Accueil / T Y P E S / Articles / Le Qu?bec : ? genoux devant l?anglais

Le Qu?bec : ? genoux devant l?anglais

LOUIS PREFONTAINE ? Dans une lettre publi?e dans Le Devoir le 21 septembre dernier, Stephen Jarislowsky pourfendait l?am?nagement linguistique du Qu?bec en affirmant que nous ?tions en train de devenir un ? ?tat-ermite ? n??tant pas en phase avec ce qui se fait ailleurs. Ces propos rel?vent davantage de pr?jug?s que de faits.

D?abord, M. Jarislowsky affirme que la Suisse a quatre langues, mais ce qu?il oublie de signaler, c?est que chaque canton a sa propre langue : il y a quatre cantons unilingues fran?ais, quatorze cantons unilingues allemands et un canton unilingue italien. Ainsi, et m?me si la grande majorit? des Suisses ont l?allemand comme langue maternelle, il n?y a pour ainsi dire aucun service public en allemand dans le canton de Vaud ou de Neuch?tel, par exemple.

En fait, et contrairement aux propos de M. Jarislowsky, le Qu?bec ne constitue pas une exception ? cause de son am?nagement linguistique assurant la pr?s?ance de sa langue nationale, mais il constitue plut?t une anomalie parce qu?il est une des rares nations, ind?pendante ou dans un cadre f?d?ratif, ? financer davantage les services de sa minorit? que ceux dans la langue nationale. Comme je le d?montre dans mon livre ? Apartheid universitaire ? (Louise Courteau ?ditrice, 2012), les universit?s de langue anglaise du Qu?bec re?oivent 29% du financement pour une minorit? anglophone historique de moins de 6% de la population. Une telle situation est in?dite sur la plan?te ; partout ailleurs on vise l?int?gration ? la langue majoritaire.

Les propos de M. Jarislowsky rel?vent d?une vieille vision anglocentriste du monde selon laquelle il n?y a pas de salut en-dehors de l?apprentissage de la langue anglaise. Ce n?est rien de nouveau ; on tenait le m?me discours jusqu?aux ann?es 1960. Selon cette vision du monde, l?Angleterre d?abord, puis les ?tats-Unis maintenant, forment le centre du monde, et il convient d?apprendre leur langue pour atteindre une forme de r?ussite individuelle, peu importe les cons?quences pour la communaut?.

Dans un premier temps, cette vision fait abstraction de la diff?rence entre l?apprentissage d?une langue nationale (comme le pr?ne le Parti Qu?b?cois) et l?apprentissage d?une langue ?trang?re, qui doit ?tre utilis?e en-dehors de nos fronti?res. Dans un second temps, elle ne reconna?t pas les changements globaux qui sont en train de se produire et qui sont en train de remettre en question l?h?g?monie am?ricaine sur le monde, alors m?me que de nombreux pays asiatiques d?laissent le dollar am?ricain au profit de leurs monnaies nationales et font du mandarin la langue principale de leurs ?changes. Le Qu?bec, dans cette situation, fait bien de renforcer son am?nagement linguistique et de s??loigner de l?h?g?monie de l?anglais.

Quant au recul du fran?ais, il ne constitue pas un mythe, contrairement aux propos de M. Jarislowsky, mais une r?alit? d?montrable et quantifiable. La seule chose qui nous s?pare de l?assimilation est notre am?nagement linguistique. Celui-ci, loin de faire de nous un ? ?tat-ermite ?, est plus faible que celui de la plupart des autres nations. ? nous de cesser d?avoir peur et d?avoir le courage de faire face ? ceux propagent des pr?jug?s sans fondement.

 

 

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (2)

Des hommes sont allés sur la Lune et depuis on a tout oublié, en pensant ...

One comment

  1. avatar

    Je fréquente désormais si peu Centpapiers que lorsque j’y trouve un article intelligent, je m’arrête et dépose un commentaire. Et je constate que je suis le seul à trouver cet article lucide ( 😉 ) et intelligent. Ce n’est pas d’hier que le Québec est assujetti à une vision anglocentriste du milieu des affaires. La question est simple : la réussite d’une vie découle-t-elle de la connaissance que nous avons de la langue anglaise et de son usage?

    Pierre R Chantelois