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Le son des Moody Blues, ou celui de l’instrument infernal… du XXeme siècle

Avec la disparition de l’excellent chanteur et flûtiste du groupe Moody Blues, c’est l’occasion de reparler, je pense, du son si particulier de ce groupe.  Vous qui me connaissez savez que j’apprécie plutôt le rock-blues plutôt lourd, voire le country-rock, et pourtant… j’ai toujours eu un faible pour ce groupe… pour moi, hors du temps, et si proche des orchestrations de la musique classique (1).  A son apparition, déjà, il dénotait avec ces looks improbables de musiciens dandys du XVIII eme, parfois, ou leur allure à la Monthy Python d’avant l’heure :  Ray Thomas, celui qui vient de disparaître, justement, aurait fait un très bon clone de John Cleese, si celui-ci avait arboré une moustache en même temps que les cheveux longs.  Les anglais ne font jamais comme les autres, c’est bien connu.  Chez les Moody Blues, ce qui me plaisait, outre leurs textes alambiqués signés Graeme Edge qui me sortaient un peu de ceux soutenus par les riffs des Stones (ou leurs niaiseries, telle par exemple « She Smiles Sweetly« , dans Between The Buttons (2)), c’était surtout le son du groupe.  La flûte, mais aussi un instrument improbable qui, désormais, représentera la période pré-informatisée de la musique, puisqu’il s’agît d’une invention surprenante; consistant à relier des bandes magnétiques à un clavier, j’ai nommé le Mellotron, instrument depuis considéré comme « classique de la seconde moitié du XXeme siècle »… la première ayant vu l’apparition du Thérémine, autre bidule improbable, sorte de pré-synthétiseur aux manipulations acrobatiques.  Un truc à vous faire croire à l’arrivée des soucoupes volantes (3) !

Le groupe avait débarqué dans les transistors (le mien était à lampes ET  transistors, c’est vous dire l’époque !) avec leur titre de 1964 « Go Now« , qui faisait en fait très Rythm’&Blues (logique c’est un morceau de Larry Banks et non le leur).  Lors d’une émission de télévision on les avait présentés sous la houlette de Brian Esptein, le mentor des Beatles.  C’est Denis Laine qui est alors au chant.  Etrangement le morceau qui paraît bien simple est déjà architecturé autour d’une progression en I-vi-IV-V issue du doo-wop (4).  Dès le premier morceau, leur base musicale est en effet fort bien harmonisée. Denis Laine quittera plus tard le groupe mais gardera une certaine nostalgie pour le morceau, en le jouant avec le groupe Wings de McCartney qu’il avait rejoint (on l’entend sur le live  Wings Over America).  Dans l’album (devenu double) « The Magnificient Moodies », des extraits de leurs débuts, on trouve d’autres titres du même tonneau, avec par exemple une version convaincante de « You Better Move On », ou le titre « My Baby’s Gone », très dans la lignée R&B. Mais c’est une rencontre particulière qui va sceller l’avenir du groupe, qui cherche encore son style propre, à cette époque.  C’est une firme de disques qui va provoquer l’évolution, comme Mike Vernon avait pu le faire pour le Blues anglais en fondant le riche label Blue Horizon, qui révélera Fleetwood Mac (période Peter Green) et Chicken Shack de Stan Webb. En 1963, un dénommé Anthony Clarke (Anthony Ralph Clarke, ici à droite), est en effet entré chez Decca Records, qui est alors le grand rival à l’époque d’EMI;  la firme-phare, celle qui a signé déjà les Beatles. Clark, éclectique, dirigera aussi bien Four Tops que Clannad…  Un Clarke bien aidé dans la place par Dick Rowe, celui qui avait signé les Rolling Stones et les Them… à la place des Beatles, justement, car c’est Antony Clarke qui les a avait signés chez Decca.  Après des débuts hésitants, puis le dos succès de « Go Now », le groupe hésite toujours sur la direction musicale à prendre.  Il tourne, joue plutôt déjà correctement sur scène... , mais l’argent ne rentre pas.  Ils vont s’installer un temps en… Belgique.  Arrive vite 1966 et l’année suivante, année où tout va changer pour eux.  Avec l’arrivée d’un petit nouveau, qui sait à la fois chanter (et plutôt bien !), écrire, jouer de la guitare mais aussi de la faîte…. Laissons le site belge Classic 21 (salut Jacques de Pierpont, pour tout ce que tu as fait pour la musique !) raconter la suite :

« Nous sommes en 1966. Cela fait un an que le jeune et anonyme Justin Hayward compose et enregistre ses propres démos dans son coin. Un jour, il découvre une petite annonce, Eric Burdon, leader des Animals cherche un nouveau guitariste. Sa candidature n’est pas retenue, mais Burdon transmet toutes les réponses qu’il a reçues à Ray Thomas, membre des Moody Blues, qui viennent de perdre Denny Laine, que l’on retrouvera quelques années plus tard aux côtés de Paul McCartney au sein des Wings. Et Ray Thomas ne trouve rien de mieux à faire que mettre tous les noms dans un chapeau et tirer au sort. Et c’est bien sûr le nom de Justin Hayward qui en sort.  Le groupe prépare son deuxième album. Days of Future Passed sera un concept album, il racontera en 7 chansons la journée de la vie d’un homme… et il sera écrit à Mouscron, je vous jure que ce n’et pas une blague. La suite est racontée par Justin Hayward : « A l’époque, je ne possédais quasiment rien. Mais j’avais une paire de draps de satin blanc, ça ne servait absolument à rien, c’est une copine qui me les avait donnés. Le genre de truc totalement inutile surtout si tu as une barbe de deux jours. Ça gratte. Mais bon, ils étaient beaux, c’était romantique. Et moi, j’étais dans une drôle de période, une histoire d’amour se terminait et une autre était en train de commencer. ‘Nights in white satin’ était le bon titre à l’époque. Ça avait un double sens, intentionnel, cette histoire de chevaliers » Pour nos amis non anglophones, Nights peut être entendu comme ‘nuits’ mais aussi comme ‘chevaliers’. Un clin d’œil que l’on retrouve d’ailleurs sur la pochette avec le dessin d’un petit chevalier en bas à gauche… » C’est bien entendu Nights in White Satin qu’il vient de nous décrire. Pourquoi ce morceau plutôt q’un autre va-t-il accrocher les oreilles, on ne sait : il a tout à l’époque pour déplaire aux radios : il est deux fois trop long (5).  Mais en fait, ses paroles obscures et ces orchestrations tirant sur le classique vont plaire… de façon extraordinaire, car ils représentent bien l’époque tout bêtement :  « La première impression, lorsqu’on se penche sur le texte, c’est que le type est complètement déboussolé, confus, triste, marchant sur un fil et menaçant de tomber d’un côté ou de l’autre, son ancien ou son nouvel amour. Mais si on la replace dans le contexte de l’album, la journée de la vie d’un homme, il faut probablement pousser plus  loin. Métaphoriquement, cette journée est l’image de sa vie de mortel, et la nuit représente naturellement  la mort. Il n’est donc pas illogique que le gisant soit posé sur des draps de satin. Cette interprétation donne tout son sens aupoème qui clôt la chanson sur l’album, Late Lament, écrit par le batteur Graeme Edge, trois stances nostalgiques sur la fin des choses et la confusion que dans laquelle l’agonie est vécue, notamment ces couleurs qui se mélangent.  Mmmmmais… Je suis bête ! Nous sommes en 1967, une époque où ne buvait pas que de l’eau, où on ne fumait pas que des bêtes cigarettes et où ne mettait pas de l’acide que dans les batteries de voitures ». Ça, franchement, c’est le meilleur résumé que j’ai pu lire sur la question… !!!

Le site anglais The Independent explique parfaitement la suite ou plutôt la genèse du second album qui va tout changer, et devenir le premier d’une longue série d’albums beaucoup plus sophistiqués : « mais Clarke a vraiment apposé sa marque sur les Moody Blues, qui étaient quelque chose d’un niveau très bas en 1967 après le départ du bassiste Clint Warwick et guitariste Denny Laine, le chanteur principal soulful sur leur reprise en 1966 en tête des charts de Bessie Banks de « Go Now  » Lodge (basse) et Hayward (guitare) ont rejoint les membres fondateurs Graeme bord (batterie), Mike Pinder (claviers) et Ray Thomas (flûte) et le groupe est devenu plus démocratique, avec les cinq musiciens de composition et de contribuer au chant de plomb ou d’harmonie. Lors de leur première session avec Clarke, ils ont enregistré « Fly Me High », une chanson écrite par Hayward sur une guitare acoustique à 12 cordes. Le producteur visionnaire a suggéré une approche moins frénétique du riff principal, alors que les harmonies envolées du groupe sont à la luxuriance de leur son futur. « C’était le moment où nous savions que nous avions vraiment quelque chose de magique entre nous. » Fly Me High «  (ici chez Albert Raisner !) était vraiment le début pour nous », se souvient plus tard Hayward. Bien que ni « Fly Me High », ni le single suivant, « Love and Beauty» – une composition Pinder avec le Mellotron, qui ferait partie de leur marque de fabrique – cartographiées, les Moody Blues évoluaient CEPENDANT dans un groupe psychédélique en phase avec la fois avec le lancement de sa filiale Decca Deram sous l’égide d’ Hugh Mendl.  Malgré l’intégration des interludes de Peter Knight qui s’insèrent de façon transparente dans les parties mellotronnés quasi-symphonique de Pinder, les poèmes écrits par Edge et les compositions d’ dont Hayward « « Nights in White Satin »et « Tuesday Afternoon », cet album ambitieux a été rejeté au départ par les dirigeants de Decca, mais défendu par Mendl , leur producteur exécutif.  Sorti à la fin de 1967, il s’est avéré avoir un démarrage lent mais il est devenu un incontournable de la radio FM aux États-Unis à mesure que le format se développait dans les années 1970 (5). « Nights in White Satin » a encore mieux résisté, se fixant trois fois au Royaume-Uni et se classe toujours très bien dans les enquêtes sur les chansons populaires »; Car ne l’oublions pas aussi : mon transistor avait beau avoir encore deux lampes à l’intérieur, il fonctionnait en effet en FM… et je pense après coup que c’est ça qui a permis d’apprécier la musique… il suffit de réentendre des grandes ondes ou pire encore des petites ondes pour s’en rendre compte aujourd’hui.  Il n’y a pas qu’aux USA que la « FM Music » a fait son tracé et imposé une qualité que la génération précédente n’avait jamais pu écouter… Les albums qui suivront auront aussi une autre originalité : leurs titres, plutôt étonnants pour l’époque : « In Search Of The Lost Chord, On The Threshold Of A Dream, To Our Children’s Children’s Children, A Question Of Balance, Every Good Boy Deserves Favour and Seventh Sojourn ».  En fait, ce sont bien les créateurs de ce qu’on va appeler plus tard le rock progressif , qui culminera je pense avec Foxtrot de Genesis-Peter Gabriel ( ici tous les titres du groupe où intervient… le Mellotron  et ici l’intro de Watcher For The Skies, presque dissonant: la marque même de l’engin !).

Avec leur premier album (en fait c’est le second de leur carrière), on découvre aussi une drôle de sonorité.  Celle d’un engin bizarre appelé Mellotron, construit sur une idée de l’électronicien américain , David Chamberlin, qui n’avait pas réussi à convaincre Hammond, le constructeur d’orgues  électroniques du même nom (le vibrato est obtenu sur ces machines par une pédale actionnant la vitesse de rotation des hauts parleurs aigus de leur gros baffle Leslie).  Les américains ne distribueront jamais les produits Chamberlin, laissant la fine anglaise Streetly le faire. Commercialement, ce fut une erreur, malgré l’engouement qu’avait eu pour lui Leon Russell.  Chez les Moody Blues, l’intro de Tuesday Afternoon , présent sur « Days of The Future Passed’’ puis les chorus suivants sont les exemples les plus représentatives des capacités de l’engin, au vibrato indéfinissable.  Le Mellotron est encore là, bien présent, dans « Legend of a mind », entre la comptine et le folklore dans laquelle Ray Thomas s’exprime à la flûte avec bonheur.  Des années plus tard, il aura gardé toutes ses qualités vocales sur scène sur ce morceau plus que casse-geule à interpréter.  Ah le Mellotron : quel engin, à vrai dire  !  Un cauchemar de roadie, surtout, pour sûr,, que cette espèce d’armoire normande à clavier (ici à gauche vu de face et à droite vu à l’arrière, panneau enlevé) !  Le modèle Mark II faisait ses 160 kilos facile, et mon ami Franck, qui a longtemps été roadie, le confirme, il en a sué des litres pour les amener sur scène ces bestiaux !!!  En fait cet instrument quasi-machiavélique est aussi un cauchemar de technicien, qui repose sur une idée folle… totalement analogique.  Mécaniquement, c’est de l’ordre du n’importe quoi en effet.  Le principe (ici à gauche c’est celui du modèle 4000) est vraiment tordu, puisqu’à chaque fois que l’on appuie sur une touche de clavier;  cela met en marche une bande magnétique qui se retrouve pressée contre une tête de lecture, comme sur un magnétophone : chaque bande pouvant reproduire un son, comme celui de l’orgue par exemple (ou des violons, on peut en changer comme on veut) : c’est aussi une sorte de sampler.  Tant que la touche est maintenue, ça joue, lorsque la touche est relâchée, un ressort ramène la bande à son point de départ (ici on comprend mieux le principe;  on remarquera le rôle du cabestan en particulier, celui qui provoquera tant d’enroulements intempestifs de bande).  On comprend d’où vient alors ce vibrato constant : le passage de la bande  sur les têtes de lecture crée des fluctuations mineures de hauteur et d’amplitude, si bien aussi que le Mellotron ne joue pratiquement jamais la même note à chaque fois qu’on en joue !   Avec lui , c’est presque jouer de façon aléatoire à chaque fois, d’où son charme sans doute !  Plus on appuie sur la touche et plus le contact sur la tête est lui aussi fort, créant ce son différent… on comprend aussi sa fragilité avec ses bandes et leur tension : ceux qui  ont dû réenrouler des cassettes audio foirées me comprendront.  C’est aussi un instrument limité, car chaque note est jouée obligatoirement indépendamment, ce qui oblige les pianistes à revoir toutes leurs conceptions sur les accords impossibles à obtenir avec un Mellotron.  L’engin, par sa conception même, était  destiné à être joué chez soi uniquement voire dans des clubs mais surtout pas pour des groupes de tournée :  il se déréglait trop facilement, les bandes cassaient, été sujettes à l’humidité ou même tout bêtement, se démagnétisaient à vitesse grand V quand on déposait devant elles un baffle et son haut-parleur, muni d’un gros aimant comme on le sait.  Bref, les rodies le détestaient, et les groupes s’en méfiaient comme de la peste :  il n’était pas rare qu’en tournée on en emportait au moins deux exemplaires, voire trois, transportés chacun dans des camions prenant des chemins différents.  Celui qui avait été des trois le moins secoué avait droit aux honneurs de la scène (avec un second prêt juste à côté aux cas où une bande casserait !).  Même le dernier modèle M400, (ici à gauche) présenté pourtant comme « portatif », faisait toujours plus de 55 kg.  Le cauchemar a été constant durant l’usage du clavier maudit :  « la fumée, les variations de température et l’humidité nuisaient également à la fiabilité de l’instrument.  Déplacer l’instrument entre des chambres froides et des scènes bien éclairées peut entraîner l’étirement et le collage des bandes sur le cabestan.  Leslie Bradley se souvient avoir reçu des Mellotrons pour une réparation « ressemblant à un forgeron qui aurait fabriqué des fers à cheval sur le dessus ».  Le fait d’appuyer sur trop de clés à la fois provoquait aussi une latence du moteur, ce qui provoquait un son uniformément plat ».  De revoir ici les Moody Blues en jouer sur scène par temps incertain (en 1970, à l’île de Wight) tient de la gageure chez eux, ou d’un certain goût du risque…  Chez les Moody Blues, le Mellotron, en prime, avait été modifié par son utilisateur : « Pinder avait obtenu un Mellotron d’occasion de Streetly  (nota : son constructeur) et, après avoir enlevé toutes les bandes d’effets spéciaux (sifflets de train, chant du coq, etc.) il a ensuite doublé ses bandes avec des sections de cordes, et l’a utilisé sur les enregistrements des Moody Blues. Cela a commencé avec son single « Love and Beauty », une chanson de power flower écrite et chantée par Pinder, et son seul titre de face A après 1966.  Pinder a présenté  ensuite le Mellotron à son ami John Lennon (6) .  Les Beatles ont ensuite utilisé l’instrument sur « Strawberry Fields Forever » (à droite Lennon  en 1967 s’exerçant au Mellotron).  Ils en avaient bien été les pionniers.  Les groupes de l’époque, contrairement à ce qui parfois a été dit, se prêtaient main forte en effet.  En prime; il faut savoir aussi qu’Hayward, comme exemple de cette entente, a fait les chœurs sur  “I Am the Walrus” et c’est lui qui joue de l’harmonica sur “The Fool on the Hill”:  il était réellement poly-instrumentiste.   Sur « Strawberry Field For Ever »… c’est en effet bien du Mellotron !!!  Mc Cartney vous démontre ici qu’on peut tout faire ou presque avec un Mellotron…  et ici des démos de 1966 de Lennon ressorties de l’oubli.  Le groupe Traffic de Stevie Winwood en fera aussi grand usage dans Mr Fantasy, sorti en 1967, dans « Hole in My Shoe » notamment (les nappes derrière le chant c’en est un, bien reconnaissable :  il passe d’un côté à l’autre de vos baffles en stéréo !).  1967 aura en fait été un très grand crû musical… Les Rolling Stones en feront un excellent usage dans  le très réussi « 2000 Lights Years From Home », au climat époustouflant de vision de fin du monde.  Le sommet demeurant pour moi l’intro de  « The Court Of The Crimson King de King Crimson » :  l’engin machiavélique est vraiment un instrument.. vraiment angoissant.  Peut-être que lui-même pressentait sa mort prochaine avec l’appareil du digital, qui sait…  (à gauche le disque sur.. bande sans fin 8 pistes, apparu en 1964  un format qui n’a pas tenu tenu longtemps et a surtout marché aux USA. Il était en fait destiné aux voitures US !!!  Ou comment enfermer un Mellotron dans une Buick, ou une Chevolet... !!!

Alors oui, il reste beaucoup à écouter, des Moody Blues, pour saluer la mémoire de Ray Thomas.  Son titre en forme de testament, peut-être : « Eternity Road » (ici joué au Caesar Palace de Las Vegas), mais ce n’est pas le plus impressionnant, loin s’en faut.  Restons sur Last Dream, plutôt.  Personnellement j’ai un faible pour qui pourrait aussi passer pour une bluette : «  »Melancholy Man, difficile à jouer su scène, vocalement notamment, comme tous les morceaux lents et pourtant si réussi ici (toujours à l’île de Wight, c’est Mark Pinder qui est aux vocaux : c’est à lui que le groupe doit l’arrivée de Hayward, qu’il connaissait déjà).  En album c’est tout aussi écoutable.  La guitare sèche doublée de Justin Hayward résonne parfaitement et ça fout le blues autant qu’un morceau du même genre.  Ici le même Pinder démontrant le principe du jeu sur Mellotron en 2010.  Il en avait déjà montré les principes ici.  Question albums, ceux cités en priorité » mais la palme pour le très étonnant et gros coffret « Timeless Flight ».  On y trouve « From Mighty Oaks » et « Wish You Could Fly » ou « Forever Autumn » de Ray Thomas, extraits de ces deux albums solo.  Le 6 eme album du coffret est consacré à des enregistrements Live dont un superbe Never Comes The Day, Mellotron oblige, ou un excellent… Tuesday Afternoon… peut-être bien le chef d’œuvre du Mellotron, après tout (attention c’est un play back télévisé)… Ici « Question » (de Question of Balance), joué à Wight, vers qui va aussi ma préférence, pour le pont au milieu et la qualité des paroles (7) le coffret 6 enregistré à l’Albert Hall se terminant par un Ride My See Saw, autre grand classique du groupe.   Les disques 7 à 11 étant tous en concert,  le premier en Angleterre, les  autres tous aux USA, démontrant que le groupe était très bon en live.  Sur You Tube, on ne trouve hélas que le concert de reformation de l’Albert Hall, qui mal enregistré, a été doublé fort maladroitement sur You Tube. Merci, Ray,en tout cas de nous avoir laissé au bord du rêve…

 

Nota : sur l’iPad Apple on trouve aujourd’hui un Mellotron 3000 « digitalisé » . Faites vous plaisir et étonnez vos amis avec ces drôles de sons !!! Ici la démo. L’iPad Mini fait moins de 300 grammes en version Wifi : plus de 500 fois moins que le Mellotron original ! Les plus férus s’équiperont du « Chamberton », un bel hommage à son inventeur avec un site parfit à visiter ici. En 2014, on a présenté un « new mellotron » venu de suède… digitalisé. une version « mini » existe.

 

S’il fallait choisir un album Live, on peut aussi se rabattre sur celui enregistré… aux USA.  C’est « A Night at Red Rocks with the Colorado Symphony Orchestra » enregistré en 1992 et sorti l’année suivante, pour le 25 eme anniversaire de « Days of Future Passed ».  Une première pour le groupe avec un grand orchestre en live.  Un DVD contenant 19 titres a aussi été réalisé de l’événement.  Un extrait est visible ici.  La scénologie du concert, avec dans le fond le grand Canyon est très impressionnante : quel spectacle !  Et la magie de l’intro de « Late Lament » marche toujours, l’intro du concert lui-même, au thème interprété par le grand orchestre est absolument superbe… le « Tuesday Afternoon » qui suit l’est tout autant.  Il faudra attendre 58 minutes pour entendre la flûte de Ray Thomas entonner « Isn’t Life Strange » mais bon, on ne boude pas son plaisir à voir enchaîner les titres :  il a chanté – très bien-  dès le début du concert, « For My Lady ». « Night in White Satin », « Question » et « Ride my See Saw », en version très énergique terminent le set en beauté.  Un seul regret, l’absence du…Mellotron !

 

Voir:  http://www.omenie.com

(1) c’est évident et ça l’est d’autant plus quand on apprend que la firme de disques qui les avait signés, Decca en train de promouvoir à l’époque sa nouvelle division baptisée Deram, dirigée par Hugh Mendl, leur avait suggéré de s’attaquer à la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, aussi pour faire de la publicité à leur prise de son en studio appelée Deramic Stereo Sound.  L’idée abandonnée, explique pourtant en grande partie l’écriture de l’album Days of Future Passed, aux orchestrations particulièrement léchées et à l’intro hyper-classique.  Une mini-symphonie à lui tout seul, particulièrement bien écrit musicalement, avec un thème remarquable (on se plaît à chantonner les paroles sur le morceau interprété par l’orchestre classique, au son de hautbois fabuleux.  Le récit (car ça en est un sur l’album)… peu alors commencer… Un sacré choc pour les rockers de l’époque !!!  A noter que le groupe, alors sans le sou, résidait à Mouscron, en Belgique, haut lieu de la vague musicale européenne en 1967 (ils connaissent bien la France, en 1966 ils ont enregistré « Boulevard de la Madeleine » ; aux intonations… hispanisantes ou argentines, un autre OVNI musical).  Et c’est là, en effet, qu’a été écrit l’album !!!  Un disque, supervisé par l’arrangeur Peter Knight (qui finira par fonder son propre groupe de musique classique, The Peter Knight Orchestra) est enregistré avec le London Festival Orchestra pour les cordes et les cuivres.  A noter que Knight travaillera plus tard avec les King’s Singers, cet autre ravissement musical.

(2) « l’album préféré de tous les adolescents en mal d’acné », me souffle mont pote Jean-Louis, tourneur de groupes de rock.

(3) le meilleur exemple du son incroyable du Theremine est donné par l’excellent, sinon indispensable, film de 1951, « Le jour où la terre s’arrêta » de Robert Wise, où le sifflement inquiétant de la soucoupe est fait avec cet instrument.  Le robot, qui prononce la phrase culte « Klaatu barada nikto ».  En France, le film ressort en ce moment :  allez donc le voir, la fable mondialiste née en pleine guerre froide (peur de la fin du monde) n’a pas pris une ride.  Bien au contraire…

(4) « La progression se base sur un accord majeur formé sur la tonique (I), un accord mineur sur la sus-dominante (vi – en fait, il s’agit du relatif mineur de l’accord majeur formé à partir de la tonique), un accord majeur formé sur la sous-dominante (IV) et un accord majeur formé sur la dominante (V). »

(5) cette durée exceptionnelle de la chanson est le contraire de ce qu’on a fait au préalable : les rochers des années 50 se cantonnaient à 2 minutes maxi, pour mieux pouvoir passer entre deux publicités sur les radios américaines.  Buddy Holly ou les Everly Brothers (Cathy’s Clown fait 2’22) en étaient devenus les spécialistes.  Deux minutes maxi.  Comme Eddie Cochran (« Sittin in The Balcony » fait chez lui 1,57 minute, « Cradle Baby » 1’45)  … en fait si le titre a mis longtemps à démarrer c’est en effet à cause de sa durée, et cela a même donné un épisode amusant à savoir aux USA.  « En 1972, Nights in White Satin refait soudainement son apparition dans les hit-parades, en se vendant beaucoup plus que lors de sa première parution en single.  L’une des explications de cet événement est la remise au goût du jour de la chanson par un DJ de Seattle.  La version originale du titre, d’une durée de sept minutes et trente-huit secondes, lui laisse suffisamment de temps pour sortir fumer lors de son travail de nuit.  La diffusion du morceau pendant plusieurs nuits d’affilée fait réagir les auditeurs de la station de radio, et rapidement d’autres stations de Seattle commencent à le passer à leur tour.  Finalement, Nights in White Satinpasse sur la plupart des stations de radio américaines et devient alors un tube national.  Début août, le single entre à la 100e place du Billboard Hot 100.  Il monte rapidement dans le classement les trois semaines suivantes, en se classant respectivement 89eme, puis 69eme puis 47eme. Il atteint la semaine suivante le top 40 du classement.  Le 4 novembre 1972, le single atteint la 2e place du classement et garde cette même position la semaine suivante, en restant derrière I Can See Clearly Now de Johnny Nash).  Il parvient néanmoins à atteindre la première place des classements établis par le Cash Box et le Record World, deux autres magazines américains encore en activité à l’époque.  Le single apparaît pour la dernière fois dans le Billboard Hot 100 le 2 décembre, à la 17e place, avant de disparaître totalement du classement la semaine suivante.  Le 18 décembre 1972, Nights in White Satin est certifié disque d’or par la Recording Industry Association of America (RIAA) pour s’être vendu à au moins un million d’exemplaires.  Le succès inattendu du single entraîne à son tour celui de l’album sur lequel la chanson figure, Days of Future Passed, qui se classe 3e aux États-Unis; c’est ensuite au tour du huitième album des Moody Blues, Seventh Sojourn, de se classer à la première place du Billboard 200 le 9 décembre.  Justin Hayward remarque alors : « C’était comme si ‘Nights in White Satin’ était le single de Seventh Sojourn. (…) La maison de disques a essayé de l’arrêter, en disant aux stations de radio de ne pas le passer, mais sans succès »…

(6) le précurseur du Mellottron avait inclus des rythmiques toutes préparées comme on trouve aujourd’hui sur des « synthés », des boîtes à rythme incorporées, ou aujourd’hui dans Garage Band (ici un moyen pour le créer) :  « à la fin des années 40 en Californie, Harry Chamberlin, conçoit le premier instrument à lecture de bandes magnétiques :  le Model 100 Rhythmate.  Avec ses boucles de motifs rythmiques enregistrés, c‘est l’ancêtre des boîtes à ryhtmes et du sampler.  Le Model 200 reprend le principe de lecture de bandes magnétiques mais avec un clavier et des sons d’instruments de musique (flûte, violons, vibraphone… ).  Les modèles suivants (300/350, 400, 600/660… ) utilisent pour la première fois des bandes de 3/8 de pouce avec 3 pistes.  Ce format de bande non standard permettait à Harry Chamberlin d’avoir l’exclusivité de la vente de bandes pour ses machines.  Le modèle 600 Music Master est particulièrement intéressant dans l’histoire du Mellotron.  C’est en effet le premier modèle à disposer de deux claviers de 35 notes (sol à fa).  Le clavier de droite est utilisé pour les sons d’instruments (flûte, violons… ) et le clavier de gauche pour les accompagnements (Bossa Nova, Cha Cha Cha… ).  C’est l’incarnation de ce qui va être, quelques années plus tard, le premier Mellotron Mark I.  La production de Chamberlin débute au début des années 50.  Harry Chamberlin embauche un certain Bill Fransen comme commercial afin d’augmenter les ventes.  Malgré un concept séduisant, le Chamberlin souffre d’un manque de fiabilité.  Bill Fransen, convaincu que la production ne dépasserait pas le stade artisanal, part en Angleterre en 1962 avec 2 Chamberlins 600 Music Master à la recherche d’un fournisseur de 70 têtes magnétiques.  Il rencontre les frères Bradley – Frank, Norman et Leslie – qui dirigent Bradmatics Ltd., une entreprise, située à Birmingham, dont l’activité depuis les années 30, est la production de divers mécanismes semi-professionnels, des amplificateurs et des têtes de lecture. B radmatics fabrique les 70 têtes requises.  Intrigués, les frères Bradley demandent à quel usage sont destinées ces têtes de lecture.  Fransen leur montre les 2 Chamberlins et leur demande s’ils peuvent améliorer la conception afin de produire en grande quantité un nouvel instrument plus fiable. Ils acceptent immédiatement, sans savoir qu’ils « volaient » l’idée d’Harry Chamberlin.  Un an plus tard, ce dernier apprend la nouvelle et se rend en Angleterre.  Finalement, Harry Chamberlin vendra les droits de conception pour $30 000 aux frères Bradley en 1966″‘.

(7)  « Question » :

Why do we never get an answer
When we’re knocking at the door
With a thousand million questions
About hate and death and war?
‘Cause when we stop and look around us
There is nothing that we need
In a world of persecution
That is burning in its greed
Why do we never get an answer
When we’re knocking at the door?
Because the truth is hard to swallow
That’s what the war of love is for
It’s not the way that you say it
When you do those things to me
It’s more the way that you mean it
When you tell me what will be
And when you stop and think about it
You won’t believe it’s true
That all the love you’ve been giving
Has all been meant for you
I’m looking for someone to change my life
I’m looking for a miracle in my life
And if you could see what it’s done to me
To lose
Suppléments :

Les 10 meilleurs titres au Mellotron :

http://ultimateclassicrock.com/mellotron-songs/

le site de référence :

http://www.planetmellotron.com/index.htm

autre site fondamental :

http://egrefin.free.fr/fr/mellotron/mellotron.php

le site de Streetly qui s’occupe de l’infirmerie Mellotron :

http://www.mellotronics.com/service%20and%20restoration.htm

Ici la cerise sur le gâteau ; la démo du Mellotron expliqué par deux présentateurs vedettes de La BBC, Eric Robinson et David Nixon… Ne ratez pas à 2’103 la séquence de l’interprétation de « Sous les ponts de Paris » au Mellotron (on a pensé à filmer les bandes en direct !).  On remarquera que c’est un modèle MKII à deux claviers, dont un pour les rythmes !

 

 

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    je vous ai trouvé un fêlé sympa qui a réussi à fabriquer un Mellotron fait main avec… des WalkMan mis en série et coincés en lecture sur une bande de 30 minutes…

    dément comme bricolage, et fort amusant surtout :

    https://hackaday.com/2009/12/04/melloman-tape-looping-keyboard-2/

    la fabrique du « Melloman » ici :

    http://www.mysterycircuits.com/melloman/makingof/mellomanmaking.html

    faut 14 Walkman… !!!! tous trouvés sur e-Bay selon le constructeur !

    trop fun !