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Le Prix Nobel de litt?rature 2010, Mario Vargas Llosa, croit injustement que le livre num?rique entra?nera une banalisation de la litt?rature

? Ma crainte est que le livre num?rique n’entra?ne une banalisation de la litt?rature, ainsi que cela s’est produit pour la t?l?vision, cette belle cr?ation de la technique, qui pour parvenir ? toucher de plus en plus de personnes, a propos? des contenus largement vulgaris?s. ?

Mario Vargas Llosa,

15 octobre 2010

Prix Nobel de litt?rature 2010

Source : L’actualitt? (source : AFP)

La Fondation litt?raire Fleur de Lys affiche son d?saccord avec la d?claration du r?cipiendaire du Prix Nobel de litt?rature 2010 ? l’effet que le livre num?rique banalisera la litt?rature.

L’Institut Nobel a remis son tr?s prestigieux prix litt?raire 2010 au p?ruvien Mario Vargas Llosa ?pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguis?es de la r?sistance de l?individu, de sa r?volte et de son ?chec? (source: communiqu? de presse de l’annonce du prix). Or, le livre num?rique s’inscrit parfaitement dans la ?r?sistance de l’individu? et sa ?r?volte? face aux ?structures du pouvoir? de l’industrie du livre. Et ? cette heure, cette r?sistance et cette r?volte de l’individu ne d?bouchent pas sur un ??chec? mais sur un succ?s ind?niable, celui de la d?mocratisation de l’acc?s ? l’?dition.

En effet, la particularit? premi?re du livre num?rique est d’offrir aux auteurs une alternative aux pouvoirs ?tablis du milieu du livre qui refusent de publier leurs oeuvres. Plus de 90% des manuscrits soumis aux ?diteurs par nos auteurs, amateurs et professionnels, connaissent une fin de non recevoir. La litt?rature d?fendue ici et l? se r?sume donc ? moins de 10% des ?crits de nos auteurs. Dans ce contexte, le livre num?rique met ? la disposition des auteurs un moyen de rejoindre tout de m?me des lecteurs potentiels. Peu dispendieux ? produire et ? distribuer, le livre num?rique est ? la port?e de tous les auteurs aujourd’hui. Les estimations du co?t de production d’un livre num?rique oscillent entre 4% et 10% du co?t d’un livre papier. Imprim?e sous la forme d’un simple fichier PDF ? partir d’un fichier de traitement de texte, l’oeuvre acc?de au titre de livre num?rique dans le format de document le plus accessible et le plus populaire actuellement sur Internet. Et le co?t de production peu ?tre r?duit au seul temps requis pour la correction, la r?vision, la mise en page et la production du fichier final puisque plusieurs logiciels gratuits sont ? la disposition de l’auteur. Pour sa part, le lecteur n’aura pas ? d?bourser un sou pour acc?der au logiciel n?cessaire ? l’ouverture du fichier et ? la lecture de son contenu sur l’?cran de son ordinateur, de son livre ?lectronique et m?me de son t?l?phone cellulaire.

Ainsi, gr?ce aux nouvelles technologies num?riques, l’auteur dont manuscrit est refus? par les ?diteurs traditionnels, l’auteur peut tout de m?me publier son oeuvre ? un co?t tr?s abordable au lieu de la remiser au fond d’un tiroir.

Le r?cipiendaire du Prix Nobel de la litt?rature 2010 fonde sa crainte de banalisation de la litt?rature par le livre num?rique sur sa perception des cons?quences de la t?l?vision ? la recherche de plus en plus de t?l?spectateurs : ?(…) ainsi que cela s’est produit pour la t?l?vision, cette belle cr?ation de la technique, qui pour parvenir ? toucher de plus en plus de personnes, a propos? des contenus largement vulgaris?s.? O? est le probl?me puisque le r?le de la t?l?vision consiste principalement ? ?r?pandre (des connaissances) en mettant ? la port?e du grand public? (source: Le Grand Robert de la langue fran?aise), bref, ? vulgariser. Informer sans vulgariser nous appara?t impossible de nos jours, c’est une simple question de compr?hension par le plus grand nombre possible de gens. Et au fil des ans, la vulgarisation tout azimut a permis le d?veloppement de v?ritables passions au sein de la population, d’o? l’expansion de la t?l?vision en de nombreuses cha?nes sp?cialis?es. Ainsi, la vulgarisation ne conduit pas automatiquement ? un appauvrissement du contenu.

Car au-del? de la technologie, c’est bel et bien de qualit? du contenu v?hicul? dont il est question. Mario Vargas Llosa d?clare: ?Il d?pend de nous d’imposer que le livre ?lectronique conserve la richesse de contenu qu’a eu tout au long de l’histoire le livre de papier? (source : AFP). Voil? donc le chat finalement sorti du sac : la r?f?rence au contenu du livre papier tel que s?lectionn? par le pouvoir en place. Une s?lection de moins de 10% des ?crits guid?e davantage par des imp?ratifs commerciaux qu’?ditoriaux. M?me soutenus par l’aide financi?re plut?t g?n?reuse de l’?tat, cette s?lection s’ex?cute encore et toujours sous l’emprise des lois meurtri?res du march? commercial dont celle de l’offre et de la demande. Bien s?r, on compte des exceptions ? la r?gle mais cette derni?re demeure pr?dominante dans le choix de ce qui sera ou non publi?. Le r?cipiendaire du Prix Nobel de litt?rature 2010 souhaite que cette s?lection soit impos?e au contenu du livre ?lectronique.

Mario Vargas Llosa se montre ainsi en contradiction directe avec les avantages propres aux nouvelles technologies et leurs cons?quences dont la d?mocratisation de l’acc?s ? l’?dition fait partie. Le contenu affich? sur un livre ?lectronique ou tout autre ?cran ne doit absolument pas suivre les traces de l’histoire du contenu du livre papier pour de multiples raisons inh?rentes au temps pr?sent, dont les trois ci-dessous.

Premi?rement et contrairement au d?but de la carri?re commerciale du livre papier ? la suite de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, le livre num?rique et le livre ?lectronique ?merge au sein d’une population qui sait lire et ?crire et de loin beaucoup plus instruite. On peut toujours critiquer l’enseignement actuelle sous toutes ses coutures, priv? et public, mais le chemin parcouru est ind?niable.

Deuxi?mement, la d?mocratisation de l’acc?s ? l’instruction a eu pour cons?quence une forte augmentation de l’int?r?t pour l’?criture au sein de la population. Or, si nous laissons entre les seules mains de l’industrie du livre le sort des fruits de cet int?r?t, nous reculons au lieu d’avancer. S’il n’y a pas davantage d’auteurs, amateurs et professionnels, qui peuvent ?tre lus, l’int?r?t pour l’?criture d?velopp? d’arrache-pied depuis les cinquante derni?res ann?es, en d?pit de la popularit? de la radio puis de la t?l?vision, s’estompera voire dispara?tra au sein de la population. Il faut beaucoup de courage aujourd’hui pour ?crire lorsqu’on sait que l’on a moins de 10% des chances d’?tre publi? et lu. Les nouvelles technologies ne doivent pas servir uniquement le pouvoir ?tabli de l’industrie du livre papier. L’avenir du livre ne se limite pas ? une simple num?risation des livres papiers ?dit?s par ce pouvoir.

Troisi?mement, la richesse de la litt?rature ne rel?ve pas uniquement de sa qualit? ? titre d’art et dont la ma?trise r?unit une ?lite. La richesse de la litt?rature, comme de tout autre art, se fonde plut?t sur le t?moignage le plus fid?le et, par cons?quent, le plus large possible, qu’elle rend de la r?alit? de son ?poque, ce qui implique non pas uniquement l’?lite mais l’ensemble de la population. Prenons en exemple ces photographies anciennes conserv?es comme de l’or en barre dans les biblioth?ques nationales et les mus?es, ces photographies d’amateur, mal cadr?es, parfois floues et souvent tach?es d’acide au d?veloppement. Ces photographies demeurent tr?s souvent le seul et unique t?moignage de leur temps. Si nous n’avions conserv? que les photographies anciennes r?alis?es par les photographes professionnels, la perception de notre histoire serait loin de refl?ter fid?lement la r?alit? de l’?poque. Il en va de m?me dans le monde de l’?crit. Gr?ce aux nouvelles technologies, nous pouvons ?diter et ainsi conserver les ?crits d’un plus grand nombre d’auteurs pour livrer un t?moignage plus fid?le de notre r?alit?, ? nous-m?mes et ? nos descendants. Et il ne s’agit pas ici d’une ouverture r?serv?e aux amateurs car m?me les ?crivains professionnels ?prouvent aujourd’hui des difficult?s ? trouver un ?diteur traditionnel.

Finalement, Mario Vargas Llosa ne peut pas soutenir d’une main que ? »Les lettres et les arts ont constitu? jusqu’? maintenant le d?nominateur commun de la culture, l’espace o? est rendue possible la communication entre les ?tres humains malgr? la diff?rence des langues, des croyances et des ?poques »? (source : AFP) et de l’autre qu’?Il d?pend de nous d’imposer que le livre ?lectronique conserve la richesse de contenu qu’a eu tout au long de l’histoire le livre de papier »? (source : AFP). Les termes ?d?nominateur commun?, ?espace?, ?communication?, ?diff?rence? et ?richesse? ne riment pas avec l’acc?s restreint dont l’histoire du livre papier t?moigne cruellement.

Serge-Andr? Guay, pr?sident ?diteur

Fondation litt?raire Fleur de Lys

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