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Les Banques Centrales, ultime rempart contre la dépression

Notre monde est truffé de déficits, d’endettements publics et privés. De même est-il buriné par les processus délicats de réductions généralisées (volontaires ou forcées) de ces dettes, plus connus sous l’appellation générique de «deleveraging». Dans ce monde tourmenté et en déséquilibre permanent, le métier de banquier central requiert doigté, finesse et anticipation permanente. En réalité, le pouvoir est passé des Ministères de l’Economie et des Finances paralysés par les priorités absolues accordées aux restrictions budgétaires aux banques centrales, seules capables d’insuffler un quelconque semblant de vie à nos économies à la faveur de leur planche à billets.

Pour simplifier, les comités directeurs de nos banques centrales sont profondément marqués par la dépression des années 1930 ainsi que par la décennie perdue au Japon des années 1990. Ces deux épisodes –les plus étudiés et décortiqués de toute l’Histoire économique moderne– fascinent d’autant plus les économistes et les universitaires que leurs mécanismes ne sont toujours pas complètement élucidés. Leur maîtrise s’avère pourtant vitale dans le contexte actuel où les banques centrales doivent impérativement éviter les erreurs lourdes de conséquences de la Grande Dépression et du cas d’école nippon. C’est ainsi qu’en l’absence de clés de compréhension irréfutables, les banques centrales ont compris –au moins de manière intuitive– qu’il était une calamité qu’il fallait absolument éviter, à savoir la déflation. Nul ne sait en effet comment vaincre la déflation et, à cet égard, nul ne saurait prétendre expliquer avec clarté et sans équivoque le cheminement ayant permis aux Etats-Unis d’en sortir à la fin des années 30. Sachant que le Japon ne peut toujours pas se targuer –aujourd’hui en 2016– d’avoir surmonté sa propre déflation.

 

saupload_stimulus_checksVoilà qui permet de mieux comprendre les réactions très énergiques de la Réserve Fédérale américaine et de la Banque d’Angleterre qui, dès l’automne 2008, n’ont pas hésité à se lancer à corps perdu dans les «baisses de taux quantitatives», autrement dit dans une intense création monétaire censée éviter le grippage irrémédiable de leurs économies respectives. Comme la banque centrale ne connait pas les remèdes pour combattre la déflation, elle fait ainsi un usage préemptif de toutes les munitions à sa disposition afin d’éviter d’y sombrer. Après tout, c’est bien l’attitude peu déterminée de la Banque du Japon de l’époque qui avait ouvert une voie royale à une déflation insidieuse dont le pays ne s’est toujours pas remis. Le passé étant riche d’au moins un enseignement précieux selon lequel il est crucial pour une banque centrale d’éviter de subir les évènements et qu’il convient au contraire d’adopter une posture agressive se devant en outre d’être affichée publiquement.

Pour autant, cette attitude proactive de la banque centrale ne doit pas se solder en des actions précipitées et hautement préjudiciables pour l’économie à l’instar de la hausse prématurée des taux d’intérêts américains au début des années 1930 ayant précipité la Grande Dépression. Comme la déflation et la dépression représentent le mal absolu en termes de coût social, de chômage comme sur le plan de la dégradation des niveaux de vie et de la perte de valeur généralisée de la quasi-totalité des actifs, une banque centrale moderne et flexible s’abstiendra toujours d’un resserrement précoce de sa politique monétaire. Elle préfèrera toujours en d’autres termes mettre fin tardivement à sa politique des taux d’intérêt très bas plutôt que de réitérer les fautes d’hier. Peu de nations bénéficient effectivement d’une population disciplinée et peu encline à la protestation comme le Japon qui subit une récession depuis près de deux décennies. En outre, n’oublions pas que la dernière forte dépression en Occident s’est conclue par une guerre mondiale…

Néanmoins, une politique monétaire expansionniste (c’est-à-dire le maintien de taux d’intérêt bas pour une période prolongée) constitue une condition nécessaire mais hélas pas suffisante au redémarrage de la croissance. Il y a effectivement des limites à ce qu’une banque centrale peut accomplir car son action – tout déterminée qu’elle soit – est souvent neutralisée par des politiciens frileux et hélas trop souvent préoccupés par leur ré élection.

Michel Santi

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