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Le microcr?dit ? l’abri de la crise

Photo : Flickr Sumaiya Ahmed
Photo : Flickr Sumaiya Ahmed

Dans un article r?cent, Muhammad Yunus (qui a gagn?, avec la Grameen Bank, le prix Nobel de la Paix en 2006) s’est fait demander si la crise ?conomique actuelle affectait le monde du microcr?dit. Sa r?ponse: « Nous n’avons ?t? touch?s en aucun point par la crise ?conomique. » M. Yunus justifie cela en mentionnant que le microcr?dit se base sur des actifs existants ayant une valeur et cr?ant de la richesse ? long terme, comme des animaux d’?levage.

Le microcr?dit est un principe ?conomique qui sert le d?veloppement social et communautaire tout d’abord. Son principe est de pr?ter de l’argent ? des groupes coop?ratifs pour d?marrer un projet entrepreneurial ? but lucratif dans un domaine o? cette communaut? a de l’exp?rience. Cela a permis ? plusieurs personnes de se sortir de la pauvret? gr?ce ? des sommes que nous, Occidentaux, pourrions consid?rer comme ?tant minimes.? Comme le pr?t est allou? ? un groupe coop?ratif compos? de plusieurs personnes qui se r?unissent et qui g?rent ensemble leur argent, peu de gens sont pr?ts ? laisser derri?re eux des dettes et, sous la pression du groupe, la majorit? des pr?ts sont rembours?s avec int?r?ts ? la fin d’une p?riode de un ? deux ans.

Le but du microcr?dit est donc de fournir de l’argent aux gens pour qu’ils puissent le faire fructifier. La Grameen Bank, par exemple, visite souvent les villages o? elle pr?te de l’argent et arrive ? bien ?valuer la situation des communaut?s locales. Cela permet ? cette banque de d?veloppement social d’assister les gens et de les aider ? v?ritablement sortir de la pauvret?.

Certaines communaut?s profitent du pr?t pour d?marrer un ?levage animal (un ?levage laitier ou un poulailler, par exemple), pour irriguer leurs plantations ou pour fabriquer des textiles qu’ils peuvent ensuite vendre pour rembourser l’argent emprunt?. Depuis 1978, la Grameen Bank, ainsi que plusieurs groupes de microcr?dit, ont r?ussi ? faire sortir de nombreuses communaut?s de la pauvret? ? travers le monde.

Cette banque est surprenante sur plusieurs points. Par exemple, les membres de coop?ratives doivent r?citer 16 engagements avant de recevoir leur pr?t; parmi elles, on retrouve l’engagement ? faire pousser un jardin afin de subvenir aux besoins de la famille. Par contre, ce qui me frappe le plus est le sixi?me engagement, qui mentionne que les emprunteurs doivent s’engager ? garder une petite famille.

6.0? We shall plan to keep our families small. We shall minimize our expenditures. We shall look after our health.

La Grameen Bank a d’abord et avant tout un but de d?veloppement social. Le fait d’inciter les familles ? avoir moins d’enfants pou subvenir plus ad?quatement ? leurs besoins le d?montre bien. Le but du microcr?dit n’est donc pas de faire de l’argent; malgr? tout, la Grameen Bank n’a fait que deux d?ficits depuis 1984. Le but principal du microcr?dit est de sortir des gens de la pauvret? en leur donnant des moyens financiers qui leur permettront de s’enrichir. Elle permet aussi d’?duquer la population et de la rendre plus responsable, par les engagements conditionnels au pr?t et par la notion du pr?t elle-m?me. En pr?tant de la monnaie au lieu de la donner, les entreprises de microcr?dit responsabilisent les communaut?s sur la valeur de l’argent.

Un autre d?tail tr?s int?ressant de la Grameen Bank r?side dans leurs indicateurs de pauvret?. Selon leur ?valuation, une famille qui s’est sortie de la pauvret? est une famille qui:

-Vit dans une maison ayant un toit de t?le

-O? aucun membre de la famille ne dort sur le sol

-O? les enfants ont acc?s ? l’?cole primaire

-Qui utilise des latrines

-Qui mange trois repas par jour

-Dont les lits sont dot?s de filets anti-maringouins

-Qui arrive ? s’occuper de sa sant? (acc?s aux m?dicaments, ? un m?decin en cas de blessures, etc.)

Ces indicateurs, loin de se baser uniquement sur le revenu, traitent de la situation r?elle de la famille ? partir d’observations faites sur le terrain, ce qui rend une telle entreprise tr?s int?ressante. Elles permettent aussi aux Occidentaux de voir quelle est la situation des citoyens du Bangladesh (pays o? M. Yunus a fond? la Grameen Bank) qui sont affect?s par la pauvret?.

Finalement, un autre point qui est fascinant concernant le micro-cr?dit est qu’il se rapproche, par sa forme, aux sub-primes. Les personnes qui ont eu droit aux sub-primes (que je traduirais en fran?ais par « hypoth?ques de seconde classe ») avaient ? peu pr?s le m?me profil que les gens qui ont acc?s au micro-cr?dit: on ne leur demande aucune preuve de revenus, de garantie d’emploi, etc. En gros, la banque qui offre une hypoth?que ou un pr?t de microcr?dit n’a pas d’autre garantie que la parole de la personne qui encaisse le pr?t. Dans un cas, les sub-primes ont men? ? une crise ?conomique sur papier qui nous a fait perdre des millions d’emplois; dans l’autre, le microcr?dit a permis ? des banques de faire des profits et ? faire sortir des millions de personnes de la pauvret?!

Cela est d? au fait que le micro-cr?dit se base sur la confiance des gens et en l’esprit de communaut?. Le microcr?dit investi aussi dans le but de cr?er de la richesse et de sortir de la pauvret?. Dans le cas des sub-primes, le tout a ?t? un peu plus compliqu?. Quelques explications s’imposent donc afin d’expliquer pourquoi le cas des sub-primes a eu lieu, et ce qui est particulier ? propos de celui-ci.

Les sub-primes ont ?t? allou?s en bonne partie parce que les entreprises financi?res et des investisseurs pouvaient acheter les hypoth?ques ? partir de CDO (Collateralised Debt Obligations – cela signifie qu’un investisseur ach?te les droits sur une dette ? long terme ? une banque,? comme l’hypoth?que sur une maison, afin de pouvoir en collecter les paiements mensuels) et encaisser les paiements d’hypoth?que. Comme il n’y avait pas assez d’hypoth?ques sur le march?, on a cr?? une bulle en demandant ? des agents immobiliers de pr?ter de l’argent ? des gens qui ?taient plus ? risque de ne pas avoir les moyens de payer leur maison. Dans certains cas, plusieurs agents ne demandaient m?me pas de preuve d’emploi avant d’octroyer une hypoth?que. Cela permettait de vendre plus de CDO sur le march?. Si les gens ?taient incapables de payer, comme c’est arriv? ? plusieurs reprises, les investisseurs ne perdaient rien, car ils saisissaient la maison des mauvais payeurs et la revendaient. Comme le prix des maisons ne cesse d’augmenter, d’un point de vue financier, investir dans les CDO semblait un bon investissement, ce qui explique pourquoi plusieurs paquets de CDO ont obtenu une cote AAA (tr?s bonne) ou BBB (assez bonne) dans les ?valuations sur la s?curit? de l’investissement. En d’autres mots, les gens qui achetaient les hypoth?ques de type sub-prime croyaient qu’ils d?tenaient un investissement s?curitaire et qu’ils ne couraient aucun risque. Le probl?me est que beaucoup trop de personnes ont ?t? incapables d’effectuer leurs paiements d’hypoth?que, ce qui a provoqu? un effondrement du march? immobilier am?ricain et donc, des banques et des institutions qui avaient investi de l’argent dans les obligations de cr?dit. Comme les investissements ?taient souvent consid?r?s comme « s?curitaires », cela a aussi nui ? des entreprises qui ne prenaient pas souvent de risques.

Alors, ce que l’on voit est que d’un c?t?, les banques de microcr?dit font preuve d’altruisme en voulant investir dans des entreprises plus risqu?es et limit?es en moyen. Cela leur a permis de sortir un grand nombre de personnes de la pauvret? et de faire un profit. De l’autre c?t?, les banques occidentales ont pr?t? de l’argent ? des gens dans le but ?go?ste de faire plus d’argent en vendant plus de CDO et, en cas d’impossibilit? de paiement, de saisir la maison des personnes ? qui elles ont octroy? un pr?t. Cette vision r?ductrice de la micro-?conomie est ce qui a men? ? la crise des sub-primes et joue un r?le majeur dans la crise ?conomique actuelle. En tenant compte des impacts sociaux de leur r?le, les banques sont donc capables d’aider la population ? s’enrichir et ? se sortir de la pauvret?, alors que si elles n’en tiennent pas compte, elles peuvent parfois commettre des erreurs qui causent un effondrement boursier majeur.

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    Manx,
    Article tres interessant. Je souhaiterai completer et prolonger la réflexion.

    Le micro-credit ne semble pas touché par la crise financière mais la Grameen Bank sera affecté par la crise économique au travers des difficulés financièrs de ses emprunteurs.

    Ce qui a poussé les banques, institutions de prêts hypothécaires et la bourse dans le rouge c’est l’appât du gain excessif au dépend des emprunteurs. Avec ces primes et cette hausse de l’immobilier ils ont pris trop de risque et l’effet domino a fait le reste. D’abord le dernier tiers CCC a été touché par l' »inondation » d’insolvabilité, puis le 2e tiers BBB et enfin le 1e tiers AAA qui a affecté les institutions financières. Ca ne s’est pas fait d’un coup cette « inondation » mais sur un an (voir 2) et certains analystes financier comme Paul Krugman avaient tiré la sonnette d’alarme.

    Ce n’est pas les sub-primes en soi le problèmes mais le volume d’emprunt et les règles de gestion. Si votre exemple est exact, ça le montre bien. 🙂
    Sinon les banques commerciales s’intéressent aux pratiques de banque comme la Grameen Bank. Je pense qu’ils ont compris qu’ils doivent être davantage un collaborateur qu’un prédateur avide de rendement. Cette crise sera bénéfique si cette prise de conscience se développe davantage.