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Le mythe du libre-march? am?ricain en sant? revisit

PHILIPPE DAVID:

Beaucoup croient ? tort que le syst?me de sant? am?ricain est un libre-march? capitaliste, simplement parce qu’il comporte des h?pitaux et des cliniques priv?es, ainsi que des assurances priv?es. L’article en question d?boulonne ce mythe en d?montrant que le syst?me de sant? am?ricain est tout sauf un march? libre. Je vais, pour le b?n?fice de mon audience francophone, reprendre ses principaux arguments et y ajouter quelques touches personnelles.

Le Monopole de l’AMA

Pour commencer, l’American Medical Association ou l’AMA, dispose d’un monopole octroy? par le gouvernement am?ricain sur le syst?me de sant? depuis plus de cent ans. Comme notre Coll?ge des M?decins, il restreint intentionnellement le nombre de m?decins pouvant pratiquer la m?decine afin de gonfler artificiellement les revenus des m?decins. La fa?on qu’elle s’y prend est d’utiliser le pouvoir coercitif de l’?tat pour limiter le nombre de facult?s de m?decine en op?ration. Depuis sa cr?ation en 1904, le nombre d’universit?s offrant un doctorat de m?decine a diminu? de 26% alors que la population a augment? de 284%.

En 1996, l’ann?e o? on a re?u le plus grand nombre d’applications, seulement 16 500 candidats sur 47 000 furent accept?s. M?me s’il est commun dans plusieurs universit?s d’avoir un taux de refus ?lev?, les postulants aux facult?s de m?decine sont parmi les plus brillants, ayant tous eu de tr?s hautes notes dans leurs examens SAT. Il est donc plut?t anormal que les 2/3 d’entre eux soient refus?s. Le monopole m?dical marginalise aussi les pratiques alternatives, les sages-femmes et infirmi?res qui pourraient facilement s’acquitter de certaines t?ches accomplies par des m?decins.

L’AMA contr?le ?galement les bureaux des ?tats qui attribuent aux m?decins leurs permis de pratique. Un m?decin ne peut pas pratiquer sans ce permis, ce qui limite la comp?tition. Chaque ?tat am?ricain a une agence qui emploie plusieurs membres de l’AMA afin de d?cider quels m?decins sont suppos?ment qualifi?s . Ils sont ?galement charc?s de maintenir leur code de d?ontologie et garder les incidents le plus loin possible de l’?il du public. Ces agences se font les protecteurs du grand public au nom de la s?curit? des citoyens, mais leur v?ritable r?le est de limiter le nombre de m?decins afin qu’ils puissent r?clamer plus pour leurs services.

On pourrait r?pondre que de limiter le nombre de m?decins est une bonne chose, parce que seul les plus talentueux auraient le droit de pratiquer, mais pourquoi s’arr?ter l?? Selon cette logique, on pourrait limiter le nombre ? seulement les mille meilleurs, ou les cent meilleurs. Nous n’aurions alors que la cr?me de la cr?me, mais nous aurions aussi bien du mal ? nous faire soigner.

Qu’arriverait-il si nous limitions les automobiles de cette fa?on? Si nous limitions le nombre de voitures aux mod?les ayant la meilleure qualit? et s?curit?, les BMW et Mercedes auraient la cote et la plupart d’entre-nous se d?placeraient ? pied. Serait-il possible d’avoir acc?s ? un m?decin un petit peu moins brillant, pour un petit peu moins cher. Pas n?cessaire qu’un m?decin soit dipl?m? de Yale ou Harvard pour diagnostiquer un rhume. Celui d’un coll?ge moins hupp? ferait parfaitement l’affaire et coutera probablement moins cher.

Dans un march? libre, tous les m?decins seraient libres de pratiquer. Ils devraient avoir eu une formation, bien entendu, mais un m?decin incomp?tent finirait par perdre ses client et faire faillite. De plus, il pourrait y avoir des agences de protection du consommateur qui pourraient maintenir des listes de m?decins avec leur r?putation, leurs taux d’accident, etc. Il pourrait au minimum avoir plusieurs associations m?dicales en concurrence l’une avec l’autre qui pourraient certifier la comp?tence des m?decins. Les consommateurs auraient plus de choix et la plus grande concurrence entre m?decins ferait baisser les honoraires.

Les Assurances-Maladie

Une des choses qui contribuent le plus ? faire gonfler les co?ts de sant? est le syst?me de tiers-payeur, o? nous nous faisons payer la plupart de nos factures par quelqu’un d’autre. C’est-?-dire que nous utilisons une « assurance » qui est financ?e surtout par des corporations ou le gouvernement. Ce syst?me a commenc? aux ?tats-Unis avec Blue Cross et Blue Shield au d?but du 20e si?cle, mais a r?ellement pris son envol pendant la deuxi?me guerre mondiale, alors que le gouvernement am?ricain imposait un contr?le strict des salaires. Puisque les employeurs ne pouvaient offrir de meilleurs salaires pour attirer la main d’?uvre, ils ont commenc? ? offrir des b?n?fices marginaux, incluant le paiement des frais de sant?.

Lorsque quelque chose est gratuit, ou presque gratuit, les gens en demandent plus. Si quelqu’un d’autre paie la facture, nous visitons plus souvent le m?decin et nous avons moins d’int?r?t ? n?gocier les prix. La hausse de ces prix nous affecte moins. ?a ne nous d?range pas si on nous prescrit des tests plus ou moins n?cessaires, ou qu’on nous r?f?re a un sp?cialiste. Ceci a bien s?r l’effet de faire gonfler les prix qui r?pondent ? la demande accrue, non pas pour faire de plus grand profits, mais pour m?nager les ressources qui sont tax?es au del? de la capacit? des fournisseurs de services. Avec le nombre de m?decins restreint par l’AMA et la demande de soins gratuits ou quasi-gratuits qui explose, il ne devrait ?tre surprenant pour personne que les co?ts montent en fl?che.

Puisque les co?ts de sant? sont rapidement devenus hors de port?e des plus pauvres, les politiciens, au nom du bien public et pour obtenir des votes, ont cr?? les agences Medicare et Medicaid afin de payer les frais m?dicaux de ceux qui n’en avaient pas les moyens. Avec le gouvernement qui s’est mis ? pomper des milliards dans le syst?me pour approprier des ressources d?j? limit?es, la croissance des co?ts n’a fait que s’envenimer.

Si les employeurs en 1940 avaient choisi de payer la nourriture de leurs employ?s, nous aurions eu le m?me ph?nom?ne sur les prix de la nourriture. Nous aurions une crise de l’alimentation suppos?ment due ? une d?faillance du libre-march?, m?me si ce march? est tout sauf libre. ? cause que le gouvernement am?ricain finance un dollar pour chaque deux dollars de soins de sant? et qu’une grande partie de cet argent provient de la presse ? billet, une grande portion de la demande de soins de sant? provient de la cr?ation artificielle de cr?dit. Une grande partie de la monnaie cr?? par la R?serve F?d?rale contribue directement ? faire augmenter les co?ts de sant?.

Chaque ann?e, les couts augmentent ? deux ou trois fois le taux d’inflation et les d?penses de sant? aux ?-U repr?sentent 17% de leur PIB. Les compagnies d’assurances augmentent leur primes pour compenser, mais plus ils d?pensent et plus les primes augmentent. Mais plus les primes augmentent, mois les gens ont les moyens de se les payer et plus les employeurs doivent restreindre la gamme des traitements couverts. Par contre, simplement pour prouver que les compagnies d’assurance n’augmentent pas leurs profits au d?pens de leurs clients, voici un tableau des marges de profits des compagnies d’assurance-sant? qui sont moins ?lev?s en moyenne que ceux de la plupart des compagnies, mais ils seraient encore moins ?lev?s si le gouvernement ne limitait pas la concurrence entre les compagnies d’assurance.

Bref, l’explosion des co?ts de sant? n’est pas due ? une trop grande libert? dans ce march?, mais ? un manque de libert?. Il est estim? que le co?t des pourvoyeurs de sant? ? simplement se conformer aux diverses r?glementations est de $1,546 par famille, en plus du co?t moyen de $6000 par personne par an pour les soins eux-m?mes.

Et le Qu?bec?

Le syst?me de sant? ici est diff?rent, mais pour ce qui est de l’augmentation des co?ts, nous souffrons beaucoup du m?me mal que les am?ricains. Nos co?ts augmentent ? un rythme de 5% par an et le budget du MSSS est en voie de gruger une part de plus en plus importante du budget provincial (48% pr?sentement) au d?triment des toutes les autres missions du gouvernement. La seule raison que nous arrivons ? limiter nos co?ts ? 12% du PIB est par le rationnement et l’attente. Les am?ricains ont beau payer plus cher, mais ils attendent rarement plus de 3 heurs ? une salle d’urgence. C’est dix fois moins long qu’? Montr?al. Que l’assurance soit priv?e ou publique, elle cause le m?me al?a moral et gonfle la demande et les co?ts. Si ce co?t n’est pas mesur? en argent,?il sera mesur? en temps. Il viendra un temps o? toutes les augmentations de taxes et tarifs n’arriveront plus ? suffire ? financer notre syst?me de sant?. Que ferons-nous alors?

Philippe David

Ceci est un article de avril 2011 qu’il nous semble int?ressanr de rappeler. Les choses ont-elles chang? ?? NDLR

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