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TERRORISTES, ANCIENS ET MODERNES

PIERRE JC ALLARD

Le 6 mars, dans le quartier de Kiryat Mosh?, ? J?rusalem,?un terroriste a?ouvert le feu avec une arme automatique, tuant huit ?tudiants et en blessant une trentaine d?autres. ? ?Bagdad, une nouvelle vague d’attentats relance (poursuit) une guerre qu’on nous avait dit termin?e…

Je suis contre la violence, non seulement parce que je la crois immorale, mais aussi parce que je la vois inefficace. Il ne peut y avoir de changements durables positifs de la soci?t? que ceux qui permettent la possession tranquille d?un acquis. Or, il n?y a pas de possession tranquille de ce qui a ?t? obtenu pas la force aussi longtemps qu?un large consensus ne s?est pas ?tabli quant ? la l?gitimit? de cette possession, ce qui est d?autant plus long qu?a ?t? brutale la force employ?e.

Guerres et r?volutions sanglantes peuvent ?tre ?vit?es car ce sont d?sormais des alliances et non des individus qui ont le pouvoir et les liens qui assurent la coh?sion d?une alliance peuvent ?tre d?truits par les armes de la persuasion au profit d?une alliance rivale. La violence est une solution de facilit?. Une solution d?impatience, sans intelligence, qui modifie les effets sans changer les causes et dont les r?sultats b?n?fiques ne peuvent donc ?tre permanents, alors que les dommages caus?s sont bien lents ? r?parer.

Dans cette optique, le ph?nom?ne du terrorisme est particuli?rement n?faste. Cela dit, la ? guerre ? qu?on pr?tend mener aujourd?hui contre le terrorisme est triplement trompeuse, d?abord en ce qu?elle n?identifie pas ad?quatement ce qu?est le terrorisme ni son extension, ensuite, parce qu?elle ne va pas ? la racine du mal et utilise donc les mauvaises armes pour en triompher et, finalement, parce que l??radication du terrorisme, qui devrait ?tre une fin en soi, est instrumentalis?e par des int?r?ts qui veulent y voir une « guerre » et une guerre comme les autres.

Il se verse aujourd?hui bien du sang et de larmes parce que cette ? guerre ? au terrorisme est men?e de fa?on remarquablement inepte. Il s?en versera encore bien plus ? et plus qu?on n?ose m?me l?imaginer ! ? si on ne fait pas un diagnostic intelligent et honn?te de ce ph?nom?ne et de la nouvelle forme qu?il rev?t.

Le terrorisme traditionnel

Avant toute chose il faut distinguer entre un ? nouveau terrorisme ? et l?ancien. Ceci n?est possible que si on identifie l?essentiel du nouveau terrorisme et qu?on accepte donc de le comparer ? l?ancien en regardant et identifiant celui-ci sous toutes ses formes et dans toute son extension.

L?ancien terrorisme est l? depuis toujours. La terreur est une arme efficace de domination, venant tout de suite apr?s le g?nocide comme proc?d? imm?morial de solution des conflits internationaux, s?imposant d?s qu?on pr?f?re utiliser la population conquise au lieu de l?exterminer.

La terreur peut ?tre aussi une arme pr?ventive bien efficace si elle convainc l?adversaire de se soumettre plut?t que de r?sister. Elle peut se limiter ? la menace (Voir Shakespeare, Henry the Fifth) ou, plus brutalement, signifier l?incendie des fermes avoisinantes (Voir Wolfe ? Qu?bec), le viol des femmes et l?ex?cution d?otages

La terreur est un objectif militaire reconnu. Cette terreur ? traditionnelle ? est depuis toujours prise en compte dans les strat?gies guerri?res. Les Nazis bombardant Guernica ou Belgrade, les Anglais bombardant Dresde, ou les Am?ricains Tokyo ou Hiroshima, ne faisaient pas autre chose que terroriser. On peut parler de dommages ? collat?raux ?, mais quand la terreur est le but c?est l?objectif militaire qui est la collat?rale; la vraie cible c?est l?Ennemi-qui-a-peur. Le civil, homme, femme ou enfant.

Semer la terreur est une tactique militaire tellement accept?e qu?on n?en parle m?me plus. Quiconque marche derri?re un drapeau reconnu jouit du double z?ro (00) qui donne ? James Bond une licence pour tuer et terroriser. Il est un soldat. Un patriote. De la graine de h?ros. Il est l? pour ? abreuver nos sillons d?un sang impur ?. Il fait peur ? Tant mieux, c?est son m?tier. Ce n?est que lorsque les combattants n?ont pas un ?tendard auquel bien du sang vers? a d?j? conf?r? une l?gitimit? que la s?mantique accepte qu?on parle de terrorisme lorsqu?ils terrorisent. Deux poids, deux mesures.

Deux poids, deux mesures, mais il y a plus pervers : la licence pour tuer peut n??tre ?mise que longtemps apr?s le meurtre. Le succ?s transforme une r?bellion en r?volution, une campagne de terreur en guerre d?ind?pendance et les terroristes en h?ros et en martyrs. On peut ainsi rendre acceptables a posteriori les actes de terreur, et des jugements qu?on croyait indiscutables nous sont pr?sent?s tout ? coup comme h?tifs, des ?pith?tes ? corriger.

Ce qui est bien malencontreux, car les mouvements r?volutionnaires, comme l?Irgoun en Palestine ou le FLN en Alg?rie ? qui ont vis? les civils et pratiqu? une strat?gie de terreur ? n?ont pas fait pire que ceux qui m?nent toutes les autres guerres, mais il faut surtout retenir qu?ils n?ont pas fait mieux. Avoir gagn? ne les rend pas plus vertueux que le Sentier Lumineux au P?rou, par exemple, ou que les Tigres tamils au Sri Lanka. Les actes qu?ils ont commis restent des horreurs.

Comme sont des horreurs les actes de ceux qui, aujourd?hui, face ? la mis?re du monde, prennent sur eux de mener par la terreur la lutte des perdants contre les gagnants de la soci?t? actuelle. Une horreur, quand ils jugent que quiconque profite du syst?me en place peut ?tre d?sign? comme complice des profiteurs et que tout ce qui soutient le syst?me ou lui est utile m?rite donc d??tre d?truit.

On aimerait penser que ceux qui font sauter une mosqu?e ou une ?cole, parce que c?est un ? acte de guerre ? qui affaiblit le moral de l?adversaire, resteront ? jamais des meurtriers aux yeux de l?Histoire. H?las, rien n?est moins s?r…

On ne pourra condamner avec cr?dibilit? le terrorisme, que quand celui-ci aura cess? d??tre un crime sous condition r?solutoire et qu?on mitigera l?hommage rendu ? ceux dont la terreur a atteint ses objectifs, en ne gommant pas le cas ?ch?ant des biographies des h?ros qu?ils ont ?t? des terroristes et des meurtriers. On absout trop facilement le terrorisme traditionnel. On doit d?noncer l?arme de la terreur et tout ce qui tue indistinctement combattants et non-combattants. On doit le d?noncer, que celui qui tue soit au service d?un ?tat ou d?une Cause.

Si, ob?issant ? la simple logique, on donnait ainsi ? ? terrorisme ? son vrai sens de combattre par la terreur – et qu?on reconnaissait que celui qui terrorise les non-combattants est un criminel – il faudrait ?tre bien prudent, toutefois, en d?non?ant l?arme du terrorisme, de ne pas sembler donner du m?me coup l?absolution aux autres horreurs qui sont commises au cours d?une guerre. C?est la guerre qui est l?abomination.

On a colport? que le pilote du?Enola Gay, l?appareil qui a l?ch? LA bombe sur Hiroshima, est devenu par la suite ? irrationnel ? et l?est demeur? sa vie durant, parlant d?horreur et de culpabilit?. On devrait se demander si la magnitude du meurtre collectif auquel il avait particip? ne l?a pas au contraire rendu sain d?esprit. On devrait se demander si, derri?re le voile pudique du rejet des armes atomiques, chimiques et biologiques qu?on dit ? massivement destructrices ?, on ne rend pas irrationnels tous ceux qu?on envoie aujourd?hui lancer des obus ? normaux ? et tirer des balles ? ordinaires ? sur d?autres ?tres humains.

La punition des nations qui font de leurs citoyens des meurtriers, en pr?tendant en faire des soldats, est qu?ils doivent un jour affronter leurs propres v?t?rans ? qui l?on a montr? ? penser comme des meurtriers. Le risque n?est pas nul que beaucoup d?entre eux, d?sabus?s, mettent en pratique « at home » ce qu?on leur a enseign?. C?est chez eux qu?ils continueront peut-?tre la violence .. et il n?y aura pas alors assez de prisons pour les accueillir.

Le Nouveau Terrorisme

Le terrorisme traditionnel est une horreur connue et fich?e. Quand on parle de terrorisme aujourd?hui,?cependant, on ne pense plus ?au terrorisme traditionnel accept? et banalis? de ceux qui bombardent des civils, et encore moins ? la bombe vengeresse de l?anarchiste qui tente de s?enfuir apr?s l?attentat. On a en t?te une autre d?marche, un nouveau terrorisme qui ne se caract?rise pas tant par sa cible que par l?intention de l?auteur.

La dimension nouvelle des attentats qui ensanglantent aujourd?hui le monde entier – et dont l?expression la plus spectaculaire a ?t? l?attentat du 9/11 au WTC de New York ? n?est pas que des innocents en soient la cible. ? quelques bref interludes pr?s de ? guerres en dentelles ?, o? le ? plaisir ? du combat l?emportait sur le profit qu?on en pouvait tirer, les innocents ont toujours ?t? la cible des terroristes, d?guis?s ou non en soldats. Le fait nouveau, c?est le sacrifice de sa vie exig? du combattant, non plus comme un risque ? courir ou un prix ? payer, mais comme une condition essentielle de la victoire.

Ceux qui pr?tendent lutter contre le terrorisme n?gligent ? tort la composante suicidaire du nouveau terrorisme. C?est cet ??l?ment nouveau qui fait toute la diff?rence, car ce n?est plus la valeur ni l?importance de ce qui est d?truit qui est le message ? m?me si c?est cette destruction qui fait les manchettes et qui en assure la diffusion ? c?est le sacrifice lui-m?me qui est le message. Un message d?irrationalit? qui vaut son pesant d?or.

Pour comprendre l?importance de ce message, il faut voir que l?interd?pendance des acteurs dans le monde moderne a fait de nous tous, pauvres comme riches, l??quivalent social de fr?res siamois. Le monde est devenu une machine si complexe que, si l?ordre social dispara?t, m?me le plus pauvre et le plus mis?rable sur cette plan?te y perdra. Si le vaisseau qu?est notre soci?t? chavire, le dernier des gal?riens sombrera, tout autant que les officiers sur le pont sup?rieur et C?sar lui-m?me.

Ceci a eu pour cons?quence que le salut du navire soit devenu, pour toutes les parties, plus important que les contentieux qui nous opposent. Gal?riens et patriciens peuvent se disputer les rations du bord, mais toute contestation raisonnable de l?ordre social ?tabli prend en compte l?absolue n?cessit? de ne pas saborder le navire.

Toute discussion entre gagnants et perdants de la soci?t? pour amener une redistribution de la richesse et du pouvoir, repose donc aujourd’hui sur le bluff des uns comme des autres. Chaque partie qui avance d?un pas ne le fait que persuad?e que l?autre ne commettra pas l?irr?parable …et ne peut poser ce pas ? profit que si elle a convaincu l?autre qu?elle-m?me pourrait bien le commettre si on l?en emp?chait. Gauche comme Droite traditionnelle se d?placent donc avec prudence, dans une ?volution lente qui ressemble plus ? une partie de poker qu?? un match de pancrace,

Il est irrationnel, pour les uns comme pour les autres, de mettre le navire en p?ril. ?Mais celui qui donne ? l?adversaire l?impression d?accepter les cons?quences du naufrage a ?videmment un atout majeur en main pour obtenir des concessions. Dans ce poker, l?irrationalit? est un atout ma?tre et la d?marche du terroriste qui se suicide ? et appara?t donc pr?t ? tout pour obtenir gain de cause ? marque des points.

Chaque fanatique qui se suicide emporte une lev?e, car il rend plus cr?dible l?hypoth?se que les perdants de la soci?t? sont pr?ts ? risquer de perdre ce qu?ils ont pour obtenir davantage. Ce qui est un bluff. ?Car, pour celui qui a peu, ce peu n?en est pas moins tout ce qu?il a et il n?y tient pas moins que celui qui a plus… ? moins qu?il ne soit ? irrationnel ?. Irrationnel, s?entend, selon les crit?res qu?on veut bien appliquer.

Il y a toujours eu des fanatiques pr?ts ? mourir pour une cause. Drogue, conditionnement ? Sandhurst ou ? Saint-Cyr, propagande et pression sociale aidant, on a toujours fait le plein de h?ros pour d?fendre Camerone ou mener une charge de la Brigade L?g?re. Simultan?ment, il y a toujours eu des gens qui souffrent et qui veulent en finir. Affaire d?opinion, de pr?tendre que les gestes de ceux-ci ou de ceux-l? sont ou ne sont pas rationnels, mais c?est une question de fait que ce ne sont g?n?ralement pas les m?mes qui sont pr?ts ? mourir pour une cause et qui veulent ?chapper ? la vie.

On peut croire que celui qui est pr?t ? mourir pour une cause pr?f?rerait n?anmoins s?en sortir vivant et la voir triompher ; la mort est pour lui un mal n?cessaire, un sacrifice consenti. Celui qui est suicidaire parce que la vie lui p?se, ? quelques rares exceptions pr?s, n?a que faire des causes et des id?es. Il ne veut plus exister et cette d?cision occupe toute la place.

La sp?cificit? du « nouveau terrorisme » est de mettre en sc?ne un protagoniste qui est ? la fois un fanatique pr?t ? mourir pour une cause ET suicidaire. Ce ph?nom?ne s?est d?j? manifest? ?- (pensez aux Assassins (Haschichim) drogu?s du ? Vieux de la Montagne ? ? mais il n?est pas courant. C?est une combinaison terriblement efficace.

On ne parle pas ici de ceux qui tentent un coup risqu?, dans une ?cole russe, par exemple, puis font tout sauter quand les choses tournent mal. On parle de celui qui se barde d?explosifs et se fait exploser dans un march? ou un autobus. Le nouveau terroriste VEUT mourir. La racine du probl?me, c?est que ce nouveau terroriste est fanatique, bien s?r, mais SURTOUT suicidaire.

Le nouveau terroriste a pris de l?ahimsa de Gandhi le renoncement et le refus passif, mais ostentatoire de toute acceptation de l?ennemi et de ses oeuvres. Il a h?rit? des bonzes bouddhistes protestant contre l?occupation du Vietnam et s?immolant par le feu, l?invuln?rabilit? ? la souffrance et ? la peur. Il n?a pas retenu d?eux, toutefois, la non-violence ; il est tout sauf non-violent. ? l?action sacrificielle, il a joint la menace.

C?est une menace contre laquelle il y a peu de parades. Il est impossible de se prot?ger de quelqu?un qui veut mourir. Il y a des douzaines de fa?ons de tuer n?importe qui, d?s qu?on est pr?t ? y laisser sa propre peau. Je ne les d?crirai ?videmment pas, mais il serait sot de penser qu?un volontaire pour le suicide ne puisse pas les trouver par lui-m?me. Le Nouveau Terrorisme consiste en centaines, voire en milliers d?individus qui ne demandent qu?? mourir en faisant un maximum de dommage. Comment se pr?munir contre ce danger ?

D?abord en distinguant clairement entre le fanatique suicidaire et ceux qui instrumentalisent son suicide pour obtenir des concessions. Ce sont deux types diff?rents. Le fanatique suicidaire n?a pas de revendications. Ce n?est pas lui qui inscrit sa d?marche dans un bluff, mais les joueurs traditionnels qui s?en servent eux dans le cadre de la partie gagnants/perdants avec laquelle ils sont familiers.

Cette situation rend le probl?me du nouveau terrorisme plus grave m?me qu?on ne le dit, car il est extr?mement improbable que des fanatiques suicidaires, d?j? entra?n?s et n?attendant que de passer ? l?acte, renoncent ? leur projet en ?change de quelque concession que ce soit. Ceux qui les manipulent pourraient ? la rigueur influer sur l?aspect ? fanatique ? du nouveau terroriste ? -(m?me si personnellement je ne puis penser que celui qui s?est investi ? ce point dans un « geste » accepte de s?en d?tacher sous le seul pr?texte rationnel que le but en a ?t? atteint ?!) ? mais ils ne peuvent certes pas contr?ler sa composante suicidaire. Le suicide est une d?cision personnelle.

On ne peut pas contr?ler efficacement le nouveau terrorisme en palabrant au niveau des mouvements qui l?utilisent. On peut esp?rer, en n?gociant avec ceux-ci, saboter la logistique du terroriste ? transport, approvisionnement en explosifs, etc. ? mais ceci n?est qu?une action dilatoire ; le fanatique suicidaire reste une grenade dont la goupille est tir?e et qui, si ces mouvements ne nous la lancent pas, t?t ou tard leur explosera entre les mains.

C?est au niveau de sa composante suicidaire qui en marque la sp?cificit? qu?il faut d?samorcer le fanatique suicidaire et l?on n?y arrivera pas par chefs interpos?s. On cherche ? nous convaincre que l?augmentation des attentats suicide d?coule enti?rement d?une croissance de l?int?grisme religieux. Il ne serait pas mauvais de se demander si c?est bien le ciel qui est devenu plus attrayant ou si ce n?est pas la terre qui n?a plus rien ? offrir. Il faudrait voir si le paradis n?est pas devenu le premier choix de beaucoup simplement parce qu?il est rest? leur dernier, toutes autres nourritures terrestres leur ayant ?t? refus?es.

Le fanatisme incite certainement ? l?action terroriste, mais quand cette action devient prioritairement autodestruction, la probl?matique est diff?rente. Il faut voir quel r?le y joue une profonde d?saffection envers la vie elle-m?me et ce qu?elle peut offrir. La guerre en Iraq a co?t?, ? ce jour, pr?s de USD $ 15 000 par Irakien. Est-il si cynique de se demander combien des terroristes se seraient tout de m?me fait exploser, si les circonstances leur avaient fourni USD $ 15 000, ? chacun d?eux et ? chacun des membres de leur famille ? La seule d?fense contre un fanatique suicidaire, c?est de lui donner une bonne raison de vivre.

Ceux dont c?est la t?che de nous prot?ger du terrorisme r?agissent au premier niveau, celui d?une lutte traditionnelle entre gagnants et contestataires. Ils voient le fanatique suicidaire comme un adversaire rationnel qui vient n?gocier ou, au contraire, comme un pion comme les autres sur le m?me ?chiquier, tout entier sous contr?le de celui qui le dirige. Or, ce dernier n?est ni l?un ni l?autre. Ils scotomisent la dimension irrationnelle du nouveau terrorisme et, ? ce deuxi?me niveau, ne semblent pas comprendre que chaque terroriste suicidaire ne peut ?tre que farouchement individualiste. ? c?t? de sa d?cision fondamentale de mourir, la cause qui lui sert de pr?texte ne peut ?tre qu?accessoire.

Parce qu?ils ne s?int?ressent pas vraiment au fanatique suicidaire, mais uniquement ? ceux qui l?instrumentent, ceux qui devraient nous en prot?ger ?s?attaquent au nouveau terrorisme avec les mauvaises armes, ne touchant m?me pas ? la racine du mal. En fait, ils aggravent la situation et l?on est confront?, comme si souvent lorsqu?on analyse la politique am?ricaine, au dilemme de d?cider si c?est la b?tise qui explique les d?cisions qui sont prises ou si toutes les cons?quences n?fastes et bien pr?visibles n?en sont pas voulues, au niveau d?un diabolique agenda cach?.

Ainsi, la politique am?ricaine a commis l?erreur de traiter le nouveau terrorisme comme une option politique, de lui donner un nom ? Al-Qaeda – ? et un chef : ben Laden. Un chef invisible, quasi-mythique le chef parfait pour un d?lire onirique. N’a-t-elle compris que, derri?re la panoplie ridicule d?une lutte au premier niveau contre les Talibans ou Saddam Hussein, elle a cr?? au deuxi?me niveau, celui de l?irrationalit?, un point de ralliement pour TOUS les suicidaires irrationnels auxquels elle fournit ainsi une cause, une pseudo rationalit? sur mesure et quelques cibles spectaculaires ?

Si on est suicidaire sans raison, et donc irrationnel, pourquoi ne par partir avec un peu de panache, en prenant pour pr?texte et en amenant avec soi quelques Am?ricains de service, dont on peut se convaincre qu?ils sont responsables de tous les malheurs ? La cr?ation d?Al-Qaeda a-t-elle ?t? une simple b?vue de la propagande am?ricaine ou une ?tape de plus vers la fascisation de la soci?t? en lui cr?ant des ? Sages de Sion ? imaginaires pour justifier les nouveaux Dachau que sont les prisons d?Irak et Guantanamo ?

La politique am?ricaine a commis une seconde erreur: celle de pr?tendre qu?on pouvait triompher du terrorisme en envahissant un pays ou un autre et en augmentant les armements, ce qui est aussi absurde que d?envoyer la garde nationale ? l?assaut de la peste ou du chol?ra ou de tirer du canon sur des anoph?les.

Le nouveau terrorisme, en ce qu?il a une composante suicidaire, est individualiste et na?t dans la t?te des gens. Une division blind?e ne vous prot?gera pas contre votre voisin qui n?a jamais rien fait de mal, mais qui, ce jour-l?, dans un caf?, d?cide qu?il en a ras-le-bol et vous ouvre la gorge avec le couteau ? fromage. Or, si on sait lire, c?est vers ?a qu?on tend.

Le nouveau terrorisme est une d?cision individuelle et, de plus en plus, ce sera une d?cision impr?visible. L?apparition d?un comportement totalement irrationnel, quand un seuil est atteint dont rien n?annon?ait l?existence. Comme appara?t brusquement une image sur un n?gatif plong? dans un r?v?lateur. Le m?me ph?nom?ne se manifeste autrement chez les automobilistes qui perdent tout contr?le et tuent froidement celui qui les a d?pass?s ou invectiv?s. Chez les passagers d?un avion, qui agressent le personnel de bord. Chez tous ceux qui se sentent impuissants. C?est le m?me ph?nom?ne ; on l?appelle terrorisme quand on lui greffe une ? Cause ?, mais c?est la m?me rage irrationnelle et sa composante suicidaire est plus significative que sa composante fanatique.

N?est-il pas clair, dans cette optique, qu?en faisant la guerre a une population civile au bord de la mis?re, on augmente quotidiennement le nombre de ceux qui n?ont plus rien ? attendre de la vie, de ceux dont la haine de la terre, l ?amour du ciel, le d?sir de vengeance ou la simple qu?te d?un sens font des candidats de choix pour le suicide, suicide qui est moins motiv? que justifi? et donc rationalis? par une action terroriste ?

L?invasion de l?Iraq a ?t? une absurdit? que seul peut expliquer l?objectif ? courte vue du complexe militaro-industriel am?ricain, d?nonc? par Eisenhower et devenu mondial, ? de sp?culer sur le p?trole et de mousser un peu plus ses ventes. Une absurdit? qui confine elle-m?me ? l?irrationnel et devient donc le ? juste ? pendant de l?irrationalit? du terrorisme lui-m?me. Les officiers sup?rieurs se joignent aux gal?riens pour mettre le vaisseau en p?ril et C?sar, h?las, ne semble pas tr?s dou?.

Pierre JC Allard

(Cet article est essentiellement une reprise d’un texte sur le m?me sujet que j’ai publi? il y a 5 ans. ?Je rentre au Canada cette semaine, et mes prochains articles, je le promets, seront totalement in?dits... )

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