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Le règne du cygne noir achève celui de l’Occident

 

Apocalypse-now

« Les grandes luttes du XXe siècle entre la liberté et le totalitarisme se sont terminées par une victoire décisive des forces de la liberté et du seul modèle possible de succès : liberté, démocratie et libre entreprise. Au XXIe siècle, seules les nations qui s’engageront à protéger les droits de l’homme et garantir la liberté économique seront capables d’assurer leur prospérité. » Prononcé en 2002 par George W. Bush, cet autosatisfecit appartient à des temps révolus. C’est en effet de justesse que le capitalisme occidental a survécu à la crise des années 2007 à 2014. Ses plaies infectées crachent désormais l’inégalité, le mécontentement social et les endettements colossaux. Qu’il est loin le sacre du standard capitaliste érigé en valeur morale suprême !


À la faveur de la crise financière démarrée en 2007, l’Occident a dû remettre en question l’ensemble de ses repères, comme les « valeurs » qu’il souhaitait imposer aux pays émergents. Des nations n’ayant pas la même compréhension du mot « démocratie », comme la Chine ou la Russie, ne se sont-elles pas enrichies sans adopter les normes occidentales ? Milton Friedman, qui affirmait qu’une société qui privilégie l’égalité des revenus à la liberté « finit par n’avoir ni l’égalité ni la liberté », semble désormais bien désuet aux yeux de ces nations. Car cette « liberté » n’a plus en Occident qu’une valeur instrumentale. Et sa défense semble bien peu crédible, alors même que le pouvoir politique y renonce face aux diktats des infâmes « too bigs to fail » et laisse une infime minorité concentrer en ses mains richesses et pouvoirs excessifs, prenant allègrement en otage cette liberté désormais vidée de sens…


Décidément, nous n’avons rien appris de cette crise car ses principaux facteurs sont toujours à l’œuvre, quand ils n’ont pas été amplifiés. Nassim Taleb, auteur de The Black Swan, devra donc revoir sa théorie selon laquelle la survenance d’un événement imprévisible peut avoir une portée d’autant plus considérable qu’il échappe aux analyses traditionnelles. Car son « cygne noir » est devenu notre pain quotidien ! Finie la période où papa achetait des actions pour les conserver quelques années, révolue celle où grand-papa plaçait son épargne en bons du Trésor. La spéculation à outrance fait désormais partie intégrante de notre vie et affecte même le marché de l’art qui subit une envolée tout aussi malsaine qu’éphémère de ses prix. À l’instar des « Femmes d’Alger » de Picasso, ayant atteint 179 millions de dollars aux enchères il y a quelques semaines, les placements réputés jadis les plus sûrs menacent désormais de se liquéfier du jour au lendemain. Les occurrences exceptionnelles font désormais partie intégrante de la psychologie des investisseurs. Ceux-ci misent et spéculent sur l’avènement du « hautement improbable » dans l’espoir d’en tirer profit. Le « cygne noir » règne en maître absolu.


La conjoncture étant aujourd’hui nettement plus aléatoire qu’avant les précédentes crises (« subprimes », bulle des valeurs technologiques), le système se retrouve frappé d’immunodéficience face au risque de nouvelle implosion. En effet, les États – qui ont dépensé des sommes faramineuses dans le cadre des sauvetages financiers – ne seront plus en mesure de puiser dans des caisses désormais vides pour assainir le système. Inéluctablement, les ingrédients d’une conflagration majeure sont en train de se mettre en place, qui donnera enfin une leçon d’humilité à un Occident imbu de ses prérogatives.

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