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Le cr?puscule de l??l?gance m?lancolique

clown-grossier - CP

 

MICHEL KOUTOUZIS :

Pendant sa visite ? Lampedusa, le pr?sident de la Commission Europ?enne a ?t? fortement hu? par les habitants de l??le, tout comme le premier ministre italien. Ce qu?on leur reprochait c??tait une insensibilit? g?n?ralis?e pour les malheurs des hommes ? d?o? qu?ils viennent?-, mais aussi une incapacit? flagrante de r?soudre ne serait-ce que le plus infime des probl?mes.?Ces deux reproches r?sument bien l?impasse des dirigeants europ?ens. Ils sacrifient?? la paup?risation leurs citoyens sans broncher, au nom d?une politique vou?e, inlassablement, ? l??chec?

Tandis que le gouvernement espagnol est toujours embourb? dans un scandale qui met directement en cause le premier ministre, l?opposition socialiste, tout en se lamentant, indique tr?s clairement qu?elle ne voudrait en aucun cas des ?lections anticip?es? Pourquoi donc?? Tandis qu?en Italie Berlusconi est exclu du s?nat apr?s sa condamnation irr?vocable par la justice de son pays, tout est fait pour ?viter une nouvelle ?lection, permettant ? une alliance contre nature de gouverner, ou plut?t ? mettre en ?uvre les directives de la Tro?ka. Idem en Gr?ce. Droite et PASOK, la main dans la main, s??poumonent ? crier sur tous les toits qu?il est hors de question de faire un tour par les urnes. Idem au Portugal. Pourquoi donc??

Tout simplement par ce que l?exploitation de la ??crise?? r?duit en peau de chagrin les partis qui la g?rent ou la cog?rent.?Plus g?n?ralement, toute repr?sentation politique qui accepte la logique gestionnaire et les dictats qui en d?coulent s?effondre.

En Gr?ce, le deux partis aujourd?hui au pouvoir pesaient encore vers le milieu des ann?es 2000 pr?s de 80?% des voix. Ensemble, ils n?atteignent plus les 30%.?En Italie, le club politique qui couvre les anciennes majorit?s et oppositions issues de la D?mocratie chr?tienne, du Parti communiste, du Parti socialiste,?de leurs satellites et de leurs mutations de l??re berlusconienne doivent s?associer face au tsunami abracabradentesque de Pepe Grillo.?En Espagne comme au Portugal, tous les sondages l?indiquent, il en sera de m?me. Le temps des majorit?s confortables est d?sormais r?solu, les oppositions r?elles se nichent hors du jeu traditionnel bi ? partidaire ou bi ? polaire. Cela ne concerne pas uniquement les pays du sud europ?en. La CDU-CSU cherche d?sesp?r?ment un nouvel alli? pour gouverner, apr?s sa ??victoire ?crasante?? a toutefois accouch? d?une minorit? parlementaire (et ?lectorale). En Autriche, ? la mani?re grecque, les deux mastodontes de la politique sont bien contents de pouvoir, ensemble, garder une majorit? qui leur ?tait octroy?e, il n?y a pas si longtemps, ? l?un ou ? l?autre, avec l?appoint de leurs traditionnels alli?s.?Si la majorit? parlementaire semble solide en France ou en Grande Bretagne c?est que leur syst?me ?lectoral d?forme les r?sultats, avec comme cons?quence, au lendemain de chaque ?lection, l?opposition d?un pays r?el face au pays formel et des ?lections interm?diaires (europ?ennes, r?gionales, municipales?) catastrophiques pour toute majorit?. Cela dit, m?me ce ??parfait?? blocage (ou bricolage) risque fort de sauter en ?clats aux prochaines l?gislatives.

La cogestion du pouvoir per?u comme une fatalit? afin de rester dans la norme d?boucha durant les ann?es 1960-1970 sur des mouvements contestataires radicaux. Le plus cette impasse politique?co ? gestionnaire??tait patente, le plus ce radicalisme ?tait?violent. Les deux meilleurs exemples se situant en Allemagne et en Italie. Cependant, ? l??poque, cette crise de l?impasse ?tait ?minemment politique et transgressive.

Ce n?est plus le cas aujourd?hui. Quand un bon tiers des citoyens du sud europ?en vivent d?sormais sous le seuil de pauvret?, quand les prix de l?immobilier, comme en Gr?ce, s?effondrent d?un tiers de leur valeur, quand des fonds de pension contr?lent (d?une mani?re ou d?une autre) plus de deux tiers des banques du sud europ?en, quand pour avoir ce r?sultat calamiteux la r?cession s?installe durablement?au sein de la majorit? des Etats membre au profit de deux ou trois d?entre eux, la ??crise?? sanctionne de plein fouet l?ensemble des repr?sentations politiques au profit des forces les plus frileuses, celles qui exigent un retour nostalgique ? un pass? o? l?Europe n?existait pas.

Et pourquoi en serait-il autrement?? Dans l?hebdomadaire Le Point on pouvait lire dans un article plut?t ronchon?: ? notre force, c?est l?art, c?est l??criture, c?est l??l?gance m?lancolique, c?est le charme. Marine Le Pen n?a rien de tout ?a. Certes. Mais celui qui ?crit ces lignes ne conna?t la crise qu?? travers la t?l? et les tweets qu?il ?change avec ses amis. Il est loin de soup?onner que celle-ci rend fou, in?l?gant, brutal quiconque la subit de plein fouet.?D?sormais, ?tre d?raisonnable ne consiste plus ? vouloir tout faire p?ter, mais ? continuer de croire que l?on peut d?sirer celui par qui les malheurs arrivent.

En fait, quel qui soit, le tribun, le vulgaire, voire le farfelu qui semble le plus apte ? faire enrayer cette machinerie infernale (justement par ce qu?il n?est pas ??raisonnable??) semble avoir la pr?f?rence momentan?e des citoyens europ?ens.

Ch?res technocrates, bienvenue dans le monde fantastique de l?irrationnel que vous avez cr??.

Michel Koutouzis

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