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Le danger du confinement pour les malades d’Alzheimer

Interdits de visite de leur proches et confinés dans leur chambre au titre de la précaution sanitaire, les résidents en EHPAD* éviteront sans doute la contamination par le Covid-19 pour la plupart d’entre eux. Mais pas l’angoisse de l’isolement, ni la frustration stressante induite, chez les plus atteints de sénilité, par l’empêchement de déambuler…

Les derniers jours ont mis en évidence l’extrême fragilité des personnes âgées qui résident dans les EHPAD et peuvent, notamment au contact des membres du personnel venus de l’extérieur, être contaminés par le Covid-19. D’où la décision prise, désormais dans la quasi-totalité des établissements accueillant des personnes âgées dépendantes, de confiner les résidents dans leur chambre afin de limiter au maximum les risques de contamination et de propagation du coronavirus dans ces lieux particulièrement sensibles.

Pire : dans la majorité des cas, les repas eux-mêmes sont désormais pris dans les chambres, ce qui prive de ce fait les résidents de contacts avec les autres pensionnaires. Ce faisant, c’est à des formes plus ou moins aigues de dépression et de dépérissement, tant psychologique que physique, que l’on expose ces personnes, déjà privées depuis plus de deux semaines des visites de leurs proches, souvent le seul lien qui les relie à leur passé et à leur identité.

En l’occurrence, c’est pour les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une forme de sénilité voisine que le problème se pose avec le plus d’acuité. Marcher est en effet une activité compulsive omniprésente chez les personnes âgées atteintes de maladies neuro-dégénératives de ce type. Or, non seulement la marche contribue à les apaiser, mais toutes les études spécialisées démontrent que cette activité est essentielle pour retarder la dégradation des processus cognitifs, et par conséquent la dégénérescence.

Dès lors, priver ces personnes de déambulation pose de réels et graves problèmes en suscitant notamment chez elles des crises d’angoisse, possiblement ponctuées d’une vive agitation et de hurlements, voire d’actes de violence irrépressibles. La règle d’or consiste en effet à ne jamais empêcher un malade d’Alzheimer de déambuler ! Un contexte qui ne manque pas de poser d’épineuses questions d’éthique que n’importe quel membre du personnel d’un EHPAD ou d’une Unité de soins Alzheimer peut comprendre et qui confronte actuellement les équipes médicales à de cruels dilemmes.

La logique voudrait que, par précaution sanitaire, l’on tienne les malades d’Alzheimer enfermés – comme d’autres types de résidents – dans leur chambre pour leur interdire toute déambulation qui les mettrait immanquablement au contact d’autres personnes, possiblement porteuses du Covid-19. D’aucuns évoquent même le recours à la contention ! Difficile de dresser tableau plus sordide ! Faut-il donc que, pour évoquer toute contagion, l’on en revienne à des pratiques dignes du 19e siècle ?

Ce ne sont, fort heureusement, pas les options que retiennent les gériatres et les directeurs d’établissement dont l’action privilégie le plus souvent la bienveillance et le refus du recours à la contrainte et à des solutions médicamenteuses sédatives. « Dans nos établissements, on doit plus que jamais réfléchir au meilleur équilibre entre sécurité physique et sécurité affective. Et entre protection collective et respect des libertés individuelles », souligne Pascal Champvert* lorsqu’on l’interroge sur le sort des résidents en cette période de péril sanitaire.

Comment agir ? La solution réside probablement dans l’isolement des Unités sensibles où vivent les malades les plus sujets au phénomène de déambulation. Elle passe sans doute également par le test de tous les résidents de ces Unités ainsi que des personnels avec lesquels ils sont en contact. Avec à la clé, la possibilité pour ces résidents de pouvoir continuer à déambuler, de jour comme de nuit. Au risque que le Covid-19 réussisse à pénétrer dans leur espace de vie. Mais courir ce risque est-il plus grave que mourir à petit feu dans d’indicibles souffrances psychologiques liées à la contrainte ?

* Etablissement Hospitalier pour Personnes Âgées Dépendantes

** Président de l’AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Âgées).

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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