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Les 100 watts et l’angoisse environnementale

Photo: Dan Ionut Popescu, Dreamstime

«La Terre va sauter, ses heures sont comptées, attendez-vous que le monde éclate pour vous brancher?»…  Ainsi commençait la chanson thème d’une populaire émission pour enfants des années 80,  «Le Club des 100 Watts».  Le début de la chanson s’adressait d’ailleurs aux enfants, qui répondaient au chanteur dans la seconde partie du couplet: …Relaxe, on est plus des enfants, on arrive juste à temps…

En repensant à cette chanson, j’ai réalisé toute la lourdeur de la mission qu’elle donnait aux enfants. Ce n’est pas rien, on te dit que la planète va sauter et on te laisse entendre que c’est à toi de la sauver! Tout un contrat! Les enfants d’aujourd’hui sont sensibilisés à l’environnement dès leur plus jeune âge et sont beaucoup plus informés que nous ne l’étions. Plusieurs « 100 watts », devenus depuis des «11 watts fluo compactes», militent aujourd’hui pour l’environnement et tentent d’y intéresser leurs enfants. Cependant, notre génération a peut-être négligé un aspect possible d’une surdose de sensibilisation écologique: l’angoisse environnementale!

J’ai commencé à m’intéresser à l’environnement à l’âge de 13 ans. Je me suis mise à lire sur le recyclage, l’effet de serre, les pluies acides et la couche d’ozone et à tenter timidement d’y intéresser mon entourage et mon école.  Après quelques années, je me demandais si notre espèce avait encore un avenir! Aujourd’hui, je m’intéresse toujours à l’environnement et je suis plus inquiète que jamais! Si des adultes comme moi ont de la difficulté à gérer cette angoisse, essayez d’imaginer comment se sentent les enfants devant une télé toujours ouverte qui leur parle en boucle de toutes les menaces qui pèsent sur l’environnement!

Je crois essentiel que la conscience environnementale fasse désormais partie de l’éducation des enfants. Je ne voudrais pas retourner à l’époque où j’ai tenté de fonder un club écologique à mon école secondaire et où pas une seule personne ne s’est inscrite! Cependant, je crois que dans notre empressement à transmettre nos valeurs environnementales à la jeune génération, nous avons collectivement oublié de nous assurer d’adapter le message et de ne pas transmettre en même temps la peur et le désespoir!

A 13 ans je n’imaginais pas que l’humanité aurait à vivre avec les conséquences de la destruction de l’environnement avant des centaines d’années. De nos jour où on se demande souvent à voix haute si l’espèce humaine existera encore dans 100 ans, les enfants nous écoutent et ne sont pas en mesure de distinguer une affirmation lancée sous le coup du cynisme et une certitude basée sur des faits scientifiques. On se souvient tous du fameux «bouton rouge» de l’époque de la guerre froide, celui qui devait un jour ou l’autre être actionné par un cinglé qui ferait ainsi sauter la planète (c’était d’ailleurs sans doute à ça que la chanson du Club des 100 watts faisait allusion).  Nous étions réellement convaincus que la planète pouvait sauter.

Si l’angoisse environnementale peut avoir des conséquences négatives sur les enfants, elle peut aussi en avoir sur l’environnement lui-même. Un enfant élevé dans l’idée que la Terre va mourir demain matin risque, une fois arrivé à l’adolescence, d’abandonner tout geste environnemental en se disant «à quoi bon, on va tous crever»… N’essayez pas de le convaincre ensuite de faire du recyclage et de changer ses ampoules! Il préférera au contraire vivre sans penser au futur et consommer le plus possible pour le temps qui lui reste à vivre. C’est déjà l’attitude de plusieurs adultes.

Le Québec a l’un des plus haut taux de suicide chez les jeunes. Le suicide est souvent lié à la dépression mais aussi l’absence de rêve, l’absence d’espoir. Est-ce qu’on ne pourrait pas juste s’arranger pour ne pas donner l’impression aux jeunes qu’ils n’ont pas de futur?  Vous ne souvenez pas combien on détestait à leur âge se faire dire que même avec 5 doctorats on allait finir pompiste ou sur l’aide sociale.  Personne n’aime avoir l’impression que ses efforts sont inutiles.

Il est tout à fait possible de donner aux enfants des valeurs environnementales en leur montrant les conséquences positives de leurs efforts et en leur parlant des choses qui s’améliorent (même s’il faut parfois chercher pour les trouver). Il ne s’agit pas de nier les dangers qui menacent la nature et l’humanité, il faut simplement s’efforcer de concentrer davantage notre message sur les solutions et les avancées environnementales. De cette manière, les enfants aurons moins l’impression qu’on leur donne le mandat de lutter contre la fin du monde et qu’en plus ça ne sert à rien!

Chanson du club des 100 watts:

Stéphanie LeBlanc

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2 Commentaire

  1. avatar

    Excellent article qui soulève l’importance de ce qui est véhiculé par les médias. Bravo!

    Le besoin du « scoop » semble primer sur l’objectivité qui demande de toujours présenter les deux facettes d’une situation.

    C’est pourquoi il est indispensable d’apprendre aux enfants « comment penser » selon la rationalité objective au lieu de leur apprendre « quoi penser » selon l’objectivité rationnelle.

    Créer un vent de panique attise peut-être les « ventes », mais n’aide pas à gérer, individuellement, les opinions personnelles.

    Amicalement

    André Lefebvre

  2. avatar

    « Le Québec a l’un des plus haut taux de suicide chez les jeunes. Le suicide est souvent lié à la dépression mais aussi l’absence de rêve, l’absence d’espoir »

    Vous soulevez ici un problème majeur de notre société. Le nombre de suicide (à tout âge) au Québec est plus grand que ce qui est publicisé. C’est un sujet qu’on laisse entre les mains de « spécialistes » qui discutent, et analysent énormément mais qui ne semblent pas donner de résultats tangible.

    J’ai l’impression qu’on ne parvient pas à déterminer la cause réelle ou qu’on ne veut pas la déterminer. Je ne sais pas.

    Le sujet est capital et en débattre est indispensable. Le fera-t-on?

    -J’espère.

    Amicalement

    André Lefebvre