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Le Journaliste, l’?tranger et les Musulmans

La Terre de Gandhi est suppos?ment la plus grande d?mocratie au monde. Cette opinion, elle est diffus?e partout. Une id?e, franchement, qui vient probablement de gens qui n’y ont jamais vraiment mis les pieds ou bien du pays lui-m?me qui s’amuse ? s’ignorer et vendre une fausse image.

Oui, le pays respecte bel et bien les grands principes d?mocratiques. Les ?lections sont r?guli?res, le Parlement est repr?sent? par plusieurs partis politiques qui peuvent tous aspirer au pouvoir, il existe une Cour Supr?me responsable de g?rer les nuances de la Constitution et il existe plus de m?dias que nulle part ailleurs pour rapporter l’information. Comme dans toute bonne Constitution issue d’une ancienne occupation anglaise, les libert?s fondamentales telles le droit d’expression, le droit d’association et surtout le droit de pratique religieuse y sont incluses. Ces droits, qui agissent en terme de lois, existent pour assurer la survie de tous les types de minorit?s. Politiquement, seulement le fait de supprimer ces libert?s peut transformer une d?mocratie en une tyrannie fasciste.


Qu’arrive-t-il lorsque le social prend le dessus sur la politique ? Qu’arrive-t-il lorsque la population d?cide majoritairement d’oublier de pr?ner les valeurs du texte qui qualifie leur patrie ? Qu’arrive-t-il lorsque la tol?rance et le respect de la diff?rence se soumettent devant un puissant nationalisme et ses valeurs unitaires ? Il arrive l’Inde, enfin l’Inde sous la religion hindoue, l’Inde imagin?e par le parti d’extr?me droite BGP.

Ici, l’hindouisme n’est plus une religion, il est dor?navant un style de vie. L’hindouisme ne se pratique pas, il s’applique. Par la lecture de ses Brahms sacr?s, il s’av?re possible d’adopter l’attitude parfaite qui m?ne lentement mais s?rement ? la divination. Ceci implique la diffusion de valeurs communes et englobantes qui se r?percutent assez bizarrement dans des activit?s banales et quotidiennes.

La magie de l’hindouisme  » style de vie » permet de fournir qu’une seule vision de la vie, la vision demos, la vision de la majorit?. Voici trois cas ind?pendants qui illustrent cette mont?e du nationalisme hindou.

Le journaliste

Le journaliste, c’est Santosh Patidar. Depuis 1 an, il bosse pour le quotidien Madyah Pradesh Chronicle. Il peut enfin jouir d’un salaire convenable, 15000 rupees par mois (395$/mois). Chaque jour, il sillonne la ville d’Indore ? la recherche d’histoires ? ?crire. L’homme s’int?resse aux probl?mes sociaux. Il veut promouvoir des causes et non des faits divers, mais les r?gles du march? de la presse dicte la d?marche ? suivre. Il doit survivre, il a besoin d’un salaire, il doit plier.

Santosh veut aider, peu importe la mani?re, mais rien ni personne ne lui fait signe. Il se sent seul et condamn?, le personnage d?sesp?re. Il d?sesp?re d’autant plus parce que son m?tier, il l’a choisi au d?triment de l’avis de ses parents. En rejetant la destin?e parentale, il disait adieu ? toute forme d’aide fournie par ses g?niteurs. Son geste rebelle lui a co?t? un mariage puisque ses parents n’ont pas daign? lui trouver de femme. De plus, parce que s’opposer ? ses parents est pratiquement impensable dans la soci?t? hindi, l’image d?gag?e nuit et influence la d?cision des parents des femmes disponibles. Face ? un futur gendre apparemment irrespectueux, personne n’ose pr?senter de candidate.

? 40 ans, il fait son deuil et cherche ? fuir une famille qui le regarde de haut et une soci?t? qui n’appr?cie pas ses d?cisions personnelles. Piteusement, il m’avoue penser mourir puceau, r?signe ? ne jamais pouvoir partager le bonheur sexuel. Au cours de cette poignante conversation, il s’informe au sujet du Canada : les conditions de la presse, la libert? f?minine, la soci?t?, le respect des diff?rences, la tol?rance et l’influence de la famille dans le d?roulement de la vie personnelle. ? chaque r?ponse donn?e, je lui enfonce un pieu au coeur. Certes, je nuance chaque affirmation en disant que le Canada est loin d’?tre parfait dans tous les domaines. Rien ? faire, je sens que je lui enfonce un poignard dans le coeur, je peux sentir son mal de vivre. Finalement, il s’avance et s’informe au sujet de la fa?on ? laquelle il pourrait immigrer au Canada. Je d?teste ce moment. D?sole Santosh, le Canada est un pays privil?ge. Il faut payer sa libert? et son statut de citoyen. Malheureusement non plus, ? ce jour, il est impossible d’?tre en asile social et r?clam? un statut ?quivalent ? celui de r?fugi? politique.

L’?tranger

L’?tranger, c’est moi. Moi est un personnage qui a toujours su appr?cier jouer avec les conventions sociales et qui, sauf quand il est concern?, se fout pas mal des actions quotidiennes d’autrui. Je m’adapte tr?s facilement ? tout style de vie et essaie de tracer ma voie dans le bric-?-brac mondial. En Inde, j’ai mang? tout ce que l’on m’a servi, j’ai tent? d’apprendre trois langues, j’ai appris a jouer les tablas d’un ma?tre ? Jaipur, je me suis fait des amis dans 5 provinces, je n’ai visit? que quelques endroits touristiques, j’ai travaill?, j’ai ri, j’ai parl? politique et soci?t? avec des Indiens. ?ternellement, un constat est revenu de chacun d’entre eux, Gr?ce ? toutes les actions ?num?r?es pr?c?demment, je n’?tais pas un ?tranger comme les autres, j’?tais un ?trange indien. ?trange non pas n?cessairement pour ?tranger, ?trange parce que j’ai les cheveux croches, je n’applique ni huile ni aucun produit dedans non plus, je les coupe moi-m?me, je porte des chemises avec des ?pingles, je peux vivre deux jours sans prendre un bain(enfin un bain ici consiste ? s’appliquer un sceau d’eau sur la t?te), je ne suis pas mari?, j’ai plus de « girlfriends » que tout un quartier de gars, je d?teste me coucher le soir, j’adore dormir le matin, je cuisine moi-m?me mes repas, j’adore enfiler une paire de « short » quand il fait 35 degr?s Celsius et ce, m?me au travail, je fume, je mange de la viande, je bois de l’alcool et selon eux, malgr? tout, je suis intelligent.

J’avoue, j’ai retir? un certain plaisir ? jouer le provocateur, je l’ai ?t? toute ma vie. Par contre, apr?s que la 89e personne que tu estimes te demandes encore : « No oil ? », en regardant mes cheveux d’une mani?re qui tend davantage vers une incompr?hension quasi-m?prisante que vers une simple question, l’esprit tiraille et le doute s’installe. Devrais-je me conformer et faire comme tout le monde pour avoir la paix ?

Les musulmans

Les musulmans, c’est la minorit? pauvre. La minorit? qui, regroup?e dans un quartier commun, habite plus souvent qu’autrement des ghettos sales et d?labr?s. ? l’exception du Cachemire, peu importe la ville du pays, la situation se ressemble partout. Survivant dans ce contexte de nationalisme hindou tr?s puissant, l’entraide entre les deux groupes religieux est quasi-inexistante. La solidarit? entre deux individus pratiquant chacun leur religion respective est aussi tr?s peu fr?quente.


Les m?dias indiens jouent le jeu et nourrissent le clivage et la haine religieuse. Ils ne ratent jamais une occasion de rapporter un crime impliquant musulmans versus hindous. Que ce soit par le viol, le meurtre ou le vandalisme, le lien avec l’extr?misme religieux et le terrorisme se tisse rapidement au d?triment des musulmans.

Les cons?quences s’av?rent d?sastreuses. Dans la rue, rien n’est visible ou presque puisque les communaut?s ne se c?toient pas. Les effets se mesurent plut?t dans les paroles de la prochaine g?n?ration, les enfants. Apr?s tout, la v?rit? ne sort-elle pas de leur bouche ?

Chuutu, 10 ans, est le fils d’une activiste que je c?toie dans le cadre du travail qui consiste, entre autres, ? ?lever le niveau d’?ducation des musulmans dans les milieux recul?s de la province du Rajasthan. Ce dernier est un jeune ?tudiant tr?s performant, il est premier de classe dans plusieurs mati?res. Parlant mieux anglais que ses parents, il est le mod?le d’?tudiant de cet ?ge sur lequel l’Inde compte miser pour assurer son avenir. Tr?s articul?, il aime parler. Chuutu, hindou, appartient ? la caste des Rajputs. Les Rajputs sont les dignes descendants de la famille royale. Cette caste jouit d’un immense respect au sein des soci?t?s hindoues et indiennes.

Alors, ensemble, nous discutons de tout et de rien. ? un moment de la discussion, il me raconte son quartier, ses amis, sa demeure. Je prends le soin de m’informer si des musulmans habitent le coin et s’il en compte parmi ses amis. Sa r?ponse me coupe le souffle :

« Non il n’y a pas de musulmans ici et c’est bien comme ?a. Les deux soci?t?s ne peuvent se c?toyer ni m?me se m?langer. De toute fa?on, si je vois un musulman dans la rue, je le tue. ».

Dix ans, il blague, il ne doit pas vraiment comprendre la signification et les cons?quences de ses paroles. Apr?s avoir affich? un sourire jaune, je clarifie :

« Tu ne veux simplement pas lui parler, c’est ?a ? ».

« Non, non je le tue avec mes mains ! », ajoute-t-il en mimant un ?tranglement avec ses mains.


M?me son visage ne trah?t pas son intention. Que pensent ses amis ? Sa r?ponse est br?ve. Selon lui, ils n’h?siteraient pas ? faire la m?me chose. Pourquoi ? Chuutu n’a pu r?pondre clairement donnant l’impression que ce comportement lui est inn? depuis la naissance.

Deux semaines passent, je rapporte l’information ? sa m?re dans une discussion banale, elle r?pond :

« Ne t’en fais pas avec ?a, il ne fait que rapporter les propos qu’il entend, surtout ceux provenant de son p?re. Ce ne sont pas mes valeurs et non plus celles que je veux inculquer. ».

?tes-vous rassur?s ?

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2 Commentaire

  1. avatar

    Il me semble que l’auteur oublie de mentionner que la haine du père à l’égard des musulmans transmise à et par l’enfant reflète un état d’esprit qui lie les musulmans de l’Inde à la République islamique du Pakistan, l’ennemi nucléaire.

    Les musulmans sont perçus comme une cinquième colonne par les non-musulmans indiens.

    L’on ne peut pas faire abstraction de la dimension politique régionale qui est sous le contrôle d’intérêts qui n’ont ni les religions ni le bien-être des populations à cœur.

  2. avatar
    Xavier-Antoine Lalande

    M. Nadeau,
    je vous remercie de votre commentaire. La principale conséquence de cet état d’esprit découle de la couverture médiatique faite par les médias indiens. Bien que le pays possède plus de médias que quiconque, la couverture médiatique n’est pas tant diversifiée.

    Il y a un parallèle boiteux entre criminalité et musulman en Inde. Les gestes à caractère haineux perprétrés par des hindous ne sont pas couverts avec la même intensité que les gestes posés par des musulmans.

    Des exemples :

    - Attentats à la bombe de Mumbai 1993 seraient une réaction musulmane causée par des gestes haineux envers la communauté musulmane durant les mois précédents l’attentat. Aucun hindou n’a été accusé des meurtres durant ces événements.

    - Viols et meurtres collectifs de musulmans au Gujarat en 2004 ont causé l’explosion d’un train dans la même année où quelques dizaines d’hindous sont morts. Les indiens ont vu davantage d’images du train que du quartier musulman où des femmes, enfants ont été violés et les hommes brûlés vifs.

    - Les deux bombes qui ont explosé dernièrement au Bangalore sont survenues après que des hindous aient brûlé une mosquée à Hyderabad même. Qui a entendu parler de la mosquée ?

    - Les dernières révoltes au Cachemire sont en réaction avec la destruction par les paramilitaires d’une mosquée historique hindoue, les photos d’un photographe cachemiri rapporte l’évenement. Là-dessus, une partie de mon prochain papier y est consacré

    Ce type d’info est beaucoup plus ardu à trouver en Inde et ceux qui se nourrissent des canaux principaux ne sont pas en mesure d’analyser l’étendue du conflit et souvent trouver les causes des répliques musulmanes. Ceci cause les comportements rapportés. Mon papier ne se voulait pas une analyse du problème, je ne voulais que rapporter la violence des propos d’un bambin innocent de 10ans.

    Je suis certain que vous connaissez l’obsession indienne pour l’information, ça dépasse de loin l’obsession américaine.

    Pour avoir des amis musulmans en Inde, je peux affirmer que le Pakistan n’est pas mieux vu par ceux-ci que par les hindous et il est parfois étrange de voir que des hindous qui travaillent avec des musulmans les traitent en exception parce qu’ils les connaissent et continuent de perpétrer des préjugés racistes et simplistes.