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Le sens cach? des discours

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Pr?sidentielle oblige, dans quelques semaines, des heures de discours encombreront chaque jour les flux d’infos. Mais de nouveaux outils d’analyse existent pour « faire parler » ces textes ?crits pour les foules. D?monstration avec les discours de 2007, qui r?v?lent quelques surprises.

L?utilisation de logiciels d?analyse lexicale sur les discours1des candidats ? la pr?sidentielle de 2007 met en ?vidence quelques surprises. Car l?analyse math?matique de leur langue, de leur parole au jour le jour, montre qu?ils abordent souvent des sujets ?loign?s des th?matiques auxquelles leur personnalit? publique est associ?e2. ? la veille de l??ch?ance de 2012, ce retour sur exp?rience devrait nous inviter ? ?couter avec distance les discours de la prochaine pr?sidentielle.

Un peu comme si les r?gles du marketing politique gouvernant l??criture des discours se trouvaient mises ? nu. Confirmant l?impression que ces interventions ? largement mises en sc?ne dans les meetings ? ne consistent pas ? approfondir les th?mes que les candidats sont suppos?s incarner. Mais davantage, par de savants dosages, ? s?duire des ?lecteurs qui ne se seraient jamais reconnus dans tel ou tel candidat.

Une gauche plus ? droite

En traitant les discours avec un logiciel de text mining ? technique statistique permettant d?automatiser le traitement de gros volumes de contenus texte, en isolant les tendances et les sujets ?voqu?s par les candidats ? trois des candidats ? la pr?sidentielle 2007 se d?tachent des autres. L?infographie ci-dessous (cliquez pour voir en grand format) r?pertorie visuellement les th?matiques principales des orateurs. ? l?image de leurs convictions, les discours sont plut?t repr?sentatifs de leur vision politique du pays, ? quelques exceptions pr?s.

Pour Nicolas Sarkozy, les th?matiques du travail, de l??cole, des moyens, des enfants, de la R?publique et de la morale sont majoritaires. Fid?le ? sa vision du ?travailler plus pour gagner plus? et de son id?e d?une R?publique m?ritocratique, son long discours aura eu tendance ? noyer l?auditeur dans des valeurs r?publicaines, ch?res ? l?hyper-pr?sident.

Malgr? tout, le candidat du slogan ?ensemble tout devient possible? est en lien avec celui qui s?est auto-proclam? candidat des maires de France, G?rard Schivardi. Notamment sur les questions concernant l?Europe et Maastricht et sur l?importance de l??cole, et un peu plus ? l??cart, l?importance des parents, de la d?mocratie et des droits. Schivardi se d?marque par ailleurs sur le th?me de l??galit? et? des amis. Contrairement ? Jean-Marie Le Pen, oppos? ? Nicolas Sarkozy, dont les principales probl?matiques tournent autour de la nation, du peuple, de la victoire (notamment celle de Valmy cit? quinze fois) et des Fran?ais.

Plus ?tonnant, la s?curit? ? ou l?ins?curit? ? est une occurrence qui se retrouve souvent dans la bouche des candidats de l?extr?megauche (Marie-Georges Buffet, Jos? Bov? et Olivier Besancenot). Et que S?gol?ne Royal utilise une dizaine de fois. La gauche abandonne ainsi certains de ses th?mes et intervient sur le sujet phare de l?ancien ministre de l?Int?rieur.
Autre surprise de ce text-mining : en associant au sein de ce groupe ?? gauche? diff?rents mots, ressort ?Ensemble tout devient possible? le slogan de l?UMP.

Diversit? quantitative

Avec Tropes, autre logiciel d?analyse s?mantique, le style du discours peut ?tre d?fini et permet d?aborder le point de vue qualitatif de leur prose respective. D?abord le style diff?re selon qui prononce son discours. Ensuite la r?partition quantitative des noms, verbes et adjectifs n?est pas la m?me. La majorit? des candidats de cette pr?sidentielle-l? a adopt? un style argumentatif, d?fini par le logiciel, comme ?tant celui qui discute, compare ou critique. Les candidats ?tant majoritairement oppos?s ? la droite en place, les critiques et la discussion sont la suite logique de leur argumentation.

Quand la narration prime dans le discours de Dominique Voynet, Jos? Bov? adopte lui un style descriptif et reste dans la position de constat. Quant ? Nicolas Sarkozy, en position de force, il est le seul ? user d?un discours ?nonciatif, soit ?qui ?tablit un rapport d?influence ou r?v?le un point de vue?.
Correspondant finalement ? ce qu?il est possible d?observer en r?gle g?n?rale chez ces candidats ou au sein de leur parti.

Deux cat?gories de candidats se distinguent concernant l?utilisation des pronoms. Si Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen et S?gol?ne Royal ont un langage plut?t centr? sur le ?Je? (? relativiser pour le cas de S?gol?ne Royal et Jean-Marie Le Pen qui couplent le Je et le Nous mais qui figurent tout de m?me juste derri?re Nicolas Sarkozy), les autres sont plus modestes. Les premiers usant et abusant de la premi?re personne du singulier. Je, donc.

Et ceux qui ont l?esprit d??quipe (Jos? Bov?, Dominique Voynet et Fran?ois Bayrou) et s?expriment surtout avec la premi?re personne du pluriel (Nous).

? noter que Dominique Voynet et Jos? Bov? n?utilisent que tr?s peu la premi?re personne du singulier.

Dans la cat?gorie nombre de mots : la palme d?or du candidat le plus prolixe est attribu?e ? l?actuel Pr?sident de la R?publique, qui le 14 janvier 2007, Porte de Versailles, a tenu en haleine son auditoire avec 8 233 mots. Suivi de tr?s loin par S?gol?ne Royal et son discours, prononc? trois jours apr?s, qui comptabilise 4 045 mots. Soit la moiti?. Sur la derni?re marche du podium monte Jean-Marie Le Pen, qui le 20 septembre 2006 au moulin de Valmy, abreuve ses auditeurs de 3781 mots.

Viennent ensuite G?rard Schivardi, Dominique Voynet et Fran?ois Bayrou avec respectivement 3 423, 2 289 et 1 812 mots. Quant ? Olivier Besancenot et Jos? Bov?, leurs deux courts discours tiennent en 1 586 et 1 390 mots. Ou un huiti?me du discours de Nicolas Sarkozy.

Quand on veut, on peut

En triant le nombre de verbes par leur fr?quence, ?tre et avoir reviennent le plus souvent. Ensuite pour Olivier Besancenot et G?rard Schivardi, falloir et avoir remportent tous les suffrages. Jos? Bov? reste en marge avec ?tre, vouloir et devoir dans son trio de t?te.

Mais ce qui correspond le plus ? ce que les candidats repr?sentaient il y a cinq ans tient souvent en un seul verbe, le plus embl?matique du personnage. Aussi, si le charismatique Jean-Marie Le Pen utilise sensiblement les m?mes verbes que ses concurrents de l??poque, son trait de caract?re qui le diff?rencie est incarn? par? le verbe incarner.

De la m?me mani?re, Nicolas Sarkozy, S?gol?ne Royal et Olivier Besancenot (G?rard Schivardi ?galement) ont en commun la notion du vouloir/pouvoir, ? rapprocher de la maxime ?quand on veut on peut? et d?un id?al m?ritocratique. Le trio Jos? Bov?, Dominique Voynet et Fran?ois Bayrou sont plut?t dans le ?faire? que le falloir.

Le mot de la fin

Dans certains discours, ? l?exception de ceux Jos? Bov?, S?gol?ne Royal et Fran?ois Bayrou, le seul nom propre est prononc? est? Nicolas Sarkozy. Un indice pour d?terminer quel sera le prochain Pr?sident de la R?publique : chercher dans les discours de candidature de la pr?sidentielle 2012 qui est cit? le plus par chaque candidat.


Donn?es qualitatives trait?es par Dominique Sorbier, avec le logiciel DTMVic5.2 d?velopp? par Ludovic Lebart, ancien directeur de recherche au CNRS. Pour la m?thodologie, le tri des donn?es a ?t? effectu? en s?lectionnant les occurrences sup?rieures ? 7 pour chaque mot.

Infographie r?alis?e par Marion Boucharlat.

  1. Les discours des candidats sont disponibles ici : Donn?es par candidat [?]
  2. manquent ? l?appel Arlette Laguillier, Fr?d?rique Nihous et Philippe De Villiers dont les discours de candidature ne sont pas disponibles ou introuvable? [?]

http://owni.fr/2011/11/08/politique-sarkozy-elysee-presidentielle/

 

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