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L’effondrement des étoiles

 

Les mains dans les poches, je longe un muret en pierre par endroit effondré. Un portail, qui se voulait majestueux en son temps, rouillé par l’humidité écossaise, penche dangereusement vers le sol. Des centaines de moutons insensibles aux vents des montagnes et du loch voisin, éparpillés comme les coquillages sur le sable des hautes marées, paissent l’herbe grasse des tourbières. Ma curiosité, pas plus que le grondement du ruisseau gonflé par les dernières averses torrentielles ne semblent troubler leur quiétude digestive. Baignant dans ce calme désertique à l’extrême nord de la pointe des Highlands, sous la voute céleste où dansent des nuages gris bleus aux formes temporairement monstrueuses chahutés par les alizés marins, percent les rayons de l’astre solaire. Lumière magique d’une lande peuplée d’elfes, de châteaux et de dragons imaginaires, qui offre au l’amateur que je suis, la possibilité de son impudeur photographique.

 

Cette terre est magnifique. Ces paysages innombrables taillés à la serpe des siècles, érodés et polis par les météos capricieuses, me murmurent à l’oreille ma petite et modeste condition d’être humain. Ne parle pas et observe me disent-ils, prend le temps de la contemplation, voit ce que la vie a offert à tes semblables et constate ce qu’ils en font. Pense à ces hommes qui se croient important, ils parcourent le monde mais ils ne voient que leurs reflets. Ils courent d’un hémisphère à l’autre pour amasser de la monnaie de singe. Ils sont pires que des loups. Un loup donnez lui cinq kilos de viande, il est repu. Ces hommes couvrez les d’or, ils n’en ont jamais assez. Sais tu qu’il y aurait un moyen de devenir riche du papier que ces idiots vénèrent, il suffirait de les acheter à leurs valeurs réelles et de les revendre à celles dont ils s’estiment. Leurs chimères n’ont d’égale que leurs bêtises. Tous leur a été donné mais et ils se précipitent et bondissent dans tous les sens pour fuir le temps et entasser des illusions. Pourtant, nous sommes tous du même monde. Certains, par ignorance ou arrogance l’ont oublié mais au final, le début et la fin sont équivalents, identiques et c’est le parcours entre les deux qui fait notre grandeur ou notre décadence. Les hommes capables de grandes actions sans grands sentiments n’ont que très peu d’intérêt.

 

A côté d’empires financiers et de sa poignée d’élites, s’échine à survivre la majorité. Il en est ainsi, quand certains s’enrichissent, d’autres s’appauvrissent car l’avoir et la propriété ne sont pas extensibles à l’infini. Ils ont beau acheté ou se vendre, ils ne sont que des locataires sur cette terre puisque que rien ne dure. Quelle misère que de gagner trois sous pour donner du pain à ses enfants quant on pense au prix qu’ils mettent dans une bombe. Pour eux, ce sont les guerres qui font avancer l’histoire aux sons des clairons bleus, blancs, rages, des drapeaux tachés de sang plantés dans la boue au milieu de cadavres tombés sous les ordres d’un gradé ignorant et aviné. L’homme responsable de ces carnages écrit l’histoire du vainqueur enjolivant ses peurs et maquillant ses erreurs. Barbelés, miradors, exécutions et crucifixions sont réservés pour ceux qui ne marchent pas au pas. C’est toujours la même histoire de chaque côté du rideau de guerre. Chacun désire ce que l’autre possède pour un pouvoir temporel, une gloire éphémère, une palme sanguinaire. Vouloir être le premier, voilà la faute originelle, la confusion fondamentale. Plus loin qu’après demain nous ne serons plus grand-chose si ce n’est plus rien alors, à quoi bon. Ils n’ont pas compris que L’exploit n’est pas de triompher car en fait la victoire importe peu, l’important est de transformer la réalité en signe.

Quant à nos hommes politiques, ils ont verrouillé la démocratie pour s’accorder un bail emphytéotique sur le pouvoir. leur narcissisme et leur besoin de reconnaissance les confinent au ridicule. Le mépris qu’ils inspirent est proportionnel à la lâcheté et aux trahisons qu’ils génèrent. Leur politique est un ensemble de procédés par lesquels, ces hommes sans prévoyance gouvernent au gré des opportunités des hommes sans mémoire tout en essayant de nous faire avaler que leurs intérêts propres sont de l’intérêt général. Ils peuvent toujours s’évertuer à cacher leurs exactions derrière un voile ou une burka, sur le massacre des peuples et le vol de leurs richesses, plus personne n’est dupe. L’histoire les jugera au tribunal de la vie. Ce qui leur manque le plus c’est l’imagination. Ils ne sont jamais à l’échelle des fléaux qu’ils déclenchent et les remèdes qu’ils imaginent sont à peine à la hauteur d’un rhume de cerveau. Leur ignorance sur les dégâts occasionnés par leur rapacité et leur incompétence, stérilise toutes les opinions qu’ils pourraient avoir sur les solutions à envisager et à mettre en œuvre. Qui peut encore les croire ? Ils se prennent pour des guides, des baroudeurs mais ne sont que des intrigants. Le véritable aventurier joue sa peau pour défendre ses vérités. Nous sommes coupables d’avoir donné le monopole de la contrainte légale à ceux qui peuvent nous nuire au nom des lois qu’ils promulguent.

Quelques âmes de bonnes volontés s’échinent à garder ce monde en équilibre. Ce sont les héros de l’ombre qui soutiennent les plus malheureux, les moins chanceux, ceux que la vie de par la naissance a oublié sur l’autel des partages. Tous ces bénévoles qui soignent, aident, écoutent, tendent la main avec le peu de moyen dont ils disposent. On se prend à rêver que les sommes englouties dans les conflits et la mort servent à la vie. L’utopie est la ligne d’horizon indépassable, inatteignable mais, avec un peu de raison et de compassion, nous pourrions pour le bien de tous s’en approcher et vivre à l’ombre de ses branches protectrices.

L’odeur de la tourbe et l’air frais du soir qui s’annonce m’extraient de mes torpeurs philosophiques. Je cadre dans mon viseur les lumières qui incendient le sommet des montagnes avant que l’hémorragie de leur plasma n’engloutisse la plaine. Le déclic du Nikon m’avertit qu’une énième photo vient de se stocker dans la carte mémoire. Je suis un voleur d’images en recherche d’éternité dans les peintures de la nature, le regard des visages de passage, l’insouciance des jeux d’enfants. La liberté est dans le temps qu’on prend. Mon rapport animiste au monde fait que tout a une âme et c’est pour cela qu’il me semble que la vraie intelligence, la seule intelligence, est celle d’avoir pu trouver sa place dans le monde. Le mal qui y règne vient presque toujours de l’ignorance et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté si elle n’est pas éclairée. Nous sommes nés de la poussière des étoiles pour construire une civilisation de lumière. Celle-ci se meurt, sacrifiée sur l’autel des profits. La bêtise, l’absence de fraternité et le manque d’humanité précèdent toujours la fin des civilisations, l’effondrement des étoiles…

 

 

 

Gabriel

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