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Le pari de Pascal revu, annot? et ajust

 

 

 

 

 

 

 

 

Yan Barcelo, 28 mai 2010

??Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas: si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu?Il est, sans h?siter.?? ? Blaise Pascal (1623-1662)

Le fameux ??pari de Pascal?? se veut une formule habile pour inciter les ath?es, incroyants et agnostiques ? croire en Dieu, tout au moins ? admettre qu?il s?av?re nettement plus avantageux de croire en Lui. Mais les termes du pari, tout en conservant le postulat fondamental d?un pari, doivent d?finitivement ?tre revus. Tout d?abord, il n?est pas certain que la ??foi?? et le monde de la chair et du plaisir sont antith?tiques, comme Pascal l?implique?; ensuite, en cette ?poque o? ne nombreux courants religieux balaient la soci?t?, le choix de ??Dieu?? n?est pas n?cessairement le plus indiqu?.

Le pari, formul? par ce g?nie prot?iforme du XVIIe si?cle Blaise Pascal, est une tentative de d?montrer qu?il est infiniment pr?f?rable de croire en Dieu que de ne pas croire en lui. Pr?sentons rapidement les termes de l?argument: ou je crois en Dieu ou je n?y crois pas. Si je crois en Lui, cela entra?ne de renoncer aux plaisirs terrestres, mais je gagnerai en contrepartie un bien infini, la b?atitude. Si je ne crois pas en Lui, alors ma mort d?bouchera sur un n?ant pur et simple. Pascal dit que je n?aurai rien perdu, mais c?est une erreur par laquelle il ne fait que d?montrer son pr?jug? jans?niste?: j?aurai perdu quelques plaisirs souvent fort agr?ables quoique, convenons-en avec Pascal, fort fugaces et tr?s fragiles.

Le propos de Pascal n?est pas seulement d?inciter les gens ? croire en Dieu. On peut croire qu?il veut aussi faire valoir qu?il est inutile de tenter de faire reposer la d?couverte de Dieu sur un acte de la seule raison. Croire en Dieu tient ? une op?ration obscure qui rel?ve davantage de l?intuition, de la sensibilit? et de l?affectivit? que de la raison. Pour preuve, je gage qu?on pourrait compter sur une main le nombre d?incroyants que ce pari a convertis.

Mais le choix de Dieu que propose Pascal est trop large?: apr?s tout, on peut ? juste titre demander qui est Dieu et comment choisissons-nous de le caract?riser. Est-il personnel, transcendant et justicier, comme dans la Bible???Personnel, transcendant et aimant, comme dans les ?vangiles?? Impersonnel et immanent, comme dans l?hindouisme?? Ou simplement mis hors jeu, comme dans le bouddhisme??

La question th?ologique de ??Qui est Dieu???? est tout simplement trop large pour emporter l?assentiment aujourd?hui. Ou, plus exactement, demander de faire le passage ? Dieu impose un trop grand saut qui rel?ve d?une intuition trop particuli?re. Pour ?tre valable aujourd?hui, le pari de Pascal devrait se poser en termes d?une question pr?liminaire, plus accessible pour la plupart ? une intuition intime. Cette question, la voici?: y a-t-il quelque chose qui survit apr?s la mort physique, une ???me?? en quelque sorte, qui est appel?e ? vivre un destin ??cosmique?? au-del? du temps de vie du corps physique?? Ou la mort physique est-elle radicale?? Apr?s elle, il n?y a rien, rien du tout.

Tout d?abord, cette question pose le v?ritable probl?me de toutes les grandes religions, qui sont toutes des sot?riologies, c?est-?-dire qu?elles se soucient du salut individuel. Toutes affirment que la nature humaine est en chute ou pervertie, oublieuse de sa nature divine ou paradisiaque originelle, et toutes proposent de renouer avec cette nature divine. Pour toutes les grandes religions, l?exercice essentiel de cette vie est la purification, le nettoyage des passions, de fa?on ? assurer que l?apr?s-vie soit le moins ?prouvante possible et que l?individualit? puisse poursuivre son cheminement vers le divin.

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    « y a-t-il quelque chose qui survit après la mort physique, une « âme » en quelque sorte, qui est appelée à vivre un destin « cosmique » au-delà du temps de vie du corps physique ? Ou la mort physique est-elle radicale ? Après elle, il n’y a rien, rien du tout. »

    On peut facilement faire un parallèle:

    Y a-t-il quelque chose qui survit si on détruit les planètes pour les ramener à l’état d’éléments fondamentaux.

    Ensuite, on peut continuer en disant Y a-t-il un État fondamental qui est source des éléments fondamentaux.

    Si les réponses à ces deux questions est « oui », vous avez une très bonne indication pour « comprendre » l’existence de Dieu ou de l’âme comme étant cet « État source » de « tout ce qui est ».

    N’en déplaise à Blaise Pascal que je vénérais lorsque j’étais en méthode. 😉

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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      Je pourrais être d’accord avec vous, mais vous posez la question d’une âme immortelle au sujet de choses, les planètes et leurs particules, dont la vie intérieure ne m’est pas accessible. Toutefois, nous humains, nous avons l’impression persistante d’un je-ne-sais-quoi (une « âme » peut-être?) qui a une soif d’immortalité et, plus encore, d’éternité. Il n’y a que cet appel lancinant, un « longing » ou un « yearning » diraient les anglophones, sur lequel nous pouvons appuyer l’hypothèse d’une âme qui perdurerait au-delà de la mort. Sans oublier, bien sûr, le témoignage des diverses traditions spirituelles. Sinon, nous ne sommes que des amas de particules qui, en se décomposant, ne laisseront… rien.

    • avatar

      L’homme est une « chose » matérielle tout comme une planète; il est formé de particules virtuelles tout comme une planète; et ces particules virtuelles tirent leur « source » d’un ÉTAT unidimensionnel invisible et imperceptible puisqu’il est UN.

      Le surnaturel est une impossibilité; le mot lui-même le dit.

      Amicalement

      Elie l’Artiste

    • avatar

      J’oubliais de mentionner que je parlais de la trinité qui « est ».