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Centpapiers

  • Le doctorat honoris causa offert à Céline Dion est-il légitime ?

    4 avril 2008 | 8 commentaire(s) | vu 1 805 fois

    La journée où nous étions occupés à notre traditionnel « piscis aprilis », l’Université Laval dévoilait la liste des prochaines personnalités appelées à recevoir un doctorat honoris causa en cette année du 400e à Québec. Bill Clinton, Bill Gates, Al Gore, Oprah Winfrey et Céline Dion sont « les grosses pointures » que le recteur Denis Brière pense pouvoir attirer dans la « vieille capitale » puisque « le récipiendaire doit recevoir en main propre son doctorat d’honneur ».

    On parle ici « d’une contribution de l’Université aux Fêtes du 400e ». L’idée étant qu’en visant le top de l’échelle de la notoriété, Québec fera parler d’elle sur le plan international et un maximum de prestige ne pourra que jaillir de cette opération avant tout marketing.

    Excellente idée ma foi…

    Je me suis intéressé à la procédure relative à la sélection des candidatures au doctorat d’honneur. Sur le site Web du Cabinet du Recteur, le document hyperlié fait mention au point 4.1 que « Le Comité prend ses décisions par mode consensuel. » Étant donné l’article du Soleil du 1er avril qui rapporte que « 19 membres du conseil universitaire ont voté en faveur de la remise du doctorat à la chanteuse tandis que 15 membres s’y sont opposés », je me suis demandé jusqu’à quel point la définition du mot consensus pouvait être étirée en cette année spéciale, sans causer un précédent pouvant être qualifié de regrettable. S’il y a un endroit où les règles sont scrupuleusement suivies… c’est bien dans la communauté universitaire.

    Quand un « consensus » est aussi faible, il me semble que la moindre des choses est de passer au suivant dans la liste, d’autant plus que les organisateurs du 400e sont loin d’avoir besoin d’une autre controverse. Au pire, je me dis que nous pourrions être très satisfaits des quatre nominations qui ont vraiment fait « consensus ».

    Dans la tête de plusieurs citoyens de Québec et d’ailleurs, Céline est une grande Dame parmi les grands citoyens de ce monde et mérite toutes les distinctions pouvant valoriser son talent et son oeuvre. Mais quand on réalisera que le choix de sa candidature s’est fait en étirant au maximum l’élastique des règles adoptées par le Conseil universitaire de Laval, un doute va nécessairement naître. Pourrait-il entacher le prestige du geste et ainsi, risquer de provoquer l’effet inverse de celui recherché ?

    Comment dire…

    J’espère que l’information rapportée par le Soleil n’est pas fondée, même si le journal des étudiants (es) de l’Université Laval rapporte lui aussi que la nomination « ne s’est pas faite sans heurt ». Il semble d’ailleurs que « les membres du CU ont eu peu de temps pour se préparer à débattre de la valeur des aspirants ». Je souhaite vraiment que les cinq candidatures fassent l’objet d’un « large consensus »…

    Je n’ose pas deviner quel visage l’élastique pourrait frapper quand ça va péter !

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  • 8 commentaires

    • Pierre JC Allard

    Mon opinion personelle, mûrement réfléchie, est que les 15 membres du conseil de l’Universite Laval qui se sont opposés à un doctorat pour Madame Dion – tout en acquiesçant à cet honneur Pour Oprah Winfrey et Bille Gates – sont à mettre dans la catégorie générale des sphincters anaux.

    Ils me font penser à ces intellectuels prétentieux et jaloux que j’entends faire des liaisons douteuses avec un accent faisandé, à la terrasse des cafés, à Paris et qui m’incitent à parler espagnol ou anglais pour qu’on ne m’identifie pas eux.

    Je serais heureux que l’un ou l’autre me lise et me réponde. On va jaser…

    PJCA

    • Ægidius REX

    En latin, on dit qu’elle n’est pas passée per gradus debitos c’est-à-dire littéralement par les degrés dus, par les paliers ou étapes nécessaires à l’obtention d’un titre.

    D’un autre côté, comme il ne s’agit que d’un honoris causa, le méfait, qui fait suite au pouvoir discrétionnaire des bienfaiteurs, est minimisé.

    • Gilles

    Si l’université Laval décerne un doctorat honoris causa à Céline Dion, je ne vois pas pourquoi Ginette Reno n’en obtiendrait pas un elle aussi, elle chante aussi bien sinon mieux et sait émouvoir ma mère. Et Jacques Villeneuve qui nous représente si bien sur les ovales américains. Et Lucian Bute. Et après mûre réflexion, pourquoi pas Pierre Bruneau, qui nous informe avant tant de constance ? Faut pas être snob, comme dit Pierre J. C. Allard !

    • Gilles

    Pierre J. C. Allard,

    […] intellectuels prétentieux et jaloux […]

    Je vais parfois à Paris et il m’arrive de m’asseoir à la terrasse d’un café. Mais je n’ai pas un accent faisandé (du moins je le crois, car j’avoue ne pas trop savoir ce qu’est un accent faisandé ; mais j’ai un léger accent anglais, ça ira ?) et je ne suis ni jaloux ni prétentieux. J’aime rire, et je trouve « Bille Gates » assez drôle !

    • Pierre JC Allard

    @ Gilles :

    Bonjour

    Un accent « faisandé », c’est une « parlure » inspirée du parisien presque-récent dont on a aimé l’odeur par association d’idées, au cours d’une partie de chasse à Paris.

    Il vient tout seul s’ajouter au vocabulaire que le Québécois a lu dans les livres, mais n’utilise jamais, sauf quand il y a de la « grande visite » et qu’il a donc accroché à un clou à l’écart.

    Quand il le met sur la table, on sent qu’il n’est pas très frais… mais ça peut faire chic. Si on aime, bien sûr…

    Ceux auxquels je pense maintenant comme « Les Quinze » peuvent avoir ou ne pas avoir cet accent : ils n’en ont pas eu besoin pour se rendre ridicules.

    Ridicules, parce qu’ils trouvent correct de donner un doctorat à Oprah Winfrey, mais incorrect d’en donner un à Celine Dion. Ils le seraient aussi s’ils en offraient un posthume a Fangio tout en le refusant à Villeneuve.

    Quant à vous, pourquoi essayer ce chapeau s’il n’est pas votre pointure ? À moins que vous ne soyez l’un des Quinze, auquel cas je vous répondrai autrement… Mais moi aussi, j’aime bien rire.

    À La prochaine

    PJCA

    • Gilles

    Quant à vous, pourquoi essayer ce chapeau s’il n’est pas votre pointure ?

    Comme l’écrit Asselin, le but de l’opération semble être d’attirer des personnalités à Québec pour le 400ᵉ anniversaire, afin de lui donner plus d’éclat ; à ce sujet quelque chose me dérange, sans que je puisse l’expliquer clairement. Disons que 400 ans de présence française ne semble pas suffisant pour fêter, aux yeux de certains, il faut y ajouter des « stars »… D’un autre point de vue, à part Al Gore, je ne vois pas ce que ces personnages ont fait pour Québec, ou pour l’humanité.

    Quant aux accents que nous avons, ils sont inconscients, normalement, et il est bien connu que ce sont les autres, qui ont un accent… Mon ironie visait les qualificatifs (prétentieux et jaloux) que les populistes collent trop souvent aux intellectuels.

    • Tetoine

    Monsieur Asselin,

    En tout respect, je crois que vous faites fausse route en ce qui a trait à votre raisonnement concernant le respect de la procédure dans le cadre de l’octroi d’un doctorat d’honneur.

    J’ai moi-même siégé sur le Conseil universitaire (CU) et je peux vous dire que l’adoption de cet honneur se fait rarement sans heurt. L’octroi du doctorat d’honneur à M. Kruger en 2006 en constitue probablement le meilleur exemple.

    Si vous relisez les règlements que vous mettez en lien, vous constaterez que les décisions par voie de consensus concernent le comité des doctorats d’honneur et non le CU.

    Ainsi, le comité des doctorats d’honneur adopte son rapport (liste de candidatures) de façon consensuelle pour ensuite l’acheminer vers le CU qui décide de l’adopter ou non. Le CU fonctionne alors à majorité absolue.

    Bref, le comité propose par consensus et le CU dispose par vote à la majorité.

    Voilà pour les procédures qui, dans ce cas-ci, ont été respecté.

    Le fait que l’on respecte une procédure ne signifie toutefois pas que les votants ont pris une bonne décision.

    Ceci dit, je vous félicite de vous être intéressé à cette procédure et je pense que les journalistes devraient être plus vigilants par rapport à ces dossiers. Ces honneurs sont en voie de devenir de simples outils de marketing.

    • Mario Asselin

    Nous voilà beaucoup mieux renseignés… Merci Antoine.

    La subtilité « comité vs CU » m’avait échappé et je regrette maintenant d’avoir pensé qu’il y avait pu y avoir « vice de forme »…

    Je continue de penser que ce n’est pas l’idéal de faire honneur à quelqu’un en lui rendant un hommage qui s’éloigne trop d’une certaine « unanimité ».

    Je suis au moins rassuré que l’Université ait respecté ses propres règles du jeu. Dans ces circonstances, j’ai perdu le goût de jouer « au gérant d’estrade », malgré cette histoire de marketing… Vous dites bien qu’il y aurait eu consensus au niveau du « comité des doctorats d’honneur » donc ? Une autre petite question en terminant (si vous repassez Antoine) : est-il coutume que les résultats du vote au CU aient été dévoilés publiquement ?

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