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Le dégoût européen

Le Brexit aurait pu être un simple divorce entre le Royaume-Uni et l’Europe, mais l’escalade entre le Parlement britannique et l’Union Européenne est en passe de transformer cette séparation en un événement qui aura une portée fondamentale bien plus profonde. Car le Brexit n’aura pas seulement une incidence géopolitique majeure dans l’Histoire moderne. En effet, après le «Non» français en 2005 à la Constitution Européenne néanmoins avalisée en douce et quasi subrepticement par Nicolas Sarkozy, après les élections législatives grecques de 2015 ayant reconduit au pouvoir Aléxis Tsípras lequel s’est empressé dès le lendemain de sa reconduction à adopter des mesures diamétralement opposées à ses engagements formulés lors de sa campagne électorale, le pourrissement du Brexit (que l’on soit pour ou contre) démontre que notre système démocratique occidental est désormais grippé.

Par-delà le cas britannique, cette désaffection contamine les institutions démocratiques, les médias, les décideurs : bref, la défiance absolue vis-à-vis de ceux que l’on nomme élites et experts est grave et appelée à durer. Par delà la tragi-comédie britannique, c’est l’ensemble des partis traditionnels qui sont dorénavant perçus comme corrompus, préoccupés par leurs seuls intérêts, et ce n’est pas l’organisation d’un second référendum sur le Brexit (quelle qu’en soit l’issue d’ailleurs) qui assainira cette vision très pessimiste de leurs dirigeants – de ceux d’en haut – que s’en fait une part toujours plus importante de leurs administrés. Après le commencement de la fin d’une démocratie européenne principalement dirigée par deux partis alternant au pouvoir initié en France par l’élection d’Emmanuel Macron (qui en était simplement l’épiphénomène), après l’Italie qui a basculé dans l’inconnu démagogique, après l’Allemagne elle-même qui regarde avec effarement le nivellement de ses partis traditionnels modérés, une majorité de plus en plus importante de citoyens européens ne se reconnaît plus, non seulement dans les partis traditionnels – ce qui est une évidence –, mais ne croit carrément plus en la viabilité du système électoral qui lui a été confisqué.

La confiance  – cet ingrédient fondamental à la base même de la démocratie, de l’économie, de la finance, en somme de la coexistence – a aujourd’hui disparu, et pour de bon : entre pays européens, mais également à l’intérieur même de chaque nation. La dérive européenne est donc parachevée : la Grande Bretagne se tournera ainsi vers le reste du monde, quand l’Italie regarde en direction de la Chine, la Pologne en direction des Etats-Unis, la France de plus en plus vers les pays du Golfe, l’Allemagne vers ses propres intérêts commerciaux, etc. En finalité, le maintien (possible) ou non de la Grande Bretagne dans l’Union ne changera rien car l’Europe ne fait plus rêver, l’Europe ne donne plus envie.

Il y a un prix à payer à forcer ainsi la main à des générations de citoyens : tant le Royaume-Uni que l’Union Européenne le découvriront très prochainement.

 

Michel Santi

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