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Centpapiers

  • Le diable en partage

    18 mars 2007 | 0 commentaire(s) | vu 659 fois

    Le passage de Fabrice Melquiot à Montréal, la semaine dernière, à l’occasion de la création québécoise de sa pièce Le diable en partage, semble avoir été reçu par le milieu théâtral d’ici comme une démonstration de son propre dynamisme. Il faut dire qu’à 35 ans, le comédien français, reconverti en auteur prolifique, apportait dans ses valises sa réputation de gars à qui tout réussit.

    Autant le dire tout de suite, la première de ce Diable était loin d’être convaincante.

    C’est une histoire d’amour impossible sur fond de guerre en Bosnie. Roméo et Juliette dans les Balkans. Il est serbe, elle est musulmane, la guerre les sépare une première fois puis une deuxième fois quand le jeune homme déserte, et les certitudes explosent comme des bombes au milieu d’une famille meurtrie. On souffre, on tue, on perd la vue ou la raison, on meurt. Qu’y a-t-il de neuf dans cette œuvre-là ? Honnêtement, pas grand-chose : une réflexion sur la condition humaine en temps de conflit, mais pas de révélation. Trop longue (deux bonnes heures), cette pièce use, à force de les répéter, les procédés scéniques, et nous conduit lentement vers ce qui n’est pas vraiment une fin. À Montréal, le théâtre moderne démontre son génie à longueur de saison : qu’avait-on à prouver en montant ça ? Où donc voulait-on en venir ?

    Il y a aussi le compromis francophone selon lequel nos Serbes parlent un français littéraire émaillé d’argot franchouillard et d’anglicismes. Mais quand Lorko-le-déserteur fuit à l’étranger, il répond en anglais à des Italiens qui lui parlent en français…

    Dix jeunes comédiens et comédiennes du Conservatoire d’art dramatique de Montréal ont fait de cette pièce un prétexte à former le collectif DuBunker. Principe fondateur de ce collectif : les dix membres sont inclus dans chacune des créations. Le diable en partage souffre clairement de cette surpopulation. La pièce aurait gagné en concision avec trois ou quatre comédiens de moins.

    Le jour de la première, la nervosité handicapait parfois la distribution – par ailleurs inégale –, et les quelques scènes fortes étaient principalement dues à deux comédiens : Francesca Bárcenas, la fiancée « ennemie », et François Bernier, en adolescent qui « joue » sa guerre. Une autre bonne note pour le décor, dont l’étrange beauté surprend d’autant plus que le metteur en scène Reynald Robinson décrivait, dans une entrevue au Devoir, « une scène nue, sans accessoires ni décors »… Et ne boudons pas les scènes chantées, douces surprises auxquelles collaborent de mystérieuses « anges ». Hormis cette chanson archiconnue qu’on nous fourre dans la tête à la fin du spectacle, pas de réelles fautes de goût.

    Sur son blog, Melquiot écrit : « Je crois à un théâtre qui m’empêcherait de sombrer dans la saloperie des pensées molles, les lâchetés ordinaires, les silences qu’on n’a pas choisis… ». Certes, mais un théâtre qui empêcherait de sombrer dans l’ennui aurait aussi ses avantages…

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