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Les anti-am?ricains?am?ricains

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C?est la question que nous nous posons tous: que pensent les ?tatsuniens de leur pays? ? en croire l?article de John Pilger? la m?me chose que nous. L?attitude des ?tats-Unis est jug?e de l?int?rieur mais, on dirait, bien ?touff?e par une ?lite dirigeante. Comme toute ?d?mocratie?, elle n?existe plus qu?en format vernis, ainsi que la grande illusion qu?ils s?obstinent ? entretenir ? un co?t exorbitant. C?est d?j? l? une blessure interne inflig?e ? ce peuple qui cherche la paix, alors qu?on leur vend une guerre ?perp?tuelle? sous toutes ses formes.

??L?histoire sans m?moire??, ?crivait le magazine Time ? la fin du 20eme si?cle, ??confine les Am?ricains dans une sorte de pr?sent ?ternel. Ils sont particuli?rement incapables de se souvenir de ce qu?ils ont inflig? aux autres, par opposition ? ce qu?ils ont fait pour eux.??

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John Pilger

Mourn on the fourth of July

Adaptation d?une conf?rence ??Empire, Obama et le Dernier Tabou?? donn?e par John Pilger ? Socialisme 2009 ? San Francisco, le 4 juillet.

Texte Original
Mourn on the 4th of July (*)
http://www.johnpilger.com/page.asp?partid=539

Traduction VD pour le Grand Soir ?http://www.legrandsoir.infohttp://www.legrandsoir.info/Aux-larmes-citoyens.html

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Un jour j?ai demand? ? une amie, grand correspondant de guerre et humaniste, Martha Gellhorn, de m?expliquer ce terme. ??Je vais vous dire ce que signifie ??anti-am?ricain??, m?a-t-elle r?pondu. ??C?est comme ?a que les gouvernements et les int?r?ts qu?ils d?fendent appellent ceux qui honorent l?Am?rique en s?opposant ? la guerre et au pillage des ressources naturelles, et qui croient en l?humanit?. Il y a des millions de ces anti-am?ricains aux Etats-Unis. Ce sont des gens ordinaires, qui n?appartiennent ? aucune ?lite, et qui jugent leur gouvernement en termes moraux, m?me s?ils emploient eux-m?mes plut?t le terme de ??d?cence ?l?mentaire??. Ils ne sont pas vaniteux. Ce sont des gens qui ont une conscience ?veill?e, qui constituent le meilleur du peuple am?ricain. On peut compter sur eux. Ils ?taient dans le Sud avec le mouvement de d?fense des droits civiques pour faire abolir l?esclavage. Ils ?taient dans la rue pour exiger la fin des guerres en Asie. Certes, ils disparaissent de temps en temps, mais ils sont comme des graines sous la neige. Je dirais qu?ils sont v?ritablement exceptionnels.?? EXTRAIT.

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La mousson avait tiss? d??pais voiles de brume au-dessus des hauts plateaux du centre du Vietnam. J??tais un jeune correspondant de guerre et je bivouaquais dans le village de Tuylon avec une unit? de marines US investis de la mission de gagner les coeurs et les esprits. ??Nous ne sommes pas ici pour tuer,?? a dit le sergent, ??nous sommes ici pour partager la Libert? ? l?Am?ricaine comme indiqu? dans le Manuel de Pacification. L?objectif est de gagner les coeurs et les esprits des gens, comme c?est ?crit ? la page 86.??

Le titre de la page 86 ?tait WHAM [Win Hearts And Minds ? ??gagner les coeurs et les esprits?? mais aussi une onomatop?e pouvant ?tre traduite par BANG ? NdT]. L?unit? du sergent ?tait appel?e une compagnie d?action combin?e, ce qui signifiait, dit-il, ??Les lundis, nous les attaquons, et les mardis nous gagnons leurs coeurs et leurs esprits??. Il plaisantait, mais pas tant que ?a. Debout sur une jeep ? la limite d?une rizi?re, il a annonc? par porte-voix?: ??Sortez, tout le monde. Nous avons du riz, des sucreries et des brosses ? dents pour vous.??

Silence. Pas l?ombre d?un mouvement.

??Bon, ?coutez bien les niakou?s, ou vous sortez de vos cachettes ou nous irons vous chercher?!??

Les habitants de Tuylon sont finalement sortis et se sont mis en rang pour recevoir des paquets de riz long grain Uncle Ben?s, des tablettes de chocolat, des ballons gonflables et plusieurs milliers de brosses ? dents. Trois WC portables jaunes aliment?s par batteries furent mis de c?t? en attendant l?arriv?e du colonel. Lorsque le colonel est arriv? le soir, le chef du district fut convoqu? et les WC portables d?voil?s.

??M.?le Chef du District, et vous tous,?? a dit le Colonel, ??ces cadeaux repr?sentent plus qu?un ensemble d?objets. Ils portent l?esprit de l?Am?rique. Mesdames et messieurs, il n?y a pas d?autre endroit au monde comme l?Am?rique. Elle est la lumi?re qui me guide, et qui vous guidera aussi. Voyez-vous, l?-bas chez nous, nous nous disons que nous avons beaucoup de chance de vivre dans la plus grande d?mocratie que le monde ait jamais connue, et nous voulons partager notre bonne fortune avec vous tous, braves gens.??

Thomas Jefferson, George Washington et Davy Crockett ont eu droit de cit?. Il a prononc? maintes fois le mot ??phare?? et tandis qu?il ?voquait la ??cit? sur la colline?? de John Winthrop, les marines ont applaudi, et les enfants ont applaudi aussi sans avoir compris un tra?tre mot.

C??tait une belle d?monstration de ce que les historiens appellent ??l?exceptionnalisme??, cette notion selon laquelle les Etats-Unis ont le droit divin d?apporter ce qu?ils appellent la libert? et la d?mocratie au reste de la plan?te. Il ne pouvait surtout pas ?tre dit que ces termes cachaient simplement un syst?me de domination, ce que Martin Luther King d?crivait, peu avant son assassinat, comme ??la plus grande source de violence au monde??.

Comme l?a fait remarquer ce grand historien des peuples, Howard Zinn, Winthrop, avec sa ?cit? sur la colline?, faisait r?f?rence ? une colonie du 17eme si?cle dans le Massachusetts, Bay Colony, nimb?e d?une bont? et d?une noblesse infinies. Mais sa description ?tait rarement confront?e ? la r?alit? de la violence des premiers colons pour qui le fait de br?ler vifs 400 Indiens Pequot constituait ??une joie triomphante??. Les massacres innombrables qui ont suivi, ?crit Zinn, ?taient justifi?s par ??l?id?e que l?expansionnisme am?ricain ?tait l?oeuvre d?une volont? divine??.

Il y a peu, j?ai visit? le Mus?e Am?ricain d?Histoire, dans le cadre des c?l?brations du Smithsonian Institution ? Washington, DC. Une des expositions les plus populaires ?tait ??Le Prix de la Libert??: les Am?ricains en guerre??. C??tait pendant les vacances et des longues files de visiteurs, dont de nombreux enfants, d?filaient respectueusement devant une sorte de grotte du P?re No?l d?di?e ? la guerre et ? la conqu?te et o? des messages sur la ??grande mission?? de la nation ?taient dispens?es. On y trouvait un hommage rendu aux ??am?ricains d?exception qui ont sauv? un million de vies?? au Vietnam, o? ils ?taient ??d?termin?s ? stopper l?expansion communiste.?? En Irak, d?autres coeurs vaillants ??ont effectu? des frappes a?riennes d?une pr?cision sans pr?c?dent.?? La description r?visionniste de deux des crimes les plus ?piques des temps modernes ?tait moins choquante que l?ampleur des omissions.

??L?histoire sans m?moire??, ?crivait le magazine Time ? la fin du 20eme si?cle, ??confine les Am?ricains dans une sorte de pr?sent ?ternel. Ils sont particuli?rement incapables de se souvenir de ce qu?ils ont inflig? aux autres, par opposition ? ce qu?ils ont fait pour eux.?? De mani?re ironique, c?est Henry Luce, le fondateur de Time, qui avait pr?dit en 1941 que le ??si?cle am?ricain?? serait celui d?une ??victoire?? sociale, politique et culturelle am?ricaine sur l?humanit? et le droit ??d?exercer sur le monde tout le poids de notre influence, pour les objectifs qui nous conviennent et par les moyens qui nous conviennent.??

Tout ceci n?est pas destin? ? vous faire croire que les Etats-Unis ont l?exclusivit? d?une telle vanit?. Les Britanniques ont souvent pr?sent? leur violente domination d?une bonne partie du globe comme une avanc?e naturelle de gentlemen chr?tiens qui cherchaient d?une mani?re altruiste ? civiliser les indig?nes, et les historiens de la t?l?vision moderne perp?tuent ce mythe. Les Fran?ais aussi c?l?brent toujours leur ??mission civilisatrice?? sanglante.

Avant la deuxi?me guerre mondiale, le mot ??imp?rialiste?? ?tait consid?r? comme une m?daille politique que l?on arborait avec fiert? en Europe, alors qu?aux Etats-Unis on lui pr?f?rait le terme ??age de l?innocence??. L?Am?rique ?tait diff?rente du Vieux Continent, affirmaient les mythologistes. L?Am?rique ?tait la Terre de la Libert?, indiff?rente aux conqu?tes. Mais que dire alors de l?appel de George Washington en faveur d?un ??empire ? construire??, et celui de James Madison pour ??jeter les fondations d?un grand empire???? Que dire de l?esclavage, du vol du Texas au Mexique, de la soumission sanglante de l?Am?rique centrale, de Cuba et des Philippines??

La m?moire nationale qui est impos?e rel?gue ces ?l?ments dans les marges de l?histoire et le mot ??imp?rialisme?? a ?t? pour le moins discr?dit? aux Etats-Unis, surtout apr?s qu?Adolf Hitler et les fascistes, avec leurs id?es de sup?riorit? raciale et culturelle, aient l?gu? un sentiment de culpabilit? par association d?id?es. Apr?s tout, les Nazis ?taient eux aussi fiers d??tre des imp?rialistes, et l?Allemagne aussi ?tait ??exceptionnelle??. L?id?e d?imp?rialisme, le mot m?me, fut litt?ralement bannie du vocabulaire am?ricain, ??parce qu?il attribuait ? tort des motivations immorales ? la politique ?trang?re de l?occident,?? selon un historien. Ceux qui persistaient ? employer ce terme ?taient ??inspir?s par la doctrine communiste?? ou des ??n?gres intellectuels qui avaient des comptes personnels ? r?gler avec le capitalisme blanc??.

Pendant ce temps, la ??cit? sur la colline?? continuait ? ?tre le phare de la rapacit? tandis que le capital US s?appr?tait ? r?aliser le r?ve de Luce en recolonisant les empires europ?ens apr?s la guerre. C??tait ??la marche en avant du libre entreprise??. En r?alit?, la marche ?tait impuls?e par le boom d?une production subventionn?e dans un pays qui n?avait pas ?t? ravag? par la guerre?: une sorte de socialisme pour les grandes entreprises, ou un capitalisme d??tat, qui a permis ? l?Am?rique d?accaparer la moiti? des richesses de la plan?te. La pierre angulaire de ce nouvel imp?rialisme fut pos?e en 1944 lors d?une conf?rence des Alli?s ? Bretton Woods, dans le New Hampshire. Pr?sent?e comme ??des n?gociations pour la stabilit? ?conomique??, la conf?rence a marqu? le d?but de la conqu?te par l?Am?rique de la majeure partie du reste du monde.

Ce que l??lite am?ricaine exigeait, ?crit Frederic F Clairmont dans The Rise and Fall of Economic Liberalism (mont?e et d?clin du lib?ralisme ?conomique ? ndt), ??n??tait pas des alli?s mais des ?tats serviles. Ce que Bretton Woods a donn? au monde est un plan totalitaire visant ? accaparer les march?s mondiaux.?? La Banque Mondiale, le Fonds Mon?taire International, la Banque Asiatique de D?veloppement, la Banque Interam?ricaine de D?veloppement et la Banque Africaine de D?veloppement ont ?t? cr??es comme autant d?armes entre les mains du Tr?sor am?ricain pour organiser et contr?ler le nouvel ordre. L?arm?e am?ricaine et ses alli?s ?taient charg?s de monter la garde devant ces institutions ??internationales??, tandis qu?un ??gouvernement invisible?? des m?dias imposerait le mythe, selon Edward Bernays.

Bernays, d?crit comme le p?re de l??re des m?dias, ?tait le neveu de Sigmund Freud. ??Le mot propagande??, ?crivit-il, ???tait devenu un gros mot ? cause des Allemands? alors j?ai du chercher d?autres termes [tels que] Relations Publiques.?? Bernay a eu recours aux th?ories de Freud sur le contr?le du subconscient pour promouvoir la ??culture de masse?? destin?e ? cultiver la peur des ennemis officiels et la servilit? du consum?risme. C?est Bernay qui, au nom des industries du tabac, a fait campagne aupr?s des femmes am?ricaines pour les convaincre que fumer ?tait un acte de lib?ration f?ministe, en qualifiant les cigarettes de ??torches de la libert??; et c?est sa notion de d?sinformation qui a ?t? employ?e pour renverser des gouvernements, tels que celui de la d?mocratie guat?malt?que en 1954.

Mais, plus que tout, l?objectif ?tait de distraire et d??liminer les pulsions sociales-d?mocrates des travailleurs. Le Big Business, per?u jusqu?alors par l?opinion publique comme une sorte de maffia, f?t ?lev? au rang de force patriotique. La ??libre entreprise?? devint une divinit?. ??Au d?but des ann?es 50,?? ?crit Noam Chomsky, ??20 millions de personnes par semaine regardaient des films sponsoris?s par l?industrie. L?industrie du divertissement fut enr?l?e pour servir la cause et pr?senter les syndicats sous les traits de l?ennemi, un intrus qui vient perturber l? ??harmonie?? du American Way of Life? Tous les aspects de la vie sociale ?taient vis?s, les ?coles, les universit?s, les ?glises et m?me les programmes de divertissement en ?taient impr?gn?s. En 1954, la propagande commerciale dispens?e dans les ?coles publiques ?quivalait ? la moiti? des d?penses effectu?es pour les livres scolaires.??

Le nouveau mot en ??isme?? ?tait l?am?ricanisme, une id?ologie dont la particularit? est de nier sa qualit? d?id?ologie. R?cemment, j?ai vu la com?die musicale de 1957 Silk Stockings (Belle de Moscou en fran?ais ? NdT), avec Fred Astaire et Cyd Charisse. Entre les merveilleuses sc?nes de danse sur une musique de Cole Porter, on entend des gages de loyaut? qui auraient pu ?tre ?crits par le colonel au Vietnam. J?avais oubli? ? quel point la propagande ?tait ouverte et g?n?ralis?e?; les Sovi?tiques n??taient vraiment pas ? la hauteur. Un serment de fid?lit? ? tout ce qui ?tait am?ricain est devenu un engagement id?ologique aupr?s des monstres du Big Business : de l?industrie de l?armement et de la guerre (qui aujourd?hui consomme 42% des imp?ts) jusqu?? l?agroalimentaire (qui re?oit 157 milliards de dollars de subventions par an).

Barack Obama est l?incarnation de cet ??isme??. D?s ses premiers pas dans la vie politique, son th?me r?current n?a pas ?t? ??le changement??, comme le slogan de sa campagne ?lectorale, mais le droit de l?Am?rique ? diriger et ? organiser le monde. En parlant des Etats-Unis, il dit ??nous dirigeons le monde en combattant le mal qui menace et en d?fendant le bien supr?me? Nous devons diriger le monde en cr?ant une arm?e du 21eme si?cle afin de garantir la s?curit? de notre peuple ainsi que celle de tous les peuples.?? Et aussi?: ??Au si?cle dernier, dans les moments de grand danger, nos dirigeants ont fait en sorte que l?Am?rique, par ses actes et par son exemple, m?ne le monde et que nous d?fendions et luttions pour les libert?s ch?ries par des milliards de personnes au-del? de nos fronti?res??.

Depuis 1945, par ses actes et par l?exemple, les Etats-Unis ont renvers? 50 gouvernements, dont des d?mocraties, ?cras? 30 mouvements de lib?ration et soutenu des tyrannies de l?Egypte au Guatemala (voir les ?crits de William Blum). Bombarder est un acte typiquement am?ricain. Apr?s avoir bourr? son gouvernement de va-t-en-guerre, de copains de Wall Street et des pollueurs rescap?s des administrations Bush et Clinton, le 45eme pr?sident ne fait que maintenir une tradition. La farce au sujet des coeurs et des esprits ? laquelle j?ai assist? au Vietnam se r?p?te aujourd?hui dans les villages d?Afghanistan et, par procuration, ceux du Pakistan, qui sont les guerres d?Obama.

Dans son discours prononc? lors de la remise de son prix Nobel de Litt?rature 2005, Harold Pinter a dit que ??tout le monde savait que des crimes terribles avaient ?t? commis par l?Union Sovi?tique dans la p?riode d?apr?s-guerre, mais les crimes am?ricains commis ? la m?me ?poque n?ont ?t? que vaguement rapport?s, encore moins document?s, encore moins reconnus comme tels.?? C?est comme si ??Rien ne s??tait pass?. Rien du tout. M?me lorsque ?a se passait, rien ne se passait. Il faut tirer son chapeau ? l?Am?rique? d?guis?e comme une force de bien universel. C?est un num?ro d?hypnose brillant, g?nial m?me, et tr?s efficace.??

Tandis qu?Obama envoie des drones pour tuer (depuis janvier) quelques 700 civils, certains progressistes distingu?s se r?jouissent que l?Am?rique soit redevenue une ??nation d?id?aux moraux??, selon les mots de Paul Krugman dans le New York Times. En Grande-Bretagne, l??lite a longtemps vu l?exceptionnelle Am?rique comme un lieu propice pour exercer ??l?influence?? britannique, bien que ce ne soit qu?en tant que laquais ou marionnette. L?historien pop Tristram Hunt dit que l?Am?rique sous Obama est un pays ??o? se produisent des miracles??. Justin Webb, jusqu?? r?cemment le correspondant de la BBC ? Washington, se r?f?re b?atement, comme le colonel au Vietnam, ? la ??cit? sur la colline??.

Derri?re cette fa?ade ??d?intensification du sentiment et de d?t?rioration de la signification?? (Walter Lippmann), les Am?ricains ordinaires s?agitent comme peut-?tre jamais auparavant, comme s?ils avaient reni? la d?it? du ??R?ve Am?ricain?? selon laquelle la prosp?rit? ?tait garantie ? ceux qui travaillaient dure et d?pensaient avec parcimonie. Washington a ?t? submerg?e par des millions de courriers ?lectroniques rageurs envoy?s par des gens ordinaires qui exprimaient une indignation que l??lection d?un nouveau pr?sident n?a pas calm?e. Au contraire, ceux qui ont perdu leur emploi ou leur maison voient le nouveau pr?sident r?compenser des banquiers escrocs et des militaires ob?ses, et se consacrer pour l?essentiel ? prot?ger le clan Bush.

Je pense qu?un populisme ?mergera dans les prochaines ann?es et d?clenchera une force puissante qui sommeille dans les profondeurs de l?Am?rique et qui a connu un pass? glorieux. On ne peut pas pr?dire la direction qu?il prendra. N?anmoins, c?est cet authentique am?ricanisme issu de la base qui a donn? le droit de vote aux femmes, la journ?e de travail de 8 heures, l?imp?t progressif et l??tatisation. A la fin du 19eme si?cle, les populistes ont ?t? trahis par des dirigeants qui les ont pouss?s au compromis et ? fusionner avec le Parti D?mocrate. Le r?gne d?Obama donne une impression de d?j? vu.

Ce qui est le plus extraordinaire avec les Etats-Unis aujourd?hui, c?est le rejet et le m?pris, exprim? sous maintes formes, envers l?omnipr?sente propagande historique et contemporaine diffus?e par le ??gouvernement invisible??. Des sondages cr?dibles ont depuis longtemps confirm? que plus de deux tiers des Am?ricains avaient des opinions progressistes. Une majorit? veut un gouvernement qui prenne soin des plus d?munis. Ils seraient pr?ts ? payer plus d?imp?ts pour garantir une couverture m?dicale ? l?ensemble de la population. Ils veulent un d?sarmement nucl?aire total. 72 pour cent veulent la fin des guerres coloniales US, et ainsi de suite. Ils sont inform?s, subversifs, et m?me ??anti-am?ricains??.

Un jour j?ai demand? ? une amie, grand correspondant de guerre et humaniste, Martha Gellhorn, de m?expliquer ce terme. ??Je vais vous dire ce que signifie ??anti-am?ricain??, m?a-t-elle r?pondu. ??C?est comme ?a que les gouvernements et les int?r?ts qu?ils d?fendent appellent ceux qui honorent l?Am?rique en s?opposant ? la guerre et au pillage des ressources naturelles, et qui croient en l?humanit?. Il y a des millions de ces anti-am?ricains aux Etats-Unis. Ce sont des gens ordinaires, qui n?appartiennent ? aucune ?lite, et qui jugent leur gouvernement en termes moraux, m?me s?ils emploient eux-m?mes plut?t le terme de ??d?cence ?l?mentaire??. Ils ne sont pas vaniteux. Ce sont des gens qui ont une conscience ?veill?e, qui constituent le meilleur du peuple am?ricain. On peut compter sur eux. Ils ?taient dans le Sud avec le mouvement de d?fense des droits civiques pour faire abolir l?esclavage. Ils ?taient dans la rue pour exiger la fin des guerres en Asie. Certes, ils disparaissent de temps en temps, mais ils sont comme des graines sous la neige. Je dirais qu?ils sont v?ritablement exceptionnels.??

John Pilger

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