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Le Tim?e de Platon

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ANDR? LEFEBVRE:

Le texte est, ?videmment, un dialogue puisque Platon pr?sente toujours la pens?e de Socrate dans des dialogues. Les personnages du dialogue sont Socrate (qui est Grec), Tim?e (qui est Italien), Hermocrate (Italien) et Critias (Grec). (Pour lire le dialogue au complet aller ?)?:

http://ugo.bratelli.free.fr/Platon/Platon-Timee.htm

Au d?but du dialogue, Socrate ??pr?sente?? ses interlocuteurs pr?sents avec qui il avait discut? la veille?:

???Reste l?esp?ce des gens comme vous, qui, par leur naturel et leur ?ducation, tiennent ? la fois du philosophe et du politique. Notre ami Tim?e, par exemple, qui est citoyen de la ville si bien polic?e de Locres en Italie, et qui dans son pays ne le c?de ? personne ni pour la fortune ni pour la naissance, a exerc? les plus grandes charges et joui des plus grands honneurs dans sa patrie, et il s?est ?lev? de m?me au fa?te de la philosophie dans toutes ses branches. Quant ? Critias, nous savons tous ici qu?il n?est ?tranger ? rien de ce qui nous occupe. Pour Hermocrate, de nombreux t?moignages nous forcent ? croire qu?il est, de par son naturel et son ?ducation, ? la hauteur de toutes ces questions. C?est en pensant ? vos talents qu?hier, quand vous m?avez pri? de vous exposer mes vues sur l??tat, j?y ai consenti de grand coeur. Je savais que personne ne serait plus capable que vous autres, si vous le vouliez, de poursuivre un pareil propos. Car apr?s avoir engag? la cit? dans une guerre honorable, il n?y a que vous parmi les hommes de notre temps qui puissiez achever de lui donner tout ce qui lui convient. Maintenant que j?ai trait? la question dont vous m?aviez charg?, je vous prie ? mon tour de traiter celle que je vous propose ? pr?sent. Apr?s vous ?tre concert?s entre vous, vous ?tes convenus d?un commun accord de reconna?tre mon hospitalit? en me rendant discours pour discours. J?ai fait toilette pour recevoir la v?tre et vous m?y voyez tout dispos?.

HERMOCRATE

Sois s?r, Socrate, que, comme l?a dit notre ami Tim?e, nous y mettrons tout notre empressement et que nous n?all?guerons aucun pr?texte pour te refuser. D?s hier m?me, en sortant d?ici, pour gagner la chambre o? nous logeons chez Critias, nous avons, ? peine arriv?s, et m?me avant, tout le long de la route, r?fl?chi ? ce que tu demandes. Critias nous a fait alors un r?cit reposant sur une ancienne tradition. Redis-le-lui, Critias, pour qu?il nous aide ? juger si elle r?pond ou non ? ce qu?il requiert de nous.

?

CRITIAS

?coute donc, Socrate, une histoire ? la v?rit? fort ?trange, mais exactement vraie, comme l?a jadis affirm??Solon, le plus sage des sept sages. Il ?tait parent et grand ami de Dropid?s, mon bisa?eul, comme il le dit lui-m?me en maint endroit de ses po?sies.?Or il raconta ? Critias, mon grand-p?re, comme ce vieillard me le redit ? son tour, que notre ville avait autrefois accompli de grands et admirables exploits, effac?s aujourd?hui par le temps et les destructions d?hommes. Mais il en est un qui les surpasse tous, et qu?il convient de rappeler aujourd?hui, ? la fois pour te payer de retour et pour rendre ? la d?esse, ? l?occasion de cette f?te, un juste et v?ritable hommage, comme si nous chantions un hymne ? sa louange.

SOCRATE

C?est bien dit. Mais quel est donc cet antique exploit dont on ne parle plus, mais qui fut r?ellement accompli par notre ville, et que Critias a rapport? sur la foi de Solon??

Solon est n? ? Ath?nes vers 640 av J.C. Il est d?c?d? sur l??le d Chypre vers 558 av J.C. Il aurait instaur? la d?mocratie et est membre des sept sages de la Gr?ce antique. Il fut responsable de l?accroissement consid?rable? de la classe populaire dans la politique. C?est un homme qui voyage beaucoup. Devenu archonte pour l?ann?e -594-593, il abolit la condamnation de l?esclavage pour dette et affranchit ceux qui en ?taient frapp?s. Il r?duisit les dettes priv?es et publiques. Il mit en place le ??tribunal du peuple?? et ?tendit le droit de d?fense et d?accusation ? tous les citoyens. Il est ? souligner que Solon ?tait un l?gislateur v?n?r? de Platon et d?Aristote. Il serait surprenant que Platon lui mette dans la bouche des ?lucubrations.? D?apr?s H?rodote, il aurait voyag? en Lybie et en ?gypte. C?est de l? que nous vient ce que Critias va nous raconter.

Un appui ? la th?se que Solon se rendit en ?gypte est une lettre de Thal?s de Milet ? Ph?r?cyde????????? au sujet d?un trait? sur les dieux. Ph?r?cyde aurait appris la th?ologie en ?gypte. Thales lui conseille de ne pas le rendre public avant qu?il le rencontre, lui et Solon?:

? J?apprends que vous vous disposez ? pr?senter aux Grecs le premier trait? ionien des choses divines. Vous agiriez peut-?tre plus sagement en lisant votre ouvrage ? vos amis, qu?en communiquant ? n?importe quelles gens des ?crits qui ne peuvent gu?re leur ?tre utiles.?

? Si cela vous pla?t, j?aimerais profiter de vos recherches et, si vous m?y invitez, je viendrai vous trouver au plus t?t. Car Solon d?Ath?nes et moi, qui avons d?j? travers? deux fois la mer pour aller visiter la Cr?te, et pour aller en ?gypte nous entretenir avec les pr?tres et les astronomes du lieu, nous sommes assez sages pour ne pas h?siter ? la traverser de nouveau pour aller vous voir.?

? Je parle de Solon, parce qu?il viendra avec moi si vous le permettez. Vous ?tes un s?dentaire, vous allez rarement en Ionie, vous n?aimez gu?re aller voir les ?trangers, et vous ne songez, j?imagine, qu?? ?crire.

? Mais nous qui n??crivons pas, nous parcourons volontiers la Gr?ce et l?Italie. ? ?

La question est pourquoi lui conseiller de ne pas publier avant qu?ils en discutent face ? face? Thales de Milet croyait-il que cette « connaissance » devaient rester cach?e? Est-ce l? le d?but des « ?coles de myst?res »? ?Mais cette question ne s?est pas pos?e puisque Ph?r?cyde, lorsqu?il re?u la lettre de Thales, ?tait malade et d?c?de un peu plus tard. Il eut, cependant, le temps de r?pondre ? Thales pour lui dire qu?il lui envoyait ses ?crits et que celui-ci pouvait d?cider de la publication selon son choix. Seuls quelques fragments nous sont parvenus. Son ?crit intitul? :l’Heptamychia?ne donnent aucun ?clairage sur la th?ologie ?gyptienne ou le r?cit de Solon. On peut donc concevoir que l’?crit de Ph?r?cyde dont parle Thales ne fut pas publi? ou qu’il est bien l’Heptamychia qui n’aborde pas la version de Solon.

 

CRITIAS

Je vais redire cette vieille histoire, comme je l?ai entendu raconter par un homme qui n??tait pas jeune. Car Critias (le grand-p?re de celui qui parle) ?tait alors, ? ce qu?il disait, pr?s de ses quatre-vingt-dix ans, et moi j?en avais dix tout au plus. C??tait justement le jour de Cour?otis pendant les Apaturies.?La f?te se passa comme d?habitude pour nous autres enfants. Nos p?res nous propos?rent des prix de d?clamation po?tique. On r?cita beaucoup de po?mes de diff?rents po?tes, et comme ceux de Solon ?taient alors dans leur nouveaut?, beaucoup d?entre nous les chant?rent. Un membre de notre phratrie dit alors, soit qu?il le pens?t r?ellement, soit qu?il voul?t faire plaisir ? Critias, qu?il regardait Solon non seulement comme le plus sage des hommes, mais encore, pour ses dons po?tiques, comme le plus noble des po?tes. Le vieillard, je m?en souviens fort bien, fut ravi de l?entendre et lui dit en souriant?: ? Oui, Amymandre, s?il n?avait pas fait de la po?sie en passant et qu?il s?y f?t adonn? s?rieusement, comme d?autres l?ont fait, s?il avait achev? l?ouvrage qu?il avait rapport? d??gypte, et si les factions et les autres calamit?s qu?il trouva ici ? son retour ne l?avaient pas contraint de la n?gliger compl?tement, ? mon avis, ni H?siode, ni Hom?re, ni aucun autre po?te ne f?t jamais devenu plus c?l?bre que lui. ? Quel ?tait donc cet ouvrage, Critias?? dit Amymandre. ? C??tait le r?cit de l?exploit le plus grand et qui m?riterait d??tre le plus renomm? de tous ceux que cette ville ait jamais accomplis?; mais le temps et la mort de ses auteurs n?ont pas permis que ce r?cit parv?nt jusqu?? nous. ? Raconte-moi d?s le d?but, reprit l?autre, ce qu?en disait Solon et comment et ? qui il l?avait ou? conter comme une histoire v?ritable. ?

? Il y a en ?gypte, dit Critias, dans le Delta, ? la pointe duquel le Nil se partage,?un nome appel? sa?tique, dont la principale ville est Sa?s, patrie du roi Amasis (-571 ? -526).?Les habitants honorent comme fondatrice de leur ville une d?esse dont le nom ?gyptien est Neith et le nom grec, ? ce qu?ils disent, Ath?na. Ils aiment beaucoup les Ath?niens et pr?tendent avoir avec eux une certaine parent?. Son voyage l?ayant amen? dans cette ville, Solon m?a racont? qu?il y fut re?u avec de grands honneurs, puis qu?ayant un jour interrog? sur les antiquit?s les pr?tres les plus vers?s dans cette mati?re, il avait d?couvert que ni lui, ni aucun autre Grec n?en avait pour ainsi dire aucune connaissance. Un autre jour, voulant engager les pr?tres ? parler de l?antiquit?, il se mit ? leur raconter ce que l?on sait chez nous de plus ancien. Il leur parla de Phoroneus, qui fut, dit-on, le premier homme, et de Niob?,?puis il leur conta comment Deucalion et Pyrrha surv?curent au d?luge?; il fit la g?n?alogie de leurs descendants et il essaya, en distinguant les g?n?rations, de compter combien d?ann?es s??taient ?coul?es depuis ces ?v?nements.

Alors un des pr?tres, qui ?tait tr?s vieux, lui dit?: ? Ah?! Solon, Solon, vous autres Grecs, vous ?tes toujours des enfants, et il n?y a point de vieillard en Gr?ce. ? A ces mots?: ? Que veux-tu dire par l??? demanda Solon. ? Vous ?tes tous jeunes d?esprit, r?pondit le pr?tre?; car vous n?avez dans l?esprit aucune opinion ancienne fond?e sur une vieille tradition et aucune science blanchie par le temps. Et en voici la raison. Il y a eu souvent et il y aura encore souvent des destructions d?hommes caus?es de diverses mani?res, les plus grandes par le feu et par l?eau, et d?autres moindres par mille autres choses. Par exemple, ce qu?on raconte aussi chez vous de Pha?ton, fils du Soleil, qui, ayant un jour attel? le char de son p?re et ne pouvant le maintenir dans la voie paternelle, embrasa tout ce qui ?tait sur la terre et p?rit lui-m?me frapp? de la foudre, a, il est vrai, l?apparence d?une fable?; mais la v?rit? qui s?y rec?le, c?est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre (aujourd?hui, m?t?orites) d?vient de leur course et qu?une grande conflagration qui se produit ? de grands intervalles d?truit ce qui est sur la surface de la terre. Alors tous ceux qui habitent dans les montagnes et dans les endroits ?lev?s et arides p?rissent plut?t que ceux qui habitent au bord des fleuves et de la mer. Nous autres, nous avons le Nil, notre sauveur ordinaire, qui, en pareil cas aussi, nous pr?serve de cette calamit? par ses d?bordements. Quand, au contraire, les dieux submergent la terre sous les eaux pour la purifier, les habitants des montagnes, bouviers et p?tres, ?chappent ? la mort, mais ceux qui r?sident dans vos villes sont emport?s par les fleuves dans la mer, tandis que chez nous, ni dans ce cas, ni dans d?autres, l?eau ne d?vale jamais des hauteurs dans les campagnes?; c?est le contraire, elles montent naturellement toujours d?en bas (crues du Nil). Voil? comment et pour quelles raisons on dit que c?est chez nous que se sont conserv?es les traditions les plus anciennes. Mais en r?alit?, dans tous les lieux o? le froid ou la chaleur excessive ne s?y oppose pas, la race humaine subsiste toujours plus ou moins nombreuse. Aussi tout ce qui s?est fait de beau, de grand ou de remarquable sous tout autre rapport, soit chez vous, soit ici, soit dans tout autre pays dont nous ayons entendu parler, tout cela se trouve ici consign? par ?crit dans nos temples depuis un temps imm?morial et s?est ainsi conserv?. Chez vous, au contraire, et chez les autres peuples, ? peine ?tes-vous pourvus de l??criture et de tout ce qui est n?cessaire aux cit?s que de nouveau, apr?s l?intervalle de temps ordinaire, des torrents d?eau du ciel fondent sur vous comme une maladie et ne laissent survivre de vous que les illettr?s et les ignorants, en sorte que vous vous retrouvez au point de d?part comme des jeunes, ne sachant rien de ce qui s?est pass? dans les temps anciens, soit ici, soit chez vous. Car ces g?n?alogies de tes compatriotes que tu r?citais tout ? l?heure, Solon, ne diff?rent pas beaucoup de contes de nourrices. Tout d?abord vous ne vous souvenez que d?un seul d?luge terrestre, alors qu?il y en a eu beaucoup auparavant?; ensuite vous ignorez que la plus belle et la meilleure race qu?on ait vue parmi les hommes a pris naissance dans votre pays, et que vous en descendez, toi et toute votre cit? actuelle, gr?ce ? un petit germe ?chapp? au d?sastre (? remarquer que la Gr?ce de l??poque se rendait assez pr?s de la Mer Noire).Vous l?ignorez, parce que les survivants, pendant beaucoup de g?n?rations, sont morts sans rien laisser par ?crit. Oui, Solon, il fut un temps o?, avant la plus grande des destructions op?r?es par les eaux (la mont?e des niveaux oc?aniques), la cit? qui est aujourd?hui Ath?nes fut la plus vaillante ? la guerre et sans comparaison la mieux polic?e ? tous ?gards c?est elle qui, dit-on, accomplit les plus belles choses et inventa les plus belles institutions politiques dont nous ayons entendu parler sous le ciel. ?

Solon m?a rapport? qu?en entendant cela, il fut saisi d??tonnement et pria instamment les pr?tres de lui raconter exactement et de suite tout ce qui concernait ses concitoyens d?autrefois. Alors le vieux pr?tre lui r?pondit?: ? Je n?ai aucune raison de te refuser, Solon, et je vais t?en faire un r?cit par ?gard pour toi et pour ta patrie, et surtout pour honorer la d?esse qui prot?ge votre cit? et la n?tre et qui les a ?lev?es et instruites, la v?tre, qu?elle a form?e la premi?re, mille ans avant la n?tre (L??gypte n?appara?trait que 1000 ans apr?s les anc?tres des Grecs???), d?un germe pris ? la terre et ? H?pha?stos (dieu forgeron), et la n?tre par la suite. Depuis l??tablissement de la n?tre, il s?est ?coul? huit mille ann?es?: c?est le chiffre que portent nos livres sacr?s. C?est donc de tes concitoyens d?il y a neuf mille ans que je vais t?exposer bri?vement les institutions et le plus glorieux de leurs exploits (C’est l? l’?poque de la cit? de Gobekli Tepe d?couverte derni?rement en Anatolie, il y a moins de 15 ans). Nous reprendrons tout en d?tail et de suite, une autre fois, quand nous en aurons le loisir, avec les textes ? la main. Compare d?abord leurs lois avec les n?tres. Tu verras qu?un bon nombre de nos lois actuelles ont ?t? copi?es sur celles qui ?taient alors en vigueur chez vous. C?est ainsi d?abord que la classe des pr?tres est s?par?e des autres?; de m?me celle des artisans, o? chaque profession a son travail sp?cial, sans se m?ler ? une autre, et celle des bergers, des chasseurs, des laboureurs. Pour la classe des guerriers, tu as sans doute remarqu? qu?elle est chez nous ?galement s?par?e de toutes les autres?; car la loi leur interdit de s?occuper d?aucune autre chose que de la guerre. Ajoute ? cela la forme des armes, boucliers et lances, dont nous nous sommes servis, avant tout autre peuple de l?Asie, en ayant appris l?usage de la d?esse qui vous l?avait d?abord enseign?. Quant ? la science, tu vois sans doute avec quel soin la loi s?en est occup?e ici d?s le commencement, ainsi que de l?ordre du monde. Partant de cette ?tude des choses divines, elle a d?couvert tous les arts utiles ? la vie humaine, jusqu?? la divination et ? la m?decine, qui veille ? notre sant?, et acquis toutes les connaissances qui s?y rattachent.

C?est cette constitution m?me et cet ordre que la d?esse avait ?tablis chez vous d?abord, quand elle (Ath?na) fonda votre ville (Ath?nes), ayant choisi l?endroit o? vous ?tes n?s, parce qu?elle avait pr?vu que son climat heureusement temp?r? y produirait des hommes de haute intelligence. Comme elle aimait ? la fois la guerre et la science (Comme Inanna? la d?esse sum?rienne (qui deviendra Athena chez les Grecs) qui vola les ME de Enki pour cr?er sa propre cit? ?volu?e qui serait celle des premiers grecs. On d?couvre ici une confirmation des r?cits sum?riens chez le pr?tre ?gyptien), elle a port? son choix sur le pays qui devait produire les hommes les plus semblables ? elle-m?me et c?est celui-l? qu?elle a peupl? d?abord. Et vous vous gouverniez par ces lois et de meilleures encore, surpassant tous les hommes dans tous les genres de m?rite, comme on pouvait l?attendre de rejetons et d??l?ves des dieux. Nous gardons ici par ?crit beaucoup de grandes actions de votre cit? qui provoquent l?admiration, mais il en est une qui les d?passe toutes en grandeur et en h?ro?sme. En effet, les monuments ?crits disent que votre cit? d?truisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l?Europe et l?Asie tout enti?res, venant d?un autre monde situ? dans l?oc?an Atlantique. On pouvait alors traverser cet Oc?an?; car il s?y trouvait une ?le devant ce d?troit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d?H?racl?s. Cette ?le ?tait plus grande que la Libye et l?Asie r?unies. De cette ?le on pouvait alors passer dans les autres ?les et de celles-ci gagner tout le continent qui s??tend en face d?elles et borde cette v?ritable mer. Car tout ce qui est en de?? du d?troit dont nous parlons ressemble ? un port dont l?entr?e est ?troite, tandis que ce qui est au-del? forme une v?ritable mer et que la terre qui l?entoure a vraiment tous les titres pour ?tre appel?e continent (Ce qui serait le continent am?ricain). Or dans cette ?le Atlantide, des rois avaient form? une grande et admirable puissance, qui ?tendait sa domination sur l??le enti?re et sur beaucoup d?autres ?les et quelques parties du continent (Continent am?ricain puisqu?on encha?ne ensuite avec « en de?? » et « de notre c?t? »). En outre, en de?? du d?troit, de notre c?t?, ils ?taient ma?tres de la Libye jusqu?? l??gypte, et de l?Europe jusqu?? la Tyrrh?nie (Les ?trusques. Selon une ?tude sur l’ADN de rois ?trusques, ceux-ci seraient d’une ?lite dominante « non assimil?e » ? la population d’alors). Or, un jour, cette puissance, r?unissant toutes ses forces, entreprit d?asservir d?un seul coup votre pays, le n?tre et tous les peuples en de?? du d?troit. Ce fut alors, Solon, que la puissance de votre cit? fit ?clater aux yeux du monde sa valeur et sa force. Comme elle l?emportait sur toutes les autres par le courage et tous les arts de la guerre, ce fut elle qui prit le commandement des Hell?nes?; mais, r?duite ? ses seules forces par la d?fection des autres et mise ainsi dans la situation la plus critique, elle vainquit les envahisseurs, ?leva un troph?e, pr?serva de l?esclavage les peuples qui n?avaient pas encore ?t? asservis, et rendit g?n?reusement ? la libert? tous ceux qui, comme nous, habitent ? l?int?rieur des colonnes d?H?racl?s. Mais dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre et des inondations extraordinaires, et, dans l?espace d?un seul jour et d?une seule nuit n?fastes, tout ce que vous aviez de combattants fut englouti d?un seul coup dans la terre, et l??le Atlantide, s??tant ab?m?e dans la mer, disparut de m?me. Voil? pourquoi, aujourd?hui encore, cette mer-l? est impraticable et inexplorable, la navigation ?tant g?n?e par les bas fonds vaseux que l??le a form?s en s?affaissant. ?

??????????????? Ceux qui ont lu mes ?crits sur les sum?riens se rappelleront qu?un seul ?tablissement de cette civilisation disparue? n?aurait pas subit cette catastrophe de la mont?es des niveaux oc?aniques et aurait surv?cu sur les rives de la Mer Noire jusqu?en 5,400 av J.C.

Voil?, Socrate, bri?vement r?sum?, ce que m?a dit Critias, qui le tenait de Solon. Hier, quand tu parlais de ta r?publique et que tu en d?peignais les citoyens, j??tais ?merveill?, en me rappelant ce que je viens de dire. Je me demandais par quel merveilleux hasard tu te rencontrais si ? propos sur la plupart des points avec ce que Solon en avait dit. Je n?ai pas voulu vous en parler sur le moment?; car, apr?s si longtemps, mes souvenirs n??taient pas assez nets. J?ai pens? qu?il fallait n?en parler qu?apr?s les avoir tous bien ressaisis dans mon esprit. C?est pour cela que j?ai si vite accept? la t?che que tu nous as impos?e hier, persuad? que, si la grande affaire, en des entretiens comme le n?tre, est de prendre un th?me en rapport au dessein que l?on a, nous trouverions dans ce que je propose le th?me appropri? ? notre plan. C?est ainsi qu?hier, comme l?a dit Hermocrate, je ne fus pas plus t?t sorti d?ici que, rappelant mes souvenirs, je les rapportai ? ces messieurs, et qu?apr?s les avoir quitt?s, en y songeant la nuit, j?ai ? peu pr?s tout ressaisi. Tant il est vrai, comme on dit, que ce que nous avons appris ?tant enfants se conserve merveilleusement dans notre m?moire?! Pour ma part, ce que j?ai entendu hier, je ne sais si je pourrais me le rappeler int?gralement?; mais ce que j?ai appris il y a tr?s longtemps, je serais bien surpris qu?il m?en f?t ?chapp? quelque chose. J?avais alors tant de plaisir, une telle joie d enfant ? entendre le vieillard, et il me r?pondait de si bon coeur, tandis que je ne cessais de l?interroger, que son r?cit est rest? fix? en moi, aussi ind?l?bile qu?une peinture ? l?encaustique. De plus, ce matin m?me, j?ai justement cont? tout cela ? nos amis, pour leur fournir ? eux aussi des mati?res pour la discussion.

Et maintenant, car c?est ? cela que tendait tout ce que je viens de dire, je suis pr?t, Socrate, ? rapporter cette histoire non pas sommairement, mais en d?tail, comme je l?ai entendue. Les citoyens et la cit? que tu nous as repr?sent?s hier comme dans une fiction, nous allons les transf?rer dans la r?alit??; nous supposerons ici que cette cit? est Ath?nes et nous dirons que les citoyens que tu as imagin?s sont ces anc?tres r?els dont le pr?tre a parl?. Entre les uns et les autres la concordance sera compl?te et nous ne dirons rien que de juste en affirmant qu?ils sont bien les hommes r?els de cet ancien temps. Nous allons essayer tous, en nous partageant les r?les, d?accomplir aussi bien que nous le pourrons la t?che que tu nous as impos?e. Reste ? voir, Socrate, si ce sujet est ? notre gr?, ou s?il faut en chercher un autre ? sa place.

SOCRATE

Et quel autre, Critias, pourrions-nous choisir de pr?f?rence ? celui-l??? C?est celui qui convient le mieux, parce que c?est le mieux appropri? au sacrifice qu?on offre en ce jour ? la d?esse, et le fait qu?il ne s?agit pas d?une fiction, mais d?une histoire vraie est d?un int?r?t capital. Comment et o? trouverons-nous d?autres sujets si nous rejetons celui-l??? Ce n?est pas possible. Parlez donc, et bonne chance ? vos discours?! Pour moi, en ?change de mes discours d?hier, j?ai droit ? me reposer et ? vous ?couter ? mon tour.

CRITIAS

Vois maintenant, Socrate, comment nous avons r?gl? le festin d?hospitalit? que nous voulons t?offrir. Nous avons d?cid? que Tim?e, qui est le plus savant d?entre nous en astronomie et qui a fait de la nature du monde sa principale ?tude, serait le premier ? parler, et qu?il commencerait par la formation de l?univers pour finir par la nature de l?homme. C?est moi qui prendrai la suite, et, apr?s avoir re?u de ses mains l?humanit? dont il aura d?crit l?origine, et des tiennes certains hommes sp?cialement instruits par toi, je les ferai compara?tre devant nous, comme devant des juges, et, suivant le r?cit et la l?gislation de Solon, je ferai d?eux des citoyens de notre cit?, les consid?rant comme ces Ath?niens d?autrefois, dont la tradition des r?cits sacr?s nous a r?v?l? la disparition, et d?s lors je parlerai d?eux comme ?tant des citoyens d?Ath?nes.

SOCRATE

C?est, ? ce que je vois, un r?gal intellectuel complet et brillant que vous allez me rendre (C?est ?galement mon avis). C?est maintenant, para?t-il, ? toi, Tim?e, de prendre la parole, apr?s avoir, suivant l?usage, invoqu? les dieux.

Et nous voil? donc, entra?n?s dans une histoire abracadabrante, qui est inconcevable m?me si elle le fut et qui risque de nous rebeller contre des r?cits imaginaires inacceptables. J?esp?re que vous m?en excuserez, parce que mon but principal est de faire prendre conscience que les sujets actuels que nous abordons avec toute notre intelligence, sont les m?me sujets abord?s il y a 2,500 ans. De plus la profondeur de perception, vous le verrez, est ?quivalente, pour ?viter de dire ??sup?rieure??, ? celle d?montr?e par une majorit? de notre ???lite??? sociale. Ceci permettra peut-?tre de nous induire ? admettre que nous ne sommes pas les ??plusse intelligents?? que la Terre ait jamais port?.

? suivre

Andr? Lefebvre

 

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