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« Le niqab au tribunal » – Le faux procès

 

Dans une affaire d’agression sexuelle au Canada, une Ontarienne qui se disait victime de sévices sexuels souhaitait témoigner en niqab. Le juge de première instance a refusé sa demande. Cependant, en 2012 la Cour suprême du Canada a considéré que l’autorisation de porter le niqab devant la cour devait se donner au cas par cas en fonction de plusieurs critères.

Lesquels :

– Le droit de l’accusé à un procès juste ne doit pas être compromis par le port du niqab.

– Tenir compte d’encourager les victimes à dénoncer leurs agresseurs. (Une femme obligée de se dévoiler pourrait renoncer à se défendre).

Pour information…

« À l’instar du Royaume-Uni, le Canada n’interdit pas le voile intégral dans les lieux publics. Toutefois, certaines exceptions méritent d’être soulignées ».

Le but de cet article n’est en aucun cas de revenir sur l’interdiction de la burqa et du niqab (2010) en France. Essayons également d’oublier le burqini jusqu’au prochain été. C’est vrai que l’effort demandé est considérable, mais essayez au moins. Car le sujet de cet article va plus loin que l’usage d’une tenue vestimentaire interdite en France, moins contestée et autorisée dans d’autres pays.

De quoi s’agit-il en fait 

D’un faux procès réalisé par des chercheurs de l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario et de l’Université d’Amsterdam. Il s’agit donc d’une étude tout à fait originale et unique sur l’effet d’un vêtement religieux sur la détection du mensonge.

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« Les chercheurs ont organisé la simulation d’un procès dans les locaux de l’université ontarienne, à Oshawa. Ils ont demandé à des étudiantes de témoigner en faveur d’une femme accusée de vol. La moitié des témoins avaient vu la femme, dans une vidéo, surveiller le sac d’un inconnu sans y voler quoi que ce soit — elles diraient donc la vérité à la cour. Les autres témoins avaient vu la femme subtiliser des objets dans le sac — elles devraient donc mentir pour la défendre. Avant de se présenter à la barre, les étudiantes-témoins ont enfilé soit un hidjab, soit un niqab, soit un simple châle ne couvrant que leur buste. Ainsi vêtues, elles ont été interrogées, puis contre-interrogées, par des assistants jouant le rôle de l’avocat de la défense et du procureur. La scène était filmée.

« Les expérimentateurs ont alors fait venir d’autres étudiants pour servir de jury dans ce faux procès. Un premier groupe de jurés devait juger les témoignages des femmes en hidjab, un autre groupe visionnait seulement ceux des femmes en niqab et un troisième devait évaluer la véracité des propos des femmes non voilées. On a ainsi pu jauger si les jurés avaient plus ou moins de mal à départager le vrai du faux selon que la témoin portait un voile ou pas ».

Le résultat est étonnant

Car selon l’étude, détecter le mensonge serait plus facile sur une personne qui porte un hidjab ou un niqab. L’expérience canadienne a été ­répétée au Royaume-Uni et aux Pays-Bas avec chaque fois 500 volontaires et le même résultat. À ce moment du récit, peut-être serez-vous tentés de dire « de qui se moque-t-on ». Vous pourriez même imaginer que ces fadaises ont été initiées par des idéologies partisanes, voire le pouvoir en place. Les scientifiques jurent pourtant que si ces expériences ont été renouvelées, c’était justement pour vérifier quelles « n’étaient pas attribuables à des sensibilités culturelles ou à un contexte politique particulier ». Pour autant ces expérimentations sont-elles crédibles ?

Essayons de comprendre

Les chercheurs ont constaté que lorsque les volontaires examinaient des femmes non voilées, ils « n’arri­vaient à distinguer la vérité du mensonge qu’une fois sur deux — pas mieux que s’ils avaient deviné au hasard. Mais lorsque la témoin était ­coiffée d’un hidjab ou d’un niqab, le flair des jurés s’améliorait sensible­ment, frisant parfois les 60 % d’exactitude ». Pourquoi donc ?

L’argumentation des scientifiques est discutable. Car pour eux « le voile (partiel ou intégral) semble avoir empêché les jurés de se laisser distraire par des détails sans conséquence et les avoir forcés à se concentrer sur des indicateurs plus fiables, comme la direction du regard, le ton de la voix ou la cohérence du discours.

Quels sont ces « détails sans conséquences »…Les « moues de malaise » du témoin, « ses sourires crispés ou ses joues rouges de honte ». En fait, l’expression du visage. Si on suivait ce raisonnement et dans l’intérêt de la justice tous les témoins devraient-être masqués. Ce qui est bien sûr inenvisageable. C’est aussi oublier un peu vite que la sincérité ou le mensonge peuvent se lire sur le visage.

Il est vrai qu’un vrai jury porte une lourde responsabilité. Il doit juger en fonction des faits mais également avec son intime conviction, sans oublier l’influence du juge. On peut déjà se demander si des étudiants qui jouent un rôle peuvent vraiment se mettre en situation. Une chose est cependant certaine, un juge, même s’il doit être impartial en toute circonstance, préférera certainement voir le visage de la personne qu’il doit juger plutôt qu’une personne masquée. Mais pour les auteurs de cette étude « Interdire le niqab parce qu’il entrave notre capacité à déterminer si [celle qui le ­porte] ment ou dit la vérité ne repose pas sur des preuves scientifiques ». Les juges canadiens apprécieront.

Source – L’actualité

 

Commentaires

commentaires

A propos de gruni 57

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J'ai une fâcheuse tendance à l'ambiguïté. Ce n'est pas ma faute je suis tombé dans le deuxième degré quand j'étais petit. Depuis, pour me soigner, j'ai tenté une cure prolongée sur Agoravox. Le résultat a été désastreux, c'est encore pire qu'avant. Alors ne me prenez surtout pas au sérieux, mon cas déjà désespéré pourrait s'aggraver avec une grosse tête.

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4 Commentaire

  1. avatar

    « Mais pour les auteurs de cette étude « Interdire le niqab parce qu’il entrave notre capacité à déterminer si [celle qui le ­porte] ment ou dit la vérité ne repose pas sur des preuves scientifiques » »

    ah ouais, et l’idée du niqab dans un prétoire elle leur est venue comme ça toute seule ???

    vous avez nécessairement affaire à des gens d’extrême droite, qui ont une idée derrière la tête et ont réussi à vous faire croire que c’était une « expérience »

    c’est tellement con que ça pourrait même être du Wikistrike, votre connerie !

    décidément vous n’en ratez pas une, Gruni…

    • avatar

      Bonjour Momo,

      Je n’ai pas trouvé le détail des études dites scientifiques par le site l’Actualité, mais on y fait allusion sur plusieurs sites (Radio-Canada, Le Devoir, La Presse, etc), même si on semble demeure prudent (n’ayant pas de détails à fournir apparemment).

      Cette histoire a été devant les tribunaux durant plusieurs années. Le juge avait d’abord exigé que la dame ne porte pas de niqab lors de son témoignage. Son avocat a fait appel et plusieurs mois plus tard la cour suprême a rendu un jugement mitigé, à savoir qu’on ne pouvait interdire le port du niqab dans l’enceinte d’une cour mais qu’un juge pouvait selon les circonstances exiger qu’il ne soit pas porté.

      A peu près tous les articles sur le sujet font état de la possibilité d’études scientifiques venant appuyer les revendications de l’avocat, sauf que le magazine l’Actualité semble le seul à en avoir partagé les détails, rendant le tout difficile à corroborer.

      Cependant, il y a un tel fourbis dès que le niqab est soulevé (au sens figuré bien sûr), qu’on a droit à tout et son contraire, comme le jugement de la cour suprême d’ailleurs.

      Ce jugement avait été rendu peu avant l’élection de Justin Trudeau et a occulté les derniers moments de la campagne électorale, ce qui a permis à Justin Trudeau de gagner en se positionnant en faveur du jugement, même si à l’évidence ce jugement n’a rien réglé et ouvre la porte à de nouveaux appels chaque fois qu’un avocat invoquera qu’un juge a mal évalué les circonstances lui permettant de trancher en faveur ou non du port du niqab en cour.

      Lors des élections, plusieurs personnes avaient été voter masquées pour protester.

      2012

      … D’autres facteurs seront sans aucun doute relevés à l’avenir dans d’autres instances, et les études scientifiques sur l’importance de voir le visage du témoin en contre-interrogatoire et pour l’appréciation de sa crédibilité peuvent accroître ou diminuer la solidité des arguments présentés en l’espèce. …

      conclusion du juge:

      …Puisque la sincérité de N.S. me semble avoir été établie, je ne vois aucune raison de l’obliger à enlever son niqab. Je suis donc d’avis d’accueillir le pourvoi et de renvoyer l’affaire pour poursuite de l’enquête préliminaire en ordonnant qu’il soit permis à N.S. de porter le niqab au cours de l’enquête préliminaire et de tout procès qui pourrait être intenté par la suite.

      https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/12779/index.do

      Malgré cela le juge de la cour de l’Ontario a exigé que le niqab soit enlevé en invoquant le droit de l’accusé face au droit du témoin:

      … Les droits des accusés seraient brimés si N.S. (plaignante) était autorisée à témoigner voilée, parce que la Défense ne pourrait tester la véracité de ses propos par ses expressions faciales. …

      Juge Norris Weisman

      Ce qu’on disait des études scientifiques en avril 2013:

      … De son côté, l’avocat de la plaignante a indiqué qu’il ferait appel, parce que des études scientifiques montrent, selon lui, qu’il est impossible de juger de la crédibilité d’un témoin par les expressions de son visage. …

      http://ici.radio-canada.ca/regions/ontario/2013/04/24/006-niqab-jugement-tribunaux.shtml

      Des personnes votaient masquées:
      http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/10/12/au-canada-on-vote-masque-pour-denoncer-le-port-du-niqab/

      http://www.journaldemontreal.com/2012/12/21/niqab-decision-aberrante-de-la-cour-supreme

      Quant à Justin Trudeau, il a surfé sur le port du niqab pour gagner les élections:

      … Ce multiculturalisme a triomphé durant la campagne électorale sur le pourtant anecdotique incident du niqab. Une femme qu’on prétend associée à une mouvance islamique radicale obtient le droit de prêter serment de citoyenneté couverte d’un voile cachant l’entièreté de son visage. Le Parti conservateur décide d’enflammer l’affaire à des fins électorales moches, misant sur la xénophobie de beaucoup trop de gens au Canada et au Québec. Le Bloc québécois tente à la fois, et sans succès, d’expliquer autrement son opposition et de récupérer l’affaire : ni pour le port du niqab, ni pour le racisme de la stratégie conservatrice. Le NPD, assis entre deux chaises – la Québécoise hésitante sur le niqab et l’Ontarienne qui n’y voit rien de mal – y laisse ses premières plumes.

      Tel était bien le calcul des stratèges libéraux autour de Justin Trudeau. Réussi. Justin Trudeau a raison de ne pas s’acharner sur une seule personne qui en appelle aux tribunaux pour protéger son choix de porter le niqab. Ce faisant, par contre, il positionne son parti et maintenant le Canada en faveur d’une généralisation de l’assermentation et surtout du vote à visage couvert. C’est dangereux et ça reviendra vite la hanter. …

      http://quebec.huffingtonpost.ca/yves-francois-blanchet/justin-trudeau-vote-visage-decouvert_b_8364508.html

      L’ancien PM du Canada, Steven Harper, avait fait appel à la cour Suprême pour statuer sur l’interdiction du port du niqab lors des cérémonies visant à obtenir la citoyenneté canadienne et Justin Trudeau a retiré la demande d’appel du Gouvernement du Canada:
      http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/11/16/niqab-ceremonies-citoyennete-_n_8577546.html

      Au terme de longs procès et apparemment d’études scientifiques revendiquées par les avocats des plaignantes, le Canada se trouve donc toujours dans la même position, c’est-à-dire que chaque décision concernant le port du niqab ou autres qui sera prise par un juge de cour provinciale risque de se retrouver encore devant les instances supérieures.

      Il semble que tout le monde se renvoie la balle, ne sachant comment trancher sans que la liberté des uns ne contrevienne aux droits des autres.

      Le Canada est un cas particulier et le Québec encore plus, à cause de la charte des droits et libertés (double charte: Canada et Québec). Sommairement, au fil des ans, ont été spécifiées des inclusions détaillées alors que les chartes garantissent des droits et libertés égales à tous. Dès lors qu’on spécifie que telle ou telle personne a ce droit, ceci se fait au possible détriment des autres. On a spécifié le droit des femmes, des personnes handicapées, des religions, de l’origine ethnique, de l’orientation sexuelle, de la langue et on y a ajouté récemment des spécifications quant aux personnes transgenres alors qu’en fait elles étaient incluses déjà… Ceci fait que sommairement, les droits et libertés sont acquis d’emblée pour les personnes pouvant entrer dans l’une ou l’autre de ces catégories, l’idéal étant d’entrer dans toutes… On comprend qu’à force de trop vouloir couvrir chaque particularité, on finit par induire une injustice auprès de ceux qui sont censés avoir les mêmes droits et libertés.

      On s’enfonce et ces chartes, au lieu d’être des outils, vont finir par paralyser. Personnellement, il m’est arrivé très souvent de penser que c’est ce que l’on cherche à faire, car à partir du moment ou des droits et libertés sont enchâssés dans la constitution, tout gouvernement a les mains liées. De plus, au Québec particulièrement, un article protège la population contre tout abus de l’état à entraver ces droits et libertés: article 54: la charte lie l’état. Ainsi, le fait que cette charte puisse être attaquée (car c’est ce que produit chaque revendication y faisant appel), invalide un peu plus son impartialité et enfreint les droits et libertés de la majorité. Au fil du temps on a réussi à greffer à la charte, par le biais de jurisprudences ou de lois, des éléments à caractère de bien commun alors que la charte est le propre de chaque individu. On dilue ainsi sa portée, tout en contraignant même les juges. Bientôt on verra des recours aux tribunaux n’ayant pour objet que l’injustice causée par le droit reconnu des uns présumé constituer une entrave aux droits des autres. Belle bouillie en vue.

      Il semble bien donc qu’on ait pu en venir à faire des études (qualifiées de scientifiques), tels que plusieurs journaux le mentionnent, dans le but de créer un précédent. C’est d’ailleurs là une des faiblesses d’une charte sans cesse remasterisée par la bande (jurisprudences, autres lois) puisqu’on ne touche pratiquement jamais au texte même de la charte: On a bien compris (avocats et parties) que les juges de la cour Suprême ne sont pas là pour contre-expertiser mais pour satisfaire la charte et ses spécifications; et si suffisamment d’éléments leur indiquent qu’ils entrent en terrain des droits et libertés, ils trancheront en faveur des études non contestées si celles-ci font ressortir une possible discrimination.

    • avatar

      J’ai oublié d’ajouter, même si j’espère l’avoir fait comprendre, que c’est effectivement très con, mais que gruni ne fait qu’avoir la même interrogation que nous tous: c’est quoi ça?

      Un réel foutoir qui tourne au ridicule. On avait entrepris de faire une charte des valeurs au Québec, afin de trancher sur la question des accommodements raisonnables. L’exercice s’est avéré scabreux, voire disjoncté. Après plusieurs semaines d’hystérie collective, le calme avait pu revenir…

      http://www.centpapiers.com/la-charte-des-voleurs/

  2. avatar

    @elyan

    Merci pour vos nombreuses informations, et surtout pour la nécessaire mise au point.

    Bonne journée