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Le d?sastre du c?gep anglais

 

LOUIS PR?FONTAINE

La?nouvelle ?tude?de?l?Institut de recherche sur le fran?ais en Am?rique (IRFA), publi?e le 10 septembre est d?vastatrice. Elle sonne le glas pour tous ceux qui croyaient encore, na?vement, que l?acc?s ?largi au c?gep anglais ne conduisait pas ? une int?gration en anglais. La conclusion de cette enqu?te exhaustive, la plus vaste men?e sur la question ? ce jour, est sans appel: la fr?quentation du c?gep anglais m?ne ? l?utilisation de l?anglais dans la vie priv?e, en public, au travail, dans les commerces et dans la consommation de biens culturels. ?tudier dans un c?gep anglais, c?est s??loigner de la communaut? nationale francophone qu?b?coise pour rejoindre la majorit? anglaise continentale.

Cette enqu?te magistrale nous apprend que:

  • 93% des allophones du c?gep fran?ais utilisent principalement le fran?ais dans les commerces en tant que clients, contre pr?s de?40% pour ceux qui vont au c?gep anglais;
  • 81% des allophones du c?gep fran?ais travaillent principalement en fran?ais, contre 40% pour ceux qui fr?quentent un c?gep anglais;
  • 35% des allophones du c?gep fran?ais utilisent principalement le fran?ais ? la maison, alors que cette proportion s?effondre ? pr?s de?4% pour ceux qui ?tudient dans un c?gep anglais;
  • 85% des allophones du c?gep fran?ais ont des amis francophones, contre?15% au c?gep anglais;
  • 45% des allophones du c?gep fran?ais pr?f?rent ?couter des films en fran?ais, contre un fam?lique?3% au c?gep anglais;
  • Pr?s de?56% du temps d??coute t?l?visuelle chez les allophones du c?gep fran?ais est consacr? ? des ?missions en fran?ais, contre?22% au c?gep anglais.

M?me les francophones de langue maternelle sont syst?matiquement attir?s vers la culture anglaise d?s qu?ils fr?quentent un c?gep anglais. Si 97% des francophones fr?quentant le c?gep fran?ais utilisent principalement le fran?ais dans les commerces, ils ne sont que 64% au c?gep anglais. Si 91% des premiers travaillent en fran?ais, ils ne sont que 60% des seconds ? le faire. Si 65% des francophones du c?gep fran?ais ?coutent des films en fran?ais, cette proportion chute ? 12% pour ceux fr?quentant un c?gep anglais.

Quant aux anglophones, leur int?gration est si catastrophique que la situation semble irr?versible: sur un ?chantillon de plus de 600 anglophones, aucun n?est pass? du secondaire anglais au c?gep fran?ais. Aucun comme dans z?ro, niet, NOTHING. Les anglophones ayant ?tudi? en anglais rejettent syst?matiquement le c?gep fran?ais et l?ensemble des anglophones de langue maternelle au c?gep anglais sont imperm?ables ? toute forme d?utilisation de la langue fran?aise comme langue d?usage. Tournant le dos ? une soci?t? de Qu?b?cois qui (sur)financent pourtant leurs institutions, les anglophones du c?gep anglais ne sont que 0,3% ? ?couter du cin?ma en fran?ais et seulement 4% ? avoir des amis francophones. Des r?sultats aussi homog?nes nous obligent ? consid?rer au mieux ces anglophones comme des gens incroyablement ferm?s ? la soci?t? qu?b?coise, au pire comme des racistes m?prisant la nation qui leur consent pourtant le privil?ge d?une ?ducation publique?beaucoup mieux financ?e?que ce que sugg?re leur poids d?mographique.

BANG! Vous entendez ce bruit? C?est celui de l?effondrement de l?argumentaire de ceux qui croient qu?il n?est pas n?cessaire d?appliquer la Loi 101 au c?gep. Cette ?tude d?montre exactement le contraire. Il n?y a plus de faux-fuyants. On ne peut plus fuir nos responsabilit?s nationales en?se cachant?derri?re le mythe de ? l?int?gration douce ? des immigrants. L?int?gration douce, ?a ne marche pas, surtout quand les c?geps anglais, devant th?oriquement s?adresser ? une?minorit? historique anglaise?formant 5,4% de la population, re?oivent pr?s de 16% du budget total allou? au r?seau coll?gial ? le triple de ce que justifie le poids d?mographique des anglophones de langue maternelle n?s au Qu?bec. La seule chose qui soit douce, en ce moment, c?est notre dos, pendant qu?anglophones et allophones s?essuient les pieds sur celui-ci et qu?ils profitent de l?argent de nos imp?ts pour refuser de s?int?grer ? notre communaut? nationale.

L??tude reprend ?galement une partie de la conclusion d?une?analyse sur l?int?gration des immigrants?publi?e plus t?t cette ann?e:

? L?attirance pour le fran?ais passe par le d?veloppement d?un sentiment d?appartenance ? la ??communaut? francophone. Ce sentiment d?appartenance se nourrit ainsi de liens sociaux ?tablis au sein de r?seaux francophones, gr?ce ? des relations commerciales, de travail ou d?affaires, gr?ce ? la participation ? la vie de quartier, ? des manifestations culturelles, ? des activit?s de certaines associations ou ? la vie politique ? diff?rents paliers, et gr?ce ? la fr?quentation de lieux de culte, par exemple. Pour toute personne ? c?est donc le cas pour les immigrants et pour les qu?b?cois anglophones ?, le sentiment d?appartenance ? la soci?t? se d?veloppe souvent beaucoup plus par la multiplicit? des liens avec divers groupes sociaux pr?cis que par le fait de se sentir inclus dans une collectivit? nationale. ?

En clair, on ne s?int?gre pas ? la communaut? qu?b?coise nationale parce que nous sommes gentils, aimables, parce que nous pr?sentons nos fesses ? toutes formes de bottes et que nous nous faisons violence pour accommoder l?autre. On s?int?gre ? la communaut? qu?b?coise parce qu?on y ?tablit des liens sociaux, amicaux, professionnels et qu?on participe ? un milieu de vie r?solument fran?ais. Et ces liens s?op?rent en anglais lorsque le milieu coll?gial offre un acc?s g?n?ralis? ? une culture anglophone am?ricaine et globalis?e favorisant l?int?gration continentale au d?triment de l?int?gration nationale.

Ce n?est donc pas ce sempiternel ?-plat-ventrisme qu?b?cois d?guis? en ouverture qui incite les allophones ? s?int?grer en fran?ais, mais plut?t notre capacit? ? leur offrir un milieu de vie francophone ? un ?ge o? ils font leurs choix professionnels et se tissent des r?seaux qui leur serviront pour le reste de leur vie.

AGIR MAINTENANT

On ne peut plus se permettre d?attendre: il faut appliquer la Loi 101 au c?gep d?s maintenant et en finir avec un d?s?quilibre du financement p?nalisant les c?geps francophones. Il est inadmissible que nous continuions ? sur-financer des c?geps anglophones au-del? du poids d?mographique des anglophones de langue maternelle et que nous permettions aux allophones de rejeter notre communaut? nationale au profit d?une culture anglophone mena?ant notre capacit? ? assurer la survie du seul ?tat fran?ais d?Am?rique du Nord.

L?application d?une telle loi linguistique s?av?re non seulement en conformit? avec l?esprit de la Loi 101, qui exprimait le d?sir de ne financer un r?seau public anglophone que pour la minorit? anglaise historique, mais il s?agit ?galement d?une?normalit? internationale. Rappelons-le: nous sommes une des seules nations au monde ? financer deux r?seaux d??ducation parall?les et publics dans deux langues diff?rentes et sur un m?me territoire. Cette exception, o? nous sous-finan?ons notre propre r?seau national au profit d?un r?seau anglophone qui devrait servir strictement aux anglophones ??de souche ?, constitue une aberration et m?ne ? la situation catastrophique expos?e dans cette ?tude.

L?application de la Loi 101 au c?gep, loin d??tre une mesure radicale, constitue plut?t un ajustement d?coulant de l?amer constat que, trente-trois ans apr?s que la loi originale ait permis l?int?gration des allophones en fran?ais au primaire et au secondaire, la normalisation des ?tudes dans la langue nationale aux niveaux inf?rieurs n?incite pas massivement les allophones ? choisir ni le c?gep fran?ais, ni l?universit? fran?aise. Pire: le fait d?avoir fr?quent? le r?seau d??ducation francophone au primaire et au secondaire et/ou d?avoir v?cu pendant toutes ces ann?es au Qu?bec ne permet pas de r?duire l?influence de la culture anglophone dans les ?chelons ?ducatifs sup?rieurs.

L??chantillon de cette enqu?te est si important (plus de 3000 r?pondants) et la m?thodologie si rigoureuse qu?il s?av?re impossible de rejeter les conclusions sur le caract?re anglicisant de la fr?quentation d?un c?gep anglais. Cette enqu?te nous met le nez dans la pourriture d?une d?cennie d?inaction linguistique ? un moment o? se g?n?ralisent les signaux d?alarme quant au recul de notre langue commune. Cette odeur f?tide, c?est celle de notre incapacit? persistante ? int?grer les immigrants ? la culture qu?b?coise et de notre manque de courage politique pour enfin r?aliser l?essentiel de l?esprit de la Loi 101: un r?seau public francophone int?grant l?ensemble des citoyens en fran?ais, du primaire ? l?universit?, avec une stricte exception pour les anglophones n?s au Qu?bec.

Dans un contexte o? notre nation ne compose que pr?s 2% de l?Am?rique du Nord, o? nous avons un lourd h?ritage de passivit? vis-?-vis de notre propre existence et o? l?influence anglaise est en constante progression au fur et ? mesure que le Canada fran?ais ? cette zone-tampon ? disparait et que l?h?g?monie culturelle ?tatsunienne s?impose, l?inaction n?est plus un choix.

Nous sommes des dormeurs dans une maison en feu. Si nous refusons consciemment d?entendre les nombreux signaux d?alarme ? comme cette nouvelle ?tude ? et d?agir en cons?quence pour sauver notre peau, nos descendants, c?est-?-dire la minorit? de francophones s?articulant autour de bantoustans ?parpill?s et regroup?s autour du Saint-Laurent, seront sans piti? sur nous et ne pourront que se gratter la t?te pour chercher ? comprendre de quelle fa?on un peuple s??tant presque lib?r? du joug colonialiste dans les ann?es 1960 et 1970 a pu choisir de s??craser de nouveau et de laisser le poids d?une Histoire ingrate se charger de calciner jusqu?au souvenir de son existence.

? l?heure o? le fran?ais recule au Canada, au Qu?bec et ? Montr?al, il faut agir maintenant ou accepter notre disparition.

LouisPr?fontaine

Cet article a ?t? publi? d?abord le??par??sur le site ??le dernier Qu?b?cois??

http://louisprefontaine.com/2010/09/07/etude-irfa-cegep-anglais

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