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Le retour de George Orwell et la guerre de Big Brother contre la Palestine, l’Ukraine et la V?rit

John Pilger

L’autre soir, je suis all? voir une interpr?tation de?1984, de George Orwell, dans un th??tre de Londres. Bien qu’une mise ? jour contemporaine eut ?t? int?ressante, la mise en garde d’Orwell sur le futur n’y fut pr?sente que sous la forme d’un exercice de style?: distant, pas le moins du monde mena?ant, quasiment rassurant. Comme si Edward Snowden n’avait rien r?v?l?, que Big Brother n’?tait pas devenu un espion num?rique, et qu’Orwell lui-m?me n’avait jamais dit?: ??Pour ?tre corrompu par le totalitarisme, nul besoin de vivre dans un pays totalitaire??.

Encens?e par les critiques, cette production talentueuse ?tait ? la mesure culturelle et politique de notre ?poque. Quand les lumi?res se sont rallum?es, les gens ?taient d?j? en train de sortir. Ils ne semblaient pas avoir ?t? touch?s, ou peut-?tre que d’autres distractions les attendaient. ??Quelle prise de t?te?!??, s’est exclam?e une jeune femme, en allumant son t?l?phone.

A mesure que les soci?t?s avanc?es se d?politisent, les changements sont ? la fois subtils et spectaculaires. Dans les discours quotidiens, le langage politique est une inversion, comme Orwell l’avait pr?dit dans?1984. ? D?mocratie ? n’est plus qu’un outil de rh?torique. ? La Paix ?, c’est en r?alit? un ?tat de guerre perp?tuelle. ? Global ? signifie imp?rial. Le concept de ? r?forme ?, autrefois porteur d’espoir, signifie aujourd’hui r?gression, voire destruction. ? Aust?rit? ? signifie le passage au capitalisme extr?me pour les pauvres et au socialisme pour les riches?: un syst?me ing?nieux o? la majorit? travaille ? rembourser des dettes, au profit de la minorit?.

Dans les arts, l’hostilit? vis-?-vis des v?rit?s politiques est un article de la foi bourgeoise. ??La p?riode rouge de Picasso??, titrait le journal?Observer, ??et pourquoi la politique et l’art ne font pas bon m?nage??. Et cela dans un journal qui a fait la promotion du bain de sang de l’Irak comme croisade lib?rale. L’opposition au fascisme qui a marqu? la vie de Picasso n’est plus qu’un d?tail, comme le radicalisme d’Orwell qui a disparu dans le prix qui s’est appropri? son nom.

Il y a quelques ann?es, Terry Eagleton, alors professeur de litt?rature anglaise ? l’universit? de Manchester, constatait que ??pour la premi?re fois depuis deux si?cles, il n’y a pas d’?minent po?te britannique, de metteur en sc?ne, ou de romancier pr?t ? remettre en cause les fondamentaux du style de vie occidental??. Aucun Shelley ne parle pour les pauvres, pas de Blake pour d?fendre les r?ves des utopistes, ni de Byron pour maudire la corruption et la classe dominante, et pas de Thomas Carlyle ni de John Ruskin pour r?v?ler le d?sastre moral qu’est le capitalisme. William Morris, Oscar Wilde, HG Wells, George Bernard Shaw n’ont aucun ?quivalent aujourd’hui. Harold Pinter fut le dernier ? s’insurger. Parmi les voix du f?minisme de consommation qui se font entendre, aucune ne fait ?cho ? celle de Virginia Woolf, qui d?crivait « l’art de dominer les autres peuples… de r?gner, de tuer, d’acqu?rir la terre et le capital?.

Au Th??tre National, une nouvelle pi?ce, ? Grande-Bretagne ?, fait la satire du scandale des ?coutes t?l?phoniques, qui a vu des journalistes jug?s et condamn?s, dont un ancien r?dacteur du ??News of the World?? de Rupert Murdoch. D?crite comme une ??farce ? crocs qui cloue au pilori l’ensemble de la culture m?diatique incestueuse et la ridiculise impitoyablement??, les cibles de la pi?ce sont les personnalit?s ??heureusement tr?s dr?les?? de la presse tablo?d britannique. C’est bien bon, et si familier. Mais qu’en est-il des m?dias non-tablo?d qui se consid?rent eux-m?mes comme cr?dibles et r?put?s, et pourtant jouent le r?le parall?le de bras arm? du pouvoir de l’?tat et du capital, en faisant la promotion de guerres ill?gales??

L’enqu?te Leveson sur les ?coutes t?l?phoniques a l?g?rement laiss? entrevoir ce ph?nom?ne. Tony Blair ?non?ait des preuves, se plaignant aupr?s de monsieur le juge du harc?lement des tablo?ds contre sa femme, quand il fut interrompu par une voix qui s’?leva du public. David Lawley-Wakelin, un r?alisateur, demandait l’arrestation de Blair et son jugement pour crimes de guerre. Il y eut un long silence?: le choc de la v?rit?. Lord Leveson fit un bond, ordonna l’expulsion de celui qui osait dire la v?rit?, et s’excusa aupr?s du criminel de guerre. Lawley-Wakelin fut poursuivi, pas Tony Blair.

Les complices aguerris de Tony Blair sont plus respectables que les hackers de t?l?phone. Quand la pr?sentatrice artistique de la BBC, Kirsty Wark, le re?ut pour le 10?me anniversaire de l’invasion de l’Irak, elle lui offrit un moment dont il ne pouvait que r?ver?; elle lui permit de se lamenter sur sa d?cision « difficile? sur l’Irak au lieu de lui demander des comptes sur son crime hom?rique. Ceci rappelle la procession de journalistes de la BBC qui en 2003 d?claraient tous que Blair pouvait se sentir « justifi??, et la s?rie « de r?f?rence » qui s’ensuivit sur la BBC, « Les ann?es Blair?, pour laquelle David Aaronovitch fut choisi comme ?crivain, pr?sentateur, et intervieweur. Ce r?serviste de Murdoch qui a fait campagne pour la guerre en Irak, en Lybie et en Syrie, est expert en l?chage de bottes.

Depuis l’invasion de l’Irak – exemple cardinal d’ acte d’agression non-provoqu?e, ce que le procureur de Nuremberg Jackson qualifiait de « crime international supr?me qui diff?re des autres crimes de guerre en ce qu’il les contient tous? – Blair et son porte-parole et principal complice, Alastair Campbell, ont eu droit ? pas mal de place dans le?Guardian?afin de r?habiliter leurs r?putations. D?crit comme une ?toile du Labour Party, Campbell a voulu s’attirer la sympathie des lecteurs en pr?textant une d?pression, et a affich? ses int?r?ts, mais pas son d?tachement actuel comme conseiller, aux c?t?s de Blair, de la tyrannie militaire ?gyptienne.

Alors que l’Irak est d?membr? suite ? l’invasion de Blair et Bush, le?Guardian?titre?: « Renverser Saddam ?tait juste, mais nous nous sommes retir?s trop t?t« . Ceci dans un article phare du 13 juin ?crit par un ancien fonctionnaire de Blair, John McTernan, qui a aussi travaill? pour le dictateur Irakien install? par la CIA, Iyad Allaoui. En appelant ? r?p?ter l’invasion d’un pays que son ancien patron avait aid? ? d?truire, il ne fit jamais r?f?rence aux 700?000 morts, ni aux 4 millions de r?fugi?s et au tournant sectaire qui avait eu lieu dans un pays autrefois fier de sa tol?rance communautaire.

« Blair incarne la corruption et la guerre?, a ?crit le journaliste radical du?Guardian?Seumas Milne dans un article tr?s inspir? en date du 3 juillet. Dans le milieu on appelle cela ? l’?quilibre ?. Le lendemain, le journal publia une pleine page de publicit? pour un bombardier US Stealth. Sur la photo mena?ante du bombardier ?tait ?crit?: ??le F-35, G?nial pour l’Angleterre??. Cette autre incarnation de ? la corruption et la guerre ? va co?ter aux contribuables britanniques 1,3 milliards de ? [=1,6 Mds ?], les pr?c?dents mod?les de la gamme F ayant d?j? servi ? massacrer des gens un peu partout dans le monde en d?veloppement.

Dans un village d’Afghanistan, o? vivent les plus pauvres des pauvres, j’ai film? Orifa, s’agenouillant devant les tombes de son mari, Gul Ahmed, un tisserand de tapis, et de 7 autres membres de sa famille, dont 6 enfants, et de deux enfants qui furent tu?s dans la maison d’? c?t?. Une bombe ? de pr?cision ? de 500 livres est directement venue s’exploser sur leur petite maison de boue, de pierre et de paille, laissant ? la place un crat?re de 50 pieds de long. Lockheed Martin, le fabricant de l’avion avait une place d’honneur dans la publicit? duGuardian.

L’ancienne secr?taire du D?partement d’?tat US et aspirante ? la pr?sidence Hillary Clinton, est r?cemment pass?e ? l’?mission ? Women’s Hour ? de la BBC, la quintessence de la respectabilit? m?diatique. La pr?sentatrice, Jenni Murray, a pr?sent? Mme Clinton comme l’exemple m?me de la r?ussite f?minine. Elle ne rappela pas ? ses auditeurs les propos blasph?matoires de Mme Clinton qui pr?tendait que l’Afghanistan avait ?t? envahi afin de « lib?rer » les femmes comme Orifa. Elle ne posa aucune question ? Mme Clinton sur la campagne de terreur de son administration qui utilise des drones pour tuer femmes, hommes et enfants. Elle ne fit pas non plus mention de la menace de Mme Clinton, durant sa campagne pr?sidentielle, d’ ? ?liminer ? l’Iran, et rien non plus sur son soutien ? la surveillance ill?gale de masse et aux pers?cutions contre les lanceurs d’alertes.

Murray posa la question-qui-?tait-sur-toutes-les-l?vres?: Mme Clinton avait-elle pardonn? ? Monica Lewinsky d’avoir eu une affaire avec son mari?? ??Le pardon est un choix??, r?pondit Mme Clinton, ??pour moi ce fut le bon choix??. Cela nous rappelle que dans les ann?es 90 et pendant la p?riode secou?e par le scandale ? Lewinsky ?, le pr?sident Bill Clinton envahissait Ha?ti et bombardait les Balkans, l’Afrique et l’Irak. Il d?truisait aussi les vies d’innombrables enfants irakiens?; L’Unicef rapporte la mort d’un demi-million d’enfants Irakiens de moins de 5 ans, en cons?quence de l’embargo mis en place par les USA et la Grande-Bretagne.

Ces enfants ne sont pas de la chair ? m?dias, tout comme les victimes des invasions soutenues par Hillary Clinton – l’Afghanistan, L’Irak, le Y?men, la Somalie – n’existent pas pour les m?dias. Murray n’y a fait aucune allusion. Une photo d’elle et de son invit?e de marque rayonnante figure sur le site de la BBC.

En politique, comme dans le journalisme et dans les arts, il semblerait que la contestation autrefois tol?r?e dans les m?dias grand public ait ?t? raval?e au rang de simple d?saccord?: un maquis m?taphorique. Quand j’ai commenc? ma carri?re ? Fleet Street en Angleterre dans les ann?es 60, il ?tait acceptable de critiquer fortement le pouvoir occidental. Il suffit de lire le rapport de James Cameron sur les explosions des bombes ? hydrog?ne sur l’atoll Bikini, o? celui sur la guerre de Cor?e et sur le bombardement US du Nord-Vietnam. La grande illusion de notre ?poque est ce mythe de l’?re de l’information, alors qu’en v?rit? nous vivons ? une ?poque m?diatique o? la propagande des grandes entreprises est insidieuse, contagieuse, efficace et lib?rale.

Dans son essai de 1859 ? De la libert? ?, auxquels les lib?raux modernes rendent hommage, John Stuart Mill ?crivait?:
??Le despotisme est un mode de gouvernement l?gitime si l’on a affaire ? des barbares, ? condition que le but soit leur am?lioration, et les moyens sont justifi?s par l’accomplissement effectif de ce programme. ?

Les ? barbares ? ?taient de larges secteurs de l’humanit? dont ? l’ob?issance implicite ? ?tait exig?e.

??C’est un mythe utile et commode de croire que les lib?raux sont pacifistes et les conservateurs belliqueux??, ?crivait l’historien Hywel Wiliams en 2001, ??mais il est possible que l’imp?rialisme ? visage lib?ral soit plus dangereux de par sa nature explicite?: sa conviction qu’il repr?sente une forme sup?rieure de vie??. Il avait en t?te un discours de Tony Blair dans lequel l’ex-Premier ministre promettait de ??remettre de l’ordre dans le monde autour de nous?? selon ses propres ? valeurs morales ?.

Richard Falk, autorit? reconnue en mati?re de l?gislation internationale et rapporteur sp?cial de l’ONU sur la Palestine, a d?crit une ??bien-pensance unilat?rale, un ?cran juridique/moral avec des images positives des valeurs et de l’innocence occidentales d?peintes comme menac?es, justifiant une campagne de violence politique sans restriction??. Et ??largement accept?e au point d’en devenir virtuellement incontestable. ?

Favoritisme et mandature r?compensent les gardiens. Sur la Radio 4 de la BBC, Razia Iqbal re?ut Toni Morrison, la laur?ate afro-am?ricaine du prix Nobel. Morrison se demandait pourquoi les gens ?taient ??si ?nerv?s?? contre Barack Obama, qui ?tait pourtant ??cool?? et souhaitait seulement construire une ???conomie et un syst?me de s?curit? sociale solides?. Morrison ?tait fi?re d’avoir parl? au t?l?phone avec son h?ros, qui se trouvait avoir lu un de ses livres et l’avait invit?e lors de sa prise de fonction.

Ni elle ni la pr?sentatrice n’?voqu?rent les 7 guerres d’Obama, dont sa campagne de terreur par drones, ? cause de laquelle des familles enti?res, leurs secouristes et leurs proches furent assassin?s. La seule chose qui semblait avoir de l’importance ?tait qu’un homme de couleur ? qui s’exprime bien ? s’?tait ?lev? au plus haut ?chelon de l’?chelle du pouvoir. Dans ? Les damn?s de la terre ?, Frantz Fanon ?crivait que ? la mission historique ? des colonis?s ?tait de servir de ? courroie de transmission ? aux dirigeants et autres oppresseurs. ? notre ?poque, l’utilisation des diff?rences ethniques par le pouvoir occidental et ses syst?mes de propagande est per?ue comme essentielle. Obama incarne parfaitement cette id?e, bien que le cabinet pr?sidentiel de George W. Bush – sa clique belliciste – ait ?t? le cabinet le plus multiracial de l’histoire pr?sidentielle.

Alors que la ville irakienne de Mossoul tombait aux mains des djihadistes de l’ISIS, Obama fit la d?claration suivante?: ??Le peuple am?ricain a beaucoup investi et sacrifi? afin que les Irakiens aient l’opportunit? de se choisir une meilleure destin?e??. ? quel point ce mensonge est-il ? cool ??? ? quel point s’est-il ? bien exprim? ? lors de son discours ? l’Acad?mie militaire de West Point le 28 mai?? Lors de son discours sur ? l’?tat du monde ? ? la c?r?monie de remise des dipl?mes de ceux qui ? vont prendre la direction US ? ? travers le monde, Obama d?clara que?: ??Les USA utiliseront la force militaire, unilat?ralement s’il le faut, quand nos int?r?ts seront menac?s. L’opinion internationale compte, mais l’Am?rique ne demandera jamais la permission…??

En r?pudiant la l?gislation internationale et le droit de souverainet? des nations, le pr?sident US s’octroie un droit divin bas? sur la puissance de son ? indispensable nation ?. C’est un message d’impunit? imp?riale familier, bien que toujours ?tonnant ? entendre. ?voquant la mont?e du fascisme des ann?es 30, Obama a dit ??Je crois en l’exceptionnalit? am?ricaine de tout mon ?tre??. L’historien Norman Pollack ?crivait ??? ceux qui marchent au pas de l’oie, on substitue la militarisation apparemment plus inoffensive de la culture totale. Et au lieu du leader grandiloquent, nous avons le r?formateur rat?, qui travaille all?grement, planifie et ex?cute des assassinats, tout en souriant??.

En f?vrier, les USA ont mont? un de leurs coups d’?tat contre le gouvernement ?lu d’Ukraine, en exploitant des protestations authentiques contre la corruption ? Kiev. La secr?taire d’?tat adjointe d’Obama Victoria Nuland s?lectionna personnellement le leader d’un ? gouvernement d’int?rim ?. Elle le surnomma ? Yats ?. Le vice-Pr?sident Joe Biden se rendit ? Kiev, tout comme le directeur de la CIA John Brennan. Les troupes de choc de leur putsch ?taient des fascistes ukrainiens.

Pour la premi?re fois depuis 1945, un parti n?onazi ouvertement antis?mite contr?le des secteurs cl?s du pouvoir ?tatique d’une capitale europ?enne. Aucun leader europ?en n’a condamn? cette r?surgence fasciste pr?s dans le pays frontalier ? travers lequel l’invasion des nazis d’Hitler co?ta la vie ? des millions de Russes. Ils ?taient soutenus par l’UPA, l’Arm?e insurg?e ukrainienne, responsable de massacres de juifs et de Russes qu’ils appelaient ? la vermine ?. L’UPA est l’inspiration historique du parti Svoboda et de leurs compagnons de route du Secteur droit. Oleh Tyahnybok, leader de Svoboda a appel? ? expurger ? la mafia jud?o-moscovite ? et les ? autres racailles ?, dont les gays, les f?ministes et tous les gens de gauche.

Depuis l’effondrement de l’Union Sovi?tique, les USA ont entour? la Russie de bases militaires, d’avions de guerre et de missiles nucl?aires, suivant le projet d’?largissement de l’OTAN. Reniant la promesse faite au pr?sident sovi?tique Mikha?l Gorbatchev en 1990 de ne pas ?tendre l’OTAN ? d’un centim?tre vers l’Est ?, L’OTAN occupe militairement l’Europe de l’Est. Dans l’ancien Caucase sovi?tique, l’expansion de l’OTAN est le plus important chantier militaire depuis la seconde Guerre Mondiale.

Le cadeau de Washington au r?gime issu du coup d’?tat ? Kiev est un Plan d’action pour l’adh?sion ? l’OTAN. En ao?t, l’op?ration ? Rapid Trident ? placera les troupes US et britanniques ? la fronti?re entre la Russie et l’Ukraine et l’op?ration ? Sea Breeze ? placera des navires de guerre US en vue de ports russes. Imaginez la riposte si ces actes de provocations, ou d’intimidations, s’effectuaient aux fronti?res des USA.

En revendiquant la Crim?e – que Nikita Khrouchtchev avait ill?galement d?tach?e de la Russie en 1954 – les Russes se d?fendaient comme ils l’ont fait depuis presque un si?cle. Plus de 90% de la population de la Crim?e a vot? pour le rattachement ? la Russie. La Crim?e est aussi la base de la Flotte de la mer Noire, et sa perte signifierait la mort de la flotte russe et un tr?sor pour l’OTAN. Semant la confusion au sein des parties belliqueux de Kiev et de Washington, Vladimir Poutine a retir? les troupes russes de la fronti?re ukrainienne et a demand? instamment aux Russes ethniques de l’Est de l’Ukraine d’abandonner le s?paratisme.

Suivant une logique orwellienne, cela a ?t? traduit en Occident par ? la menace russe ?. Hillary Clinton a compar? Poutine ? Hitler. Sans ironie aucune, les commentateurs de droite allemands lui ont embo?t? le pas. Dans les m?dias, les n?onazis ukrainiens ne sont plus que des ? nationalistes ? ou ? ultranationalistes ?. Ce qui leur fait peur, c’est que Poutine est habilement en train de rechercher une solution diplomatique, et qu’il pourrait y r?ussir. Le 27 juin, en r?ponse au compromis de Poutine- sa requ?te devant le parlement russe de r?voquer la l?gislation qui lui avait octroy? le pouvoir d’intervenir en faveur des ethnies russes d’Ukraine – le secr?taire d’?tat John Kerry a ?mis un autre de ses ultimatums. La Russie doit ??agir dans les prochaines heures, litt?ralement?? pour mettre un terme ? la r?volte en Ukraine de l’Est. Nonobstant le fait que Kerry soit largement consid?r? comme un guignol, le propos s?rieux de ces ? avertissements ? est de conf?rer le statut de paria ? la Russie et de faire dispara?tre les informations sur la guerre que m?ne le r?gime de Kiev contre son propre peuple.

Un tiers de la population ukrainienne est russophone et bilingue. Ils souhaitent depuis longtemps la naissance d’une f?d?ration d?mocratique qui refl?terait la diversit? ethnique ukrainienne et qui serait autonome et ind?pendante de Moscou. La plupart ne sont ni ? s?paratistes ? ni ? rebelles ? mais des citoyens qui veulent vivre en paix sur leur terre natale. Le s?paratisme est une r?action ? l’attaque de la junte de Kiev contre ces m?mes citoyens, causant l’exode de plus de 110?000 d’entre eux (estimation de l’ONU) vers la Russie. Pour la plupart, des femmes et des enfants traumatis?s.

Comme les enfants de l’embargo irakien, et les femmes et les jeunes filles ? lib?r?es ? d’Afghanistan, terroris?es par les seigneurs de guerre de la CIA, ces ethnies d’Ukraine ne sont pas les bienvenues dans les m?dias occidentaux, leurs souffrances et les atrocit?s auxquelles elles sont soumises sont minimis?es, ou pass?es sous silence. L’intensit? de l’assaut men? par le r?gime n’est pas retransmise par les m?dias dominants occidentaux. C’est une premi?re. En relisant le chef d’?uvre de Phillip Knightley ??Premi?re victime?: le correspondant de guerre comme h?ros, propagandiste et faiseur de mythes??, je renouvelle mon admiration pour le journaliste du?Guardian?Philips Price, le seul reporter occidental ? ?tre rest? en Russie pendant la r?volution de 1917 et ? avoir rapport? la v?rit? sur les invasions d?sastreuses des alli?s occidentaux. Objectif et courageux, Philips Price ? lui seul d?range ce que Knightley appelle un ? silence obscur ? antirusse en Occident.

Le 2 Mai, ? Odessa, 41 Ukrainiens russophones ont ?t? brul?s vifs dans le QG des syndicats, sous les yeux de la police qui regardait sans rien faire. Il y a de nombreuses preuves vid?o sans ?quivoque. Le dirigeant de droite Dmytro Yarosh a dit de ce massacre qu’il ?tait ??un jour glorieux pour l’histoire de la nation??. Dans les m?dias US et britanniques, cela a ?t? pr?sent? comme une ??sombre trag?die?? r?sultant d’affrontements entre ? nationalistes ? (n?onazis) et ? s?paratistes ? (des gens collectant des signatures pour un r?f?rendum pour une Ukraine f?d?rale). Le?New York Times?a pass? ?a sous silence, ayant class? comme propagande russe les avertissements sur les politiques fascistes et antis?mites des nouveaux clients de Washington. Le?Wall Street journal?a maudit les victimes – ??Un incendie ukrainien mortel, probablement l’?uvre des rebelles, selon le gouvernement??. Obama a f?licit? la junte pour sa ? retenue ?.

Le 28 juin, le?Guardian?a consacr? une presque pleine-page aux d?clarations du ? pr?sident ? du r?gime de Kiev, l’oligarque Petro Porochenko. Encore une fois, la r?gle orwellienne de l’inversion a ?t? appliqu?e. Il n’y avait pas eu de putsch?; pas de guerre contre les minorit?s ethniques?; les Russes ?taient ? bl?mer pour tout. ??Nous voulons moderniser mon pays??, ?crivit Poroshenko. ??Nous voulons introduire la libert?, la d?mocratie et les valeurs europ?ennes. Quelqu’un n’aime pas ?a. Quelqu’un ne nous aime pas pour cela.??

Dans son article, le reporter du?Guardian, Luke Harding, n’a jamais questionn? ces affirmations, ou mentionn? les atrocit?s d’Odessa, les attaques a?riennes et ? l’artillerie du r?gime sur des zones r?sidentielles, le meurtre et le kidnapping de journalistes, les incendies des journaux d’opposition, et les menaces de Porochenko de ??lib?rer l’Ukraine de la salet? et des parasites??. Les ennemis sont ? des rebelles ?, des ? militants ?, des ? insurg?s ?, des ? terroristes ? et des larbins du Kremlin. Allez chercher dans les archives de l’histoire les fant?mes du Vietnam, du Chili, du Timor-Est, d’Afrique du Sud, d’Irak, vous remarquerez les m?mes qualificatifs. La Palestine est la pierre angulaire de cette escroquerie sans fin. Le 11 juillet, ? la suite des derniers massacres ? Gaza, commis par les Isra?liens, ?quip?s par les USA – 80 personnes dont 6 enfants de la m?me famille – un g?n?ral Isra?lien publiait dans leGuardian, un article titr??: ??Une d?monstration de force n?cessaire??.

Dans les ann?es 70, j’ai rencontr? Leni Riefenstahl et je lui ai pos? des questions sur ses films qui glorifiaient les nazis. ? l’aide et de techniques de cam?ra et d’?clairage r?volutionnaires, elle a produit un genre de documentaire qui a envo?t? les Allemands?; c’est son film ??Le Triomphe de la Volont??? qui est r?put? avoir scell? le destin d’Hitler. Je lui ai pos? des questions sur la propagande des soci?t?s qui s’estimaient sup?rieures. Elle r?pliqua que ??les messages?? dans ses films ne d?pendaient pas ??d’ordres venant d’en haut?? mais d’un ??vide de soumission?? au sein de la population allemande. ??Cela inclut-il la bourgeoisie lib?rale et ?duqu?e????, ai-je demand?. ??Tout le monde??, m’a-t-elle r?pondu, ??et bien s?r l’intelligentsia??.

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