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Le retour des ?coles-passerelles

 

LOUIS PREFONTAINE ?Le retour des ?coles-passerelles, permettant aux parents plus fortun?s de contourner la Loi 101 afin d?envoyer leurs enfants au r?seau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la soci?t? qu?b?coise, personne ne peut en douter. D?sormais ? merci au gouvernement lib?ral de Jean Charest ? l?argent permet de s?acheter des places ? l??cole publique anglaise apr?s seulement trois ans dans des ?coles priv?es non-subventionn?es.

Le gouvernement s?en d?fend en disant qu?il y aura d?autres facteurs permettant de juger du ??parcours authentique ? d?un ?l?ve, mais c?est pr?cis?ment cette justification au cas par cas qui risque de nous entra?ner vers les pires exc?s et consacrer le pire des reculs: celui de l?application d?une loi unique et impartiale pour tous.

En effet, ? partir du moment o? la loi ne s?applique plus d?une mani?re claire et univoque ? chaque citoyen, ? partir du moment o? une foule de facteurs particuliers permettent d??tablir une r?gle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des exc?s. On a d?j? vu le gouvernement lib?ral se servir des garderies priv?es ou de l?industrie de la construction pour se financer, mais il serait d?sormais possible d?imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter diff?remment et se faire offrir une voie rapide (? fast track ? pour la prochaine g?n?ration de Qu?b?cois) vers l??cole anglaise.

Le principe est relativement simple: la ministre de l??ducation, qui jouit d?un pouvoir discr?tionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. ? partir du moment o? une loi s?applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favoris?.

Or, c?est pr?cis?ment le probl?me avec le gouvernement actuel. Plut?t que d?instaurer des r?gles claires et des garde-fous qui s?appliquent ? tous les citoyens, on pr?f?re saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-l? afin de satisfaire les uns et les autres. Plut?t que de r?affirmer la la?cit? de l??tat et la primaut? du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire ? quelques ?coles juives. Plut?t que de d?clencher une commission d?enqu?te publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions cibl?es.

Plut?t que de r?ellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme ind?pendant d?attribuer les permis, on permet ? un ministre de s?attribuer ce pouvoir et de d?cider, en dernier recours, qui aura la chance de s?occuper de nos enfants. Plut?t que de r?affirmer le caract?re fran?ais du Qu?bec, d?appliquer la Loi 101 aux ?coles non-subventionn?es ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui g?rera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l?appareil gouvernemental.

Le courage

Le courage, dans un ?tat comme le n?tre, ce n?est pas de voter des lois ? respectueuses des individus ? comme l?affirmait b?tement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une soci?t? est form?e d?autre chose que d?une somme de personnes d?solidaris?es et individualis?es, vivant les unes et les autres repli?es sur elles-m?mes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s??panouir, c?est pr?cis?ment l?existence d?une soci?t? o? les lois sont impartiales et o? les r?gles sont claires et s?appliquent d?une mani?re identique ? chacun.

Lorsque je br?le un feu de circulation, je m?attends ? ce que le policier me donne une contravention, pas ? ce qu?il me mette ? nu et commence ? me fouiller. De la m?me mani?re, j?exige que mon voisin re?oive la m?me p?nalit?; ce sont ces r?gles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui emp?chent que l?arbitraire et le ??cas par cas ? nuisent ? la coh?sion sociale.

Le courage, c?est de d?finir les valeurs collectives qui nous animent et d?adopter des lois qui permettent de prot?ger celles-ci. C?est aussi de r?aliser que sans soci?t? coh?rente, sans soci?t? r?gie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un ?tat d?anarchie, en guerre perp?tuelle les uns contre les autres. Ce courage, c?est de r?affirmer que l?attachement du Qu?bec ? sa langue et ? sa culture fran?aises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent pr?c?der l?action. Ce courage, c?est de voter les lois qui permettent ? nos valeurs communes de persister et qui r?affirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Qu?bec doit ?tre le fran?ais et qu?il ne saurait ?tre question pour l??tat de faciliter d?une quelque fa?on que ce soit l?apprentissage d?une langue qui mine ce consensus.

Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c?est le retour vers le ? bill ? 22, qui pr?c?dait la Loi 101 et qui d?cidait de l?attribution de places dans les ?coles anglophones en fonction de tests de comp?tence en langue anglaise. Cette loi 103, c?est aussi un ?ni?me pas en arri?re vers le ??bill ? 63, qui conf?rait le libre-choix dans l?apprentissage des langues ? l??cole et qui permettait de financer notre propre disparition avec l?argent de nos imp?ts. Cette loi 103 consacre ?galement la suite du recul de notre d?mocratie et du retour insidieux ? cette vieille fa?on de faire de la politique o? le courage ?tait remplac? par le patronage et o? l?impartialit? de la loi s??crasait devant la toute puissance d?un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.

La loi 104, qui emp?chait les ?coles-passerelles et qui r?affirmait la n?cessit? de soumettre tous les citoyens ? la Loi 101, n??tait pas parfaite. On pourrait m?me dire qu?elle ?tait aussi timide que le gouvernement p?quiste qui l?a adopt?e. Cependant, elle ?tait n?cessaire et elle a r?ussi ? stabiliser la croissance continuelle de la client?le des ?coles anglaises depuis le d?but des ann?es 1990. Le gouvernement lib?ral actuel fait honte ? son vote de 2002, alors qu?il l?avait appuy?e, et il ajoute l?insulte d?avoir non seulement ?t? incapable de la prot?ger, mais d?avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET d?mocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.

En attendant d?avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honn?tes qui sauront faire entrer le Qu?bec dans le vingt-uni?me si?cle en mettant fin au financement d?un r?seau anglophone public parall?le au r?seau francophone national, en attendant que le Qu?bec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu?un seul r?seau ?ducationnel dans la langue de la majorit?, en attendant d?avoir autres choses que de veules opportunistes et carri?ristes ? l?Assembl?e nationale, on peut tout de m?me se contenter des quelques grains de bon sens ?chapp?es de la loi 103 et qui nous donneront ? picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation aff?te sa hache et pr?pare la sc?ne finale de notre pr?sence fran?aise en Am?rique.

Au moins, lors de notre disparition finale, il n?y aura pas d?arbitraire.

Ce sera aussi syst?matique que le ga?lique en Irlande ou le fran?ais en Ontario.

Cet article qui nous semble garder tout son int?rt?Publi? aussi sur le site de Louis Pr?fontaine?en juin 2010

 

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  1. avatar

    J’ai essayé de placer ce commentaire sur les 7 , mais ça ne marche pas. Donc voici:

     » C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. »

    Voilà exactement le « bonhomme sept-heure » à la base de l’esclavagisme. La phrase « libératrice » devrait être:

    « C’est aussi de réaliser qu’avec citoyens cohérents, avec des citoyens régis par des valeurs sociales individuelles appliquant le respect de l’individu nous vivrions dans un état d’équilibre, en aide perpétuelle des uns et des autres. »

    Voilà ce qu’est la vraie Anarchie.