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Les amours illicites!!!

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ANDR? LEFEBVRE? ?-Mes chers enfants, en ce jour du 24 janvier 1694, nous sommes r?unis ici pour consacrer Jacques-Fran?ois, n? d?hier, au service de notre Dieu le p?re tout-puissant, dans sa sainte ?glise catholique et romaine?

La grande asperge Catherine Rivard ?g?e de 20 ans, marraine, fille de Nicolas Rivard, toujours capitaine de milice malgr? ses 77 ans, tient dans ses bras le poupon bien emmitoufl? qui ne r?agit pas et regarde intens?ment le pr?tre lorsqu?il lui verse de l?eau sur le front. Pr?s d?elle se tient Jacques-Fran?ois de Bourgchemin, lieutenant confirm? au service de sa majest?, commandant au fort St-Fran?ois. Il est manifestement tr?s heureux que ses amis Gabriel-Nicolas et Marie-Louise, l?aient choisi comme parrain de leur premier fils et se promet bien de faire en sorte que son filleul devienne un homme d?honneur.

J?en ferai un homme ?sans peur et sans reproche! Dit-il ? tous, constamment.

La c?r?monie termin?e, le pr?tre embo?te le pas ? la famille pour participer ? la r?ception chez les Lefebvre de Batiscan. Le trajet se fait en raquettes et tra?nes sauvages; et la for?t r?sonne des chansons canayennes qui donnent le rythme ? la marche.

Une bonne flamb?e br?le dans l??tre o? un ragout mijote depuis quelques heures, dans un gros chaudron de fonte tir? un peu en retrait du feu. Les femmes pr?parent la grande table pour nourrir la maisonn?e.

-Mon cher Lefebvre, je dois dire que je suis quelque peu ?tonn? que tu n?aies pas d?eau de vie dans ta maison.

-C?est une loi ?tablie par ma femme. Elle ne supporte pas l?ivrognerie difficile ? ?viter si on a plein de boisson dans la maison. Et je suis pleinement de son avis, monsieur le cur?.

-Par contre, interrompit le parrain, j?ai ici, avec la permission de la ma?tresse de la maison, une bouteille de cognac qui nous permettra de boire un verre ? la sant? de mon filleul. Vous m?en donnerai des nouvelles mes amis.

Bourgchemin se l?ve et va demander des verres ? Louise Duclos. Il sert le cognac ? chacun des hommes pr?sents. Le cur? n?a pas quitt? la bouteille des yeux, depuis que Jacques-Fran?ois s?est lev?. Il accepte avec un sourire entendu, le verre que lui pr?sente Bourgchemin et en hume le nectar.

-Vous serez b?ni de Dieu jusqu?? la fin de vos jours mon cher commandant; merci beaucoup.

-J?esp?re bien que ce sera le cas, monsieur le cur?. C?est vraiment ce que je m?efforce de m?riter ? tous les jours; soit avec du cognac, du rhum ou du mad?re. ? votre sant? messieurs.

Le Capitaine Rivard, Brouillet, Cadotte et tous les Duclos ?clatent de rire et choquent les verres.-?? ? la sant? du jeune Jacques-Fran?ois et ? sa m?re qui comprends si bien les hommes!?? Dirent-ils en c?ur.

Et leur cur?! ajouta le pr?tre.

C?est ainsi qu?est re?u officiellement dans sa famille, le premier fils de Gabriel Lefebvre et Louise Duclos. Les murs de la maison parviennent difficilement ? ?touffer les rires et les chants qui durent une bonne partie de la soir?e. Heureusement qu?on a ouvert une fen?tre, parce que les pipes de pl?tre et autres ne d?rougissent pas au coin des bouches.

Il n?est, cependant, pas du tout assur? que le parrain, du nouveau b?b? nomm? Jacques-Fran?ois Lefebvre dit Lataille, fut b?ni jusqu?? la fin de ses jours. Car quelques semaines plus tard, des ?v?nements hors de son contr?le, l?obligent ? se lever contre le repr?sentant officiel ?en Nouvelle France, de Dieu lui-m?me.

On se rappellera que vous et moi, ?deux ans auparavant, nous avions tous remarqu? l?empressement que mettait Fran?ois Desjordy de Cabanac ? tourner autour de Marguerite Disy dit Montplaisir, lors du bapt?me de Marie-Marguerite Lefebvre.

Eh bien, le chat venait de sortir du sac officiellement et l??v?que de Qu?bec, Monseigneur de Saint-Vallier venait de faire lire en chaire, un amendement. Cet amendement de l??v?que condamnait les deux amants ? ne plus se pr?senter aux offices religieux dans les deux ?glises, celle de Batiscan et celle de Champlain. Dans l?esprit de leurs amis ??canayens??, bien au fait de cette relation que les amoureux ne cachaient aucunement, l??glise n?avait rien ? voir dans ce que tous consid?rent comme ?tant ??leur vie?personnelle??. Disons que les reproches envers l??v?que sont plut?t aigres.

Marguerite Disy dit Montplaisir est aussi furieuse contre l??v?que et ses deux cur?s, que son amant Joseph Desjordy de Cabanac. De Bourgchemin, quant ? lui, appuie sans r?serve la position de son fr?re d?arme. ? son avis, personne, m?me l??glise, n?a ? se m?ler de la vie personnelle d?un officier de la noblesse. M?me l??glise de France n?ose se lever contre les us et coutumes de la noblesse fran?aise; et ce n?est pas parce qu?on se trouve dans les for?ts du Canada que l??v?que peut se permettre un tel manque de savoir vivre.

Par contre, pour le ??populo?? de France, les lois sur l?infid?lit? sont tr?s s?v?res. La coupable est recluse dans un monast?re pendant ??seulement?? deux ans, si son mari accepte de la reprendre par la suite. Sinon elle a la t?te ras?e et reste au couvent avec les religieuses. L?homme coupable d?adult?re, quant ? lui, doit payer une grosse somme ? l??poux l?s? et est banni de la r?gion qu?il habite. Mais ?a, c?est en France; on n?ose pas vraiment appliquer ces lois drastiques chez nous. Sinon tous les ??coupables?? s?enfuiraient dans la brousse avec les ??sauvages?? qui, eux, se m?lent beaucoup plus de leurs oignons.

Le dimanche suivant la lecture de l?amendement, De Cabanac en compagnie de De Bourgchemin entrent dans l??glise de Champlain avec quelques soldats. Le cur? cesse alors sa messe et ne la reprend que lorsque les ??p?cheurs?? sont sortis. En plus de l?amendement, Mgr de St-Valier porte une accusation chez Frontenac, disant que Desjordy et Bourgchemin n?ont pas assist? ? la messe lors de ce fameux Dimanche o? l?amendement a ?t? lu. C?est ce qui oblige Frontenac ? s?occuper du scandale. L?accusation est d?bout?e rapidement par plusieurs t?moins.

Mais ce n?est pas le seul cas de bisbilles relatifs ? l??v?que de Nouvelle France. Il s?oppose ? ce que Frontenac fasse jouer la pi?ce de Moli?re ??Le Tartuffe??. Il accuse le Sieur Mareuil d?avoir prof?r? des paroles impies au sujet de Dieu, de J?sus et de Marie, de sorte que celui-ci passe quelques mois en prison. Quatre jeunes nobles, un soir de f?te, se manifestent dans les rues de Qu?bec en criant et vocif?rant des injures envers Mgr de Saint-Valier; ils brisent m?me les fen?tres de deux marchands de la ville. Quelques jours plus tard, deux individus enfoncent la fen?tre de la chambre de l??v?que de Qu?bec, ce dont on accuse encore Mareuil; mais on ne trouve aucune preuve.

L??v?que parvient m?me ? se chicaner avec le Chevalier de Calli?res. Le prie Dieu du chevalier, selon Saint Vallier, est plac? l? o? le prie-Dieu de l??v?que doit ?tre install?, et il le fait d?placer pour y mettre le sien. Ce voyant, le Chevalier de Calli?res fait remettre son prie Dieu ? sa place et y place une sentinelle pour le garder.

Frontenac fait alors rapport de tous ces probl?mes inutiles au roi et Mgr Saint-Valier doit traverser en France pour s?expliquer. C?est ainsi que l?amendement contre nos deux amants de Batiscan tombe et que le train-train quotidien, de jour comme de nuit, reprend son cour.

La m?me ann?e, Jacques-Fran?ois de Bourgchemin est accus? de vouloir empoisonner son ?pouse. Ce qui n?aide pas du tout ? leur relation conjugale, d?j? assez dynamique. Frontenac sera oblig? de renvoyer Bourgchemin en France l?ann?e suivante, apr?s lui avoir octroy? une seigneurie qui sera ratifi?e par le roi en 1696. Il est cependant ind?niable que l?affaire se r?sous puisque Bourgchemin est de retour au plus tard en 1697. Le chevalier poss?de maintenant un fief sur le Richelieu. Il d?c?de cette m?me ann?e, on ne sait comment. Il disparait soudainement ?de la soci?t? canadienne, pfouitt!!! Sa veuve, ?lisabeth Disy dit Montplaisir se remarie le 26 janvier 1698.

On se doit donc de faire un constat d?une importance capitale: Il est absolument faux de croire que le Cognac, le Rhum et le Mad?re sont des incitations ? la b?n?diction divine.

Ajoutons que cette ann?e-l?, les deux Hertel, que l?on croyait mort aux mains des Iroquois depuis deux ans, r?apparaissent en compagnie d?un chef Iroquois. Ce dernier d?sire une entente de paix avec Frontenac. Le chef emmenait avec lui 11 autres prisonniers qu?il avait ?galement d?livr?. Cet heureux ?v?nement ne semble pas, lui non plus, une cons?quence de la b?n?diction divine. Il serait plut?t le r?sultat de l?influence des pourparlers du chef Loups Gris, ami de Gabriel Lefebvre, avec certains chefs Iroquois de Nouvelle Angleterre.

Par contre, la majorit? des Iroquois ne veulent pas la paix et le vieil intendant le sait tr?s bien. Frontenac ordonne au chef venu lui rendre visite, de r?pandre la nouvelle que si les Iroquois ne font pas la paix rapidement, il se rendra lui-m?me chez eux pour les exterminer.

Finalement, l?intendant d?cide de frapper les gens de la Nouvelle Angleterre, sachant tr?s bien que ce sont eux, les vrais responsables du retard de la paix iroquoise. En juin, c?est le massacre de Oyster river, au New Hampshire. C?est l? o? Mercy Adams, entre autres, est fait prisonni?re pour ensuite ?tre adopt?e par le commandant Charles Plagnol qui la fait baptiser du nom d?Ursule. Celle-ci ?pouse alors Charles Dubois dit Brisebois. Ce sera leur fille, Marie-Ursule Dubois dit Brisebois, qui ?pousera Louis-Alexis Lefebvre, fils de Gabriel et Louise Duclos. C?est ?galement ce qui permettra que je puisse ?crire un jour, le r?cit que vous lisez actuellement. Sans le massacre de Oyster river, vous n?auriez qu?une page blanche, ou encore, une histoire compl?tement diff?rente ? lire.

 

? suivre

Andr? Lefebvre

 

 

 

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