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L’enfant des rues

 

 Depuis 13h00 un grésil froid et pénétrant effectue un tango tournoyant. Un ciel gris se reflète dans les flaques et sur le bitume sale des trottoirs. Angelo, Simon, Rachid et Mirela, la bande des quatre gamins cherche refuge pour la nuit. Une station de métro, un parking, un abribus ou un hall de gare, qu’importe, dés l’instant ou ils ne seront pas transis par le vent ou trempés par la pluie, le reste n’est que détail. Ils avancent mécaniquement, leurs ventres ont crié famine toute la journée et leurs membres grelottent façon Parkinson. Ils ont bien essayé d’aller récupérer des restes de nourriture dans les bennes à ordure d’un supermarché mais, impossible, parce que les boss ont donné l’ordre à leurs employés zélés de cadenasser les poubelles. Parait qu’ils ont plein de bonnes raisons pour jeter et détruire les produits dont les dates limites ne correspondent plus à la sainte législation du commerce… Pour ceux qui l’ignorent ou s’en satisfont, un petit rappel est nécessaire, actuellement les lois sont faites pour et par les nantis : « Le Code pénal c’est ce qui empêche les pauvres de voler les riches et le Code civil c’est ce qui permet aux riches de voler et d’exploiter les pauvres… »

 Les vêtements déchirés, la semelle de leurs chaussures rêvant de se faire la belle, ils parcourent la rue comme un terrain de jeu avec comme règle principale : rester en vie. La maigreur et la crasse sont leurs compagnes à tous les quatre et l’état de santé de Mirela se détériore depuis quelques jours. Elle tousse, crache du sang et respire comme un vieil aspirateur, mais bon, pas le temps de s’attendrir, il faut chaparder, mendier la pièce pour faire taire les grognements de l’estomac et calmer les maux de tête qui en découlent. Hier, Angelo s’est fait tabasser par les vigiles du carrefour car il avait chapardé un paquet de biscuits. Ces abrutis se sont défoulés de leur frustration journalière sur le gamin. Quand on n’a pas le courage de faire face aux vrais responsables de sa condition, on finit toujours pas trouver un bouc émissaire plus faible que soi pour régler la note. Pour ces enfants la question est tout autre, quand les particules de votre corps réclament le carburant nécessaire à leur survie, pas le temps de philosopher, vous faites tout à l’instinct, celui de la conservation.

 Un enfoiré, la cinquantaine, a proposé à Mirela de l’emmener se réchauffer contre un petit câlin. Rachid du haut de ses douze ans lui a explosé les parties d’un coup de pied bien centré. Ils se méfient les enfants des rues depuis que le corps de l’un d’entre eux a été retrouvé pourrissant dans une décharge, violé, roué de coups et avec les reins en moins. Il est des choses qui ne changent pas, il y aura toujours des dégueulasses pour profiter de la faiblesse, de la détresse. Ils font attention à veiller les uns sur les autres. La misère crée des liens d’humanité indéfectibles, des amitiés qui ont la force et la chaleur des étoiles.

 Les gens passent, mais peu les voit, les regarde. Il faut dire qu’un enfant faisant la manche dans la rue, ça fout mal à l’aise, difficile de soutenir son regard qui semble vous demander pourquoi toi et pas moi ? Que s’est-il passé ? Honnêtement, on se sent tous un peu merdeux, un peu coupable… La plupart de ces enfants sont victimes de l’avidité d’un capitalisme sauvage, véritable machine à fabriquer du malheur, de la paupérisation. Souffre-douleur de violences familiales ou conjugales dont la mère a été contrainte de fuir le domicile. Parents disparus, au chômage, en fin de droit, SDF eux-mêmes, etc…. 

 La France pays riche compte environ 30 000 enfants SDF soit un quart de la population des sans-abris. Prés de 9000 d’entre eux vivent dans des bidonvilles. 20% présentent des troubles de santé mentale et 80% un retard de développement dû à la malnutrition. Pour se nourrir, ils fonts les poubelles ou les restes des MacDo et autres établissements aux bénéfices faramineux qui ne profitent qu’à une très petite minorité et dont les membres privilégiés, dirigeants et actionnaires principaux, sont atteints pour la plupart d’entre eux d’obésité ! 

 Ces enfants non scolarisés, mal nourris, non soignés et avec une grave absence d’hygiène constituent une future armée de révoltés. Ils sont les produits des politiques de rigueur budgétaire privilégiant l’enrichissement individuel à l’épanouissement humain. Issus de conséquences sociales et sanitaires épouvantables, ils sont la honte dans nos yeux, la marque de parjure sur nos fronts et une véritable bombe à retardement pour l’ordre établi. Leur seule consolation c’est que, pour la plupart d’entres eux, ils ne vieilliront pas, ne s’attarderont pas dans ce monde pourri.

 Pendant ce temps, un gouvernement s’occupe de problèmes urgents tels que : la limitation sur les routes à 80 km/h afin de remplir le tiroir-caisse, la chasse au chômeur afin de créer de nouveaux pauvres et la énième loi contre le racisme et l’antisémitisme afin qu’on comprenne bien que les Français sont d’incorrigibles xénophobes et qu’il sera interdit une bonne fois pour toutes, à ceux qui ne l’avaient pas encore compris, de blasphémer certaines icônes religieuses, de critiquer la politique sioniste d’Israël et les frasques douteuses de ses représentants partout dans le monde.

 Le phénomène de la pauvreté infantile touche tout les continents. L’Europe, malgré ses moyens financiers et économiques importants, ne fait pas exception à la règle avec environ 2,6 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté. Dans le contexte actuel, cette situation catastrophique des enfants devrait interpeller considérablement l’organisation des politiques publiques (sociales, familiales, de l’emploi, de l’éducation). Selon l’Unicef en 2015, il y avait environ 120 millions d’enfants à la rue dans le monde. C’est un enfant sur cinq ! Difficile pourtant de faire un recensement précis, mais ils seraient environ trente millions en Afrique, trente millions en Asie et le double en Amérique du Sud. La plupart sont des garçons exploités professionnellement ou sexuellement. Très vulnérables, ils sont les grandes victimes des maladies, d’une mauvaise alimentation, de la circulation et autres dangers de la ville. Conséquence : La moitié de ces enfants décèdent dans les quatre premières années qui suivent leur arrivée dans la rue. Comme si cela ne suffisait pas, dans beaucoup de pays, étant perçus comme des marginaux, ils sont pourchassés par la police. De plus en plus, cette situation inadmissible dans laquelle ils se débattent les pousse à se prostituer, à consommer de l’alcool, du cannabis ou autres drogues fournis par des dealers, des proxénètes ou autres négriers et, pour en finir avec cet enfer, certains se laissent mourir.

 Question : » A combien de vie d’enfant peut-on estimer le prix d’une bombe larguée accidentellement sur une école d’un pays producteur de pétrole ? « 

 Un Dieu utopique a dit un jour cette phrase terrible et dramatique :  » Ce que vous faites à un enfant, c’est à moi que vous le faites … « 

 

 

Gabriel

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