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Publi? sur Louispr?fontaine.com Pendant qu?on nous demande de nous serrer la ceinture, de faire des efforts, bref, de nous appauvrir, on apprend aujourd?hui que le Canada est un des pays au monde?imposant le moins ses entreprises. Si des pays comme le Japon et les ?tats-Unis ? pourtant pas des r?publiques socialistes ? ont des taux d?imposition [...]

Le g?nocide des pauvres

Publi? sur Louispr?fontaine.com

Pendant qu?on nous demande de nous serrer la ceinture, de faire des efforts, bref, de nous appauvrir, on apprend aujourd?hui que le Canada est un des pays au monde?imposant le moins ses entreprises. Si des pays comme le Japon et les ?tats-Unis ? pourtant pas des r?publiques socialistes ? ont des taux d?imposition avoisinant le 40%, le Canada a une cible de pr?s de 25% d?ici deux ans, et le Qu?bec, en gros Wal-Mart de la copie bon march?, offre 11,9%. Et si, en gagnant cette course aux bas imp?ts, on ne contribuait pas simplement ? accepter l?inacceptable?

En effet, il faudra un jour se poser la question. La logique n?olib?rale est simple: puisqu?on ouvre toutes grandes les fronti?res, les entreprises sont en comp?tition les unes contre les autres. Ainsi, si des pays leurs imposent des normes environnementales, sociales ou financi?res ? trop ? s?v?res, elles quittent pour un endroit plus laxiste. Alors, dites-moi, ? quand l?imposition z?ro?

Illustrons en exag?rant: pourquoi se contenter de baisser un peu les imp?ts, d?attendre qu?une autre nation les baissent davantage, puis les rebaisser de nouveau? Pourquoi ne pas simplement abolir les imp?ts des entreprises? On pourrait m?me imaginer leur offrir de l?argent, des b?timents neufs, des subventions. Et pourquoi pas des toilettes en or? Puisque l??tat est incapable, selon les tenants de la droite ?conomique, de la moindre efficacit?, il faut jouer le jeu de la comp?tition et assurer aux entreprises un cadre financier leur permettant de faire des milliards de dollars sans jamais redonner le moindre sou ? la collectivit?. Et on appelle cela le progr?s? Et on appelle cela ? comp?titivit? ??

En fait, ce n?est pas seulement au niveau des imp?ts aux corporations que l??tat se d?laisse de son r?le de redistribution de la richesse. Comme je l??crivais?ici, le Canada a ?galement un des taux d?imposition des particuliers ais?s parmi les plus faibles au monde. Seulement 27% d?imposition pour un individu seul gagnant 167% du revenu moyen; des pays comme le Danemark, la Belgique, l?Allemagne et les Pays-Bas imposent ? plus de 40% ces individus qui ont les moyens de payer. Et ? surprise, surprise ? ce sont ?galement des pays parmi ceux-ci qui ont le plus faible taux de pauvret? des personnes en ?ge de travailler. Le lien doit ?tre r?p?t?: l?imp?t permet la redistribution de la richesse; les pays qui imposent moins leur population sont ?galement ceux o? il y davantage de pauvret?.

Un g?nocide des moins-nantis

Avec la pauvret? issue d?un manque de redistribution de la richesse vient, immanquablement, la mort. On?savait d?j? que le syst?me de sant? ?tats-unien, par exemple, qui n?offre pas la moindre protection ? plus de 47 millions de personne, entra?ne la mort de plus de 101 000 personnes par an. On apprend, aujourd?hui, sur le blogue de?Jean-Fran?ois Lis?e, qui cite une ?tude du?British Medical Journal, que c?est plus de 1,4 millions de personnes qui meurent, ANNUELLEMENT, ? cause des in?galit?s sociales, dans les trente pays les plus d?velopp?s.

D?s que le coefficient de Gini, qui calcule ces ?carts, d?passe 0.30, le nombre de morts augmente en fl?che. Si 103 personnes meurent de l?in?galit? au Canada (Gini 0.301), c?est plus de 11 000 en Angleterre (Gini 0.326), 16 000 en Italie (Gini 0.347), 883 000 aux ?tats-Unis (Gini 0.357) et 425 000 au Mexique (Gini 0.480)! Soyons clair: l?in?galit? tue. Tout ce qui permet au coefficient de Gini d?augmenter, que ce soient les baisses d?imp?ts aux mieux-nantis ou les hausses de tarifs pour la classe moyenne et les plus pauvres, r?sulte en la mort d?individus.

Or, il n?est que trop facile de se d?responsabiliser du fait que ces morts ne sont pas n?cessairement visibles. Si on prenait 1,4 millions d?individus, qu?on les entassait dans des camps de concentration avant de les enfermer dans des chambres ? gaz, tout ceci sous la direction d?un seul homme, on descendrait dans la rue, avec justesse, et on exigerait la t?te du dictateur. Ce crime-l? est inhumain. Tuer 1,4 millions d?individus de cette fa?on, c?est impensable.

Mais si on tue 1,4 millions de personnes par les milliers de mains d?un syst?me ?conomique bien huil?, personne ne bronche. Quand un homme meurt du cancer des poumons parce qu?il a travaill? dans des mines insalubres pour survivre, personne ne r?agit. Quand une femme se prostitue pour payer les comptes, attrape le SIDA ou se fait battre ? mort, ce n?est qu?un fait divers. Quand un enfant de douze ans sniffe de la colle pour oublier la trag?die de son quotidien, ce n?est qu?une histoire path?tique de plus, au mieux de la mati?re premi?re pour journalistes en mal de pipole.

Les m?mes morts; seule la mani?re de les tuer qui diff?re. D?un c?t?, la mort est organis?e, planifi?e, voulue, souhait?e, de l?autre elle est le r?sultat de la soi-disant faiblesse de personnes qu?on a laiss? seules ? elles-m?mes, des dommages collat?raux dans une soci?t? qui, au nom de la comp?titivit?, a fait de la loi de la jungle sa raison d??tre. D?un c?t?, les morts justes, les victimes d?Holocaustes qu?on c?l?bre ? chaque ann?e avec des fleurs et des minutes de silence; de l?autre, des inconnus, des ??faibles ? qu?on lance dans la fosse commune de l?oubli.

Pourtant, une mort, une seule mort d?une personne qui a ?t? priv?e de la chance de voir le soleil se lever un autre matin, est une mort de trop. Qu?on tue avec une machette, dans des chambres ? gaz, sur une chaise ?lectrique, avec une cuill?re ? cr?me glac?e dans l?oeil ou en laissant les in?galit?s transformer notre soci?t? en tombeau des plus d?munis, le r?sultat est le m?me: on se prive du talent d?un individu, et on laisse les plus faibles crever, comme dans la nature, comme chez les animaux. On commet l?ind?fendable; d?un eug?nisme ? la Hitler ou d?un g?nocide m?canique des plus d?munis, le r?sultat est le m?me: l?homme redevient animal, il se saborde, il d?truit son ?me et sa conscience.

Non, ce refus d?imposer les mieux-nantis, entreprises ou individus, ne constitue pas un fait divers. C?est la pr?misse d?un changement de l?ordre social, d?une attaque non seulement contre l??tat-providence, mais ?galement contre la civilisation, contre nos valeurs humaines, contre cette conception que la vie est sacr?e et que chaque humain a le droit de la vivre pleinement.

Peu importe les discours, peu importe les arguments ?conomiques fallacieux d??conomistes ? la solde de leurs propres int?r?ts, et peu importe les manigances et les sermons quant ? l?importance du serrage de ? notre ? ceinture, toute cette m?canique g?nocidaire et violente d?bute d?un syst?me qui utilise les humains comme autant de boulons d?une complexe machine alors que ceux-ci devraient constituer, pr?cis?ment, la finalit? de toute entreprise.

Qu?on nous demande, aujourd?hui, d?accepter ces morts, de consentir ? la diminution de notre niveau de vie pendant qu?on laisse les entreprises et les mieux-nantis continuer leur party, n?est pas seulement ind?cent: c?est criminel.

S?il y avait un semblant de justice sur la Terre, ceux qui votent de tels budgets, qui fa?onnent de telles politiques, et ceux qui en font la promotion, seraient jug?s pour crimes contre l?humanit? et collaboration ? commettre ces crimes.

La pauvret? n?est pas inn?e ni volontaire; elle est la r?sultante de choix politiques. Notamment celui de ne pas imposer plus ?quitablement les entreprises et les mieux-nantis.

Louis Pr?fontaine

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