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Le commerce préhistorique (2)

La première civilisation connue.

Voici une datation de la région de la Basse-Mésopotamie, qui couvre la période au cours de laquelle s’est développé et a décru la civilisation sumérienne.

Obeid Ancien (6500-5200 av.  J.C.) La céramique Obeid n’est pas de qualité comparable à celle produite par la culture de Samarra (-5.500 av. J.C.) qui a prospéré quasi parallèlement à la période Obeïd. Mais un apport « technologique » apparu clairement en -5500 av J.C. à Samarra.

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Obeïd I (-5200 av. J.-C. à -4800 av. J.-C.), La Cité-État d’Eridu, dans les marécages de l’époque, au Sud de la Mésopotamie, en est le site le plus important (19 niveaux d’occupation); les Sumériens, apparus plus tard, en feront la résidence terrestre d’EN.KI, seigneur des eaux et des techniques. Eridu est la première Cité à avoir reçu la royauté (descendue du ciel, dit la tradition sumérienne). Dix-sept niveaux de temples se superposent dont le plus ancien (niveau 16) date de -5000 av. J.C.; donc un dix-septième temple, plus ancien encore, est « supposé » s’y trouver enfoui sous le seizième. D’autres « Cités » avaient déjà existé, tel Jéricho (image plus haut) qui apparut vers -9,000 av J.C., ou Katal Huyuk vers -7,200 av J.C.; mais aucun « lien » culturel n’est encore établi entre ces différents « sites » « pré-Eridu », éparpillés dans le monde connu de cette époque; sauf celui d’enterrer les morts sous le sol de la maison, ce qui n’a pas été tellement considéré jusqu’ici..

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Obeïd II (-4800 av. J.-C. à -4500 av. J.-C.), La céramique s’enrichit de formes nouvelles (jarres plus grandes, vases-tortue). Cette culture se répand dans trois directions : le long des rives du golfe jusqu’au Qatar, dans le Khouzistan voisin et vers le nord dans le Hamrin et à Tepe Gawra où l’on voit, dans les niveaux anciens, des particularités d’El-Obeïd se mélanger à celles de Tell Halaf ou de Samarra. Ce mélange est le produit d’un « commerce » important dans cette région. L’écriture n’existe pas encore mais il est évident que les « concepts » étaient gravés ou dessinés depuis la préhistoire dans les grottes. Mais depuis -7,000 av J.C. on les « inscrivait » maintenant sur les assiettes en céramiques. Ces « concepts » représentaient, bien évidemment, les « connaissances » développées au cours des âges précédents. Ils décrivaient donc la « science » de l’époque.

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Obeïd III (-4500 av. J.-C. à -4200 av. J.-C.), La culture d’El Obeïd atteint sa maturité et prend rapidement un caractère d’universalité. La céramique « voyage », soit comme objet d’exportation, soit comme contenant d’un produit exporté. Autrement dit, les nouvelles « potiches » s’ajoutent au trafic économique déjà existant de l’obsidienne. Il semble que c’est l’augmentation de l’emploi de cette céramique, et peut-être la diversification des produits en circulation, qui permettent d’expliquer l’expansion de la culture d’Obeïd. Autrement dit, la « science de l’époque » se répand dans le monde; ce qui exige un lieu « d’origine » pour cette « science ».

La culture d’El Obeïd III se caractérise :

1) par une architecture monumentale sous la forme du plan tripartite qui connaît plusieurs variantes mais considérée par les archéologues comme des « temples » (probablement à cause du plan « tripartite » de nos églises). Un temple (ou une Église) est un endroit où l’on se réunit pour apprendre un « culte » qui dérive nécessairement des « connaissances » d’une « culture »; autrement dit de sa « science ».

2) par une architecture courante qui prend des aspects régionaux : petites maisons pluricellulaires à Tepe Gawra, huttes de roseaux parfois recouvertes d’argile dans le sud. L’intérieur des maisons s’organise autour d’un espace central.

3) par un large emploi de l’argile cuite, pour les faucilles par exemple, même lorsque la pierre est présente. Il est plus simple de « cuire » une faucille d’argile que d’en fabriquer une en incrustant des microlithes dans un une pièce de bois recourbée.

4) par une céramique qui renouvelle ses formes (apparition de bec et d’anses sur les jarres, façonnage de lèvres et de fonds annulaires, bouteilles). On sait produire des objets de grande finesse (céramique « coquille d’œuf »), et on ajoute au décor peint la technique de l’incision. La céramique est monochrome, noire ou brun foncé, à décor géométrique. Certains signes géométriques datent des grottes de la préhistoire comme le svastika, par exemple.

5) par de nouveaux rites funéraires, puisque désormais de véritables cimetières s’étendent hors de l’agglomération et non dans le sol à l’intérieur des maisons comme à Jéricho (-9,000 av J.C.), à Chypre (-8,000 av J.C.) et à Catal Huyuk (-7,000 av J.C.).

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Obeïd IV/V (-4200 av. J.-C. à -3750 av. J.-C.). L’agriculture irriguée permet de larges concentrations de population. L’Eridu de cette époque couvre probablement dix hectares avec une population de 4 000 habitants.

Il faut noter ici que le premier « supposé temple » d’Eridu date de -5000 av J.C.

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Période Uruk (-3750-3300 av J.C.) Les niveaux les plus anciens de ce site (19 à 13) sont ceux de la période d’Obeid final (Obeid V, de -4200 à -3700 av J.C.).

Les premières phases comprenant la fin de l’époque d’Obeïd et la phase d‘Uruk (donc en gros, entre -4400 et 3400 av. J.-C.) sont très mal documentées, ce qui empêche de bien connaître la croissance de la région avant l’époque de l’Uruk récent (-3300 av J.C.).

La première moitié du IVe millénaire voit l’émergence de centres urbains importants, en particulier dans le bassin du Khabur (Tell Brak, Hamoukar, Tell Feres), avec le développement d’une architecture monumentale, d’une administration, et des inégalités sociales plus visibles qu’auparavant. Il faut comprendre qu’une inégalité sociale, à cette époque, ne pouvait être basée que sur la « puissance » physiquement active (ou technique) des individus et non sur le « pouvoir » psychique de la richesse individuelle.

Les prospections archéologiques démontrent que dès le début du IVe millénaire des sites importants tel qu’Uruk et Eridu existent dans la région; mais, comme on l’a déjà vu, Eridu précède de loin le site d’Uruk.

De plus, on voit sur la carte qui suit, qu’Eridu, datant de -5000 av J.C., est beaucoup plus au Sud que Tell-Brak et Hamoukar qui sont de la même époque. Comment expliquer cet écart géographique d’une « évolution » identique sinon par un « lien économique »?

Quant à l’Uruk ancien, il leur est postérieur de beaucoup, ne datant tout au plus que de -4200 av J.C..

Sur la carte qui suit, j’ai encerclé les cinq premiers sites « civilisés » du IVe millénaire, ce qui, malheureusement, annule géographiquement les flèches décrivant la progression « officielle » de l’élan civilisateur. Nous découvrirons une explication beaucoup plus plausible plus bas.

Uruk récent (-3300-3100 av J.C.) est la période qui rassemble les traits attribués à la civilisation de la période d’Uruk : haut développement de l’État, et l’expansion de la culture urukéenne dans tout le Moyen-Orient. Cette phase de l’Uruk récent (niveaux V et IV A et B) est suivie de la période de Djemdet Nasr, du nom d’un autre site mésopotamien beaucoup plus au Nord. Sa nature exacte est très discutée, et il est difficile de distinguer clairement les traits du Djemdet Nasr de ceux de la culture d’Uruk; ils sont, en fait, quasi identiques. La distinction donnée officiellement entre les deux cultures devient plutôt une « politesse » rendue aux archéologues respectifs de ces deux régions. Ce qui n’aide pas la description structurelle de l’évolution de la civilisation. En fait, cela frôle une « irresponsabilité intellectuelle » de la part des archéologues. Mais l’humain étant ce qu’il est, ce ne sera pas le seul secteur « scientifique » où nous pouvons déceler ce « défaut ».

Jemdet Nasr (-3100-2900 av J.C.) Cette période protohistorique succède (poliment) à la période d’Uruk et précède la période des dynasties archaïques. Le nombre de temples retrouvés augmente rapidement. Le palais est, dorénavant, clairement un centre administratif, un centre de stockage des réserves (rez-de-chaussée), et vraisemblablement le lieu de résidence du « roi » et de manifestations de prestiges du « tenant du pouvoir » (à l’étage). Dès lors, l’agglomération urbaine est composée de trois catégories de constructions nettement différenciées : des édifices à structure complexes, où l’on reconnaît des palais, des bâtiments fréquemment de moindre importance dont les installations intérieures permettent d’assimiler à des temples (surtout la structure tripartite), et des maisons d’habitation organisées en règle générale selon le principe de l’espace central, carré ou allongé, entouré d’une couronne de pièces (un peu comme sera l’Atrium romain beaucoup plus tard).

Période Dynasties archaïques (-2900-2350 av J.C.) C’est la période des « Cités-États ». Du point de vue culturel, ces différentes entités politiques (Cités-États) sont relativement homogènes (identiques), participant à une civilisation brillante qui rayonne sur une grande partie du Moyen-Orient et même au-delà. Les cités du pays de Sumer (Uruk, Ur, Lagash, Umma, Nippur, etc.), situées à l’extrême sud de la Mésopotamie, sont les plus influentes. Elles sont bordées au nord par des royaumes de peuplement sémite couvrant une grande partie de la Mésopotamie et de la Syrie (Kish, Mari, Nagar, Ebla, etc.). La pensée me vint tout-à-coup que l’Arche de Noé s’est échouée au Nord du Croissant fertile (Mont Ararat) et que personne ne sait vraiment d’où venaient ces premiers « sémites » de l’endroit.

Cette période concerne au premier chef la Mésopotamie méridionale, qui est alors une région peuplée, riche grâce à son agriculture irriguée et où se développent des cités-États à la puissance croissante. Elle rayonne culturellement sur les régions voisines (en fait elle y rayonne depuis plus de 2,000 ans).

Le DA I (Dynastie Archaïque 1 -2900-2750), est une période mal connue, marquée par le poids de la tradition de la période d’Uruk final (-3300-3100) et de la période de Djemdet Nasr (-3100-2900) surtout dans le sud mésopotamien (mais Djemdet Nasr est au Nord). Cette « tradition » marquante recèle surtout cette « science » décrite à la période d’Obeid (surtout Samarra).

Le DA II (-2750-2600), voit un art nouveau naître en Basse-Mésopotamie. C’est la période des « âges héroïques » où ont régné des rois de la tradition mésopotamienne comme Lugalbanda, Enmerkar et Gilgamesh à Uruk, et Agga à Kish. Notons que la preuve de l’existence de Gilgamesh est actuellement établie sans aucun doute possible; ce qui laisse entendre que les autres auraient également existé. « L’âge héroïque traditionnel » s’extirpe donc du statut de « mythe imaginaire »; il faut bien l’admettre.

Le DA III (-2600- 2340), voit une expansion de l’usage de l’écriture (les écoles sont efficaces) ainsi qu’un accroissement additionnel des inégalités sociales. Cette période voit le développement de puissances politiques en Haute Mésopotamie, en Syrie et aussi dans le Sud-Ouest iranien, qui s’intègrent dans un jeu diplomatique plus étendu. Ce « jeu diplomatique » concerne, bien évidemment, le « commerce international ».

À noter que les Cités-États d’Eridu et d’Uruk sont toujours prospères. Le sud de la Basse-Mésopotamie est occupé essentiellement par des Sumériens, peuple d’origine inconnue (leur langue, le sumérien, étant sans parenté connue), dont on débat encore pour savoir s’il était déjà sur place durant la période d’Uruk. Au nord, un peuplement sémite est dominant, repérable par les noms de personnes et quelques textes portant des mots dans une langue sémitique qui est qualifiée « d’akkadien ancien ». On ne parle pourtant pas « d’Akkad » durant cette période, puisque ce terme n’est utilisé qu’à partir de l’empire d’Akkad. La « Cité-État » sémitique la plus importante est Kish. Mais puisqu’on accepte « l’absence » d’Akkad dans les écrits de l’époque, pour justifier l’opinion des archéologues, pourquoi n’accepte-t-on pas « la présence » de l’explication sur l’origine des Sumériens dans ces mêmes écrits? Serait-ce à cause de « préjugés »?

Le premier roi de Kish est un héros sumérien nommé Etana. Il fut un choix d’EN.LIL qui est un « dieu » sumérien. (Je n’emploierai que cette seule fois ce terme de « dieu »; parce que les Sumériens ne connaissaient pas le concept de « dieu »; ils vénéraient des « Puissants ». Ce sont nos archéologues qui ont donné à ces « Puissants » le qualificatif de « dieux ». Ce qui est définitivement l’imposition d’un « préjugé »).

Son second roi, Enmebaragesi, est l’un des premiers rois mésopotamiens à être attesté historiquement. On a retrouvé, à Nippur, deux vases portant son nom datant du XXVIIe siècle av J.C. (-2,700 à -2,601 av J.C.). Nous pourrons comprendre prochainement pourquoi ces deux vases étaient à Nippur.

Son fils et successeur, Agga de Kish, est connu par un récit racontant une de ses batailles contre Gilgamesh d’Uruk. Il est d’ailleurs le dernier roi de la dynastie, puisque Kish se fait supplanter par Eanna/Uruk, ce qui atteste une réelle rivalité entre les deux cités. (Eanna – en sumérien É-AN.NA, « maison des cieux » est la résidence des deux « Puissants » INANNA et ANU)

Les rois de Kish sont parés du titre de « Lugal » formé à partir des signes  LÚ.GAL, littéralement « homme-grand »; tandis que les souverains voisins se nomment EN ou ENSÍ ayant plutôt le sens de « contremaître » ou « hommes-petits ». EN ou ENSI est un « inférieur » au LUGAL; un peu comme un DUC l’est à un ROI (mais sans le lien « familial ». Encore une fois, nos archéologues transposent le sens actuel du mot « Roi » sur le sens de l’époque dévolu à un « Grand-Homme ». Toutes ces « transpositions » de sens nuisent énormément à saisir la forme de pensée sumérienne véhiculée dans leurs écrits. Donc, l’avènement de la supériorité d’Uruk sur Kish est celui des EN.SI sur les LU.GAL. Autrement dit, une transposition du pouvoir royal des « hommes-grands » aux « hommes-petits » qui deviennent les nouveaux LU.GAL. (Rois/Bergers).

Empire akkadien (-2350-2200 av J.C.) est créé suite aux conquêtes de Sargon d’Akkad puis celles de ses successeurs; ce qui uni la Mésopotamie en un seul empire. L’impact politique se fera sentir en Syrie et en Élam. Le pouvoir politique s’appuie encore sur des antécédents structurels des dynasties archaïques (autrement dit : sur l’ancienne structure commerciale) mais la rupture politique du pouvoir est incontestable même si elle s’étale sur plusieurs années (jusqu’au règne de Naram-Sîn) qui aboutit sur la Période Guti (-2200-2120 av J.C.). Il est donc question d’une prise de contrôle graduelle de la structure commerciale, en place, échelonnée sur plusieurs années. Les EN.SI devenus LU.GAL sont ensuite détrônés par un « humain » (Sargon) qui devient le nouveau « Berger/roi » des hommes.  Le « trajet » historique du pouvoir est donc le suivant : « Puissants » (Hommes-Grands) -> Nephilim (Hommes-Petits) -> humains (serviteurs).

Nous poursuivrons au prochain article.

André Lefebvre

 

Article précédent:  Le commerce préhistorique (1)

 

Aussi auteur des livres suivants:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

Le tout dernier livre, paru en novembre 2016 (version gratuite):

Histoire de ma nation

 

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