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Le diktat du bien-être

 

L’homme et la femme du 21e siècle sont en permanence connectés aux nouvelles technologies, y compris pour veiller sur leur santé. Perfusion d’internet quotidienne oblige, le self-tracking (que l’on pourrait traduire par « mesure de soi ») est à la mode. Il permet de se mesurer en permanence. Combien de calories vous avez-vous dépensé, combien de kilomètres avez-vous parcouru depuis votre réveil, ou combien de cigarettes avez-vous fumé, voire à quelle fréquence allez-vous aux toilettes. Le top du top de la technologie !

Maintenant, vous n’avez plus d’excuses pour ne pas tout savoir de votre exceptionnel ego. Plus rien ne vous empêche dorénavant d’atteindre l’idéale attitude, un poids parfait par rapport à votre morphologie et un profil irréprochable que vous pourrez vanter sur les réseaux sociaux.

L’obsession du culte du corps

Bien sûr, lorsque vous lisez dans votre média habituel que près d’un Français sur deux est en surpoids, selon une étude de l’Inserm, il y a de quoi paniquer. « Au secours, l’obésité me guette !  » vous dites-vous. « . Vite, il me faut un coach personnel si je ne veux pas être stigmatisé par mes amis. » Rassurez-vous, rien de plus simple que de vous abonner à votre future salle de fitness. Votre santé et votre bien-être intéressent beaucoup de monde, votre porte-monnaie aussi.

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Un employé en bonne santé travaille mieux et coûte moins cher à la sécurité sociale. Voilà de bonnes raisons pour aller sur le site Ameli (site de la sécurité sociale) où vous aurez toutes les informations utiles pour obtenir le profil parfait et indispensable pour être heureux comme un patron, et bien dans votre peau de travailleur hyper-connecté et performant, si c’est bien ce que vous désirez.

D’accord, faire un peu de sport pour rester en forme est une bonne idée, de même que s’alimenter sainement. Mais de là à en développer une obsession du culte du corps… Il y a tout de même des limites à ne pas dépasser. Cette obsession conduit rapidement à des opérations qui ne sont pas nécessaires à votre santé, comme souvent lorsque l’on a recours à la chirurgie esthétique.

Le Syndrome du bien-être

Carl Cederström et André Picer, chercheurs en management et sciences des organisations, ont rédigé un livre à ce sujet : Le Syndrome du bien-être. Les deux auteurs estiment que nous vivons dans une société qui loue et valorise le bonheur ostentatoire au point d’imposer un diktat du bien-être.

Pour Aurélie Dirickx, doctorante en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, ce diktat se perçoit directement dans les investissements des entreprises. 50% des sociétés nord-américaines de plus de 50 employés proposent des programmes de santé dont l’adhésion peut être obligatoire pour bénéficier d’une couverture d’assurance maladie. 70% des 200 plus grandes entreprises américaines sont par ailleurs dotées de salle de fitness : « cela encourage les collaborateurs à se préoccuper davantage de leur forme physique, mais il aurait également pour visée de les inciter à passer plus de temps sur leur lieu de travail ».

Selon la chercheuse, cette maîtrise de la santé des employés passe également par leur assiette, comme le montre les cantines d’entreprise qui seraient une manière détournée d’accroître la productivité des travailleurs : l’équilibre des menus est pris en charge et les employés, qui mangent ensemble, peuvent poursuivre leurs discussions professionnelles. Pire encore : « poussé à l’excès, le droit de regard sur la santé des collaborateurs peut aller jusqu’aux discriminations à l’embauche », comme c’est le cas dans certains hôpitaux américains où les employés sont soumis à des tests d’urine chargés de contrôler s’ils consomment ou non du tabac.

Vous l’aurez compris, le commerce de la santé, du bien-être et de l’apparence est très lucratif. Jusqu’où irons-nous et jusqu’où nous mènera cette quête sans fin d’une perfection illusoire et dérisoire ?

Commentaires

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A propos de gruni 57

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J'ai une fâcheuse tendance à l'ambiguïté. Ce n'est pas ma faute je suis tombé dans le deuxième degré quand j'étais petit. Depuis, pour me soigner, j'ai tenté une cure prolongée sur Agoravox. Le résultat a été désastreux, c'est encore pire qu'avant. Alors ne me prenez surtout pas au sérieux, mon cas déjà désespéré pourrait s'aggraver avec une grosse tête.

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2 Commentaire

  1. avatar

    J’aurais tendance à penser que cette mode de mise en forme, tournant parfois à l’obsession, a des effets insoupçonnés (peut-être justement lorsqu’elle tourne à l’obsession, laquelle échappe à tout contrôle). Depuis quelques années, il n’est plus si rare de voir s’effondrer et mourir de jeunes sportifs, ce qui est troublant et surtout inquiétant.

    Personnellement, j’ai perdu deux camarades (côtoyées au travail en 2 endroits différents), toutes deux décédées de la même manière: hémorragie cérébrale (l’une 32 ans et l’autre 40 ans). On a conclu à un anévrisme dans les deux cas. Elles ne fumaient pas, menaient une vie saine et étaient à l’aise financièrement. Elles étaient célibataires, n’avaient pas d’enfants. Elles étaient moins exposées au stress, avaient tout le loisir de prendre soin d’elles-mêmes, de s’accorder du repos, des loisirs. Pourtant toutes deux se sont affaissées subitement, sans aucun signe précurseur d’une quelconque maladie. Je fus étonnée d’apprendre que toutes les deux (que je n’avais pas revues depuis deux ou trois ans) avaient débuté quelques semaines avant l’issue fatale un programme de remise en forme (pas attribuable au même endroit) qui passait d’abord par un régime (protéines, exercices et tout le tralala).

    Le syndrome du bien-être que vous mentionnez, induit par la pression sociale en fait (milieu de travail et/ou vie privée), est ce qui a poussé ces 2 camarades à entreprendre une mise en forme drastique.

    Bonne journée!

  2. avatar

    L’histoire malheureuse de vos deux camarades m’amène à une autre réflexion. Tous ces coachs auto-proclamés dans l’art de la remise en forme, les sites également, sont-ils vraiment qualifiés pour donner des conseils. Lorsque j’ai repris le sport à 40 ans, après dix ans d’abstinence, j’ai d’abord rendu visite à mon médecin traitant pour un contrôle médical assez poussé. Ce qui n’empêche pas forcément les accidents. Faire du sport c’est d’abord apprendre à connaître son corps et ses limites.

    Bonne journée Elyan