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Le commerce préhistorique (3)

L’irrévérence des hommes envers les « Autorités ».

Selon les textes sumériens, la destruction d’Akkad fait suite à l’impiété (un Sumérien dirait plutôt au manque de respect) de l’orgueilleux « berger des hommes »  Naram-Sin (-2254 à -2218), qui aurait détruit le temple du grand « Puissant » EN.LIL à Nippur. On sait que Naram-Sin fut le seul roi d’Akkad qui se prétendit être un « Puissant » (un « dieu » selon nos archéologues) quand il n’était qu’un « humain » sans ascendance génétique des « Puissants » (c’est probablement là, l’origine du concept du « sang bleu » aristocratique de nos monarchies). La punition pour son irrévérence orgueilleuse (« impiété » selon les archéologues), est étalée dans le texte : « La malédiction d’Akkad » :

« Enlil fit sortir des montagnes ceux qui ne ressemblent à aucun autre peuple, qui ne font pas partie du Pays (de Sumer), les Gutis, un peuple qui n’a pas de morale, qui a un esprit humain mais des instincts canins et des traits simiesques. Comme des oiseaux ils ont fondu sur le sol en grandes nuées. À cause d’Enlil, ils ont étendu leurs bras sur la plaine comme un filet pour animaux. Rien n’échappait à leur étreinte, personne ne quittait leur prise. »

Si on laisse de côté le panneau « religieux » inséré « gratuitement » par nos archéologues, on se rend compte qu’EN.LIL s’est simplement associé à des « étrangers des montagnes » pour défendre son emprise sur son « pouvoir » commercial menacé par Naram-Sin.

Mais qui sont ces « Gutis »?

De la même manière, le récit de la victoire d’Utu-hegal sur Tirigan décrit les Gutis comme des « serpents » et « scorpions » venus des montagnes, que personne n’osait affronter. Alors ici, on précise l’identité de l’attaquant qui n’est définitivement pas au service d’EN.LIL. Parce que le parti d’EN.LIL est toujours représenté par « l’aigle » et « le vautour » tandis que celui d’EN.KI est toujours représenté par le « serpent » et le « scorpion ». De plus, -2000 av J.C., c’est l’époque de « MAR.DUK » qui débute, et celui-ci est le fils d’EN.KI, le « Serpent ».

Finalement on se retrouve devant un parti des « Puissants » contrôlant le commerce et qui dénigre les humains tout en les utilisant comme main d’œuvre, attaqué par un autre parti des « Puissants », pro-humains, qui veut s’accaparer du contrôle de ce commerce.

Plusieurs siècles après les faits, une chronique babylonienne y fait référence en altérant les événements rapportés par les sources sumériennes et en les réinterprétant autour de son grand « Puissant » Marduk (fils d’EN.KI le « serpent »), tout en gardant l’image des Gutis comme des barbares sans morale :

« Naram-Sîn anéantit les êtres vivants de Babylone et, par deux fois, (Marduk) leva contre lui l’armée des Guti ; (ceux-ci) traitèrent son peuple avec un aiguillon. Il confia la royauté à l’armée des Guti. Les Guti (étaient des gens à faire) exhaler les plaintes, ils ne savaient pas honorer les dieux et ils ne surent pas accomplir correctement les rites divins et les cérémonies. Utu-hegal, le pêcheur, pêche tout au bord de la mer un poisson (pour en faire) une offrande. […] Mais les Gutis lui arrachèrent des mains le poisson cuit avant qu’il ne fut offert. Par son commandement exalté, (Marduk) éloigna l’armée des Guti de la royauté de son pays et le confia à Utu-hegal. »

On remarque qu’après l’invasion des Gutis, c’est dorénavant, Marduk et non EN.LIL qui décrète la « royauté ».

Le roi babylonien Nabonide (-556-539 av. J.-C.) rappelle encore que les Gutis sont coupables d’avoir détruit le temple de la déesse Annunitu de Sippar parmi d’autres outrages qu’a subi ce sanctuaire. Une province de son empire située dans le Zagros porte d’ailleurs le nom de Gutium, et c’est la trahison de son gouverneur Ugbaru/Gobryas qui ouvre la voie au perse Cyrus II vers Babylone en -539 av. J.-C.

An-nu-ni-tu, est une « Puissante » guerrière (son nom est construit à partir de la racine signifiant « bataille »), identifiée à « Ishtar » (parfois appelée Ishtar Annunitum, « Ishtar de la bataille »; désignation qui semble concerner Ishtar d’Akkad). Ishtar est la « Puissante » sumérienne appelée IN.AN.NA; la « Puissante » de l’amour et de la guerre, résidant à Uruk; et sa planète représentative est Vénus. Elle est une entité majeure du panthéon mésopotamien; elle conseille EN.LIL sur le choix des LU.GAL (Grands-Hommes/rois). Tout au long de plus de trois millénaires d’histoire sumérienne puis mésopotamienne, elle a été l’une des « divinités » les plus importantes de cette région, et a également été adoptée dans plusieurs pays voisins, où elle a pu être assimilée à des déesses locales. Elle représente la féminité complètement indépendante, opposée tout en étant complémentaire de la masculinité. Elle est le YIN du Yin/Yang.

Elle est la fille du « Puissant » An/Anu, maître de tous les « Puissants« . Elle n’est pas associée à un époux divin (Puissant) unique même si sa relation avec Dumuzi est forte; mais leur relation est ambiguë puisqu’elle est à l’origine de sa mort. Dumuzi, éleveur de bétail, doit compétitionner avec un agriculteur pour obtenir les faveurs d’Inanna. Lui, offre des pièces de viande et l’agriculteur, Enkimdu, offre ses produits agricoles. C’est la structure contraire de l’histoire biblique des offrandes de Cain et Abel au « Seigneur ». Inanna, finalement, choisit Dumuzi. À noter qu’il y aurait eu combat entre Dumuzi et Enkimdu et ce serait Enkimdu, l’agriculteur, qui aurait gagné sans, toutefois, tuer son opposant comme l’a fait l’agriculteur biblique, Cain.

Certains textes attribuent des enfants à Inanna, en général sans dire qui en est le père.

Dans la mythologie, elle dispose également d’un vizir, le « Puissant » Ninshubur. Inanna/Ishtar a pour animal-attribut le lion comme le démontre l’image précédente où ses « pieds/serres » reposent sur le lion.

Elle est du parti d’EN.LIL (AN-NUN-NA-KU) démontré par ses ailes, ses serres et les deux « vautours/hiboux » de chaque côté du lion. Son symbole astral le plus courant est une étoile ou une étoile inscrite dans un disque. Son nombre chez les « Puissants » était le « 15 ». Notons que tous les nombres finissant par « 5 » sont toujours des « Puissants » féminins (5-15-25-35-45-55). Les nombres des « Puissants » masculins sont 10-20-30-40-50 (qui est EN.LIL et finalement 60, soit: A.NU). C’est la connaissance de ces nombres par Abraham qui lui a sauvé la vie, devant le Seigneur, la veille de la destruction de Sodome et Gomorrhe.

Plusieurs problématiques relatives à l’histoire d’IN.AN.NA et à la formation de sa personnalité complexe se posent, auxquelles aucune réponse claire n’a été apportée par les archéologues.

L’origine de la « déesse » Inanna/Ishtar est impossible à déterminer avec certitude car elle se produit à des époques pour lesquelles la documentation écrite est absente (donc avant l’écriture, c’est-à-dire, au plus tôt, au IVe millénaire), et la documentation archéologique trop limitée pour bien connaître l’univers des « Puissants », considéré faussement comme un « univers religieux ». Cependant, Inanna est un nom et Ishtar en est un autre; le premier est sumérien et le deuxième est sémitique. Donc si une « Puissante » existait à cette époque reculée du IVe millénaire, il est tout à fait normal que chacun des deux groupes linguistiques lui choisisse un nom dans sa propre langue, sans que cela n’établisse une « conjonction » de plusieurs personnalités différentes (KISS; Keep It Simple, Stupid).

Le problème ne survient que lorsqu’on considère les « Puissants » comme étant des « dieux » qui ne peuvent évidemment pas exister comme « concept » sumérien, puisque l’Ésotérisme du « savoir caché » (astrologie et religion) n’est apparu qu’autour de -1,400 av J.C.) chez les Chaldéens. On s’aperçoit ici que la majorité de nos problèmes sur les Sumériens sont causés par la transposition de certains préjugés des archéologues eux-mêmes sur les termes très clairs employés par les scribes sumériens et akkadiens décrivant leurs propres « concepts ».

Cette « correction » sur le « divin », juxtaposé artificiellement, n’est pas énorme; mais s’avère excessivement importante pour « comprendre » l’histoire de notre civilisation.

Nous continuerons au prochain article.

André Lefebvre

Auteur de:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

Le tout dernier livre, paru en novembre 2016 (version gratuite):

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