du Camposanto Monumentale  (gravement endommagé le par une bombe d’un raid allié tombée sur sa toiture, et l’incendie du bâtiment qui avait suivi. La peste a marqué les esprits, l’anxiété de la mort et sa peur «entretenue par les directeurs de conscience » marque tous les tableaux et les sculptures. Les nouveaux riches, les bourgeois, commandent la culture désormais au XIVeme , avec des cathédrales qui deviennent plus petites, avec notamment des chapelles personnelles, elles aussi bien moins vastes. Selon Duby, les prêcheurs dominicains ou franciscains de mort avaient en fait fabriqué aussi l’inverse chez leurs contemporains qui avaient développé « l’idée de jouir au plus vite de la vie ». A la fois « vers la pénitence et le plaisir en même temps » et dont le modèle est le Duc Jean de Berry et son frère Charles V, oncles du roi de France, Charles VI alors complètement fou, roi « fantoche » qui se fera dépouiller de son vivant, laissant le pouvoir au duc de Bourgogne Philippe le Hardi et au duc Louis d’Orléans, frère du roi. Ses « Riches heures » étant un très bon moyen de constater le mode de vie de l’époque, on le sait. C’est l’apogée de l’amour courtois et des joutes chevaleresques, une plus grande légèreté bienvenue qui annonce déjà les premiers parfums de… la Renaissance. Avant cela, pour se protéger, les plus riches se dotent de reliques personnelles, au lieu d’aller admirer celles dans les cathédrales. L’épisode de la série se termine par une sculpture visible à Dijon de Claus Sluter d’un Christ mort grimaçant, à l’opposé du Christ serein gravé en fronton de la cathédrale de Reims : tout un symbole.

Episode 9

On y voit les cathédrales comme lieu social, la piété et l’admiration des saints comme remède au monde dévasté. Le Christ de plus en plus représenté en martyr « le goût du sang » dit Duby. Des « obsessions » vers la torture, même… accompagnées de visions de l’enfer, toujours aussi présent, et la représentation des « premiers nus de la la peinture européenne » selon Duby. L’Enfer, la nouvelle « obsession »  du moment. L’épisode arrive vers 1420-1440 et le roi alors parti de Paris pour s’installer sur les rives de la Loire. Pour Duby, c’est Jan van Eyck et les premiers peintres à peindre sans commande de mécène (il peint sa femme et fait son autoportrait, dit « au turban rouge » qu’il annonce… un renouveau à venir, qui va redécouvrir la civilisation grecque, notamment. Ce qu’on va appeler La Renaissance tout bêtement  (celle qui verra les grandes réformes religieuses sortir de ce monde bouleversé par les ravages de la Grande Peste.

A lire absolument

Pour comprendre rapidement ce que sont ces cathédrales, des ouvrages destinés aux plus jeunes suffisent : la remarquable série de Pierre Miquel « La vie privée des hommes », bourrée d’illustrations faites par des auteurs de BD et les fantastiques ouvrages du dessinateur architecte d’intérieur David Macaulay parus aux Deux Coqs D’or, dont le célèbre « Naissance d’une cathédrale » en grand format et dessinés par l’auteur lui-même au Rotring. Deux « must »qui ont longtemps étayé mes cours en collège !  Macaulay est aussi l’auteur de « Comment ça marche », qui je recommande à tout le monde...tous ses ouvrages sont en fait à recommander !!! Sans modération, car c’est un pédagogue né !

 

 

 

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    Pour info, concernant Notre-Dame de la Treille à Lille, elle n’a pas été terminée car le clergé, ayant réuni les fonds, a préféré construire une université plutôt que de finir la cathédrale. Quel choix judicieux !

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