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Le Vatican et l?avenir de la pens?e politique mondiale

de Di?guez (Th?opolitique) 131102

« On ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu?apprendre ? philosopher. »
E Kant

Pr?sentation

Une grande majorit? des internautes qui m??crivent approuvent l?insistance avec laquelle, depuis le mois de juin, j?estime que M. Vladimir Poutine et le pape Fran?ois se placent au c?ur de l?histoire mondiale. Le 30 octobre, Forbes, qui ?tablit chaque ann?e un classement devenu officiel des personnalit?s dominantes de la plan?te, accorde le premier rang ? M. Vladimir Poutine et, tout de suite, apr?s le trio des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine, ? un nouvel arrivant dont l?autorit? sur la sc?ne internationale n?est autre que celle du pape Fran?ois.

L?un des ?v?nements les plus extraordinaires et, il faut bien le dire, les plus incroyables de ce d?but du IIIe mill?naire aura ?t? le retour torrentiel sur le th??tre du globe terrestre d?une Eglise de plus en plus marginalis?e dans l?enceinte de tous les Etats d?mocratiques depuis la loi de 1905, qui a d?clench? la la?cisation acc?l?r?e d?une civilisation mondiale cens?e avoir substitu? la libert? terrestre ? la libert? de la foi selon Saint Paul. Jamais, m?me sous Diocl?tien ou Constantin, la religion fond?e sur la divinisation d?un supplice sacrificiel perp?tr? sur le bois d?une potence n?avait guid? l?empire romain agonisant. Assistons-nous au passage du sceptre de la raison politique des mains des d?fenseurs d?une religion de la Libert? humaine ? celle d?une classe dirigeante un peu plus ?clair?e sur la barbarie nouvelle de la planisph?re qui substitue d?sormais ? la colonisation arm?e de la mappemonde, un crime inconnu des anc?tres, celui de la strangnulation ?conomique d?un peuple de quatre vingt cinq millions d?habitants?: l?Iran h?ritier des Darius et des Artaxerx?s?

Certes, la domination sauvage des puissants sur les faibles et des vainqueurs sur les vaincus faisait l?histoire du monde depuis des milliers d?ann?es?; mais qui aurait seulement imagin? qu?une religion des valeurs morales fond?es sur les droits inn?s du genre humain ne courrait pas ? toute allure vers le bonheur universel, parce que les aur?oles des id?alit?s manqueraient de carburant surnaturel?

Dans le texte ci-dessous, j?ai tent? de spectrographier les promesses de l??thique internationale dont l?Eglise ne tient pas encore les cartes en mains, parce qu?une religion n?apprend pas tout subitement ? porter un regard d?anthropologue sur la barbarie du Dieu des th?ologiens. Mais le pape Fran?ois est d?j? devenu un acteur immense du monde contemporain, parce que l??me et la raison ? la peine sur notre ast?ro?de ne reposent pas sur une cargaison de dogmes intouchables, mais sur des t?moins respirants de l? « esprit ».

Malraux ne renvoyait en rien ? l?Eglise quand il disait?: « Le XXIe si?cle sera spirituel ou ne sera pas ». Qu?est-ce que le « spirituel »??

1 ? Une nouvelle intelligentsia mondiale
2 ? L?Eglise et la raison politique
3 ? Le p?ch? de candeur
4 ? L?anthropologie scientifique et le mythe de la r?v?lation
5 ? L?Eglise et le tr?pas des utopies
6 ? Un cas d??cole
7 ? La chute d?Achille dans le fantasmagorique
8 ? Qu?est-ce que le g?nie politique?
9 ? Les nouveaux lunetiers de la mort

1 ? Une nouvelle intelligentsia mondiale

Il est paradoxal d?imaginer que, trois si?cles apr?s Voltaire, ce serait au sein de l?Eglise et, plus pr?cis?ment, ? la t?te m?me de la religion catholique que l?avant-garde de l?intelligentsia politique mondiale trouverait les promesses d?une ?coute. Bien plus, qui aurait cru que le nouveau Vatican deviendrait l?interlocuteur le plus attentif aux progr?s de la connaissance rationnelle du genre humain, parce qu?il r?noverait la m?thode historique superficielle qui ridiculise la science officielle de la m?moire du monde depuis un si?cle et demi? Ce prodige culturel s?expliquerait pourtant par vingt si?cles d?exp?rience secr?te des Etats dont b?n?ficie le Saint Si?ge et que nulle autre autorit? politique ne saurait ?galer: deux mill?naires de documentation anthropologique cach?e ? une Clio pu?rile ont arm? la Curie romaine d?une lucidit? et d?un pessimisme ? toute ?preuve. Les intellectuels la?cs ont ? en prendre de la graine, et cela nullement parce que Fran?ois est devenu une star mondiale aux yeux d?une jeunesse de plus de dix millions de « followers« , mais, tout au contraire, parce queson grand ?ge illustre l?analyse de Platon dans La R?publique, qui explique qu?il faut attendre deux g?n?rations apr?s la d?faite militaire d?une nation pour qu?elle retrouve son courage et sa lucidit?. La Lib?ration est d?sormais ressentie comme le d?clencheur de l??jection du Vieux Continent de l?ar?ne de l?histoire. C?est pourquoi la troisi?me g?n?ration des vaincus trouve ses guides intellectuels et politiques chez les septuag?naires et les octog?naires, tandis que les phalanges de la raison n?es entre 1950 et 1970 se r?v?lent endoctrin?es par les ressassements st?riles d?un d?sastre.

Jean Paul II, n? en 1920 savait encore que la chute du socialisme serait n?cessairement suivie de l??chec aggrav? du capitalisme mondial. Pas un instant il n?a c?d? ? l?euphorie qui a embrum? l?enc?phale du monde entier ? la suite de la chute du mur de Berlin. Mais seule une poign?e d?intellectuels n?s entre 1920 et 1930 ont compris la port?e du jugement de Cic?ron: « Exsistit e rege dominus, ex optimatibus factio, e populo turba et confusio » ? « La royaut? conduit au despotisme, l?oligarchie au r?gne d?une faction, le peuple ? la chienlit« .

En revanche, les hauts dignitaires de l?Eglise savent depuis des si?cles qu?? l?oppos? des fourmis et des abeilles, les ?vad?s du r?gne animal sont ingouvernables sur la longue dur?e et que, de si?cle en si?cle, la raison politique se trouve alert?e et sur pied de guerre non point seulement afin de combattre des d?cadences en cha?ne, mais des naufrages successifs. De plus, l?Eglise sait que l?identit? d?un troupeau de b?ufs se reconna?t au seul nom de son propri?taire, tandis que l?identit? des peuples et des nations ressortit ? l?inventaire du patrimoine d?une divinit?. Elle sait ?galement que le troupeau choisit son propri?taire c?leste, le peint ? son image et en dresse le portrait. Aussi Rome expose-t-elle une galerie d?enc?phales d?Adam dont l?intelligentsia prospective du IIIe mill?naire ne cessera de d?crypter les armoiries. Les ultimes secrets des pavanes de l?histoire et de la politique sous le soleil se trouveront progressivement d?cod?s ? l??cole des d?chiffreurs ? venir de la succession des pavois th?ologiques auxquels notre esp?ce s?est livr?e. Ce sera ? l??cole du r?alisme politique le plus s?r, celui dont les archives de la foi conservent le tr?sor, que l?anthropologie iconoclaste s?initiera ? la lecture des documents secrets en possession de l?interlocuteur le plus lucide du genre humain.

2 ? L?Eglise et la raison politique

Prenons un seul exemple du quasi monopole de la lucidit? anthropologique dont t?moigne une papaut? paradoxalement demeur?e juv?nile face aux d?faussements narcissiques que les pi?t?s collectives pr?sentent sur le th??tre du monde. Il est ?vident qu?Isra?l est un quinquag?naire d?phas? et qu?il a grand besoin de faire preuve de constance dans l??talage de ses d?votions sur la sc?ne internationale. Ce sera donc au nom d?une Libert? et d?une Justice universelles et cat?chis?es que cet Etat fera sans cesse appel ? la conscience de soi ?d?nis?e que tout le genre humain sera cens? partager face ? la menace militaire de l?Iran. Mais tout le monde sait que deux Etats arm?s de la foudre de l?apocalypse se neutralisent r?ciproquement sur les planches de l?histoire et que tel est le fondement anthropologique plan?taire de la strat?gie de la dissuasion vertueuse.

Voir?: Trois textes sur la dissuasion nucl?aire que j?ai publi?s dans la revue?Esprit, pr?sentation mise en ligne le 1 er septembre 2005

Le dissuadeur dissuad?,?Esprit, novembre-d?cembre 1980Critique de la dissuasion,?Esprit, juin 1979

La cr?dibilit? de la dissuasion nucl?aire,?Esprit, novembre 1977

 

Or, David dispose de cent quatre vingt cinq frondes atomiques et le Goliath de T?h?ran d?aucune. La menace s?exerce-t-elle du faible au fort ou du fort au faible?

3 ? Le p?ch? de candeur

Aussi les phalanges originelles des P?res de l?Eglise n?ont-elles pas attendu Moli?re pour d?couvrir ? quel point le d?doublement confortable de la saintet? entre le ciel et la terre fait tomber les th?ologies banalis?es dans un p?ch? originel biface. Toutes les religions qui se savent perfectibles connaissent la scl?rose des aur?oles de l?ang?lisme, et le christianisme de paroisse est le principal otage des d?faussements de la foi sur un apostolat de fa?ade. Mais qui d?autre que l?Eglise de Fran?ois armera la na?vet? des intellectuels la?cs d?un r?alisme politique gu?ri de ses illusions les plus infantiles? Car le tartuffisme confessionnel de type d?mocratique s?est calqu? sur les masques sacr?s d?une Eglise confite en d?votions. Les Etats modernes se sont bien vite rev?tus de la chasuble des id?alit?s de 1789. Comment se fait-il que le rationalisme ?nergique, mais en apprentissage du XVIIIe si?cle n?ait pas gagn? en profondeur au sein de la politologie pseudo-scientifique mondiale, sinon parce que la raison adolescente dont le mythe de la Libert? r?demptrice des modernes nourrit ses candeurs s?est r?v?l? aussi faussement s?raphique que le confessionnalisme bourgeois d?autrefois?

Mais il se trouve que le pape Fran?ois a fait un pas de plus ? et sans doute le plus d?cisif ? dans la d?nonciation d?une histoire des religions masqu?e et truqu?e ? l?usage des nourrissons; car il a refus? tout net de recevoir M. Netanyahou. Serait-ce parce que ce dernier a trait? le Vatican avec une d?sinvolture diplomatique affich?e? On ne rend pas visite au Saint P?re en passant et seulement ? l?occasion d?une rencontre programm?e depuis longtemps avec le chef du gouvernement italien. Mais le nouveau Vatican fait d?barquer dans l?histoire du monde une connaissance psychobiologique de la g?opolitique: le regard d?anthropologue abyssal que l?Eglise porte secr?tement sur la conscience superficielle et sp?culaire d?une humanit? de nouveau-n?s dresse le portrait d?une esp?ce visc?ralement onirique et dont le miroir des th?ologies r?fl?chit depuis deux mill?naires la dichotomie c?r?brale apeur?e.

4 ? L?anthropologie scientifique et le mythe de la r?v?lation

Mais le r?alisme du sp?l?ologue que le regard trans-zoologique de la foi religieuse porte sur la crudit? de la politique semi animale d?Adam ?toffe ?galement le r?cit biais? et paniqu? que le d?faussement d?vot de la b?te tente de voiler. La haute classe dirigeante d? Isra?l sait fort bien que l?Iran n?est coupable que d?un seul forfait, mais irr?pressible, celui de se trouver ? tel endroit pr?cis du globe terrestre. Elle n?ignore pas non plus que, depuis trois mill?naires, la science historique r?fl?chie enseigne que le destin des nations et des empires est command? par un d?fi inh?rent ? ce type impardonnable de face ? face entre les Etats. Th?mistocle passe deux ans ? Sparte: il feint de n?gocier avec la cit? de Lycurgue, alors qu? il s?agit seulement de permettre ? Ath?nes de s?entourer de murailles ? l?insu de Lac?d?mone. Trois si?cles plus tard, c?est avec un grand retard que l?empire ath?nien d?couvre le scandale de l?ascension patiente et continue de Rome ? l?ouest. Puis la ville ?ternelle mettra longtemps ? comprendre que le commerce maritime avec la Ph?nicie passe par la conqu?te de la Sicile et que « Carthago delenda est« .

L?Espagne d?vote de Charles-Quint d?couvrira que l?Angleterre n?a aucune raison l?gitime de se dresser effront?ment aux c?t?s de l?empire des conquistadors, puisqu?elle porte ombrage ? sa tiare. Puis, Napol?on d?couvrira que la France ne saurait r?gner sur le Continent face au souverain de toutes les mers du globe. Quant ? la Grande Bretagne d?aujourd?hui, elle sait, depuis Jules C?sar, qu?elle ne saurait tol?rer l?unification p?cheresse d?un Continent face ? ses rivages. La voici rassur?e: cette unification p?rilleuse pour son identit? insulaire ne se fera jamais ? inutile de combattre des moulins ? vent.

5 ? L?Eglise et le tr?pas des utopies

Les hauts dignitaires d?Isra?l, en revanche, se savent pi?g?s par la religion actuellement culpabilisante sur toute la mappemonde et qui r?pand partout le venin de ses songes vaporeux ? ceux des droits d?un homme universel, donc sch?matis?, mais flanqu? en tous lieux d?une th?ologie abstraite de la d?colonisation mondiale. Or, cet Etat en expansion n?a pas achev? la conqu?te de son territoire biblique. Depuis trois quarts de si?cle, il combat d?estoc et de taille en Cisjordanie et ? J?rusalem afin d?en expulser?manu militari?la population autochtone qui l?empoisonne et d?y imposer la domination exclusive du glaive de son ethnie messianique.

Mais qui se trouve le mieux arm? pour peser l??chiquier des r?ves eschatologiques ? la lumi?re d?une anthropologie de sp?l?ologue du sacr?, sinon, comme il est dit plus haut, le th?ologien des alliances en profondeur de la sot?riologie chr?tienne avec la politique? Seul le mythe du salut permet de braquer sur le bimane d?toisonn? le t?lescope des paradis verbifiques dont se nourrit la politique des d?mocraties infernales. On sait qu?avec Jean Paul II l?Eglise ?tait d?j? devenue discr?tement suspecte de darwinisme et qu?elle voyait dans l??volutionnisme « bien davantage qu?une hypoth?se« , parce qu?une humanit? en marche vers le ciel r?pond au fondement m?me de la vie mystique: depuis les origines, celle-ci met l?histoire du salut ? l??coute d?une annonciation progressive. L?Eglise sommitale a perdu ses illusions politiques d?s le premier si?cle. Mais elle sait qu?un animal ?volutif, donc inachev? par d?finition a plac? ses neurones ? des altitudes variables entre le r?el et l?utopie et qu?il s?agit de fabriquer la balance n?cessaire ? la pes?e d?une b?te en suspension germinative dans le n?ant.

6 ? Un cas d??cole

Bien plus, depuis Jean Paul II, une alliance souterraine de l?intelligentsia eccl?siale d?avant-garde, d?un c?t?, avec, de l?autre, le « clerg? » sommital de la raison scientifique fournit ? l?Eglise en marche de Fran?ois les armes nouvelles d?une simianthropologie critique. Une politologie mondiale du b?b? humain se trouve en cours d?enrichissement c?r?bral dans les profondeurs de notre civilisation, parce qu?Isra?l pr?sente d?sormais un cas d??cole ? l?examen spectral de cette discipline au berceau: pour la premi?re fois au monde, un Etat r?put? rationnel, donc dot? d?une raison encore infirme, se voit contraint de s?armer d?un tartuffisme politico-religieux internationalis? et ?tal? sans rel?che, en raison de la n?cessit? absolue dans laquelle il se trouve de se fonder sur une foi d?mocratique plus plan?taris?e qu?aucune religion du pass?. Mais, dans le m?me temps, il s?agit, plus que jamais, d?une rivalit? politique inscrite dans le temporel depuis qu?il existe des Etats et des peuples ambitieux de s?accro?tre. La haute classe dirigeante d?Isra?l sait fort bien que son h?g?monie locale au Moyen Orient n?est pas moins incompatible sur le long terme avec l?existence d?un Iran puissant et en devenir que l?Angleterre de Wellington ne pouvait partager « ?quitablement » l?empire de Neptune avec la France du Ier Empire ou l?Am?rique d?aujourd?hui se r?jouir de l?ascension irr?sistible de la Russie de la Chine, de l?Inde, du Br?sil et de l?Afrique du Sud.

Le sceptre du monde ne se partage pas. Mais, en raison de sa taille, Washington peut encore s?offrir le luxe de se rendre cr?dible sur les deux fronts, celui de sa pi?t? d?mocratique et celui de sa vocation imp?riale, tandis qu?Isra?l n?est pas d?une stature suffisante pour brandir efficacement ses b?nitiers: sit?t que ce nain tire son ?p?e du fourreau et se campe en matamore sur le champ de bataille de l?histoire de la plan?te, tout le monde lui glisse ? l?oreille: « Ne serais-tu pas exclusivement la victime pitoyable de l?holocauste, le crucifi? imm?morial sur la potence de l?histoire du monde, le Christ nouveau et universel de l?humanit?? »

7 ? La chute d?Achille dans le fantasmagorique

Isra?l s?affole: Netanyahou d?clarait tout de go dans le?Monde?que la future bombe atomique de l?Iran menacerait de pulv?riser non seulement son pays, mais Paris, Berlin, Londres ou Rome et qu?il ?tait mortif?re de remettre l?arme de l?apocalypse terminale entre les mains d?un tueur-n?, parce que, dans ce cas, la survie m?me de tout le genre humain d?pendrait des caprices d?un d?ment incurable. Tel-Aviv d?clarait en outre que tous les Etats du globe peinent sang et eau ? augmenter la radioactivit? de l?uranium afin de porter l??vaporation naturelle de cette mati?re ? la « masse critique » qui permettra de la faire exploser, tandis que l?Iran serait capable de vaporiser la mappemonde dans les plus hautes r?gions de l?atmosph?re avec de l?uranium enrichi seulement ? 3,5%. Comment expliquer la pathologie c?r?brale qui rend incontr?lable l?enc?phale d?lirant d?une humanit? encore en bas ?ge et rel?guer dans le bucolique les r?veries guerri?res, mais contagieuses dont s?enflaient les cosmologies mythiques des premiers mill?naires?

Mais tout se tient. Si la conque osseuse de l?Europe de la raison ne se trouvait pas contamin?e par l??pid?mie du fabuleux nucl?aire, Isra?l ne pourrait se livrer ? une fantasmagorie gesticulatoire. N?est-il pas hallucinant que les plus vieilles nations du Continent d?Archim?de et de Copernic rivalisent dans le ridicule de s?exercer, chacune pour son compte et sur ses lopins ? des manoeuvres militaires exclusivement c?r?brales? Le Ministre allemand de la d?fense, M. de Maizi?res, se frotte les mains: il aurait consolid?, dit-il, le rang de Berlin au sein d?une Alliance r?sign?e ? se trouver priv?e d?ennemis et dont le commandement pseudo salvifique se trouve enti?rement entre les mains d?un galonn? am?ricain.

La logique interne d?une humanit? redevenue aussi onirique qu?au Moyen Age conduit ? l??mergence du plus vassalis? des Etats: le prestige du miracul? de premi?re classe appartient, depuis soixante-dix ans, ? une Allemagne domestiqu?e par le bivouac de deux cents bases militaires de l??tranger camp?es sur son sol. Il est normal que la masse la plus nombreuse des valets conqui?re une h?g?monie de marionnette militaire au d?triment de sa compagne d?infortune, la Gaule, qui a perdu l?avantage de pr?ter son territoire aux garnisons de l??tranger. Certes, la France s?est plac?e derechef sous le joug dont elle s??tait lib?r?e en 1966. Mais, sur le terrain, elle n?est plus attel?e au char du triomphateur de 1945. Raison de plus pour qu?elle retrouve le sens rassis et qu?elle apprenne ? d?crypter les m?canismes psychiques d?lirants, mais gu?rissables qui commandent le fonctionnement mental d?une scolastique politique d?bile.

Comment se fait-il que les guerriers nouveaux de l?imagination para religieuse de l?humanit? invoquent le plus s?rieusement du monde et avec des mines s?v?res de strat?ges avertis la « capacit? de r?action » rapide de leurs l?gions face ? une attaque ennemie qui surgirait de nulle part? O? le champ de bataille se trouve-t-il si l?ennemi ? combattre se r?v?le aussi verbifique que Lucifer dans les bo?tes osseuses du Moyen Age?? Mais la Turquie ayant fait mine d?acheter des armes moins co?teuses ? la Chine, Washington a bondi comme le diable de sa bo?te: les ap?tres d?une sophistique universelle et vaporis?e ont l?obligation de ne se pr?senter qu?? un guichet hors de prix et de ne remplir qu?une seule caisse, celle de l?Am?rique, parce que le ciel de la d?mocratie id?ale n?a qu?un seul coffre ? remplir et un seul fabricant d?armes ? r?mun?rer.

8 ? Qu?est-ce que le g?nie politique?

Pour comprendre le fonctionnement c?r?bral des nains de la politique internationale tridimensionnelle, il faut m?diter la port?e anthropologique de la remarque d?Einstein, qui disait aux physiciens de son temps qu?ils connaissaient la physique sur le bout des doigts, mais qu?ils n?avaient aucune compr?hension du g?nie. C?est que, pour bousculer les notions d?espace et de temps et pour mettre l?univers cul par-dessus t?te, il faut renverser la table de jeu de la raison combinatoire et changer tout l? ?chiquier d?Euclide et d?Archim?de.

Le petit homme d?Etat est un caissier: le nez sur ses dossiers, il conna?t les param?tres ? appliquer au traitement bon march? des affaires les plus courantes. Il s?agit de r?genter l??quilibre des forces et des comptes sur la route des Etats. M. Sarkozy demandait: « Si Isra?l attaque l?Iran, qu?est-ce qu?on fait?« . A son tour, M. Hollande contemple une ch?sse, celle qu?on appelle « l??quilibre des forces aux Moyen Orient« .

Le petit homme d?Etat fait ses additions et ses soustractions. Cet arithm?ticien de l?histoire ne sait pas que le monde se trouve perp?tuellement en mouvement et il ignore o? il se rend de ce pas. Un vrai chef d?Etat europ?en saurait que la question de l?ill?gitimit? fondamentale de l?occupation militaire perp?tuelle du Vieux Monde par les troupes d?occupation d?une puissance ?trang?re est un propulseur de la r?volte dont il entendrait vrombir le moteur et dont les pistons poseront in?vitablement aux d?mocraties de ce continent le probl?me de leur survie politique. La France jouerait un r?le immense dans le monde actuel si elle s??tait engag?e sur le chemin de la logique qui commande l?histoire universelle. Mais, pour cela, il aurait fallu atteler au timon des affaires un chef d?Etat inform? de ce qu?on ne n?gocie pas ? armes ?gales avec une puissance commerciale dominante, sinon elle qualifiera de?n?gociation?des pourparlers condescendants avec des subalternes dont elle prendra sans tarder le commandement.

Certes, l?Europe en marche vers sa souverainet? aurait subi de lourdes r?torsions ?conomiques de son ma?tre si elle avait plac? des chefs d?Etat ? sa t?te, mais l??lan de ses exportations aurait ?t? irr?sistible, parce que le prestige politique s?attache ? l?ind?pendance des Etats et le commerce ne fait jamais que drainer apr?s coup des ?cus dans l??clat des armes qui pr?c?de le charroi des marchandises. Mais la fortune sourit aux audacieux: voici que de petits cailloux dans les chaussures du g?ant entravent son expansion sur toute la terre habit?e.

Car si l?Am?rique cesse de placer ses vassaux sur ?coutes, elle renonce ? ses ambitions d?empire, ce qui lui est bien impossible, et si elle pers?v?re, elle perdra plus lentement, mais non moins irr?vocablement son statut de pieuvre dominante de la plan?te, parce que personne ne croit que les affranchis enrubann?s pourront se savoir ?cout?s sans se ridiculiser sans cesse davantage aux yeux de leur propre nation. Petites causes, grands effets, dit la sagesse populaire. Elle a tort: les petites causes ne sont jamais que des rejetons des grandes, mais leur minusculit? permet de porter le regard sur l?histoire des vaines chamarrures des esclaves.

9 ? Les nouveaux lunetiers de la mort

Pourquoi les Etats d?mocratiques de l?Europe encore qualifi?s de souverains, mais seulement du bout des l?vres, n?ont-ils pas d?yeux pour les cinq cents gigantesques forteresses am?ricaines qui campent le plus bibliquement du monde sur leurs lopins? Parce que, dans ce cas, Isra?l se trouverait r?duit ? invoquer ? l??cart du troupeau la menace atomique imaginaire dont l?Iran est cens? menacer son apostolat. Il faut donc que l?Europe se d?voue ? porter le harnais du mythe-alibi de la plan?te des sauvages du XXIe si?cle. Mais, encore une fois, qui donc, ? l?exception de l?Eglise romaine, expliquera jamais aux Etats devenus soi-disant rationnels ? l??cole de leurs id?alit?s de 1789 le fonctionnement visc?ral d?une esp?ce cens?e plac?e sur ?coutes depuis les origines du monde et dont un cr?ateur du cosmos aux longues oreilles ?couterait les conversations?

Faute d?un d?cryptage anthropologique des t?l?phones cosmiques, dont la fabrication qui remonte ? la Gen?se, une humanit? devenue onirique ? titre atavique demeurerait ? jamais ind?chiffrable, parce que l?asservissement c?r?bral d?une Europe mythologis?e dans l?inconscient sur le mod?le v?t?ro-testamentaire demeurerait purement et simplement incompr?hensible ? elle-m?me. Les dossiers ne portent pas de regard sur eux-m?mes, dit Einstein, fort m?diocre physicien classique, mais g?nial regardant.

Certes, on n??l?vera pas l?Eglise tout enti?re et d?un seul coup au rang d?un p?dagogue de la classe dirigeante mondiale ? mais le globe oculaire qui observera la c?cit? ?d?nis?e de l?humanit? na?tra dans l?Eglise de Fran?ois et de ses successeurs, parce que seuls les deux mille ans d?exp?rience de l?histoire et de la politique cat?chis?e dont dispose le clerg? catholique permettraient d?s aujourd?hui ? des iconoclastes eccl?siaux d??largir le champ de vision d?une phalange de croyants aux yeux isa?aques.

Quelle t?che plus digne du r?alisme sacerdotal de demain que de percer les secrets th?ologiques de la b?te frapp?e de c?cit? par le fabuleux c?r?bral qui nourrit le sacr? et qui lui interdit de regarder du dehors la divinit? cens?e jouir du monopole de l?ext?riorit?! Mais comment se fait-il que la « raison » des nains de la politique enfante des religions infantiles, mais autrefois rel?gu?es dans l?au-del? des Pygm?es?

Puisque la b?te dichotomis?e de naissance reproduit le mod?le politique de son ciel schizo?de, puisque l?animal bipolaire est appel? ? doter un g?ant du cosmos du recul intellectuel d?Adam, puisqu?enfin l?envers de l?idole construite sur le mod?le d?un r?seau t?l?phonique r?v?le les secrets de la libert? c?r?brale de la cr?ature, puisse le Vatican ?clairer un jour l?histoire du cerveau humain ? une profondeur inconnue des anciens lunetiers de la mort..

le 2 novembre 2013
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

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