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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
28 avril 2010 |
6 commentaire(s) |
vu 856 fois Dans un petit article récemment paru dans Les Affaires, l’économiste Stephen Gordon de l’Université Laval déclarait que:
» L’objectif d’un pays devrait être d’importer, et non d’exporter «
Cela peut paraître étrange ou à tout le moins controversé au commun des mortels étant donné la forte importance accordée aux exporations par les politiciens et certains économistes peu recommendables. Est-ce que ce biais est un résidu des politiques mercantilistes d’il y a quelques siècles, de l’ignorance pure et simple ou encore de la désinformation intentionnelle visant à promouvoir les subventions aux entreprises exportatrices disposant de puissants lobbys?
Comme je l’expliquais dans un récent billet en présentant l’exemple de la Chine, la croyance qu’une devise dévaluée peut relancer l’économie d’un pays en stimulant ses exportations est très répandue.
Trompés par la formule:
Plusieurs personnes sont simplement déroutées par la formule du calcul du PIB par les dépenses:
PIB = C + I + G + X – M
Ceux-ci croient à tort qu’en réduisant M (les importations), on peut augmenter le PIB. Évidemment, les importations sont en fait de la consommation et de l’investissement qui ont été consommés ici, mais pas produits ici; il faut donc les soustraire du PIB. Conséquemment, si on réduit M, on réduit aussi C et I, donc le résultat final est neutre pour le PIB.
La dévaluation de la devise:
Certains autres se plaignent lorsque la devise de leur pays s’apprécie et de son impact négatif sur certaines entreprises exportatrices. Certains voudraient même que l’État intervienne pour dévaluer la monnaie de leur pays pour favoriser les exportations au détriment des importations.
Lorsqu’une banque centrale annonce un assouplissement de sa politique monétaire, lequel sera accompagné d’une accélération de la création de monnaie, la réponse des marchés monétaires se traduit par une dépréciation de la devise du pays. Cela rend les exportations de ce pays moins chères aux yeux des étrangers, qui importeront davantage de biens de ce pays. On peut donc dire que la compétitivité des exportateurs de ce pays s’améliore lorsque la devise se dévalue.
Cependant, les citoyens de ce pays doivent maintenant payer plus cher pour les biens qu’ils importent d’autres pays étant donné la perte de pouvoir d’achat de leur devise. En somme, en raison de la perte de valeur de sa devise, ce pays obtient moins d’importations pour la même quantité d’exportations et sa population doit donc moins consommer (i.e. le niveau de vie a diminué).
Au bout d’un certain temps, l’inflation engendrée par la création de monnaie fera augmenter les prix, et donc les coûts de production des exportateurs, ce qui fera en sorte de réduire leur compétitivité sur les marchés étrangers. Ce sera donc le retour à la case départ, mais avec une devise dépréciée et donc des d’importations plus dispendieuses.
Voici le raisonnement de Ludwig Von Mises à cet égard:
The much talked about advantages which devaluation secures in foreign trade and tourism, are entirely due to the fact that the adjustment of domestic prices and wage rates to the state of affairs created by devaluation requires some time. As long as this adjustment process is not yet completed, exporting is encouraged and importing is discouraged. However, this merely means that in this interval the citizens of the devaluating country are getting less for what they are selling abroad and paying more for what they are buying abroad; concomitantly they must restrict their consumption. This effect may appear as a boon in the opinion of those for whom the balance of trade is the yardstick of a nation’s welfare. In plain language it is to be described in this way: The British citizen must export more British goods in order to buy that quantity of tea which he received before the devaluation for a smaller quantity of exported British goods.
Ainsi, lorsqu’un pays comme la Chine maintient sa devise sous-évaluée, il nous rend service au détriment de sa population. Il nous permet d’importer des biens à rabais et donc d’augmenter notre niveau de vie.
Favoriser les importations?:
Lorsque Stephen Gordon nous dit que l’objectif d’un pays devrait être de favoriser les importations plutôt que les exportations, il ne veut évidemment pas dire que nous devrions délibéremment restreindre nos exportations. Il veut simplement dire qu’il est inutile, et même destructeur de richesse, d’adopter des politiques visant à favoriser nos exportations ou à restreindre nos importations.
D’ailleurs, même pour une province exportatrice comme le Québec, un taux de change qui s’apprécie est une très bonne chose. Ça augmente notre pouvoir d’achat en tant que consommateurs, mais aussi en tant qu’investisseurs. Ces investissements favorisent l’innovation, l’amélioration de la productivité et la création de richesse.
De 2002 à 2008, le Québec a connu une forte période d’expansion économique, et ce, malgré l’appréciation du taux de change et en dépit du déclin des exportations. Le taux d’emploi a atteint un niveau maximum et le taux de chômage est tombé à un plancher historique. C’est vrai que des gens ont perdu leur travail dans certains secteurs, mais la force du huard a rendu nos importations moins coûteuses. Cela a augmenté notre pouvoir d’achat et stimulé la demande pour d’autres biens et services produits au Québec. Enfin, une personne qui perd son emploi dans un secteur d’exportation au Québec peut en trouver un autre pour desservir le marché intérieur.
Quel a été l’impact réel de l’appréciation du dollar canadien sur l’emploi manufacturier au Québec? Les emplois ont pu être perdus pour toutes sortes de raisons (changements dans l’industrie, apparition de nouveaux compétiteurs, baisse de la demande globale, innovation, etc). À cet égard, je suis entièrement d’accord avec l’explication de David Gagnon de Antagoniste :
« Depuis 2002, on peut effectivement observer un déclin relativement important de l’emploi dans le secteur manufacturier au Québec. Par contre, le niveau de production (mesuré par le PIB) est resté relativement stable. Conclusion: on produit autant qu’en 2002, mais avec moins d’employés, autrement dit, la productivité a augmenté. En 2002, chaque travailleur dans le secteur manufacturier produisait 73 151$ et en 2007 on est passé à 83 294$. »
Ainsi, la hausse du dollar a forcé (voire permis à) certaines industrie à améliorer leur productivité et leur compétitivité plutôt que de se fier sur une devise faible pour masquer leur manque de compétitivité.
Le commerce international, comme n’importe quel échange, consiste à échanger un bien pour un autre bien qui nous procure davantage d’utilité. Ainsi, les deux parties de l’échange améliorent leur utilité économique. Si le Québec est un importateur d’un bien en particulier, c’est parce qu’il y voit un avantage. Lorsque ce ne sera plus le cas, nous n’en importerons plus, c’est tout. Adam Smith a démontré à quel point la division du travail améliore le niveau de vie de la société. Cela implique que nous ne pouvons produire l’ensemble des biens et services dont nous avons besoin. C’est pourquoi nous faisons du commerce international et importons ces biens et services que nous ne produisons pas à meilleur prix que si nous les produisions nous-mêmes.
Une nation n’a donc aucune raison de vouloir être exportatrice et d’avoir une balance commerciale positive; ça ne fera pas nécessairement d’elle une nation plus riche.
Le Minarchiste

Cet article a été publié sur mon blogue le 8 avril dernier:
http://minarchiste.wordpress.com/2010/04/08/le-culte-des-exportations/
08:12, le Jeudi 29 avril 2010(Je vous mets ici copie du commentaire que je vous fais sur le site des « 7 du Québec » . Ce genre de pirouette deviendra inutile dans une dizaine de jours, quand les améliorations au site CentPapiers rendront ces renvois automatique)
…
@ Minarchiste:
“… dans un marché libre, pour qu’une entreprise fasse du profit, il est impératif que celle-ci produise des biens qui “plaisent” aux consommateurs en terme de prix et de qualité.. ”
Le marché libre est dans les contes de fées, avec la main invisible et la concurrence parfaite. Dans le monde réel, il y a longtemps que c’est l’offre qui domine la demande et quand le systeme se “corporatise”, comme maintenant, la demande n’a que le droit de tourner en rond dans le tout petit enclos où le capital l’envoie paître.
Si vous preniez le temps de lire le texte en lien, que j’ai écrit à partir d’une observation et d’une reflexion personnelle – et non de l’exégèse des sourates de mon gourou – nous pourrions peut-être faire un pas vers la convergence sans laquelle, que nous soyons de gauche ou de droite, nous resterons indéfiniment tributaires des banquiers-brigands.
http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/18/le-baccarat-des-inities/
et la suite…
http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/19/les-joueurs-bien-eleves/
Pierre JC Allard
13:54, le Jeudi 29 avril 2010@PJCA
Le marché libre n’est pas un conte de fée; les obstacles à la concurrence sont presque toujours étatiques et doivent/peuvent être éliminés. Ça s’appelle la libéralisation (dans le vrai sens du mot).
http://minarchiste.wordpress.com/2010/03/05/la-concurrence-et-le-bon-fonctionnement-dun-marche/
D’ailleurs, votre premier lien illustre bien que l’un de ces mécanismes qui bloquent la concurrence et protègent les cartels est la propriété intellectuelle. Cette institution étatique ne ferait certainement pas partie d’une minarchie:
http://minarchiste.wordpress.com/2010/03/08/de-la-propriete-intellectuelle/
Sans elles, plusieurs industries dans lesquelles oeuvrent les Fortune 500 seraient beaucoup plus compétitives.
14:09, le Jeudi 29 avril 2010@ minarchiste:
Ce qui rend une discussion constructive difficile entre nous, ce sont nos accords plutôt que nos désaccords. Si j’étais un étatiste collectiviste convaincu, nous pourrions étaler nos arguments et laisser le lecteur éclairé en décider. Mais ce n’est pas ça.
Je suis convaincu qu’un processus de marché est le meilleur déterminant pour les prix et je pense que l’avenir de la société est entrepreneurial. Comme je suis persuadé que le travailleur de l’avenir sera un autonome rémunéré selon ses résultats.
Nous ne sommes donc pas l’un pour l’autre des mécréants, mais des zélateurs de chapelles voisines et j’ai bien peur que le lecteur n’y perde son latin.
Prenons votre premier paragraphe.
« Le marché libre n’est pas un conte de fée ». Vous le dites, vous ne l’argumentez pas. Dans l’article que vous mettez en référence, vous expliquez très bien pourquoi il n’est pas libre. On remplacerait avantageusement par cette explication mon énoncé lapidaire disant que c’est un conte de fée… mais,ce serait plus long. Le résultat des courses, c’est que nous sommes tous les deux d’accord que le marché n’est pas libre.
« Les obstacles à la concurrence sont presque toujours étatiques et doivent/peuvent être éliminés. » Vous dites « presque toujours » et j’aurais dit « très souvent ». Nous sommes tous les deux d’accord que l’État pose des obstacles à la concurrence, mais qu’il n’est le seul facteur à le faire.
« Ça s’appelle la libéralisation (dans le vrai sens du mot) » Je pense que vous serez d’accord avec moi que le mot a bien des sens et qu’il n’y a pas consensus. C’est en comparant TOUT ce qu’implique pour vous et pour moi « liberalisation’ qu’on trouverait des différences, une exercice auquel nous ne nous livrerons pas ici…
N’est-il pas clair que c’est au palier des décimales – après un point que nous posons tous les deux – que nous divergeons d’opinions ?
Je pense que notre débat est plutôt entre un dogmatisme que je perçois dans votre approche et ce que vous voyez sans doute comme des compromissions dans la mienne… , mais que j’interprète naturellement comme un sain pragmatisme
Il reste que, quand on montera les barricades, nous serons probablement du même côté … au moins pour la première bataille
http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/14/la-concurrence/
Pierre JC Allard
17:18, le Jeudi 29 avril 2010@PJCA
Je vois où vous voulez en venir.En effet, dans cette optique, le capitalisme et le libre-marché sont des contes de fées.
« Il reste que, quand on montera les barricades, nous serons probablement du même côté … au moins pour la première bataille »
…mais nos prescriptions politiques sont pourtant fort différentes…
10:32, le Vendredi 30 avril 2010@ Minarchiste:
Premier objectif: Enlevez le pouvoir aux banquiers. La seule alternative crédible immédiate, c’est que l’État le fasse, au nom de la collectivité. On peut penser ensuite a diminuer le rôle de l’État, mais HIC et NUNC, il n’y a que l’État qui a l’autorité de leur passer les menottes et de contrôler l’émission de monnaie.
Deuxième objectif, mette en circulation une monnaie qui ait une vraie valeur. Nous pouvons penser à ce que l’or serve de monnaie – vous oui, moi, non – mais dans l’immédiat vous ne ferez pas vos emplettes avec de petites pépites, un bac d’eau regale et une balance. Il faut une monnaie scripturale. Seul l’État peut émettre et certifier l’authenticité de ces scripts. Je suggere que ce soit fait en toute transparence et sous contrôle citoyen. N’êtes vous pas d’accord ?
Si on descend dans la rue – simple figure de style, bien sûr – nous devrions tous, de gauche a droite, être d’accord pour ça. Apres, on se chamaillera … :-))
http://nouvellesociete.wordpress.com/2005/12/19/01-la-richesse-et-son-double/ ( et les articles suivants)
Pierre JC Allard
19:34, le Vendredi 30 avril 2010Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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