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Le soi-disant miracle ?conomique d?Erdogan


Manifestations en Turquie

UN OEIL SUR L’ISLAMIE

?Capiitaine Martin

Il n?y a pas si longtemps, une grande partie de la presse internationale ne tarissait pas d??loges sur la Turquie, capable selon elle de produire de la richesse et d?assurer un d?veloppement comme peu d?autres pays avaient pu le faire ces derni?res ann?es. Hier encore, le mod?le turc avait presque valeur d?exemple aux yeux des d?mocraties europ?ennes touch?es par la crise et englu?es dans des processus d?cisionnels europ?ens technocratiques. La Turquie n?a-t-elle pas connu un taux de croissance extr?mement favorable au point de devenir la?seizi?me ?conomie mondiale??

Les manifestations de la place Taksim?et la r?pression violente de la police ont depuis douch? les plus optimistes. Les canons ? eau, les gaz lacrymog?nes, les blind?s envoy?s contre la foule rassembl?e au parc Gezi et les coupures de r?seau Internet ont soudainement ?clips? les bons r?sultats de l??conomie. Les cinq mille bless?s et le millier d?arrestations survenus lors des manifestations ont montr? le vrai visage du pr?sident Erdogan ? une opinion internationale jusque-l? accapar?e par les gratte-ciels qui ont pouss? comme des champignons dans les riches quartiers d?Istanbul. Il est vrai qu?aux yeux de certains (la majorit???), la Turquie avait accompli un petit miracle ?conomique appuy? par des m?thodes pour le moins muscl?es.

Si nous nous contentons d?une analyse superficielle qui englobe l?int?gralit? du pays en ignorant les Turcs dans leur individualit?, M. Erdogan pourrait ais?ment passer pour un champion du capitalisme moderne.?En suivant ? la lettre les recommandations du Fonds mon?taire international, le pr?sident turc a sorti son pays de la crise dans laquelle la Turquie ?tait englu?e jusqu?en 2001. En dix ans ? peine, son PIB a tripl? en valeur et ses exportations ont d?cupl?. Les infrastructures rivalisent quant ? elles avec ce qu?on peut trouver sur la rive nord de la M?diterran?e.

Le pays connaissait depuis dans une certaine euphorie. Aux environs de 2040, d?apr?s lespr?visionnistes de Goldman Sachs, Ankara ne devait-elle pas d?passer Paris en termes?de PIB et se hisser au neuvi?me rang mondial?? Nageant ? contre-courant, de rares observateurs avaient cependant fait remarquer que le foss? ne cessait de se creuser entre les classes sociales les plus ais?es et les autres. Dans le bar?me ?tabli p?riodiquement par l?OCDE pour mesurer l?in?galit? des revenus au sein de ses 34 membres,?la Turquie occupe ainsi sans surprise une peu glorieuse troisi?me place. L?institut turc de la statistique?tirait d?ailleurs la sonnette d?alarme quelques mois en arri?re?: la moiti? de la population percevait un salaire inf?rieur ? 230 $ mensuels (donn?es 2008). Quant aux 20 % des m?nages les plus riches, ils gagnent huit fois plus (25.894 $ par an) que les 20 % les plus pauvres (3.179 $). Pis, 16 % de la population vivaient en 2011 sous le seuil de pauvret?. Allez parler ? ces gens-l? de parler de miracle ?conomique?

Mais ce n?est pourtant pas tout. La Turquie occupe un pitoyable 90?me?rang dans?l?indice de d?veloppement humain d?velopp? par les Nations-Unies. Rien d??tonnant quand son sait que c?est l?un des pays o? les enfants qui travaillent ont le plus gros volume horaire, soit 51 heures par semaine (la Turquie n?occupe que le?132?me?rang mondial en mati?re d?alphab?tisation). La seizi?me ?conomie du monde n?est manifestement pas pr?te ? tenir t?te en mati?re de qualit? de vie ? des pays comme la Roumanie, l?Albanie, le Costa Rica, le Liban ou Palau.

Ce n?est pas tout. Ob?issant ? des objectifs ? courte vue, la Turquie n?a quasiment pas port? attention ? la qualit? de son am?nagement urbain. Istanbul, litt?ralement envahie par les h?tels de luxe, des gratte-ciels d?primants et des dizaines de centres commerciaux, en est un bien triste exemple. La capitale turque est devenue la ville europ?enne avec le plus faible pourcentage d?espace vert. Le dernier espace bucolique du centre-ville ?tait justement le parc Gezi, un des rares lieux de d?tente et de sociabilisation entre les habitants. Ces derniers ont tent? de le d?fendre face ? la fureur destructrice des bulldozers. Les arbres doivent dispara?tre pour laisser la place ? la reconstruction d?une ancienne caserne qui avait ?t? d?molie en 1940. Depuis quelques jours,?les manifestations repr?sentent la cristallisation d?un certain ressentiment social, d?une frustration, face ? un gouvernement qui utilise des m?thodes de plus en plus autoritaires, voire liberticides. Les raisons de se r?volter ne manquent pas. Les gens n?ont plus peur.

Capitaine Martin

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