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Le festival permanent


Depuis une quinzaine d?ann?es, au moins, le Gouvernement du Qu?bec et les municipalit?s se sont engag?s dans une entreprise festivali?re, la constitution d?un chapelet de ?festivals?? qui meuble les mois d??t? dans les centre ville de la nation et plus particuli?rement ? Montr?al.

L?objectif de ces ?f?tes? est? d?animer le c?ur urbain, surtout en distrayant les jeunes gens par le moyen de la musique boum-boum et de la bi?re. (La musique est gratuite; mais pas la bi?re). Une r?cente ?tude journalistique montre que cette politique de la f?te a r?ussi ? faire grimper Montr?al au sommet de la liste de ce que l?on nomme ?les villes distrayantes, enjou?es?. En bon fran?ais cela veut dire que Montr?al est devenue la ville f?tarde du monde.

Qu?on y pense?: le centre-ville est maintenant transform? en des lieux de rassemblement pour les?festivaliers? qui s?entichent de prestations subventionn?es ?populaires? d?un ?clectisme fou. Ces ?v?nements pour le moins bruyants sont ent?rin?s par une presse complaisante et par des autorit?s satisfaites. Imaginez?: si ces distractions n?existaient pas les jeunes gens auraient le temps de r?fl?chir, de lire m?me, a-t-on id?e! Cela est dangereux!

?videmment la f?te a ses facettes positives? le sourire, le contentement, la d?tente et la satisfaction; sans compter ?l?ouverture sur le monde? que le jazz am?ricain ne manque pas de permettre? Et puis la r?putation de la ville comme terrain de bonhomie sur la sc?ne mondiale; comme haut lieu de l?internationalisme et de l?accueil; sans parler de la projection de la cit? comme une mecque nord-am?ricaine pour les millionnaires de l?automobile?(les conducteurs de chars).

Les facettes plus sombres, par contre, elles, ne manquent pas non plus mais peu de gens les contemplent directement. La transformation du centre-ville de Montr?al en une sc?ne de spectacles est devenue possible par la fuite des familles vers les banlieues. On n??l?ve pas des enfants dans un d?dale de carnavals. Malgr? cela il reste quelques r?sidents dans la vraie ville, des r?sidents qui aiment l?urbain o?, normalement, les civilisations se cr?ent?: les c?libataires de gauche, par exemple, qui lisent un peu; les ?itin?rants?, comme on dit malhabilement, – comme si tout le monde n??tait pas un peu ?itin?rant? – pour ma part j?itin?re beaucoup – . Il y a bien, aussi, quelques couples d?compos?s qui d?bordent du Plateau mont Royal. Et, enfin, il y a les dirigeants, ceux qui ont les moyens de se payer les vitres doubl?es, celles qui laissent ? peu ? passer le bruit des tambours africains et sur lesquels on ne peut pas toujours compter pour reproduire la race.

Les urbains irr?ductibles, eux, donc, ne trouvent pas amplement leur compte. Lorsque, par exemple, les autorit?s ont d?cid? de transformer l?affreux parking qui se trouvait sur la crois?e du m?tro, (rues Berri et St Hubert) et d?en faire un square,? elles avaient promis du beau et du bien. En r?alit? ce devait ?tre le square principal de la ville o? les latins d?Am?rique que nous sommes devaient d?ambuler, r?fl?chir, contempler? dans leur ?quartier latin? justement. Les millions $ avaient ?t? octroy?s pour ca.

On n?avait pas dit aux r?sidents, soient les vrais montr?alais, les seuls, qu?ils vivraient avec des sc?nes projetant le bruit jusque sur les rives du Saint-Laurent. Et que leur square serait entour?, tout au principal de l??t?, soit tous les jours ou presque lorsqu?il n?y a pas de sloche, de cl?tures semi barbel?es pour contenir des ?foules? barbouill?es et hirsutes. C?est malheureusement ce qui s?est produit. Pas une invitation pour habiter la ville. N?y avait-il pas des champs p?riph?riques pour tenir des foires et distribuer des soupes populaires?

Il est vrai que le square Berri n?est pas le lieu le plus riche de symbolisme ? il a ?t? con?u par des esth?tes d?sincarn?s de l?Universit? de Montr?al, l?autre universit?, l? bas, ? Outremont ? qui n?avaient pas une opinion tr?s cr?atrice? de la latinit? des choses. Et puis les autorit?s non-?lues du m?tro ont plac? l? un ?norme ?dicule inutile ? avec son immense porte de garage ? qui bloque toutes les perspectives! Il aurait mieux valu que le square soit devenu tout simplement anglais (comme la ville du reste) pour y voir un peu d?herbe bien coup?e. Mais les pi?tons, se promettaient quand m?me, l??t?, d?y marcher un peu, et d?y trouver un peu de tranquillit?. Rien ne permettait de penser que le square des citoyens ? le principal – serait expropri? l??t? par des saltimbanques ? la petite semaine et par des distributeurs de sandwichs. La ville principale aux pauvres, donc, et, ce qui n?arrange pas les choses, devant une universit? du Qu?bec amput?e de ses projets,

Une autre facette fac?tieuse ce sont les feux d?artifice.? Montr?al est la seule ville du monde ? se payer ? ? se faire payer – des feux gigantesques toutes les semaines du bel ?t?. Pourquoi cela? si ce n?est pour endormir les masses dans les plaisirs exub?rants de la foire et rapailler les masses banlieusardes qui s?ennuient dans leurs centres commerciaux? Le tout pay? par les pauvres car ce sont eux qui ach?tent les billets de loterie, cette taxe ?mise par l?organisme subventionnaire d??tat. On taxe ainsi les d?munis pour aider les classes moyennes qui se sont ?achet?? des ?monster houses? hypoth?qu?s. Ces samedis-l?, de feux d?artifice, les anciens combattants de l?urbanit? ne peuvent circuler car les quartiers entiers sont barricad?s; ils vivent en fonction des explosions et attendent que les p?riph?riques r?cup?rent leurs autos japonaises pour retourner chez eux ? Repentigny. Certains urbains se disent que s?ils en veulent des feux, en banlieue, et des festivals du bl? d?inde, qu?ils s?en fassent qu?ils s?en donnent et qu?ils laissent les montr?alais vivre dans ce qui reste de civilisation.

Dans l?univers occidental les feux d?artifice sont offerts pour c?l?brer un ?v?nement lourd de symbolisme?: la f?te nationale, la r?volution, l?anniversaire de Sa Majest?, etc. Au Qu?bec le jour de la f?te nationale est le seul o? il n?y a pas de feux d?artifice; ici on distrait, on ne c?l?bre pas. Ce serait dangereux?: les masses pourraient se rappeler de leurs origines et des p?rip?ties de leur histoire.

En r?alit?, pour ?tre pratique et avoir de la suite dans les id?es le gouvernement du Qu?bec ? puisque c?est lui qui est souverain ? ou presque ? en ces mati?res culturelles, devrait proclamer le printemps et l??t? comme un Festival d??tat continu et offrir aux citadins la libre jouissance des parcs et des rues en des temps d?termin?s?: une semaine par ci par l? avant l?ouverture des classes par exemple. Nous en voulons du Fun, nous en aurons.

Jean-Pierre Bonhomme

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