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migration des réfugiés vers l'Europe

Le moyen des mi-grants

La découverte du corps inanimé du petit Eylan a fait bouger les lignes en Europe, lui faisant oublier, peut-être provisoirement, les projets de murs et de barbelés, en ouvrant tardivement ses bras « accueillants »…

Mais l’émigrant n’est-il pas, au-delà des égarements racistes, le moyen de requinquer notre vieux continent ?

migration des réfugiés vers l'Europe

 

La posture de la chancelière allemande demande réflexion, car au-delà de l’image de fraternité qu’on a bien voulu lui coller, son choix n’est-il pas d’abord économique, manière de sauter sur l’opportunité d’améliorer la croissance du pays, et de s’offrir encore plus d’ouvriers à bas salaire ?

En effet, l’Allemagne, tout comme la France, l’Angleterre et quelques autres pays, est vieillissante et a besoin de « sang frais »…

Dès 2013, l’Angleterre faisait le constat du vieillissement de sa population et savait qu’il lui fallait au moins 7 millions d’immigrés d’ici2050 pour maintenir son cap économique.lien

Idem pour l’Allemagne et pour la France : c’est en effet quasi toute l’Europe de l’Ouest qui est dans cette situation. vidéo

Dès lors comment comprendre les réactions xénophobes de quelques partis d’extrême droite, lesquels affirmaient pourtant, il y a peu, être concernée par la politique économique ?

Hervé le Bras, expert en démographie, fait le constat : « si on veut maintenir le nombre de personnes âgées dans la même proportion par rapport aux personnes actives, les calculs montrent qu’il faudrait que 592 millions de personnes migrent vers l’union européenne entre 2005 et 2050… ».

Au-delà de ce scénario quasi irréalisable, le démographe remarque malgré tout que l’immigration pourrait permettre de garder une population totale constante : « les calculs montrent qu’on aurait besoin au plus d’une trentaine de millions de personnes (immigrées) jusqu’à 2050. C’est possible parce que le fait que l’on vive plus longtemps permet à la population d’augmenter, même si la fécondité est un peu faible  ». lien

 

L’immigration serait donc une chance pour l’Europe

Il ne serait donc plus question de fraternité, mais d’abord de pragmatisme…quitte à se fâcher avec ceux qui à droite, ou à l’extrême droite, dénoncent cette invasion qui « mettrait à mal l’identité française », (…et l’économie du pays) au moment ou l’opinion française se retourne contre Sarközi et Marine Le Pen. lien

Comme l’écrit Sylvain Crepon dans son livre « enquête au cœur du nouveau Front National  » (nouveau Monde édition) : « c’est sur la problématique de la « perte d’identité » que le Front national fait en effet ses meilleurs scores électoraux, dénonçant une Europe « passoire » incapable de freiner les délocalisations et l’immigration, en proposant de troquer une solidarité ethnique contre l’ancienne solidarité de classe, le FN parvient à capitaliser adroitement le vote des perdants de la mondialisation ». lien

Profitons-en pour relever les tentatives de récupération (assorties d’un joli mensonge) qui voudrait faire croire que Coluche, qui aurait eu 71 ans le 28 octobre prochain, avait des sympathies avec les idées du Front National.

En effet, sur un blog FN, on découvre la supercherie qui doit faire se tourner dans sa tombe cet impertinent qui nous manque tant. lien

Une partie des républicains, Sarközi en tête, dénonce aussi cette immigration, en comparant ironiquement celle-ci à une « fuite d’eau », évoquant une canalisation percée, sans pour autant stigmatiser le plombier polonais, (lien) puis devant le basculement de l’opinion, jamais à l’abri d’une contradiction, a quelque peu tourné sa veste, continuant de dénoncer « la désintégration de la société française », mais demandant maintenant que soient différenciés les migrants économiques, et les réfugiés politique, ou réfugiés de guerre, concluant qu’il fallait réduire considérablement l’immigration économique… lien

Comment dès lors s’étonner que Franck Allisio, jusque là président des jeunes actifs des Républicains, rejoigne le Front national pour y tenir la place de porte parole, démontrant une fois de plus l’évidente porosité entre les Républicains, et le FN. lien

Pour taquiner le politique, on pourrait faire observer que l’appellation « les républicains » devrait englober fatalement les idées porteuses de cette république qui sont, rappelons-le « liberté, égalité et surtout fraternité »…

Où va se nicher la fraternité lorsque l’on commence à tenter de différencier ceux qui fuient l’oppresseur, d’avec ceux qui cherchent à améliorer leur sort sur le plan social ?

Oublions ces tergiversations démagogiques, qui n’ont manifestement que le but de capter une partie des militants du FN en direction des « républicains » et penchons-nous sur l’histoire des migrants…

Si on s’en tient à l’histoire de notre pays, nous savons que l’immigration a commencé il y a bien longtemps, 3 siècles au moins avant notre ère, puisque les celtiques avaient donné le coup d’envoi, suivis par les germains, et si certains ne veulent pas apposer le terme de migrants à ces mouvements migratoires, il n’en reste pas moins qu’ils ont existé. lien

Et puis avons-nous oublié qu’à la fin 2010 plus d’1,5 millions de français ont émigré, ce qui impliquerait logiquement qu’il y a dans notre pays la place pour le même nombre d’immigrés ? lien

Il faudrait aussi s’interroger sur le mot « étranger », mot venant du mot « étrange », et tenter de comprendre en quoi ces migrants pourraient être « étranges » ?…

Qu’ils soient de culture différente…de couleur de peau différente…permet-il pour autant de les rejeter ?

Riche de 350 photographies, un film de 40 minutes, de documents d’archives, ponctués d’extraits sonores, réalisé par les scientifiques du Musée de l’Histoire de l’Immigration est à découvrir sur ce lien.

On connait les dégâts que font les mariages consanguins, et pourquoi ne pas considérer que ces autres humains puisse être une richesse pour les « identitaires » ?

Ne serait-ce qu’au niveau culinaire, qui se plaindrait la présence sur nos tables de l’osso bucco, du tiramisu, des spaghettis, de la mozzarella, des lasagnes et autres macaronis… dupotage pékinois, des nems, du riz cantonnais, du canard laqué…des sushis, du couscous, de la merguez et autres tagines…des paellas, des pizzas dont 3 milliards sont consommées enFrance chaque année, (lien) (la première pizzeria a été inaugurée à Paris en 1950, nous en avons aujourd’hui 10 000) voire du chou fermenté chinois qui a donné naissance à noschoucroutes, des moules frites de nos voisins outre-quiévrain…lien

Et quid de la saucisse fumée dite polonaise, vite adoptée dans le Nord et l’Est de la Francepuis dans le pays tout entier ?…

Aujourd’hui, la cuisine italienne est la cuisine étrangère préférée des français. lien

Quittons la cuisine pour la chanson.

Avons-nous oublié que l’influence étrangère l’a rendu populaire il n’y a pas si longtemps dans notre pays, d’autant que l’historien Yves Borowice, affirme que la chanson française est d’abord un « art de métèques ». lien

Quelques noms au hasard d’artistes d’origine étrangère l’illustrent indubitablement : deReggiani à Luis Mariano, en passant par Brassens, Yves Montant, Léo Ferré, Charles Aznavour, Barbara, Jacques Brel, Mouloudji, tous étaient des « étrangers »…

Ont suivi plus tard M, Juliette, Sanseverino, Zebda, Bénabar, Polnareff, Bashung, Dalida, Sylvie Vartan, Louis Chédid, Cali…et d’autres.

De la chanson à la peinture, quid de Vazarely, Modigliani, Soutine, Picasso, Foujita, Dali, Miro ?

On pourrait aussi évoquer notre belle langue française qui ne le serait pas sans l’apport des milliers de mots étrangers qui sont venus l’enrichir.

Sans eux, plus de barbecue, fini les cafeterias, les bermudas, le music-hall, le méchoui, leginseng, les litchis, le flamenco, les gourous, les bonzaïs, les geishas, le judo, les kébabs, leslamas, la moussaka

La liste en est trop longue, et on peut en découvrir d’autres exemples grâce à l’Académie française sur ce lien.

Ne faut-il pas aussi constater qu’aujourd’hui, avec les améliorations considérables réalisées en matière de transport, permettant de traverser la planète d’un coup d’aile, le brassage culturel et social est singulièrement facilité, et que demain, qui viendra encore se prévaloir d’une identité définitive, se sentant finalement citoyen du monde ?

Aujourd’hui, le problème qui se pose n’est-il pas d’abord l’oubli d’instaurer un smic européen, lequel ne permettrait pas aux chefs d’entreprise de profiter de la fragilité sociale des immigrés, en leur proposant des salaires de misère…des ouvriers hongrois étaient payés il y a peu 2,22 euros de l’heure en Aquitaine. lien

En Allemagne, ce n’est guère mieux, certains travailleurs des abattoirs ne touchent que 5 euros de l’heure…ce qui explique en grande partie les problèmes que connaissent les éleveurs français. lien

Mais ceci est une autre histoire…

Comme dit mon vieil ami africain : « les migrants ne sont pas forcements des individus de petite taille  ».

L’image illustrant l’article vient de muckandnettles.com

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

À découvrir ce blog (cerise) qui propose beaucoup de réflexions passionnantes sur le sujet.

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