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Le Qu?bec au 21e si?cle ? Acte 1: le nouveau contexte de la question nationale

Il y a d?j? quelques ann?es qu?on aurait pu l?observer mais ce n?est qu?avec la quasi disparition du Bloc Qu?b?cois, les d?chirements du Parti Qu?b?cois, l?anticipation de sa faible performance ?lectorale, et la naissance du parti dirig? par Fran?ois Legault que cela devient manifeste: l?id?e de l?ind?pendance politique du Qu?bec n?est plus en mesure de susciter l?all?geance et la mobilisation de la population qu?b?coise.

Je ne vais pas me contenter d?affirmer cela comme si c??tait une ?vidence qui n?avait pas besoin de d?monstration. Je vais tenter de l?expliquer en long et en large dans mes prochains blogues.

Je suis devenu ind?pendantiste d?s que j?ai ?t? capable de penser par moi-m?me, ? 14 ans, lors de la visite de la Reine ?lisabeth ? Qu?bec, en 1963, ?v?nement connu comme ?le samedi de la matraque?. Je suis donc un ind?pendantiste de la premi?re heure et je n?ai jamais vot? pour un parti f?d?raliste depuis que j?ai le droit de vote.? Je mentionne cela tout simplement pour qu?on ne me consid?re pas comme un ind?pendantiste ?mou? (m?me si je ne me consid?re pas comme un ?pur et dur?). L?ind?pendance politique du Qu?bec n?a jamais ?t?, pour moi, qu?un moyen pour cr?er les conditions d?une soci?t? juste, inclusive, dynamique, respectueuse de tous les gens qui en sont membres? et capable de leur permettre les r?ves collectifs n?cessaires ? leur ?panouissement personnel. Ce point de vue (l?ind?pendance comme moyen d?une soci?t? plus juste) a toujours ?t? pr?sent chez une grand nombre d?ind?pendantistes.

Cela dit, les contradictions, les ambigu?t?s et les silences du discours de la question nationale sont devenus aujourd?hui trop ?vidents? pour que le mouvement ind?pendantiste conserve la l?gitimit? qu?il a eue aupr?s des? ?canadiens-fran?ais? et soit en mesure de l?acqu?rir aupr?s de nos concitoyens anglophones, des n?o-Qu?b?cois et des membres des Premi?res nations.

Au moment m?me o? je commen?ais la r?daction de ce blogue, deux articles du Devoir venaient illustrer certaines facettes? de mon propos. Le premier, du juge ? la retraite Elmer Smith, franco-ontarien ayant si?g? ? la Cour supr?me de l?Ontario, vient parler du ?mythe? du Canada-fran?ais. Le second, une simple lettre d?un lecteur, soul?ve clairement la n?cessit? de repenser les relations entre non-autochtones et Premi?res nations pour donner un sens porteur d?avenir ? cette coexistence.

La perte de l?gitimit? du mouvement ind?pendantiste
Pour ?viter d??tre mal compris, je tiens ? pr?ciser en partant que les raisons ayant entra?n? la naissance du mouvement ind?pendantiste, c?est-?-dire l??panouissement de la majorit? ?canadienne-fran?aise? et son d?sir de p?rennit?? en se donnant des outils collectifs, ne sont pas moins l?gitimes aujourd?hui qu?il y a 60 ans. C?est le moyen, le r?ve ind?pendantiste, qui n?appara?t plus ad?quat par rapport ? l?objectif. Ceci ne signifie pas que l?id?e de la s?paration d?avec le Canada ne sera jamais plus pertinente mais, ?ventuellement, qu?elle devra ?tre repens?e et formul?e en tenant compte du nouveau contexte.

Avant d?entrer dans le vif du sujet, il me semble cependant n?cessaire de prendre un peu de recul et de souligner que la crise du mouvement ind?pendantiste qu?b?cois n?est que l?aspect local de la crise multidimensionnelle qui secoue la plan?te enti?re: l?Europe est en crise, les ?tats-Unis sont en crise, tout le Moyen-Orient est en crise, la Chine ne sait plus quoi faire pour ?touffer la libert? d?expression, la Russie ne tient que par ses ressources p?troli?res et gazi?res, l?Afrique est prise entre le clan, le cellulaire et des ?lites qui ne pensent qu?? leur int?r?t personnel (sauf exception). Seules l?Inde, cahin-caha, et l?Am?rique du? Sud semblent ? peu pr?s traverser une p?riode de progr?s, si on ne tient pas compte de Chavez. Et pendant ce temps, les gaz ? effet de serre sont en augmentation constante et pas pr?s de se? stabiliser. Bref, dans l?intense p?riode de bouleversements environnementaux, sociaux et politiques? qui commencent ? secouer la plan?te, nos mis?res comptent ? peu pr?s pour une note de bas de page dans un rapport qui en contient 500. Mais comme ce sont les n?tres, ce sont les premi?res dont nous avons ? nous occuper?

La l?gitimit? d?un point de vue repose sur sa capacit? de rassembler, de susciter une r?sonance intersubjective, une compr?hension fond?e sur des valeurs et des jugements partag?s. Lorsque nous disons ?nous, le peuple qu?b?cois? ou lorsqu?on parle de ?nation qu?b?coise?, quelle r?sonance intersubjective commune ? tous les citoyens du Qu?bec pouvons-nous identifier?

?Nous, le peuple qu?b?cois? n?est pas une identit? r?clam?e par tous les citoyens du Qu?bec. Pour l??tre, la phrase devrait commencer par ?Nous, citoyens du Qu?bec?. Mais ?nous, citoyens du Qu?bec? implique une d?lib?ration entre tous et tenant compte de tous. Le mouvement ind?pendantiste qu?b?cois ne s?est jamais rendu l?. Comme nous vivons en d?mocratie, on a pu croire, pendant au moins trois d?cennies, qu?on pourrait r?ussir en ralliant la majorit? des citoyens et qu?on s?occuperait des menaces partitionnistes et des revendications des Premi?res nations en temps en lieu. Mais on ne peut plus le croire.

C?est que l?ancien discours nationaliste ne colle plus aussi bien ? la r?alit? sociale car la soci?t? qu?b?coise, dans son ensemble, est happ?e par les processus de mondialisation qui imposent d?aborder les choses sous des angles in?dits. Et le mouvement ind?pendantiste n?a pas ?t? plus rapide que les autres partis pour penser la nouvelle r?alit?. En ce moment, il est ?vident que l?id?e d?ind?pendance politique du Qu?bec ne repr?sente pas une option pouvant rallier tous les citoyens au-del? de leurs diff?rences de langue, d?origine et d?histoire. Bien qu?il ait pris quantit? d?autres caract?ristiques lui ayant permis d?attirer un certain nombre de Qu?b?cois d?autres origines, l?ambigu?t? du mouvement ind?pendantiste, qui s?est constitu? fondamentalement autour du ?mythe? du Canada-fran?ais, n?est plus tol?rable. Lorsque Fran?ois Legault dit qu?il faut mettre la question nationale de c?t? pour dix ans, il n?a peut-?tre pas pleinement conscience de la dynamique sous-jacente ? cette position, mais il sent qu?on ne peut plus faire comme avant.

L?exemple de la situation linguistique est assez r?v?lateur de l?inad?quation du projet ind?pendantiste actuel. Peut-on croire un instant que l?ind?pendance du Qu?bec changerait quoi que ce soit ? la n?cessit? de ma?triser l?anglais pour faire des ?tudes sup?rieures ou pour faire des affaires avec des gens de l?ext?rieur du Qu?bec? Quatre-vingt-cinq pour cent (85%) du commerce ext?rieur du Qu?bec se fait avec les Am?ricains et le reste des ?changes se passe tr?s majoritairement en anglais. D?s que l?on sort du Qu?bec, la langue anglaise est le plus commode passe-partout qui soit. L?ind?pendance ne changera rien ? cela et acc?l?rerait peut-?tre davantage le mouvement.

Malheureusement, pratiquement personne n?ose reformuler en profondeur les param?tres de la question nationale. Lisez ce texte de Claude Morin ?crit en 2006 ? propos de ce qui aurait d? accompagner la reconnaissance de la nation qu?b?coise par le parlement f?d?ral. Dans un texte du 13 septembre 2011, le m?me Claude Morin r?alise que les Qu?b?cois ne sont toujours pas pr?ts ? faire l?ind?pendance, et emploie l?expression ?ethnie r?calcitrante? pour identifier la source des revendications nationalistes. Seuls certains vieux militants de gauche (voir Quel avenir pour le PQ?) per?oivent que le mouvement ?ind?pendantiste? doit redevenir une grande coalition populaire. Mais eux non plus ne semblent pas percevoir le mouvement des plaques tectoniques.

Pour terminer, je vous demande? comment un jeune montr?alais qui a des copains d?origine chinoise, vietnamienne, arabe, indienne et ha?tienne peut-il concevoir la question nationale? Depuis la multiplication des ?changes internationaux, l?arriv?e massive d?immigrants de tous les coins du monde et la domination d?une culture mondialis?e, la perception subjective de la question nationale ne peut plus se faire comme en 1960 ni m?me 1980. Cette r?alit? n?est peut-?tre pas tr?s visible ? St-Georges-de-Beauce et ? St-N?r?e-de-Bellechasse, mais la ?jungle? montr?alaise la montre de mani?re spectaculaire o? que se pose le regard. Il y a le ROC et le RDQ (reste du Qu?bec).

Le paradoxe de la situation qu?b?coise, c?est que le mouvement nationaliste/ind?pendantiste qui a port? la modernisation et qui a ?t? la cl? du dynamisme du Qu?bec depuis 60 ans, demeure toujours un ingr?dient essentiel de la dynamique qu?b?coise, m?me s?il n?est plus le seul. S?il ne reformule pas son objectif en tenant du compte du nouveau contexte, il deviendra? un passif plut?t qu?un actif et ne pourra plus jouer un r?le significatif? pour l?avenir du Qu?bec. L?histoire est en marche.

P.S. Dans la correspondance priv?e de l??crivain Pierre Vadeboncoeur, celui-ci ?crivait en 1994: ?Le Qu?bec est actuellement le meilleur poste d?observation au monde pour d?couvrir jusqu?? quel point et combien intimement les civilisations sont en train de se faire culbuter, vider? Le Qu?bec, naturellement, dispara?tra le premier.? L??crivain n?a jamais os? dire cela publiquement et on ne peut pas mettre en doute son engagement envers le Qu?bec. Il y a, bien s?r, une certaine civilisation (quoique le terme ne soit pas appropri? pour parler du Qu?bec) qui dispara?t et un certain Qu?bec qui dispara?t, mais il y a quelque chose d?autre qui ?merge. ? nous de le distinguer et de lui donner forme puisqu?il sera aussi influenc? par nos intentions.

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