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Le temps

Le temps

C?est un mot qui d?range toujours. Le corps et l?esprit apprennent ? l?int?grer inutilement, en autant de volets et de barri?res, dressant la liste informelle des actions qui doivent en d?couler.

Et l?esclave na?t.

Ce qui marque le temps c?est ce retour de boomerang subtil du d?j? vu. Le temps qui se lasse et se met ? compter en d?nichant l?observation connue et en faisant la soustraction ? partir du match parfait. Vient le jour o? c?est inutile de le faire. On sait que la neige est froide, qu?il y a un savant recul entre la premi?re fois o? on a r?ussi ? faire cuire un poulet mangeable et cet oiseau caram?lis?, juteux ? souhait, luisant comme un galet, humant le 350 degr?s pendant 30 minutes, le 300 degr?s pendant 2 heures suivi du broil divin qui le classe au rang de la perfection. On regrette de ne pas l?avoir carbonis? parfois, car il marque le temps ce salaud: celui de l?innocence, de l?ignorance, du t?l?phone ? maman qui n?y est plus depuis. Cette savante ma?trise tra?ne ses regrets. Elle est celle qui s?embo?te parfaitement dans le tableau du temps et lui donne vie.

Le temps a ses miracles. Ce sont les temps sans temps. Ceux qu?on cueille sans se soucier de qui l?on est, de notre langue, de nos devoirs et de nos droits. Le temps de la libert? pleine et enti?re, un temps vol? au compteur.

Ce sont les temps o? rien n?est important et bizarrement tout l?est trop. Les temps de b?atitude, d??merveillement, de joie qui s?invitent et propulsent Hulk hors de sa coquille vers un possible indiscutable, telle une vague grisante, une certitude sans peur. De l? on ne peut pas tomber, on ne peut que redescendre lorsqu?est boucl? le sort de cette extase, par le temps qu?on nous impose. Les al?as de ceux qui grouillent ? contresens finissent par avoir raison de ces gr?ces. Ce sont pourtant des moments b?nis o? rien n?a le sens emprunt? au temps. Le possible au superlatif qui joue de r?ve, d?espoir, d??merveillement, de contemplation, de paix, oui de paix: d?une immense paix.

On doit pouvoir vivre ?ternellement dans ces conditions. Un bien-?tre total qui ne sait plus qu?il a mal, qu?il est endett?, qu?il fait soleil ou nuit: l?enfant dans les bras de l?adulte, lov? au pays de nulle part, invincible.

A quoi sert le temps? A travailler pour payer le quotidien et l?avenir et ? amasser pour pouvoir passer du bon temps. Triste en fait et bien peu imaginatif.

Minette, muse, suffragette de tout acabit, cougar, fille, femme avec ou sans varices? Tra?ne tes papiers, tu risques de te perdre sans eux. Il te faut les valider comme un passeport chaque fois que tu cognes ? la porte o? c?est ?crit en haut: Nous comptons le temps. Plus tu avances derri?re cette porte, plus on te donne de rep?res pour marquer le temps. On te fixe des rendez-vous, on te torture pour te faire avouer que ce temps mesure tout par habitude et rarement par n?cessit? et que comme l?argent dans ton porte-monnaie, cela rev?t une importance capitale. Sinon tu n?es rien. Ne pars pas sans lui.

On met souvent fin aux moments pour les c?der au temps, par peur, par paresse ou pour privil?gier les devenues n?cessit?s que l?on s?est cr??es, qui trompent les moments par une subtile confusion dont seul ce m?me temps peut confirmer plus tard leur l?existence inutile. Avancer sur une route o? on a fait expr?s d??crire cul-de-sac ? la fin. Une perte de temps qui s?ajoute au compteur du gars muni de la calculatrice arrach?e ? la pr?histoire. Il voulait en faire son dada. L?anc?tre du vendeur.

Le temps est. Le temps fait. Le temps a tous les droits, m?me celui de nous d?truire. Il dicte ses besoins, talonne le plaisir sans piti?, avec acharnement, fait oublier l?infini, lui volant sa notion et le rendant illusoire. Toujours, jamais. Entre les deux il n?y a rien, oui en fait il y a le temps, plus pr?cis?ment la notion du temps.

Peut-?tre n?avons nous conscience de nous qu?en empruntant le temps d?un corps, celui dont on d?marre le chrono d?s qu?on ne peut plus r?ver. Ceux qui nous c?toient et que l?on ne revoie plus peuvent l?arr?ter dans leurs souvenirs, soit ces instants qui ne r?pondent plus au temps, et nous avons tour ? tour 5 ans, 20 ans, 35 ans quelque part. J?ai besoin de r?fl?chir, donne-moi du temps. Je n?ai plus le temps de terminer. Il est temps de partir.

Lorsqu?on revient de moments privil?gi?s, une fois contraints par le temps, on a cette impression que tout s??tait arr?t?. On a us? de rien qui appartienne au temps. Pas de billet d?avion avec une date de retour, pas de ticket d?entr?e. Une chaloupe, un moteur et deux rames, un lac bien s?r, une ligne ? p?che, un canif, du feu, une gamelle, une tente easy in easy out. Peut-?tre qu?? force on aurait un cheveu blanc? Qui sait ce que l?absence de contraintes peut faire ou ne pas faire.

La courbure de l?espace-temps cr?e une gravitation. On peut donc pr?sumer que la gravit? dont nous sommes victimes est celle-l? m?me qui induit le temps et que plus cette gravit? est grande plus le temps est pr?sent. Je pr?conise donc le coeur l?ger pour tout bagage.

Le temps ne pourrait pas d?cider de tout sans erreur ? partir de la repr?sentation physique des choses, m?me si le contraire semble plus acceptable et sert de norme. Pour deux m?mes situations (?tats similaires) il peut diff?rer, en induisant par exemple (et par logique) le pr?cepte de gravit? qui serait le moyen utilis? pour mettre en relation ces deux m?mes ?tats lesquels d?coulent du temps pourtant relatif (? la limite chim?rique) qui a vu na?tre leur accomplissement: sauter en bas d?un pr?cipice sans rien ou s??quiper d?un parachute. La deuxi?me m?thode ne vole aucun temps ? la montre, mais vole du temps au r?sultat. Par contre la premi?re m?thode aura d?finitivement utilis? le temps qu?on allouait au r?sultat. (Commencer par la deuxi?me m?thode plut?t que la premi?re induit un irritant au temps, car l? o? l?esprit s??vade pour explorer au-del? des rep?res, le temps ?choue ? calculer ce temps parall?le, puisqu?il ?choue ? partir du moment o? la gravit? ne lui sert plus d?alibi). Et vivent ainsi les moments sans fin.

On peut donc tenir le temps en respect, d?o? l?importance des oeuvres inachev?es.

N?explorant que les fondements justifi?s ou non du temps, il peut s?av?rer int?ressant de v?rifier de quelle fa?on ces fondements s?appliquent directement ? d?autres aspects provoqu?s par le temps, comme le vieillissement. Serions-nous des bouteilles de vin maintenues debout, dont les particules sont entra?n?es dans le fond de la bouteille jusqu?? ce qu?un imb?cile nous percute sur la coque d?un bateau pour le baptiser de notre fin? Les cellules seraient-elles fragilis?es par la d?formation que cr?e la gravit?? Monsanto s?attaquera-t-il ? stabiliser leur forme en produisant les ?tres cornichons? Un pot herm?tique sans date de p?remption. Et ?a flotte? Des personnes atteintes de probl?mes r?naux en bas ?ge gardent parfois la physionomie juv?nile m?me ? 35 ou 40 ans. Jusqu?o? la gravit? (qui se traduit en temps) joue-t-elle un r?le dans ce ph?nom?ne, en induisant un calcul diff?rent au compteur? Il y a celle de la peau, des muscles, il doit y en avoir d?autres.

Puisqu?on peut l?abr?ger en le rendant caduque, on doit pouvoir profiter du fait qu?il soit possible, volontairement, de le rendre inop?rant. Ainsi cet arbre de deux cents ans contemple son avenir, montrant les entailles faites sur son ?corce par le temps des autres, pas le sien. Le sien se calcule autrement, diff?remment du temps des horloges et des sabliers et ? moins qu?on ne vienne le torturer, il n?a que faire des jours qui passent.

Le sommeil nous laisse sans temps, sans besoins. En l?absence d?interf?rences, le cerveau supprime le temps.

On peut bien se p?ter une durite d??coeurement inconditionnel quand on superpose ce que le temps fait de nous: ce truc assis derri?re un volant qui garde en t?te l?obsession du r?servoir ? essence ? nourrir, le chrono du stationnement ? atteindre, les pr?cieuses heures que l?on versera au r?servoir du temps pour qu?il calcule s?il est satisfait. Et nous, le sommes-nous? ? de ce temps qui rapporte des bouts de papier et nous prive de tous les instants? Une chasse qui ne s?arr?te jamais, loin de chez soi, au pays du temps de production. Et quand nous rentrons, la porte grince, il fait noir et la vie reprend d?s que nous la saluons, emprunt?e au temps.

Il y a les immortels, ceux qu?on a fig? sur toile. Il y a ces oiseaux dont on a arr?t? le temps de vol en photo. Il y a ces humains dont le coeur sourit de nul ?ge. Le support vieillit, mais l?essentiel demeure intact. Qu?est-ce que l?essentiel? Je dois le conna?tre puisqu?il est le seul qui se rit de mes erreurs, de ma na?vet?, de mon ignorance et qui sait mieux que moi me pr?server du temps qui a raison de tout sauf de l?essentiel.

Fort de cet essentiel, qu?on ignore le temps de l?individu qui nage ? contre-courant, ? l?envers des aiguilles du temps, habill? ? l??poque du magasin dont la porte ?tait ouverte au moment o? il passait devant et avait justement besoin d?un pantalon. Il a jet? la facture et le magasin a fait faillite depuis. Mais le pantalon, cet objet n?cessaire l?a conduit plus loin que son lieu d?origine, plus loin que le temps us? par son fabriquant disparu depuis. Sans se soucier de l?apr?s pantalon, il vit sa vie comme si demain il allait avoir le cul ? l?air. Et ma foi, ?a ne le perturbe pas. Il ne s?en soucie pas, ce n?est pas essentiel.

Les modes ont pass? ? tour de r?le, comme la routine sans fin des petits canards qui avancent en rang?e dans les f?tes foraines, pr?ts ? ?tre pulv?ris?s, et ces temps de mode n?ont grav? aucune marque, laissant aux sillons du temps un peu de r?pit. Il faut se faire invisible au temps, lui laisser le soin de s??puiser seul, comme un p?tard mouill?.

Ce qui atteint l?individu c?est le mal: mal de vivre, mal d?aimer, les offenses, les atteintes, les nuisances, les calomnies, les mensonges, les difficult?s inutiles (les utiles ?tant porteuses du carburant essentiel ? s??lever, donc ? ?chapper ? la gravit??) qui ass?nent quelques claques au compteur de temps, lui volant celui dont il aurait d? jouir ? outrance et qui n?aura pu vivre, assassin? au berceau. Et d?un pr?sent sans faille on a fait un temps ?puisant riv? au temps conditionnel, un bient?t futur pass? ravag? et un ?ventuel futur trouble. Des milliers de secondes sont tomb?es dans le broyeur. On ne sait plus quand elles ont commenc? ? ne plus ?tre ? nous.

Il y a les voleurs de temps, ceux qui compilent ce qu?on leur sauve de temps. Ils vivent 20-30-100 vies ? la fois, sans avoir besoin de modifier leur propre chrono. L?ensemble de ce qu?ils traversent n?a ni visage, ni nom. Aucune trace.

La vie serait plut?t faite de cycles dont la longueur d?finit le temps parall?le inactif et parfait issu de ces cycles et non des ann?es, tant qu?on ne brise pas l?espace-temps. Mais la vie est aussi contrainte au temps imparfait et impos? qui rompt ces cycles avec plus ou moins de violence, brisant le continuum, for?ant la juxtaposition des cycles, relayant ? l??tat de souvenirs les moments sans temps. Un temps r?volu. Et le compteur tourne ? nouveau.

Chaque jour, du moins j?esp?re, nous vivons de ces moments que nous savons ?tre fig?s dans les nuages, au milieu de nulle part, puissants et vivants, v?ridiques et volubiles qui nous racontent en un instant toute l?histoire de leur pr?sence, de la vie qu?ils ont immortalis?e, entiers en eux-m?mes, parfaits. Et nous savons instinctivement qu?ils seront un jour ceux que le temps des autres fera basculer dans nos souvenirs, les tuant ? la vie et nous obligeant ? fleurir leur d?pouille dans nos coeurs? l?gers. Nos coeurs qui savent vivre longtemps les moments pr?sents. Des indociles du chrono.

Si on regarde Gabriel Nadeau-Dubois qui a entrepris un cycle vers le mois de mars 2012, lequel n?est pas achev?, on peut lui pr?dire une vieillesse tardive. Son chrono ne va pas au m?me rythme que ceux qui l?on c?toy?. Que dire du chrono qu?il aurait pu avoir en l?absence de contraintes, parce que bien qu?il poursuive son cycle, on lui vole des moments. Mais il gagne ? sa lutte un temps ? jamais m?morable, vivant en lui et en beaucoup d?autres. Perdurer.

On peut faire avec une vitesse sup?rieure au son, aux ann?es lumi?re. On peut aller au bout de ces ann?es sans en subir le contrecoup, toucher ? l?avant comme si nous existions depuis des milliards d?ann?es. On peut voyager derri?re. On peut voyager devant aussi en r?fl?chissant, en construisant, en d?couvrant comment voyager sans fronti?res. On peut aller apr?s lorsqu?il n?y a plus d?avant.

Nous nous sommes rencontr?s au moment o? nous pouvions nous aimer. Avant eut ?t? impossible, puisque les cycles ne sont soumis ? aucune r?gle. Une lueur d??ternit? ? laquelle ob?ir. Le temps garde ses routes de nulle part, les d?coupant en num?ros. Un puzzle affreux de bitume et de lignes, coll?es au sol, gravit? maximum. Un con avec sa calculatrice, invention d?un sorcier vaudou qui ? distance tente de paralyser le voyageur au pas l?ger.

Il y a des plantes qui poussent dans des conditions d?a?robie, comme les orchid?es, qui refusent le concept g?n?ralis? de la plante ob?issante. Serions-nous faits de besoins autres que ceux dans lesquels nous ?voluons dans un milieu o? nous tentons de nous adapter sans conna?tre ni ma?triser les conditions qui nous permettraient d??tre cet ?tre dont nous ignorons tout des conditions v?ritables de ses origines? Des prisonniers, n?s en prison, sur une ?le inconnue. ?Au milieu d?un temps.

J?esp?re ne pas avoir abus? en vous invitant ? partager ces moments o? tout est permis: r?ves, d?lires audacieux, id?es. Quand il n?y a pas de fin, tout est possible. Il est permis de d?couvrir derri?re la patine d?un objet, le lustre qu?il a toujours poss?d?, celui que les yeux ne voyaient pas et que le temps n?a su vaincre. Que cache-t-on? La bo?te de pandore, une fois ouverte a fait surgir tous les maux de la terre dont l?esp?rance dans sa forme associ?e aux ph?nom?nes quantiques et math?matiques.

Et le temps s?est empar? de nous.

 

ELYAN

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